‹ IpsiboéChapitre 44 sur 287 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

y) son sein était tout autre qu'Ipsiboé; elle » était fille de l'étranger ; et ta patrie n'est » point la sienne.

» — Et mon père?... dit l'orphelin.

» — Ton père a rejoint ses aïeux ; et la » page où devait être écrite sa vie est restée » en blanc dans l'histoire.

» — Mon origine est donc illustre? re- » prend le jouvencel avec orgueil : si l'his- » loire dut une page au père, elle en peut y> garder une au fils. Oui , je le sens à l'ar- )) deur brûlante de mon âme, à l'exaltation )) de mes sentimens, à l'indépendance de )) ma pensée , un sang noble coule en mes » veines.

)) — Signes certains! et preuves claires!... » répond l'inconcevable femme avec un » sourire ironique. Insensé! crois-tu donc )) qu'il ne se trouve d'ardeurs brûlantes , de » sentimens exaltés et de pensées indépen-

» dantes que parmi les familles nobles?

y) Un chef illustre et renommé ne laisse sou- )) vent après lui qu'une abjecte progéniture. » Les plus grands hommes de l'antiquité y> sortirent d'une race inconnue; et s'est-

» on enquis des ancêtres de ces demi-dieux » de la terre? Noble, sans doute, est le » mortel qu'honore une suite d'aïeux; mais » plus noble encore est celui... qui illustre » ses descendans. »

L'orphelin confiis a rougi. (( — Alaniède ! » poursuit-elle d'un ton sévère, et comme jetant la sonde en son âme , » ne t'enor- » gueillis point de ta naissance ; parmi tes » plus proches parens il est de simples arti- » sans, et ton dernier aïeul fut un serf. » Quant à tes destinées futures , si , d'après » ton opinion , il faut , pour parcourir une » brillante carrière, un rang, une fortune, )) et des titres... , il ne me reste qu'à te )) plaindre, car tu n'as pas même de nom.

» — Eh bien ! je saurai m'en faire un ! » s'écrie le fougueux Alamède. Pour rem- » placer ce qui me manque, un glaive et )) l'honneur me suffisent. Sans titres on » peut devenir grand ; sans fortune on peut » être heureux. Puisf[ue sur toute classe )) d'hommes, la gloire, capricieuse déesse, » verse indifléremment ses faveurs, je puis, )) comme ces êtres obscurs qu'elle tira de

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