LIVRE IV. iBg
y) — Ici, dit Alamède, vous avez à me révéler le secret de mon origine. Vous n'avez qu'un instant à vous, de grâce ne le perdez point.
>) — Impatient jeune homme ! répond I Ipsiboé , ne sauras-tu jamais modérer
• l'effervescence de ta nature ! As-tu
• donc oublié que , lors de notre dernière I entrevue , ton imprudence a failli te ) perdre et pouvait me coûter la vie ? Le ) ciel , heureusement , m'a secourue ; il a ) préservé mon corps des flammes qui déi> voraient mes vêtemens, et m'a inspiré 0 des paroles qui, bien que n'expliquant » rien aux invisibles , ont du moins calmé » leurs alarmes. Servant d'armes! que je te » plains si tu n'apprends à réprimer la )) fougue de tes passions! La carrière que yy je vais t' ouvrir est un ténébreux laby- » rinthe , où la prudence est le fil sauveur... )) Ce fil brisé , malheur à toi ! »
Alamède afFecle le calme; mais Alamède est au sujjplice. a — Le fameux Montfort , » reprend-elle, te ressemblait en son jeune » âge , et sa fougue en a fait un monstre. Ce
lOO IPSIBOÉ.
)) chef, dans un transport de fureur , après » de sanglantes batailles , rassemble ses » captifs sur la plaine, et leur fait couper » la main droite. Puis le barbare , en leur » main gauche, la leur fait remporter aux » camps , où se déployaient leurs dra-
» peaux (i) Hier même, j'ai vu Mont-
» fort, je lui ai reproché son crime, et j'ai » promis que ce matin...
)) — Hélas ! interrompt l'ancien page , » vous aviez promis que ce matin.... je sau- » rais mon sort et mon nom.
» — En effet, les heures s'écoulent, dit y> la dame mystérieuse, il faut que je parte... » on m'attend. »
Et tirant du sac de peau suspendu à son côté deux lettres portant des sceaux armoriés , elle en ])résente une au jouvencel :
« — Ici sont renfermés tous les secrets » que tu brûles d'éclaircirj il m'eût fallu » trop de temps pour te les dévoiler de
(i) Ce fait arriva en l'an 1127, aux environs de Clermont en Auvergne. — Voyez Anquetil , Hist. de France, t. II, p. 58.