‹ Iréna, ou, La Vierge lyonnaiseChapitre 20 sur 40 · L'AVIS DU FRÈRE PORPHYRIEN · texte numérisé non relu

L'AVIS DU FRÈRE PORPHYRIEN

On estimait beaucoup frère Porphyrien. C'était un bon vieillard attaché au service de l'hospice des Contracts depuis sa fondation. La longue habitude qu'il avait de voir des malades, l'avait rendu fort habile à saisir les caractères dumal. Sans avoir jamais étudié la médecine, il était devenu médecin. Il démêlait avec une parfaite sagacité le principal de l'accessoire, la contraction naturelle de la contraction d'imitation , l'effet durable de l'effet passager. Cependant, par un hasard assez singulier, il n'avait point encore visité celui-ci, ayant été lui-même retenu quelque temps au lit par la souffrance. Il ne fut nullement surpris de rencontrer là une jeune fille et un confrère de la Passion. Celle-là lui était depuis longtemps connue à cause de ses fréquentes visites à l'hospice et de la généreuse charité qu'elle

déployait h l'égard des pauvres contracts. Celui-ci portait un habit fort respecté, parce qu'il était la livrée des amis des membres souffrants de Jésus-Christ. Peut-être même ce voile charitable ne cachait point aux yeux du vieillard le personnage qui en était revêtu : car dès qu'il l'aperçut, Porphyrien se mit à sourire ; Iréna et Robert s'inclinèrent devant le respectable rehgieux; toutefois la jeune fille ne se défendit pas d'un peu de rougeur : comme si elle eût été honteuse d'être surprise ainsi avec un homme.

— La paix soit avec vous ! dit le vieillard le premier. Qu'estce que ce nouveau-venu, qu'on nous met ainsi à l'écart? Il paraît qu'il dort... et après une crise.

— Le devinez-vous ainsi du premier coup , mon frère ? demanda la jeune fille.

Le bon religieux approcha sa lanterne de la figure du malade, en étudia attentivement les traits; puis la promena tout le long du corps, examina chaque membre ; et après cette inspection, il hocha la tête et garda le silence. Pendant ce tempslà, PavoUas ronflait lentement, pesamment, comme un homme profondément endormi.

— Il dort , dit Iréna , il jouit plutôt : car le sommeil est la vraie, est la seule jouissance de ces infortunés. 11 suspend en eux au moins le sentiment de la douleur ; il leur fait oublier combien leur sort estt«ste. Espérez-vous, mon frère, que celui-ci se guérira ?

— n faudrait commencer par les pieds , répondit Porphyrien à demi-voix , en considérant les souliers fendus du sectaire. Je crois que le siège du mal est là.

— Je demande pardon à Dieu , reprit Iréna , si je tente quelque chose qui soit au-dessus de mes forces. Mais je l'ai déjà attaqué sur ce chapitre.

— Il ne serait pas le premier, jeune fille, qui se trouverait bien de vos soins. Essayez toujours : ce n'est pas aux raisonnements profonds , à la science étendue que le ciel accorde ordinairement ces sortes de victoires. Hélas ! ces malheureux ne

raisonnent que trop , ne s'embrouillent que trop dans les filets de leur propre science des Ecritures. Toujours des textes, toujours des sentences de la Bible , toujours des interprétations et des commentaires : véritables mouches qui s'entortillent à plaisir dans des toiles d'araignée. C'est perdre son temps que de raisonner avec eux. Le seul moyen d'en tirer parti; c'est de leur donner l'exemple de la vraie charité et de prier pour eux.

— Vous paraissez douter que celui-ci soit bien malade, mon frère ?

— Il est bien malade, répondit Porphyrien en souriant; mais son mal n'est pas dans ses membres. Du reste , à Dieu ne plaise que je juge si vite un mal toujours mystérieux , toujours surprenant et varié par quelque côté. Depuis tant d'années que je l'observe, je puis dire que je commence à peine à le connaître. Cependant... ce n'est pas là le sommeil du Rétréci. Cette haleine est trop large, trop profonde; ce jeu des poumons trop Hbre ; ce passage de la respiration trop aisé pour que... Mais laissons-là ces pronostics et ces conjectures. Jeune vierge chrétienne, tâchez de trouver le chemin de son cœur, et de le ramener dans le sentier de la vérité.

— Ramener est bien le mot, mon bon frère : car il l'a connue, la vérité qu'il dédaigne aujourd'hui. On assure qu'il a été ermite, ermite pieux, fervent, un vrai modèle d'humilité et de pauvreté chrétienne.

— Ainsi soit-il ! Travaillez donc à son salut. Si vous ne réussissez pas , ce sera encore un mérite et une gloire d'avoir essayé. C'est l'intention et l'effort que Dieu apprécie.

Pendant cette première partie du dialogue, de Varey avait gardé le silence. Une pepsée, une seule pensée le préoccupait : saisir l'occasion depuis si longtemps préparée de parler à celle qu'il aime et de savoir de sa bouche s'il peut espérer, ou s'il doit renoncer à son rêve de bonheur. Tout à l'heure je ne sais quelle timidité l'a arrêté, au moment où le mot allait tomber de ses lèvres. Il a craint d'effaroucher cette craintive vertu , et

de poser peut-être lui-même un insurmontable obstacle à la réalisation de ses vœux. Mais l'arrivée de frère Porphyrien hii rend du courage. 11 sait combien ce vieillard est sage et discret ; l'idée lui vient donc de se hasarder devant lui et de s'appuyer, s'il est possible, sur son autorité, pour faire envisager à Iréna un mai'iage entre eux comme l'unique moyen de terminer une division qui leur pèse tant à tous deux. Pendant un instant il balance le pour et le contre. Mais la nuit est épaisse ; Iréna a déjà fait mine de s'en aller ; dans un instant elle peut s'échapper ; et quand et oîi la reverra-t-il ?

— Frère Porphyrien, dit-il, oseriez-vous affirmer que cet homme n'est point atteint du mal des Rétrécis?

- Non, répond le modeste religieux. Mais notre première pensée doit être la défiance. Quelque extraordinaire qu'il soit, ce mal peut s'imiter avec assez de perfection pour tromper un œil peu exercé. Bien des fois, de faux contracts sont venus se mêler dans les rangs des vrais; et quoiqu'une place à l'hospice ne soit pas un poste bien digne d'envie, il' y a cependant, à ce qu'il paraît, des gens qui ne portent pas plus loin leur ambition.

— Mon frère, avant de juger trop sévèrement ce malheureux, faites-moi le plaisir de l'examiner. C'est moi qui, sur la prière de cette jeune fille, l'ai apporté ici. Elle pourra vous dire comme moi de quelle répulsion il était l'objet.

— C'est un vaudois, repartit le religieux, un excommunié par conséquent. Rien d'étonnant à ce que l'opinion publique lui soit peu favorable.

— Et de plus , mon frère , c'est un soudart et un terrible bandit. On l'accuse, ou plutôt il s'accuse lui-même de l'incendie d'EcuUy et des ravages de Couzon. C'est PavoUas.

— Un nom tristement fameux, répliqua le religieux, en joignant les mains. Ah ! quelle charité ce serait d'exciter là dedans un peu de repentir ! On a rarement vu des horreurs comme celles d'Ecully.

— A défaut de repentir, le remords y est déjà. Le remords n'est- il pas le commencement du repentir?

— Le commencement, mais non la fin, peut-être pas même le milieu. Dieu seul sait la distance qu'il y a des remords, effet de la terreur, au repentir , effet de la confiance et de r-amour. Ne sondons pas les secrets de la Providence. Adorons et prions.

— Je tiens d'autant plus à ce que vous examiniez Pavollas que j'y ai un intérêt personnel. Il est pour moi un témoin précieux; car, si ses remords sont sincères, si sa parole est vraie, il serait l'auteur du meurtre d'Irénée de Ville.

— Ah ! quel malheur ! dit frère PorphjTien , en soupirant. Quel coup fatal que celui qui a tranché la vie de ce bel adolescent! Peut-on assez maudire les guerres civiles qui entraînent de telles suites?

— Non, mon frère, non, on ne le pourra jamais. Et si j'attache un si grand prix à l'existence de ce soldat, c'est qu'il peut détruire un de ces effets, une de ces tristes conséquences que nous déplorons tous. Vous coimaissez Messire Bernardin de Varey?

— Que le ciel le comble de ses dons. C'est un de nos bienfaiteurs, et, à part cette pieuse jeune fille (que sa modestie ne s'alarme point de la vérité), je ne sais s'il est une main qui fasse couler ici plus d'aumônes que celle de Messire Bernardin de Varey. Et ce serait à tort qu'on l'accuserait d'avoir causé la mort de ce pauvre petit Irénée?

— Vous entendrez cet homme , quand il sera sorti de son sommeil. C'est pourquoi je tous prie avec tant d'instance de lui donner des soins particuliers.

— Cher innocent ! reprit le religieux toujours occupé de l'image de l'adolescent si cruellement immolé. 11 me semble encore le voir au moment où son père le descendait dans ses bras. On s'arrêta devant la cellule de la Recluse, qui passa à travers les barreaux sa main flétrie et bénit le pauvre mourant. Une foule épaisse se pressait autour de lui. J'étais accouru au bruit de ces gémissements, qui avaient soudain remplacé tout le tumulte de la bataille. Dieu ! quel regard il

jeta sur moi! Oui, je crois encore le voir pâle, décoloré, avec sa plaie béante et son sang répandu sur ses habits et sur les bras de son père. Je crois qu'il me reconnut : car il essaya de sourire. A moins que ce dernier sourire n'ait été pour Notre- Dame de Fourvières, vers laquelle ses yeux se reportèrent en ce moment suprême. On dit qu'ils se glacèrent dans cette direction : et c'était juste. Mais je n'oublierai jamais ce spectacle, non plus que les sanglots dont bien des personnes accompagnèrent ses derniers soupirs. Il était si aimé et si digne de l'être !

Tandis que le bon vieillard racontait tout cela d'une voix émue, le cœur d'Iréna s'était attendri à ces touchants souvenirs : des larmes coulèrent de ses yeux. Robert de Varey le remarqua, et se hâta d'en profiter.

— Ce sont là, oui, répétons-le, cher frère, ce sont là les tristes fruits de la discorde. N'est-ce donc pas un grand crime de diviser ainsi les citoyens , de les armer les uns contre les autres ? Et n'est-ce pas un devoir de charité de faire disparaître toutes ces causes de dissension?

— Eh ! qui en doute? répondit le frère. C'est là, assuret-on, le but que se propose Sa Sainteté. Jour et nuit, pour ainsi dire, ce grand Pontife étudie les pièces du procès, et l'on peut compter qu'il portera dans tout ce labyrinthe la haute intelligence et l'esprit de conciliation que la ville de Lyon a déjà connus autrefois.

— Ce que vous dites là est vrai, mon frère; mais le Pape réussira-t-il à rapprocher les cœurs? Arranger les pièces d'un procès, étudier des points de droit, coUationner des faits, rendre ensuite une décision arbitrale : c'est peu de chose, ce me semble , si l'on ne fait aussi disparaître le levain qui aigrit les âmes. Or vous n'ignorez pas combien les tètes sont échauffées. Si la guerre civile a cessé d'ensanglanter nos murs, si les bras ne sont plus armés les uns contre les autres, n'y a-t-il pas toujours au fond de notre malheureuse cité une fermentation sourde, gui n'attend oue l'occasion pour

éclater? Sans doute, tant que le Pape et le roi seront ici, la tranquillité se maintiendra à la surface. Mais est-il probable que le parti condamné, (m qui se croira maltraité, acceptera sa défaite? Les intérêts froissés se tairont-ils? N'est-il pas à craindre , au contraire, qu'une fois le Pape hors d'ici , les réclamations ne se fassent entendre et les haines ne se réveillent?

— Très à craindre, trop à craindre, hélas! surtout si les chefs ne font pas le sacrifice de leur animosité. Il serait inutile de le dissimuler (et vous ne m'en voudrez pas, jeune fille, si je prononce ici un nom qui vous est cher) : mais tant que les deux porte-étendards des partis , Pierre de Ville et Bernardin de Varey ne se seront pas loyalement tendu la main, la discorde continuera à séparer les rangs. Je serais au désespoir, charitable enfant , de vous causer la moindre peine : mais ces faits sont trop publics pour qu'il y ait la moindre raison de les taire. Vous en savez là-dessus plus qu'il ne m'est permis d'en dire.

— Ah! mon bon frère, combien j'en ai déjà gémi et en gémirai encore ! C'est là , laissez-moi vous le dire , le deuil et le chagrin de ma vie. J'espère pourtant que ces circonstances si heureuses et si solennelles ne seront pas sans produire , ou au moins préparer, un si heureux résultat. J'ai plus d'un motiC de confiance. Deux grands saints...

— Mon Dieu! dit avec vivacité le vieux serviteur des pauvres, sans songer qu'il interrompait la candide vierge, j'ai pensé bien des fois, mais bien des fois, bien des fois, que si ce bel enfant pouvait faire entendre sa voix de par delà le tombeau, ce serait pour dire : — Aimez- vous, réconciliez-vous, faites la paix , et que mon sang ait au moins ce fruit qu'il éteigne vos criminelles fureurs. — Oui, il crierait cela, je n'en doute pas. Et c'était peut-être ce qu'exprimait son regard mourant, ce regard si tendre qu'il portait vers Notre-Dame de Fourvières. 11 m'est venu plus d'une fois dans l'esprit qu'il recommandait à notre divine Protectrice de rétablir la paix dans la cité qui lui est consacrée.

— Je le crois comme -vous , mon frère ; car Irénée avait un cœur excellent, et je ne sais comment il a pu se laisser entraîner à la guerre, lui si pacifique et S^doux. Mais dans des circonstances comme celles-là, les agneaux mêmes deviennent des loups. L'exemple de son père avait enflammé son jeune courage, et il a cru bien faire de se jeter au milieu de la mêlée. Oh ! oui, quand tout cela finira- t-il, et Notre-Dame de la Paix n'éteindra-t-elle pas de sa main puissante tous les ressentiments encore vivants dans les cœurs ? Ah ! la paix ! la paix 1 comme le dit si bien frère Hilarius ; le bon Dieu n'a laissé que ce bien-là à ses disciples.

L'occasion parut favorable au jeune de Varey, pour s'expliquer enfin.

— Et il ne tient qu'à vous, Iréna, d'y contribuer, à cette paix. Elle est en grande partie entre vos mains. N'encourriezvous pas une véritable responsabilité devant Dieu si, pouvant hâter l'œuvre de la réconciliation, vous ne le vouliez pas?

— Je ne vous comprends pas, Robert. Je puis vous assurer que je n'ai jamais cessé de désirer la paix et d'y travailler selon mon faible pouvoir. Dieu m'est témoin que je prie tous les jours pour cet objet, et que j'ai toujours cherché à éteindre dans le cœur de mon père le ressentiment qu'il nouri'it contre le vôtre. Et j'ajoute que si je connaissais un moyen...

Ici elle s'arrêta; un sentiment secret l'avertissait de ne pas aller trop loin. Robert le devina, et persuadé qu'il avait touché la corde, il résolut de la faire vibrer.

— Mon frère, dit-il en abaissant la partie de son costume qui couvrait sa figure , je suis Robert de Varey.

— Je m'en doutais, mon fils (passez ce terme à mon âge et à l'intérêt que je vous porte). Je sais que vous êtes venu plusieurs fois à l'hospice, sous ce vêtement qui n'est pas le vôtre , mais qui le deviendra, je l'espère. C'est sous l'habit de la charité qu'il sera doux de se présenter un jour au tribunal de Jcsus-Chrisl.

— Mon frère , laissez-moi saisir l'occasion que je cherche depuis longtemps , et que Dieu me pardonne si j'ai usé de ce costume pour la trouver plus aisément. Je vous ouvrirai mon cœur en peu de mots. Cette jeune fille et moi nous avons été amis d'enfance. Je lui portais alors une vive affection, et peutêtre me payait-elle de retour. Nos familles étaient unies en ces heureux temps, nos pères étaient amis. Depuis... vous savez ce qui s'est passé. Des intérêts divers, des opinions opposées ont jeté Pierre de Ville et mon père dans des camps ennemis. Le malheur a voulu qu'ils devinssent les deux porte-étendards de leurs partis ; et l'un et l'autre tiennent encore à honneur de conserver ce poste. Mais même dans cette situation, ils auraient pu garder l'un envers l'autre quelque mesure, forcés qu'ils sont de s'estimer mutuellement : on a vu des ennemis se traiter avec respect. Un événement funeste que vous connaissez aussi bien que moi ( vous en parliez tout à l'heure en termes touchants) est venu creuser un abîme entre ces deux anciens amis. De Ville a cru voir son fils tomber sous les coups de mon père; l'opinion publique s'est rangée à son avis; dès lors une haine terrible s'est allumée dans son cœur, et vous savez s'il néglige une seule occasion de la manifester. Pour lui mon père est un monstre, un homme indigne de la moindre considération, un ennemi du bien public : car chez de Ville le zèle du municipal se nourrit de toute l'ardeur de l'homme privé. Et l'aflection qu'on lui porte, à cause de son dévouement au service de la ville, fait que sa querelle personnelle est devenue la querelle de tous; qu'on épouse chaudement son parti; qu'on hait ce qu'il hait, qu'on désire ce qu'il désire; qu'on est prêt à se ruer sur tout ce qu'il désignera du doigt; en deux mots, que le peuple ne respire et ne pense que par lui. De son côté, mon père moins ardent (je puis le dire sans être accusé de partialité), moins esclave de la haine, ne croit cependant point devoir abandonner son drapeau qu'il estime celui de la justice et du droit. Ce qui peut résulter d'une telle situation, vous le devinez vous-même, sans qu'il soit besoin de le dire.

« J'aimais Iréna , dis-je , et cette affection pure et douce ne faisait que grandir avec le temps. Depuis que je fus en âge de réfléchir, une voix secrète me disait : — C'est la femme que le bon Dieu te destine. — Malgré la distance qui séparait ma famille de la sienne ( elle souffrira que je le dise, et ne s'en offensera point) je n'ai jamais eu d'autre pensée que d'unir mon sort au sien. Mon père, étais-je coupable en cela?

— Pas que je sache , mon fils. 11 y a des amours légitimes, comme il y a des amours illégitimes. Celui-ci prenant sa source dans une amitié d'enfance n'a rien qui puisse déplaire au bon Dieu. C'était la raison, et non la passion, qui l'inspirait, je le crois, du moins; et j'ose ajouter, sans que la modestie de cette jeune fille doive en souffrir, que l'objet de votre affection était digne , cette union raisonnable et probablement selon les vues du Seigneur.

— Puis vinrent les fatales émeutes , l'cprit Robert à demi encouragé par l'approbation du vieux prêtre; puis ce cruel accident qui rompit plus que jamais nos relations de famille. Je ne revis plus Iréna, mais ne l'en aimai pas moins. Au contraire, il me semblait que mon affection pour elle gi-andissait, à raison même de son éloignement. Je suivais autant que possible et avec le plus vif intérêt, tous les détails de sa vie; tout ce qui la touchait, me touchait; tout le bien qu'on disait d'elle m'était plus agréable que si on l'eût dit de moi-même; je jouissais de son bonheur, je souffrais de ses peines, hiutile de vous dire que je fus profondément affligé de la mort de son frère, qui, lui aussi, fut mon ami d'enfance, et que nul, hormis son père et sa sœur, ne l'a plus regretté que moi. Mais l'obstacle était là ; la haine, la cruelle haine, l'irréconciliable haine que Pierre de Ville a jurée à ma famille. Comment exprimer mes vœux? Comment en espérer la réalisation? Et pourtant je persévérais, j'attendais, j'espérais contre toute espérance. Trois ou quatre fois mon père, ma sœur m'ont pressé d'épouser des jeunes filles d'un rang égal au mien et douées de solides vertus et d' aimables oualités. Toiùours je refusai, toujom-s

je dédaignai même d'honorables avances qui m'étaient faites dans ce sens : ce premier amour était là, plus vivace, et cependant plus calme, plus raisonnable que jamais. Toujours la voix me criait : — Cette jeune fille est la femme que le ciel te destine.

— Que Notre-Dame de Fourvières me rende ici témoignage : combien de fois j'ai déposé mes vœux à ses pieds ! combien de fois je l'ai suppliée , ou d'éteindre en moi cette affection puissante, si elle n'était pas conforme à la volonté de Dieu; ou d'écarter les obstacles qui s'opposaienl à l'accomplissement de mes vœux, si le ciel daignait les agréer! Ce qu'il en arrivera, je l'ignore; mais je tenais à ouvrir mon cœur devant Iréna elle-même. Dieu m'a fourni cette occasion, je l'en remercierai toute ma vie : car il faut enfin que je sache si je suis payé de retour, si je dois espérer ou désespérer d'atteindre mon but.

— Voilà qui serait bien désirable, dit ici le vieillard, qui voyait Iréna baisser les yeux sans rien répondre. Oui , ce serait un beau triomphe pour la charité , si une telle union pouvait se faire. Vous le dirai-je, mon fils? Humble religieux, je n'ai point à me mêler des affaires de ce monde, surtout quand elles sont d'un genre aussi délicat que celle-ci : cependant j'ai plus d'une fois arrangé ce mariage dans ma vieille tête, me disant :

— Ce serait pourtant bien , si ces deux agneaux réconciliaient les deux loups. — Mais il y a bien des obstacles sans doute.

— Oui, mon Père, il y en a. Je vous remercie néanmoins d'avoir envisagé cette question sous son vrai point de vue : qui est celui de la charité. Permettez-moi aussi de vous dire que, s'il y a des obstacles, ils ne sont pas invincibles. Le premier dépend de la volonté même d'Iréna. Je l'aime, je l'ai toujours aimée... M'aime-t-elle à son tour ? C'est là une question à laquelle seule elle peut répondre.

L'embarras d'Iréna croissait à mesure que le jeune de Varey avançait dans l'expression de ses pensées. Ce qu'elle éprouvait an fond, ce qu'elle désirait, peut-être son trouble ne lui permettait-il pas de s'en rendre parfaitement compte. La question

qu'on lui posait était d'ailleurs de ceiles qui ne peuvent se résoudre à l'instant même. Le lecteur sait toutes les raisons quMréna avait d'hésiter, et com4)ien il eût été imprudent pour elle de prendre une décision en présence des difficultés de plus d'un genre dont elle était entourée. Ne voulant donc , ne pouvant donc incliner ni d'un côté ni de l'autre, elle continuait à garder le silence.

— Vous ne repondez point, Iréna? Peut-être suis-je bien indiscret de vous mettre si brusqjiement en demeure de prononcer. Je sens tout ce que cette manière a d'insolite , d'inconvenant même ; mais je n'ai pas eu la faculté d'user de précautions ; mais un mur d'airain nous sépare ; mais je ne retrouverai plus l'occasion qui s'offre aujourd'hui, unique, admirable, j'ose dire providentielle; enfin vous me connaissez depuis l'enfance ; je ne suis pas pour vous un étranger ; vous savez bien que mon caractère ne se fût pas accommodé de cette brusquerie, si la nécessité ne m'y eût contraint. Vous me pardonnerez donc la forme. Maintenant quant au fond , vous pouvez d'un mot trancher la question : le voudrez- vous ? Iréna, je vous en prie...

— Allons ! allons ! chère petite, dit le vieux prêtre qui la voyait hésitante et rouge comme une cerise : il n'y a guères ici de témoin que Dieu ; car je vous assure que votre réponse, en ce qui me concerne, sera ensevelie dans un éternel secret, quelle qu'elle puisse être. Ne vous gênez donc point : dites oui, dites non, bonnement et simplement, comme pour la chose du monde la plus ordinaire. Ce jeune homme parle raison , et non passion ; il vous demande l'expression , et non le sacrifice de votre volonté. Si votre réponse est favorable, il s'en réjouira; si elle est défavorable, il se retirera... Et puis voilà tout. Est-ce cela , Robert ?

— Oui , bon Père : vous avez rendu ma pensée tout entière.

— Alors plus de difficulté , chère enfant. Ouvrez-vous donc simplement. Craignez-vous de déplaire à votre père, en accep-

tant une alliance qui vous serait honorable et glorieuse ? Eh ! mais j c'est justement là le côté qui me charme et qui doit aussi vous frapper : vous deviendriez le trait d'union qui rapprocherait deux termes divisés. Quoi ! cette mort de votre frère ? Ce coup fatal ?

— S'il vous plaît , mon Père , dit Robert avec une certaine impatience ; ne faites plus entrer ceci en ligne de compte. Le malheureux, qu'un si lourd sommeil enchaîne ici à vos pieds, s'avoue lui-même l'auteur de la mort d'Ircnée de Ville. Je ne sais ce qu'Iréna, qui vient de l'entendre, en pense ,• mais c'est un grand poids qui m'est ôté de dessus le cœur.

— Laissons cela, laissons cela, repartit le religieux. Vous auriez bien de la peine à persuader à ce pauvre père qu'il n'a point vu son fils s'abattre sous la pique de Messire de Varey. Hélas ! il y a ici une certitude, un sentiment plutôt, qu'il serait inutile de chercher à ébranler. Quatre ans après l'événement vouloir en rectifier l'origine, ou au moins les circonstances, c'est chose assez difficile. Non, n'y pensez pas. Admettons , au contraire , que tout s'est passé comme le bruit public et la conviction de Messire de Ville le portent : eh bien ! ce sera le cas ou jamais de guérir la blessure causée à cette âme paternelle. Et voilà la grande œuvre à laquelle la charité semble convier cette pieuse enfant. Du reste, sa volonté est à elle. Rien au monde, surtout dans l'affaire si grave du mariage, ne doit attenter à sa liberté. Ne vous faites point illusion, Robert : vous pouvez fort bien ne point inspirer l'afiection que vous ressentez vous-même. Je le comprends parfaitement : cette tache de sang ! cette idée : Epouser le fils du meurtrier de mon frère !.. . Prendre...

Iréna ne laissa point frère Porphyrien achever ; elle se sentait blessée par cette supposition si contraire à ses sentiments.

— Je vous en prie , bon Père , ne pressez pas sur cette corde. Robert lui-même sait combien mon cœur est étranger à toute pensée de haine ou de rancune contre son père , à plus forte

raison contre lui. Jamais la raison que vous donnez là n'entrera dans mes vues. D'ailleurs , si la moindre aversion me fût venue de ce côté , Robert l'aurait lui-même détruite par le service qu'il m'a rendu : je lui dois la vie , il m'a arrachée à une mort certaine , au risque de périr lui-même. A ce seul titre , il aurait droit à ce que je pardonnasse un fait dont il n'est nullement coupable , et qui est plutôt à mes yeux un malheur qu'un crime.

— Ne parlez pas de service , Iréna : car véritablement cela n'en vaut pas la peine. Ah ! si je n'ai pas d'autre titre que celui-là à vos affections , permettez-moi de le sacrifier, d'y renoncer entièrement. Je ne veux point vous avoir sauvée de la mort ; je ne réclame en aucune façon le paiement d'une action due au hasard, que le premier passant, le premier portefaix pouvait faire comme moi. Iréna, l'amour et l'estime que vous m'inspirez datent de loin ; je serais bien fâché que ces deux sentiments fussent en vous d'une origine si récente. Je n'entends point vous imposer un acte de reconnaissance , réclamer le paiement d'une dette : je vous demande simplement si mes vœux vous sont agréables , si vous consentez à devenir un peu plus tôt ou un peu plus tard... mon épouse. Car je sais que la barrière que m'oppose la haine de votre père ne peut s'écarter tout d'un coup. Répondez-moi donc devant ce bon religieux, ou plutôt devant Dieu; pouvez-vous, voulez- vous m'accepter pour époux ?

Plus la question devenait pressante , plus la situation d'Iréna ^tait embarrassée. Nous le répétons : elle n'avait ni le temps ni la volonté de sonder le fond de son cœur, pour se rendre compte de ses propres dispositions et donner une réponse claire, définitive. D'autre part, elle avait promis d'écarter de son esprit toute réflexion relative au mariage , jusqu'au temps qu'elle s'était fixé elle-même. Et ce fut à cette dernière circonstance qu'elle se rattacha pour sortir de son embarras.

— Je vous remercie, Robert, de l'attention que vous voulez bien me prêter ; je ne puis qu'y être fort sensible ; surtout à

cause de la préférence que vous m'avez donnée, dites-vous, sur des personnes à coup sûr plus dignes de votre choix. Vous êtes franc et sincère dans l'expression de vos sentiments ; et comme la franchise provoque la franchise , vous me pressez de vous donner une réponse nette. J'userai donc avec vous d'une parfaite simplicité, et vous dirai tout bonnement : Je ne puis pas vous répondre.

— Pourquoi donc, Iréna? Craignez-vous la colère de votre père ? Mais dans les circonstances où nous nous trouvons , au moment où les partis semblent sur le point de se rapprocher, il me semble que votre père finirait par céder aux sollicitations pressantes de ses amis , à l'influence de hauts personnages , et surtout à la manifestation libre et spontanée de vos vœux. Ne le croyez-vous pas ?

— Cela est bien possible , Robert ; je nourris dans mon cœur une vive espérance et un désir bien plus vif encore de voir mon père déposer enfin la haine qu'il nourrit contre le vôtre. Cela viendra, s'il plaît à Dieu. Ce n'est cependant là la réponse que je ferai à votre pressante question ; je vous dirai en toute simplicité que mon propre cœur est pour moi comme un livre fermé, où je ne puis ni ne dois lire...

— Voilà une étrange énigme, Iréna, reprend Robert étonné autant qu'attristé. C'est une singulière manière d'esquiver une réponse.

— Oui, oui, dit à son tour le vieillard, on ne comprend pas bien ce que cela veut dire. Notre cœur est un livre , un vrai livre ( hélas ! les pages n'en sont pas toujours bonnes ni belles) où l'œil du prochain ne doit pénétrer que dans une juste mesure , mais où le nôtre doit toujours hre couramment à l'aide de la divine lumière. Est-ce à dire que vous éconduisez cet honnête jeune homme ? Eh bien ! soit ! vous en avez le droit; mais au moins dites-le lui clairement, et que ce soit fini.

— Je comprends, bon frère, réplique Iréna, que mon langage vous paraisse énigmatique. Je vais donc m'expUquer plus clairement : cela veut dire que je me suis engagée par vœu à

écarter de mon esprit toute pensée, de ma bouche toute parole qui ait trait au mariage, et cela pendant un an. Or, ce terme n'est point encore écoulé , tant s'en faut. Vous voyez donc que je ne saurais répondre en aucun sens à la question •que me pose Robert de Varey.

— Ceci est différent, dit le vieux prêtre. Votre cœur est bien alors un livre scellé , au moins sur une page , et personne ne peut vous forcer à lever le sceau. Nous avons vu parfois de ces résolutions, inspirées par des motifs connus de Dieu seul. Je me garderai donc bien d'insister davantage. Pardonnez-moi mon indiscrétion ; je me mêle probablement de ce qui ne me regarde pas. Mais Dieu m'est témoin, et le grand saint Irénée aussi, que je n'avais en cela que des vues droites. Je serais si heureux, avant de mourir, de voir la paix solidement établie dans notre belle cité, et cette union m'eût semblé si propre à préparer un si grand événement.

— J'avais bien ouï parler de cette étrange résolution, Iréna, dit Robert que cette révélation avait comme altéré ; mais je vous avoue que je n'y pouvais croire. Il faut cependant bien qu'elle soit raisonnable, puisque vous l'avez prise, vous que nous avons toujours vue dès le bas âge prendre la raison pour guide. Cependant, ne pourriez-vous...

— Silence, mon fils ! N'allez pas plus loin. Respectez la noble, la courageuse décision de cette vierge. Ce qui n'était tout à l'heure qu'une simple question de déhcatesse, est maintenant une affaire de conscience. Vous ne pourriez sans témérité, sans crime, forcer un sanctuaire, dont la porte vous est interdite.

— Je comprends cela , cher frère Porphyrien. A Dieu ne plaise que je prétende arracher à Iréna un secret qu'elle ne peut pas livrer. Mais cependant sans rien trancher, sans rien décider, ne saurait-elle trouver un moyen, un mot, pour me faire savoir si je dois espérer ou renoncer à mon désir le plus ardent ? N'est-il pas possible de concilier son vœu avec un...

— N'insistez pas , jeune homme , dit le frère en l'interrom-

pant avec une certaine vivacité. Vous devez sentir combien les limites sont sévères en pareille matière. Ne créez point de remords dans cette âme innocente ; vous ne vous pardonneriez pas à vous-même de l'avoir troublée. Si vous l'aimez, comme vous le dites...

— Oui, je l'aime , s'écria de Varey avec vivacité; oui, je l'ai aimée des le berceau, pour ainsi dire; et peut-être... et peut-être... l'aimerai-je toujours. Mais elle ne m'aime pas, mais elle ne m'a peut-être jamais aimé, même quand nous étions enfants. Sa réserve, sa froideur me le disent assez. L'amour n'est pas de ces sentiments qui se cachent à volonté ; c'est une flamme qui se trahit, d'une manière ou de l'autre. Allez, allez, jeune fille, vous avez beau dire : la haine de votre père est passée dans votre âme ; elle y a déposé son poison, sans que vous vous en doutiez peut-être, et c'est à son impulsion secrète que vous obéissez en ce moment.

— Ah ! Robert ! murmura la jeune fille.

En prononçant ces mots, elle avait relevé ses yeux vers le ciel, et, à la clarté de la lanterne du religieux, on put en voir découler deux larmes. Ces paroles prononcées avec émotion, ces larmes coulant en silence, désarmèrent, attendrirent le jeune de Varey. Nous ne savons quelle signification il attacha à ces signes de sensibilité, ni en quel sens il aurait repris la parole, s'il lui eiit été donné de la reprendre. Mais la porte s'ouvrait, et une figure, reconnaissable même dans la pénombre, apparut aussitôt : c'était Pierre de Ville. Instinctivement Robert releva son masque, et s'éclipsa dans le coin le plus obscur du caveau.

— Allons ! allons ! chère enfant, tu oublies un peu ton père, à travers tes œuvres de charité. Ne sais-tu donc pas l'heure qu'il est?... Bonsoir, frère Porphyrien. Comment ne chassezvous pas cette petite folle, à des heures aussi indues ?... Bonne nuit, cher frère de la Passion. Continuez vos œuvres de charité. 11 n'y a ni voile ni couverture qui cache aux yeux de Dieu le bien que vous faites. Je prie le ciel de vous en récom-

penser : il y a tant de misères dans ces jours de deuil !... Hé î hé ! c'est toi, Pavolias ? Quel singulier hasard t'a amené ici ? Je te l'ai toujours prédit cela, misérable; ta vie de soudart ne pouvait aboutir à autre chose... Et toi qui as changé de drapeau !... lâche!... traître!... Mais nous réglerons un jour notre compte...

Le contract venait de sortir de son léthargique sommeil, et roulait des yeux encore ternes et abattus. Pendant ce tempslà, de Varey s'était enfui, redoutant la terrible explosion qui ne manquerait pas d'avoir lieu, si de Ville venait à le reconnaître. Iréna elle-même tremblait qu'il n'en fiit ainsi. Elle ne se rassura que quand elle vit Robert sorti.

— Oui, ma fille, reprit de Ville avec un regard à demi caressant et à demi fâché, oui, tu es malhonnête de laisser ainsi ton père des journées entières, quand tu sais que ton absence l'attriste toujours. Voyons ! combien y a-t-il d'heures que tu es hors du nid ?

— Des heures bien pleines, des heures bien riches pour le ciel, Messire, dit le frère Porphyrien. Voilà comme on sème sur la terre , quand on a envie d'avoir une belle moisson dans le ciel. Si vous saviez combien sa présence fait de bien à nos pauvres !

— C'est à merveille, bon frère. Mais il y a par là un autre pauvre qui a aussi bien besoin de sa présence. Quoi ! faut-il donc que je me fasse Rétréci pour le plaisir de voir ma fille , surtout quand j'ai besoin d'elle... surtout quand tout est sens dessus dessous à la maison'.. Car enfin, chérie, toi qui te plaignais tant de n'avoir personne à loger; toi qui pleurais presque de ce que le concile ne se déchargeait pas d'un hôte en ta faveur; eh bien ! eh bien ! tu en auras à cœur joie, cette fois; et il pourra bien arriver que tu te plaignes du trop.

— Des hôtes? nous avons des hôtes, mon père? Ah! si c'était le saint frère Thomas d'Aquin, quel bonheur ! quelle joie! Dites-moi vite cela, mon père.

— Ce n'est point le frère Thomas, fillette, répond de Ville

en clignant de l'œil. Où es-tu donc allée te fourrer en tête qu'un dominicain viendrait loger chez toi, quand les fils de saint Dominique ont ici uii couvent? Non. Mais c'est autre chose... quelque chose de moins saint, peut-être, mais de plus rare qu'un dominicain... assurément. Demain tu sauras (jnel honneur la ville nous fait. Elle s'est enfin souvenue qu'il n'y a pas rien que des couvents à Lyon. Je me félicite d'avoir été choisi pour la représenter en pareil cas. Petite, il faudra te montrer à la hauteur de la circonstance. Vite ! vite ! alloiïrr nous-en.

De Ville, toujours fier de son titre de citoyen, avait en effet reçu commission de loger des nouveaux-venus. Et cette visite inattendue , que la jeune fille cherchait en vain à deviner, 'levait encore jeter une complication de plus dans son innocente et paisible existence.

FIN DU PUEMlEtt VOWBB;

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