LIVRE II
peut librement parcourir l'intérieur de la forteresse; mais il se voit gardé à vue, et chaque sentinelle a reçu l'ordre de lui fermer soigneusement toutes les sorties du manoir. Béatrix,qae son devoir appelle auprès du suzerain , a laissé seuls Alamède et le villageois- Leur joie de se revoir est extrême. Le malheur, resserrant les liens de l'amitié, rapproche entièrement les distances. Us se sont tendrement embrassés.
Sans être de la plus haute stature, l'orphelin d'Aiguemar est remarquable par sa taille. Elle est souple, élésante, gracieuse j et une telle harmonie règne dans ses mouvemens que, sans avoir aiteint la perfection , en lui le mieux semble impossible. Ses gTands yeux bleus , bordés de longs cils noirs, sont surmontés de sourcils d'ébène; et ses cheveux, d'un châtain foncé, courts , bouclés et touffus , font ressortir la blancheur de son teint , quelquefois brûlé du soleil , mais toujours brillant de fraîcheur.
La pétillante malice de son regard va parfois jusqu'à la folie 3 pourtant qui le voudrait
moins vif?... Son courage dégénère en témérité- pourtant qui le voudrait moins brave ?. . . Imprudent, étourdi, iéger, Alamède raisonne peu, mais il déraisonne si bien .'...Sa tête, on l'avoue, est mauvaise, sa conduite est irréfléchie ; mais son cœtir est si bon , si noble, et ses écarts sont si brillans!... Ah! sans les folies d' Alamède , souvent les habitans du castel eussent péri glacés d'ennui sous leur uniforme raison. Il répare si bien ses fautes, que, sage, il aurait moins de charmes , et que , plus il a de torts , plus on l'aime.
Son front sentit fier et imposant sans l'extrême mobilité de son visage, dont l'expression change à tous momens. S'il était calnie et sérieux, son maintien aurait de la dignité j mais CG qu'il gagnerait en noblesse, ne le perdrait-il point en grâce?
Son caractère indépendant ne peut su}jporter l'arrogance; il passe tout à ses semblables, hormis l'insolence et l'orgueil. Malheur à qui veut l'humilier! son courroux alors est sans frein. Cependant, à peine vengé , il se repent de ses transports ; et
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sitôt que sa main droite a terrassé l'ennemi, sa main gauche tendue le relève.
Humain, généreux et modeste, il est confus de ses triomphes, et semble, lorsqu'il est vainqueur, demander pardon au vaincu.
Après les premiers instans donnés à l'amitié, « — Izorin, s'écrie Alamède, )) parle-moi d'Ipsiboé. Sait-elle que je suis » captif? Est-elle encore à Saint -Cbri- » sogone?
» — La preuve en est sous vos yeux » répond le dévoué serviteur s'avança nt vers la fenêtre de la tour, d'où l'oeil découvrait la vallée. » Voyez cette épaisse vapeur qui » couvre sa demeure isolée , c'est la fumée y> mystérieuse des fourneaux de son labora- » toire. Là nrésentement devant elle, la » grande panacée se distille. Seigneur, » qu'est-ce que le grand œuvre ?
» — L'art d'échapper à ses tyrans- du » moins je me l'explique ainsi : or sus fuyons w ces murs au plus vite.
» — Fuir ! y pensez - vous ? Les dan- » gers....
» — Aux grands dangers les grands » succès.
» •— Vous attirez sur vous la foudre.
» -~- Rien n'est beau comme une tem- » pête.
)) — Quoi ! la paix du manoir ?
» — Me tue. Izorin , déclarons la guerre.
» — Au châtelain qui vous éleva?
)) — A l'ennemi qui m'emprisonne.
» — Où sont vos armes ?
)) — On s'en fabrique.
» — Vos cohortes ?
)) — On se centujjle,
» — Et si la porte de ce castel vous est » ensuite à jamais fermée?
» — Nous irons en ouvrir quelque autre*
» — Si le marquis vous déshérite?
» — On dit adieu à l'héritage.
» — Et des protecteurs?
» — On s' en passe.
)) — Des parens ?
)) — On n'en a que faire.
» — Des amis?
)) — On en prend tout faits.
» — . Où se trouvent-ils ?