LIVRE III. ÎOI
)) plus mortel ennemi.... Ce farouche ban- » neret, détesté de ses vassaux, est arrivé » au point du jour; un testament en sa fa- » veur a été clos et signé; il a fermé les )) yeux au marquis; il entre en possession » de ses terres; et vous, orphelin sans apy) pui, vous n'avez plus d'ami ni d'asile.
» — Mon bienfaiteur n'existe plus!... » répète l'élève d'Eral; et quoique le sévère châtelain ne lui eût jamais témoigné une bien tendre affection; quoiqu'il traitât souvent son page, surtout les dernières années, avec une rigueur tyrannique, Alamède ne se souvient plus que du soin qu'il prit de sa jeunesse ; et sa douleur est déchirante.
Ne se soutenant plus qu'avec peine, il s'appuie contre un poteau : (( — Béatrix , ne » me cachez rien ! Vous étiez près de votre y) maître : à ses derniers momens m'a-t-il )) maudit?....
» — 11 a fait plus : il vous a déshérité.
de Siiniane a eu un historien nommé Columby. Elle eut à Jpt le droit de battre monnaie.
i02 XPSIBOÉ.
» — Que m'importe son héritage? En y) expirant m'a-t-il maudit?
))' — IVon pas vous, mais Ipsiboë. Ses imy> précatioiis n'ont frappé que l'intrigante 3) du marais.
>'-^Il ne m'a point maudit ! ...» répète le jouvencel à voix basse et sans écouter Béatrix : « que ces mots soulagent mon » cœur! »
Il tombe à genoux contre le poteau. Son charmant visage, éclairé par l'aurore, est inondé de pleurs. 11 s'écrie : « — O mon » père ! du haut du ciel vois la douleur de y> l'orphelin! Il fut bien coupable envers » toij mais que .son repentir te dé.sarme': >) ombre chérie , pardonne-moi ! »
La veuve du sommelier, attendrie, mêle ses larmes aux siennes.
c( — Ne pui.s-je, a-t-il repris, jeter un )) dernier regard sur sa dépouille mortelle? » Ne puis-je à son lit fiméraire ?
» — INon, dit Béatrix eiTrayée. Le cruel » Simiane commande au château ; et déjà » ses soldats ont reçu l'ordre de vous y jeter <> aux cachots si vous osez y reparaître.
LivKE m. ïo3
» -*• Et qu'est devenu Izorin?
» — Je l'ai fait évader du fort; il est re- » tourné à sa chaumière.
» — Adieu donc, castel d'Aigueniar!,...
y> Adieu, créneaux hospitaliers ! vous ne reï) verrez plus l'orphelin.. .
)) — Hélas ! où diriger vos pas ?
i> — A la cabane d'Izorin. »
Il partait, a — Seigneur Alamède! »
dit la veuve du sommelier. Mais le banni l'interrompant, « — Dites tout simplement » Alamède : le noble titre de seigneur ne » peut désormais me paraître qu'une offen- » santé raillerie.
» — Une offensante raillerie ! . . . Hériy) tier ou non d'un castel, vous êtes l'égal, » à mes yeux, des premiers suzerains du M canton.
» — Que dites-vous? Sans rang et sans )) nom, je suis....
» — Vous êtes d'une illustre naissance. » C'est Béatrix qui vous l'afhrme.
» — Et quelle preuve en avez-vous ?
» — Quand la sorcière des marécages, M qui par ses suppôts diaboliques vous avait
» sans doute enlevé à vosparens, vint vous » déposer au manoir, vous étiez enveloppé » de bandelettes royales ; et par vos langes « magnifiques , par la richesse du berceau , » j'ai pu juger....
))—, Détrompez-vous; je tiens d'Ipsiboé » elle-même que ma famille n'est point )) noble.
w — Et vous avez foi en ses discours!... » ne l'écoutez plus, fuyez-la. Veuillez m'en w croire, c'est un monstre;. ..ah.'sur quelque » bûcher un jour, j'espère, avec la grâce » de Dieu, voir s'exhaler son âme au )) démon.
» — Pieux et charitable souhait!... Que y> vous a fait Ipsiboé?,... Pour la haïr ainsi, )) quels forfaits .... ?
» — Ses forfaits sont encore cachés , mais » bientôt ils seront découverts. Son habita- » tion ténébreuse est un repaire de brigands. y> L'autorité a les yeux sur elle; et tôt ou » tard, je le prédis, la justice, armée, fonï) dra sur le rassemblement impie dont la » noire trame s'ourdit au marais de Saint- )) Ghrisogone. w