‹ IpsiboéChapitre 50 sur 287 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Alamède a gravi la moritagiie d'Aigaemar, et distingue déjà les mouvemens de la guaite (i) du beffroi, qui depuis long-temps avait annoncé l'aurore. Mais aux croisées de l'appartement habité par le noble châtelain, il voit une draperie noire tendue^ parmi les sentinelles, ordinairement si paisibles , il remarque une grande agitation ; les nombreux serviteurs du marquis, et les gardiens armés du manoir, vont et viennent confusément sur les remparts ; une sourde rumeur se fait entendre ; tous les

(i) Vid^ guaite était une espèce de sentinelle qui se tenait dans la tour du beffroi, et dont l'emploi était d'annoncer avec un cornet le point du jour et le lever du soleil , pour appeler les gens de la campagne à leurs Ira-vaux. — Le Grand d'Auss} , tonio 1 , p. 3o3 el Sog.

ponts-levis sont baissés, et Béatrix accourt à Jui.

Les cheveux en désordre et la pâleur sur le front, elle s'ccrie : « — Ah! malheureux, » qu'avez-vous fait!....

» — Béatrix! que s'est-il passé ?.... Quel )) malheur venez-vous m'apprendre ?

n — Jeune homme inconsidéré ! malgré » mes sages conseils, vous êtes sorti de la » citadelle : vous vous êtes à jamais perdu.

» — Expliquez-vous.

» — Ipsiboé, cette infâme magicienne, w poursuit sa carrière satanique. Mainte- » nant c'est un fait prouvé : tout insensé » mandé près d'elle et qui se rend à son » marais , est aussitôt puni par Dieu même. » L'enfer vous a ouvert .ses portes, Aigue- » mar vous ferme les siennes.

)) — Mais Aiguemar n'est point le ciel, » a répondu gaîment Alamède, et je pleu- )) rerai peu ses délices. Quant à l'enfer d'où » je reviens, il m'a fermé la porte au nez... » comme fait votre paradis.

» — Extravagant! vous osez rire!... Le » marquis d'Aiguemar est mort..

» — Est mort !... interrompt l'orphelin » ; et un tremblement général l'a saisi. (( INe )) me trompez-vous pas, Béatrix?.... J'an- » rais perdu mon bienfaiteur?....

» — Oui , c'en est fait : il a cessé de vivre. » A peine étiez-vous hors du manoir que, » se sentant très mal, il vous a fait appeler, » ainsi que le sénéchal, le chapelain et le )) tabellion. Sans doute il voulait vous nom- )) mer son héritier. L'acte, dit- on, était » dressé, lorsqu'il apprit votre disparition. )) Hors de lui-même à cette nouvelle, il )) prononça trois fois le nom âilpsiboé avec y> une fm^eur délirante, que suivirent des » convulsions et un évanouissement. Il lie » revint à lui qu'au bout d'une heure-, et )) ce fut pour envoyer quérir Giiaud de Si- » miane ( i ) , son plus proche parent et votre

(i) Giraud de Simiane est souvent mentionné dans fhistoire de Provence, à l'époque des guerre» entre les comtes de Toulouse et de Barcelone- Il était cousin de Guillaume, comte de Forcalquier ; sa famille fonda l'abbaye de Sinanque en ii5o. (Voyez le Gall. christ., i. l,Instrum.) La maison

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