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( 42) soif de la gloire et la nécessité de défendre ses jours.
Dans les rangs ennemis était un guerrier aussi remarquable par son courage que par le luxe de ses armes.
L'or brillait sur les harnais de son cheval plus noir que lébène ; et artistement appliqué sur la lame de son cimeterre , il y dessinait quelques versets du Koran. Son casque, surmonté d’un cimier de pourpre, qui, dans ses mouvemens rapides, imitait les ondulations de la flamme; sa noire aigrette, qui semblait menacer de la mort tous ceux qu'elle saluait de ses balancemens sinistres ; le manteau vert qui était rattaché surson épaule et retombait sur sa cotte de mailles, tout annonçait un émir de la race des Alhamar. Sa présence inspirait tant de
courage aux soldats ; sa Voix toujours menaçante donnait des ordres si multipliés et si promptement obéis , que, sans faire attention aux insignes de sa puissance , il eût été facile de reconnaître en lui le chef de l’armée musulmane. Aux lieux où la mêlée était plus sanglante, où les guerriers pluspressés combattaient avec plus de rage et d'acharnement, où les chrétiens étaient arrêtés ou repoussés avec perte, là vous étiez sûr de rencontrer l’émir.
C'était son activité et sa bouillante valeur quil depuis le lever du soleil avaient rétabli l'ordre dans son armée.
Si la fortune a mal secondé ses projets, si ses troupes ont pu ternir un moment leur vieille réputation d'intrépidité, du moins il assure leur retraite, et venge cruellement leurs
(44) affronts. Son bras est dans un mouvement continuel, soit qu'il manie la lance ou le cimeterre. Parmi tous les guerriers musulmans, et même parmi ceux de l'Occitanie, aucun n’a frappé des coups plus prompts et plus terribles ; aucun , avant qu'Irner prit une part active au Combat.
Le général chrétien a vuavec autant de douleur que de jalousie les exploits de son valeureux adversaire; et celui-ci n’a pas eu besoin de le voircombattre long -temps pour reconnaitre qu'il avait enfin trouvé un rival digne de lui. Tous deux ont senti un vif desir de se mesurer, et se sont plusieurs fois menacés de la voix et du geste : les mouvemens des troupes les ont toujours empêché de se joindre. Enfin, guidés par une idée simultanée, ils
(4) font un détour, se rencontrent à pet de distance du lieu où leurs soldats continuent à se charger, et là ils commencent le plus opiniâtre de tous les combats singulrers.
Avant d’être à portée de s'attendre ils ont mis leurs lances en arrêt, et.
pressant par l’éperon la fougue de leurs coursiers, ils se sont précipités l’un sur l’autre. Le choc a été si violent que la lance du Maure s’est brisée en heurtant la cuirasse d’Irner : celui-ci, par un coup plus habile, est parvenu à enfoncer la sienne dans les flancs du cheval de son ennemi, qui se cabre et jette son maître à plusieurs pas de distance. Aussitôt 1l se précipite vers le Musulman pour le forcer à se rendre, ou pour profiter de l'avantage que lui donne ce premier succès; mais
( 46 ) avant qu'il ait pu l'atteindre , l'émir, revenu de l’étourdissement desa chute, se relève , saisit son cimeterre, et s’avance de pied ferme pour recommencer le combat, Du revers de la seule arme dont il puisse maintenant faire usage , 1l écarte celle qui était dirigée contre sa poitrine; à une seconde attaque il se sert du tranchant, et fend jusqu'à la moitié de son épaisseur le manche de l’importune javeline. Tout à coup, par un mouvement que son ennemi na pu prévor , il dégage son cimeterre, et le plonge jusqu'à la garde dans le large poitrail du coursier. Avant qu'il se soit abattu Irner a eu le temps de s'élancer à terre, et sans regretter de se voir obligé de combattre à armes égales , il croise son ‘épée avec le cimeterre
(47) de l'émir. Quel œil pourrait compter les coups qu'ils se portent et parent avec la même habileté! Les pierres d'une tour qui s'écroule, les grelons qui ravagent quelquefois les moissons de la plaine ne tombentni plus rapides ni plus nombreux, Leurs glaives qui se choquent avec un cliquetis continuel, qui se croisent en angles mobiles, et lancent. en jets brillans les premiers rayons de lastre du jour, ressemblent au météore des orages ; non pas à Ce tonnerre qu'annonce un bruit éloigné , sourd et religieux, mais à ces carreaux qui, accompagnés, de vifs claquemens et d'une clarté plus vive encore, sèment sur leur passage la destruction et l’effroi.
Ces guerriers , qui dans la bataille n'avaient frappé que pour donner la
( 48) mort, ne peuvent maintenant se faire une seule blessure. Ils s'arrêtent un moment, fatigués et étonnés de leur mutuelle valeur. Bientôt la fureur succédant à l'admiration, ils se chargent avec plus d’impétuosité que jamais. Cette fois ils dédaignent les ressources de l'adresse, et, renonçant à viser les parties de leurs corps qui sont mal garanties, ils ne font assaut que de force. Chacun frappe avec violence pour chercher à mettre enpièces l'armure de son ennemi. Hélas! le. courage d'Irner est trahi par la mauvaise trempe de ses armes; son épée se brise , et la visière qui couvrait sa figure est fracassée au même instant.
Mais est-ce bien un cri de victoire que lémir vient de faire entendre ? est-ce pour montrer à son ennemi l’expres-
(49 ) sion d'une joie féroce qu'il a relevé la visière de son casque? Non; il a jeté son cimeterre ; et, exposant aux regards d'Irner des traits qu'il ne peut méconnaitre, « C'était donc à « toi, dit-il d’une voix attendrie, « c'était à mon ami, à mon bienfai- « teur que je cherchais à donner la « mort! Ah st malgré tes actions hé- « roïiques j'ai pu te méconnaitre Si « long-temps, laisse-moi rendre hom- « mage à ta valeur. Comment ne pas
. « la chérir! elle vient de m’épargner « un crime ; comment ne pas l’ad- « mirer, elle a repoussé l’armée de « Kellamar. » À ces mots ses yeux furent mouillés de larmes ; puis tout à coup, ayant serré le chevalier dans ses bras, il s’éloigna précipitamment pour rejoindre ses troupes. La bataille était