LIVRE XII. 23l
» l'allirme , nous serons secourus et sauvés.
)) — Vaine et trompeuse illusion !... Ala- )) mède, et je t'ai conduit à l'abîme où nous » périssons !... C'est moi qui , malgré ta ré- » sistance , ai voulu demander asile au )) sire de Sabran ; c'est moi qui t'ai forcé » d'entrer dans cette funeste citadelle; pour )) me sauver tu quittas Aix ; mon amour t'a » fait perdre un trône , mon amour te donne >) la mort.
» — Oh ! ne me tiens point ce langage ! » Ce que j'ai fait je le ferais encore. Tu » m'as aimé, je fus heureux; vivais-je avant » de te connaître ! Non, je ne me plains point » du sort. Pour moi , je le dis ici même , ') une tombe avec Zénaïre vaut mieux qu'un )) trône vide et sans elle.
)) — O mon ami! » répond la reine d'une voix étouffée, « l'altière fdle de Raymond )) méritait-elle un semblable cœur!.... Non, y) je l'ai dit, je le répète, je n'étais pas
)) digne de toi Dieu! faut-il que je ne
» connaisse toute la grandeur de son âme )) et tout le prix de son amour qu'au mo- » ment des derniers adieux ! ))
Ses larmes amères et brûlantes tomben t sur la main d'Alamède. Le mallieiireiix n'ose parler, de crainte c{ue ses accens douloureux ne trahissent l'angoisse inexprimable de son âme, et ne portent ainsi le coup mortel à sa compagne.
Cette interruption d'entretien s'est prolongée plusieurs instans. « — Quelle obscu- » rite ! quel silence ! )) s'écrie tout à coup la princesse en tressaillant de tous ses membres. c< Alamède, es-tu là? Réponds!
>; Parle , un bruit quelconque, ou jeraeurs î»
Déjà ses esprits s'égaraient ; ses artères battent avec violence ; et la fièvre allume
son sang.
ft — Paix! n'entends-tu pas, reprend - » elle, le sourd tintement d'une cloche?...
)) C'est l'heure des agonisans c'est l'ap-
» {)el de l'éternité. ))
Mais quel cri a jeté le prince ! C'est un cri d'espoir et de joie. Un rayon de lumière a pénétré dans la prison.... Pour lui, c'est le rayon de la vie. Zénaïre revient à elle, et voit la mmaille éclairée.... Une meurtrière pratiquée dans l'épaisseur du bâti-