‹ Irenna, la huronneChapitre 2 sur 4 · LA SURPRISE · texte numérisé non relu

LA SURPRISE

Les vieillard© ont siégé soins la forêt Dans l'ombre, Loin du " visage pâle " ont siégé les vieillards. . . Les guerriers iroquoiis sont venus, en grand nombre, Surprendre le® hurons, pendant que les brouillards Tendent leur voile humide autour de la bourgade. Sur les eaux, sous les bois, dans la lueur qui fuit, Glisse comme un serpent l'infernale brigade. Elle guette sa proie. O ! la sanglante nuit... La mort plane !

L'Autimoin a prédit la victoire.

Il a parlé deux fois à l'esprit des combats. Les " blancs " auront leur tombe ici. Ce territoire, Depuis le lac sans fin jusqu'aux monts de là-bas, Est aux chasseurs. Les " blancs " et les hurons qu'il® aiment Seront tous égorgés. Le® Hurons les premiers, Car ils déposent l'arc, fouillent la terre et sèment Des grains qui vont mûrir au milieu des fumiers.

Les bois sont endormis. Le hibou solitaire, Seul aux cîmes de® pins, ulule tristement.

— O l'augure fatal ! ne va-t-11 pas se taire ? Songe Ounis, le guerrier, qui marche lentement.

Ounis souffre depuis qu'Irenna son amie

A reçu le baptême et prie un Dieu nouveau.

Sur son front désormais pèsera l'infamie...

De® pensers de vengeance échauffent son cerveau.

— De quel droit ce Dieu-là, gronde-t-il dan® un râle, Vient-il nous enlever les vierges de nos bois,

Nous ne lui volons 'pas ses femmes au front pâle?...

Il erre ça et là comme un fauve aux abois,

■Honteux de son échec, irrité de sa peine...

Mais quelles sont ces voix qui chuchotent tout près'

Sont -ce les guerriers morts qui lui soufflent la haine ?

Il veut boire du sang. . . Le sang qu'il aime. Après

Il ira déterrer, lui, la hache de guerre.

Si les autres ont peur, qu'importe ? il ira seul.

Le wigwam d'Irenna qu'il respectait naguère

S'endormira bientôt sous un sanglant linceul . . .

Et toujours le hibou sinistrement ulule... Interrogeant la nuit de ses ardents regards, Ounis marche plus vite. Un feu maudit le brûle... Il est fou d'avoir eu pour elle tant d'égards.

[le m a y] IRENNA LA HURONNE 139

Irenna reposait sur sa couche de branches1. Un ange avec amour la protégeait, ouvrant Au-dessus de son front ses ailes toutes blanches. Elle se délectait dans un rêve enivrant.

L'ange ne voit-il pas la menace qui plane ? N'entend-il pas un bruit pareil au flot montant ? Qui donc s'introduit là, dans la chaste cabane? Un spectre s'est penché sur la vierge. Hésitant, Il écoute passer une haleine embaumée. . . Ce grand Esprit, ce Christ au séduisant appel, Ce Dieu qui lui ravit sa jeune bien-aimée, Va-t-H à son amour, va-t-il à son scalpel, Cette nuit, la soustraire ?

Elle est là sans défense.

Le père est à la chasse au loin. L'obscurité Favorise l'audace et provoque l'offense.

On fait mieux ce qu'on fait dans la sécurité.

Mais quel cri de fureur, quelle clameur immense

S'élève tout-à-coup dans la bourgade en paix ?

Est-ce le cri de guerre ? Il meurt et recommence

Comme un éclat de foudre au fond des bois épais.

Le féroce iroquois, brandissant la massue,

Sourit au sang qui coule et foule aux pieds les morts .

Il frappe; il est partout et ferme toute issue.

Son bras est sans repos et son cœur, sans remords.

Ouni© s'est redressé pareil à la panthère; Aux appels des guerriers Ounis a répondu...

La vierge avait un songe . . O ! le chaste mystère ! Aux clameurs des combats le songe s'est fondu.

Page 1