LIVRE XI. l8l
)riiner le désir d'y aller chercher un refuge , îlle cramt d'affliger Alamède.
Contre le tronc d'un chêne antique , elle 'appuie languissamment ; ses pieds sont léchirés par les ronces et meurtris par les ailloux de la forêt j elle sent ses genoux iéfaillir. La pluie a trempé ses vêtemens ; on visage est pâle et défait ; ses membres ont glacés et tremblans : tout son courage
st épuisé Elle ne se plaint point, il
jSt vrai ; mais , cachant ses yeux . elle )leure.
La belle reine de Provence, livrée, au ailieu de la nuit, à la fureur des élémens, ixpiraiTte en un bois sauvage , sans assisance et sans abri, quel spectacle pour
alamède ! Lire sur ses traits ses souf-
rances, et ne pouvoir les adoucir ! Savoir le oulagement à deux pas , et oser le lui re-
"user ! Quel épouvantable supplice !
^'est plus qu'il ne peut supporter
« — O Zénaïre, s'écrie-t-il , quelle nuit! > quel affreux moment !.... »
Zénaïre ne répond point ; mais ses yettx evés vers le castel de Sabran lui montrent
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les fenêtres éclairées de l'opulente citadelle.
Ce muet langage a suffi... a — Eh bien ! » reprend-il avec désespoir , « frappons à ces » funestes portes ; entre deux horribles pé- » rils choisissons le moins évident. y>
11 dit: Zénaïre, soutenue ou plutôt portée par son amant, se traîne jusqu'à la forteresse ; et bientôt le cor a sonné.
c( — Présentons-nous au châtelain , » dit le prudent élève d'Eral, « comme deux )) époux revenant d'un pèlerinage lointain. )) Cachez votre visage sous votre voile ^ je » tiendrai ma visière fermée; et nous di- )) rons qu'un vœu sacré nous défend de » montrer nos traits jusqu'au jour où nous )) remettrons le pied sur la terre natale. »
La fille de Raymond applaudit à cette idée. Les amans entrent au castel.
Entre deux rangs d'arcliers })ortant des flaml)eaux, ils onf, passé sous les voûtes basses de la grosse tour du beffroi. Ils montent ensuite un escalier tournant, qui les mène à la plate-forme d'un éditice crénelé. Sans Eobscurité de la nuit, ils contemple-