EPILOGUE
ITÉRÉS d'un an s'était écoulé depuis la défaite d'Alphonse; et le roi de Barcelone et d'Aragon , paraissant oublier l'Espagne, habitait encore la Provence. Que de fois , ayant réuni son conseil privé, il avait délibéré sur les moyens à prendre pour retrouver sa fille, ou du moins sa dépouille mortelle!... Hélas, et selon la coutume des assemblées, qu'avait fourni l'événement à l'examen des nobles chefs?... Toujours un texte à des harangues, souvent une harangue hors du texte, et jamais de résultats clairs.
Le remords de sa vie passée tourmentait alors le monarque, il s'était couronné de gloire à la façon des grands guerriers. Sa main avait égorgé ses ennemis par centaines, et sa voix les avait détruits par mil-
liers. Habile en l'art brillant des massacres, il avait, en plus d'une circonstance, expédié des populations entières pour l'éternelle vie; et les hommes , dans tous les temps, n'avaient été pour lui que des nombres qu'il s'était pin à calculer, à chiffrer ou à effacer pour résoudre de sanglans problèmes.
Etrange caprice du cœur! Raymond n'était devenu père qu'après avoir perdu sa fille. Toutes les églises retentissaient des prières adressées par son ordre aux saints et patrons du royaume pour leur redemander Zénaïre; mais ces prières commandées n'avaient eu que peu de succès. Les saints et patrons provençaux, tels que la majorité absolue d'une chambre législative, avaient passé à l'ordre du jour sur la requête juste ou non des supplians désappointés.
Raymond, pour expier ses crimes, qui rendaient sans doute le ciel sourd à sa voix, fait à diverses abbayes de nombreux legs, payables après son décès ; mais, nonobstant l'acte sacré, il n'a point retrouvé sa