LIVRE XI
» — Oui, ^> répond une voix sourde et mystérieuse du fond obscur du sanctuaire. Et l'écho des arches gothiques répète ce o ui solennel.
Les amans alarmés tournent les yeux vers une porte basse , ouverte à droite du chœur, d'où le monosyllabe est parti. Une figure voilée en sort : son ombre se projette, immense , sur le pavé des saints parvis ; elle est seule, elle vient à eux ; et soudain découvrant ses traits, elle leur montre
« — Mon fils ! mon cher Edgar ! » s'écrie-t- elle d'un accent tendre, mais plaintif.
Et dans ses bras elle le presse.
Puis d'un air austère et glacé : (f — Fille » de Piaymond! reprend-elle, j'ai ouï vos » sermens au Seigneur ; et si je ne puis vous » aimer, je puis du moins vous rendre » justice. A une beauté accomplie vous >) joignez une âme sensible. Maintenant >) que j'ai pu vous voir , vous observer et » vous entendre, je conçois l'amour d'Aw lamède.
» — Plus de bonheur pour moi sans >» elle, » dit le prince avec passion j « Zëy) naïre, ou plus d'existence!... Vous avez » aimé comme nous; ma mère, bénissez )) vos enfans ! »
Et tous deux sont à ses genoux.
« — Se pourrait-il, ou m'abusé-je! »
reprend la dame du marais ; <( quoi! l'hé- )) ntière de Raymond, Fori^ueilleuse puis- ;) sance d'Aix , la reine de Provence à mes » pieds!...
)) — Non, » dît Zénaïre tremblante, a la » reine de Provence n'est plus. Ici plus » d'orgueil, plus de titres*, il n'est, pro- » sternées devant vous, d'autres puissances... 3) que l'amour. »
Ipsiboé, attendrie, unit les mains des deux amans... étend les siennes sur leurs têtes , murmure une oraison secrète j et pour eux implorant le ciel avec la foi d'une chrétienne et la tendresse d'une mère : « — Amans infortunés! s'écrie-t-elle, soyez )) époux, je vous bénis. ))
Puis ses prières terminées : ce — Edgar! » reprend-elle soudain par une de ces transi-