‹ IpsiboéChapitre 73 sur 287 · LIVRE IV. l · texte numérisé non relu

LIVRE IV. l

» Marins après la bataille, pour éterniser )) l'heureux jour.,..

» — Où périrent deux cent mille hommes,» dit le pâtre achevant la phrase , « non com- » pris leurs gentes moitiés. »

Les voyageurs sont parvenus au pied de l'antique monument; A la construction primitive avaient été adossés , aux premiers temps du christianisme, une église et d'autres bâtimens qui, abandonnés depuis et tombés, ajoutaient de nouveaux décombres aux ruines de Marins (i).

Alamède a porté ses pas vers une arcade délabrée. Ecartant les ronces et les genêts qui obstruent le passage , il la traverse non sans peine, et pénètre en une cour étroite entourée de galeries écroulées.

A sa gauche est un reste d'habitation en-

(i) La construction primitive était un arc de triomphe que fit élever Marius. Il n'existe plus rien en ce moment ni du monument ni de la chapelle, hormis quelques fondations. Voyage de Provence^ tome II.

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core debout , mais dont les fenêtres grillées, le toit à jour et les murailles crevassées , présentent l'aspect le plus triste. A sa droite est le temple saint. Jadis la charpente du chœur fut brûlée par le feu du ciel ; mais il subsiste encore en partie l'autel , le porche et le clocher .

Au milieu de la cour déserte, et près d'un amas de pierres calcinées, un foyer éteint s'aperçoit 5 il fut allumé récemment . Des pas sont imprimés sur le sol , et (juelques débris de repas ont été jetés çà et là.

«—Seigneur, dit Izorin effrayé, je vous » en avais prévenu ; cette plage sert de re- » traite aux brigands armés du canton. »

Mais son maître , sans l'écouter, se dirige vers l'église; escaladant des monceaux de gravois, il passe sous le portique, et parvient jusqu'à l'autel. Là, par des mains barbares et sacrilèges, tous les tableaux, ont été impitoyablement lacérés -, . toutes les statues sont mutilées. Les marches en granit de l'autel ont été réduites en poudre , et la hache impie a brisé une croix colossale de pierre.

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Aux ravages du temps se sont jointes en ce saint lieu les dévastations du brigandage. L'élève d'Eral détourne avec dégoût ses regards des inscriptions blasphématoires dont les murailles sont couvertes. Il se sent le coeur oppressé 3 et par une large brèche, faite à la muraille du sanctuaire, il sort du temple profané.

Mais l'enceinte extérieure où il se trouve est non moins funèbre que les précédentes. Le champ qu'il foule est un cimetière. Des mausolées épars et délabrés s'élèvent tristement du milieu des chardons et des herbes sauvages qui les entourent. Quelques arbres sans verdure, sans sève et chargés de mousse, végètent sur le terrain mortuaire ; et le cri de l'orfraie volant de ruine en ruine est le seul bruit de ces déserts.

Alors contre une colonne brisée, et à demi cachée par une touffe d'églantiers, une femme agenouillée s'offre à la vue d'Alamède. Elle est vêtue en pèlerine. C'est sans doute celle qu'il cherche. En tels lieux , en semblable costume, en pareille position ,

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quelle aulre inconnue pourrait-ce être , que la dame mystérieuse ?

A l'approche du jouvencel , Ipsiboé se lève, et d'une marche lente et grave vient à sa rencontre. Sa coiffure est un bonnet fourré dont les bords retombent en festons sur ses yeux, et dont le sommet, s'élevant en pointe sur sa tête, est surmonté d'un chapeau de paille. Une longue pelisse de drap violet l'enveloppe jusqu'au menton; un collier de coquillages marins tombe à double rang sur sa poitrine. A son côté pend un sac de peau velue attaché à un baudrier de cuir luisant ; et son bourdon de pèlerin soutenant une grosse gourde élève un crucifix d'argent.

Son visage est composé, son regard est sévère. « — Orphelin d'Aiguemar, dit-elle, » tu me cherchais , tu m'as trouvée. •

» — Mais pour un entretien important, » répond Alamède inquiet, quel endroit n avez-vous choisi?...

y> — Celui qui réunit tous les hommes, et » qui met d'accord tous les peuples; la terre

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