LIVRE III. I i I
moyen d'un bouclion et de deux tranches de navets. Puis , le repas frugal achevé , il reprend ainsi l'entretien :
« — Vous êtes trop prudent , seigneur » Alamède,pourdeQieurer sur les domaines ' » du sire de Simiane : mon toit ne peut » vous offrir un asile sûr j et d'ailleurs une » vie oisive ne saurait convenir au vaillant )) page d'Aiguemar. Pour moi , si vous y » consentez, je vous accompagne partout. » Que vous soyez guerrier ou moine, que » vous soyez vassal ou prince, je prendrai » le casque ou le froc, et porterai, selon » la chance , mince casaque ou riche mante.
» — Ma résolution est prise, répond l'or- » phelin. La nature m'a doué d'une voix )) sonore et d'une gaîté inaltérable, demain » je nje fais troubadour (i). J'irai de châ- » teanx en châteaux, la harpe ou la man- » dore à la main, chanter les Jiéros et les
{i) On a })€aucoup écrit sur les troubadouis et ;s trouvères -, ils fuient les premiers poètes de Europe moderne. Voyezj sur la prééminence des roubadours, Le Grand d'Aussy, tome IV, etc.
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)) belles. Tonnant contre la tyrannie, je cé- )) lébrerai la vraie gloire. Dans les cloîtres )) et dans les cours, aux carrousels et aux y) palinods (i), on entendra mes virelets , » mes triolets ou mes tensons (2), mes » sirpentes (3) ou mes lais d'amour. Point » de solennités sans concerts, point de » fêtes sans troubadours. Mainteneurs de la » gaie science, les nobles orateurs despuys )) perds n'ont-ils point par tout le royaume » les premières places aux banquets (4) ?
(1) Palinods. C'étaient des sociétés littéraires de trouvères où les opinions variaient sans doute beaucoup, car il en est resté ce dicton : « C est chante 1' >) la palinodie. » Les hommes ont toujours été les mêmes , etc. , etc. ( Voyez J^l. Roquefort , De la poésie française aux XIP et XIIP siècles, p. gS.)
(2) Tensons. Dialogues rimes, dont les interlocuteurs soutenaient une question sentimentale. — Fauchet, p. 544- — Massieu, Hist. de la poésie française j p. i54.
(3) Sirventes. Poëmes satiriques. Voyez Roquefort , déjà cité.
(4) Voyez Nostradamus, Vies des poètes provençaux.