‹ IpsiboéChapitre 97 sur 287 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

» pour un drame ! Je reconnais à ce

» fracas la folle de Saint-Chrisogone.

)) — Paix ! » s'écrie d'une voix tonnante le banneret de Monterolles ; ce que non- )) seulement on se taise, mais qu'on sorte î) de ma présence !

)) — 11 sufiit, répond Hugues courroucé. » C'est trop d'insultes et d'affronts ! Je )) ne puis supporter plus long-temps ce » despotisme et cet orgueil. Je sors de ces y) ser viles murs.... et pour n'y jamais re- » paraître. »

Mais ie suzerain , tout entier à sa pensée dominante, n'a pas même écouté son filsj il a saisi le bras d'Izorin , et sort avec lui de la salle.

Alamède est demeuré seul avec l'aumônier du manoir. Au bout de quelques instans , le châtelain reparaît , suivi d'un de ses commensaux. Sa physionomie est redevenue calme. Il vient de donner des ordres importans* et s'adressant à l'orphelin avec son flegme habituel : « — Quinze de mes » gens , lui dit-il , vont se rendre, avec des

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)) armes et des flambeaux, au perron du )) sire de SalDran. L'homme qui vous sui- )) vait, et c|ue vous nommez Izorin, les gui- » dera dans leurs recherches. Comme )) Amalric pourrait se trouver encore ■ au » pas d'armes de la fontaine, la prudence )) exige que vous restiez au castel; et ce )) serviteur va vous conduire à la chambre )) où vous coucherez, »

11 dit : sa volonté est une loi immuable qu'il est dangereux de transgresser. Quels que soient les désirs d'Alamède, il faut qu'il se soumette à ceux du baron : il suit le varlet du manoir.

Par un escalier construit en bois , peu large, et criant sous les pieds, il monte à un étage élevé, composé de plusieurs pièces froides et démeublées y au bout desquelles est une chambre d'apparat. Là s'est installé l'orphelin. Au fond de l'appartement est un ht carré, de la largeur de douze pieds (i). Au milieu est une table en chêne

(i) Voyez, les auteurs déjà cités.

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de l'épaisseur de deux cloisous. De grands fauteuils inébranlables garnissent le tour de l'enceinte. Enfin, contre les pierres du mur, enduites de plâtre et de chaux, sont placés des cadres ovales, d'où ressortent, peints sur la toile , des personnages à costumes pompeux et à figures antiques , aussi ridicules à l'œil , aussi suffisans, aussi fi-oids qu'une assemblée de vieux acteurs écoutant d'un air solennel la tragédie d'un, jeune auteur.

L'élève d'Eral s'est approché de la cheminée j il en sortait moins de fi.imée par le tuyau qu'il ne s'en répandait dans la chambre. Cette insupportable vapeur lui semble un juste et digne encens brûlé devant les nobles portraits des vieux. sires de Monterolles.

La porte s'ouvre, Hugues parait. « — Ala- » mède, dit le croisé, je pars pour Aix de-

» main matin j voulez-vous me suivre ?

» — Partout )), répond l'orphelin d'Aiguemar.

« — Quelle caiTière con)ptez-vous pren- )) dre ? ajoute le guerrier d'un air grave.J'ai

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» partagé vos premiers jeux, je m'intéresse » à votre sort. Votre naissance m'est in- )) connue, mais je sais que vous êtes loyal )) et brave ; et malgré l'obscurité de votre » origine , peut-être pourrez-vous encore , )) avec les avantages dont la nature vous )) a doué , devenir un jour chevalier, «C'est porter haut ses vues, je l'avoue; » mais avec une conduite sage et vaillante, >) un protecteur noble et puissant, un jou- » vencel peut tout espérer. »

Les offres du paladin étaient généreuses sans doute, mais le ton de hauteur qui les accompagnait en diminuait le mérite ; Alamède ne répond point, et Hugues poursuit

en ces termes :

« — J'étendrai sur vous mes bontés ; je » serai l'appui de l'orphelin; et vous ou- ))vrantlaroutedelagloire,lepremierjevous » ceindrai l'épée. Offrez au Tout-Puissant ))vos actions de grâce, je vous nomme » mon écuyer. »

Cette arrogante bienveillance a tout-a-fait manqué ion but. Plus blessé que reconnaissant, le damoiscl craint à la fois et de

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