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Irenna, la huronne

Ounis est un chasseur. Il voit, dans son sommeil, L'ours brun de la forêt et l'outarde des grèves. Il voit des crânes nus et du sang dans ses rêves, Car il est un guerrier, un fils de sagamos.

Souvent Irenna chante, et nul ne sait les mots Qui tombent de sa bouche aux heures de la joie. Accroupi sur des peaux plus molles que la soie, Un Autmoin redouté vient d'annoncer à tous Qu'elle parle en secret aux puissants Manitous.

— Les plaisirs de l'amour, le bonheur d'être mère Couronneront bientôt sa jeunesse éphémère, Et ses pieds suivront loin l'homme qui la soumet, Ajoutent les vieillards fumant le calumet.

— Quels sont les Manitous que sa prière invoque? On ne la voit jamais, ô sages! quand j'évoque, Pour savoir nos destins, les bienveillants esprits, Reprend TAultmoin.

Et tous le regardent surpris.

Au wigwam de la vierge, à la dernière lune, Ounis s'en est venu tout heureux, sur la brune, Apporter les présents: des castors, des visons.. Ils furent acceptés. Sans peur des trahisons, Ounis n'a pas revu sa douce fiancée.

Ainsi le veut l'usage.

Irenna, balancée En sa frêle pirogue, au mouvement des eaux, Vient aborder la rive, et, dams les verts roseaux Son mocassin fleuri trace une longue raie; Elle semble inquiète. A sa hanche serrée, Une peau l'enveloppe avec un soin jaloux. Songe-t-elle au plaisir ? songe-t-elle à l'époux ?

Sous le dôme embaumé des résineuses pruches,

S'assemblent, bourdonnant comme feraient des ruches,

Les parents, les vieillards et les chasseurs amis.

Pour la fête chacun dans son orgueil a mis

Des colliers à son cou, sur sa tête des plumes.

Cymbales et tamtamis, comme un concert d'enclumes,

Font retentir les bois jusques au loin. Le feu

Pour le festin déjà s'allume. Et le ciel bleu

Regarde s'élargir, à travers la ramée,

Le nuage mouvant de l'épaisse fumée.

De sa hutte d'êcorce enfin le jongleur sort,

Ounis l'avait prie de conjurer le sort

Et de paraître ensuite au milieu des convives.

Ounis, pour inspirer des tendresses plus vives, S'est tatoué la face et les bras. Les stylets Ont ciselé ses chairs de dessins violets. Sous ces dessins grossiers que le caprice invente, L'amour a l'air féroce et le rire épouvante, C'est la beauté pourtant aux yeux de la tribu. La laideur, c'est cet homme et livide et barbu Qu'apporta dans ses flancs une grande pirogue.

— Moi, je sais composer une mortelle drogue. J'en remplirai ma coupe et j'irai, sans trembler, L'offrir aux hommes blancs qui sont venus troubler Notre liberté chère et nos chères ivresses !

Chante l'Autmoin cruel, en nouant à ses tresses Une plume d'aiglon qui tombait des vieux pins.

— Où donc est la promise ?.. Et ses yeux sont-ils peints, Dit-il encor ?.. Ses yeux, son épaule, sa gorge ?

Le daim captif est là. C'est elle qui l'égorgé. Qu'elle frappe sans peur l'animal endormi, Et sans peur ses enfants frapperont l'ennemi.

[le may] IRENNA LA HURONNE 137

Irenna la huronne, alerte, gorge nue,

S'approche du wigwam, mais il est tard. La nue

Redescend lentement dans l'air plein de frissons,

Elle se -glisse seule à travers les buissons.

D'où vient-elde ? Un bruit sourd monte sous les feuillages,

Son cou n'est pas oirné de brillants coquillages...

Quelque chose pourtant flotte à son sein bronzé;

Est-ce de son amour le signe déguisé,

Ou de la Robe Noire est-ce la médecine?...

Les convives sont là. (Son regard les fascine.

On dirait un serpent endormant les oiseaux.

La ramure légère, enlaçant ses réseaux, Au-dessus du wigwam s'arrondit comme une arche, Par un sentier de mousse Ounis s'avance. Il marche D'un pas fiévreux, rapide, avec un air d'orgueil. Il arrive et s'écrie, en franchissant le seuil:

— A la danse ! au festin ! la volupté commence ! "

Irenna paraît sourde à cette véhémence. v su'

En va<in le fiancé MBEBi*»=stn==sesqpiaa> &- t*^*^**^*-*^- ^t-*-^ Des pleurs mouillent ses yeux, , ill ir^VTfe&b*&eA (T**- £~ *

Le jongleur à ses dieux parle selon le rite. Tout-à-coup il s'écrie:

— Arrachez de son cou Cet objet inconnu qui vient on ne sait d'où... Le Manitou le veut ! "

Il clame et gesticule.

Ounis s'avance alors, mais la vierge recule

— Ce talisman nouveau, dit-elle, c'est la croix ! Je t'aime, tu le sais, et tu m'aimes, je crois. Ne te désodés pas. L'espoir que tu caresses Ne sera point qu'un rêve, Ounis, si tu t'empresses... fa^Maiju pouuqumii ne fnijjuu uu ni a,U aUdltu. ?

,lXa "robe noire" attend, va donc, Ounis... Veux-tu?

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