‹ Irène;Chapitre 22 sur 37 · SCÈNE XXX · texte numérisé non relu

SCÈNE XXX

LE COMTE, puis IRÈNE.

le comte, se jetant dans un fauteuil et à part. Allons I et quoi qu'il m'en coûte, pourvu que l'honneur de ma famille soit intact, pourvu qu'un éternel silence ensevelisse à jamais... ce que je voudrais me cacher à moi-même ! (Se retournant sans regarder.) Ah!... c'est vous, Irène? irène, en toilette de mariée, s'adressant timidement à son père. Oui, mon père... j'ai obéi à vos ordres. Je me suis parée de ces présents qui me venaient de vous! ne laisserez-vous pas tomber un seul regard sur votre fille ?

le comte, se retournant et poussant un cri d'approbation. Ah !... (A pari et se contenant.) Qu'elle est belle ! et qui dirait, mon Dieu, à voir ce Iront si modeste et si pur... ( A Irène qui vient de se jeter à ses genoux.) Que faites-vous! Que me voulez-vous?

Si j'ai repoussé d'abord le mariage que vous et ma tante m'imposiez... que mon obéissance actuelle m'obtienne mon pardon?... votre bénédiction, mon père... (Voyant M. de Brienne qui garde le silence.) Me la refuserez-vous?

LE comte, avec émotion.

Non... non je vous la donne ! et, si vous le pouvez, soyez heureuse 1

Puis-je l'être, quand votre cœur est changé à ce point! un an loin de moi!... un an sans m'écrire... Il y a un an cependant, quand je vous ai quitté, mon père... quand je vous ai embrassé pour la dernière fois... vous étiez pour moi bon et indulgent... vous m'aimiez...

le comte.

Ah ! c'est qu'alors vous étiez ma fille I

Ne la suis-je donc plus? voire colère, votre sévérité, que l'on disait si terribles et que je n'avais jamais connues, devaient-elles éclater pour quelques instants de résistance... bien naturelle ! j'ai pu me tromper... maison m'avait assuré... et vous l'ignorez sans doute, que M. le comte Annibal avait beaucoup de dettes !

LE COMTE

Je le sais.

Que sa société, ses liaisons, sa conduite, étaient loin d'être irréprochables !

le comte, de même.

Je le sais! je lésais!

Et vous lui livrez votre fille?

le comte, avec une colère concentrée.

Parce qu'à tout autre, puisqu'il faut vous le déclarer, à tout autre qui me l'eût demandée, moi gentilhomme, je n'aurai pas voulu la donner.

Qu'entends-je?

LE COMTE

Et qu'avec celui-là même, je n'ai voulu manquer ni de loyauté, ride franchise... Eh bien! oui... je lui ai écrit hier... je lui ai tout dit!

Eh ! quoi donc !

LE COMTE

Ce que j'ai appris à votre frère en lui ordonnant de nous venger et de punir...

0 ciel!... et que lui avez-vous donc appris?

LE COMTE

Vous me le demandez! vous avez celte audace!... Vous!

Vous me faites peur... mon père.

LE comte, cherchant à se modérer.

J'ai tort... j'ai tort... j'avais juré de ne pas prononcer ce nomlà.... mais puisque vous m'y forcez, faut-il donc vous rappeler M Henri de Clermont !

irène, à part.

0 ciel !

LE COMTE

Pourquoi avez-vous tressailli? (Lui prenant la main.) Pourquoi maintenant êtes-vous tremblante?

irène, se récriant.

Moi! mon père!

le comte, lui faisant signe de se taire. Parlons bas! Ses folies, ses aventures scandaleuses, lorsqu'il en était question en votre présence, n'excilaient-elles pas votre mépris?

irène, de même.

J'en conviens.

LE COMTE

Eh bien, cette froideur, ce dédain, celte haine que vous affectiez, sont-ils les sentiments qui régnent dans votre cœur?

Répondez.

Mon père !

LE COMTE

Ainsi donc... il n'a reçu de vous aucune préférence?

Qui? moi!

LE COMTE

Jamais il ne s'est trouvé... seul... avec vous?...

Jamais! quelle idée!...

LE COMTE

Jurez-le donc... jurez-le devant votre père!

IRÈNE, levant la main.

Devant Dieu!

le comte, à part.

Ah ! c'est trop fort!... quand de mes propres yeux !... (Haut.) Quand moi-même...

Qu'avez-vous?

le comte, écoutant.

Silence!... silence!... et remettez-vous, car on vient! (Irène pendant le commencement de la scène suivante se relire vers la toilette à gauche, et, pour cacher son trouble, a l'air de s'occuper à rarranger sa toilette.)

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