CHAPITRE III, — LA MORALE
mot de cette déclaration biblique si remarquable que Dieu créa l'homme à son image (1).
Tous les documents juifs qui nous restent de cette époque, palestiniens et hellénistes, s'accordent sur la question de la liberté morale. Il dépend de l'homme, enseigne la Sapience, de trouver Dieu. Il n'a qu'à le chercher dans la simplicité de son cœur (2). Il est possible à celui qui s'applique avec soin, dit ailleurs (3) l'auteur de ce livre, de posséder la sagesse. Le com mencemènt de la sagesse est le désir sincère de ses instructions, le soin de s'en instruire conduit à l'aimer ; son amour se manifeste par l'observation constante de ses leçons ; la constante pratique de ses leçons est la base solide de la pureté de l'àme, et la pureté de l'âme rapproche l'âme de Dieu. Ainsi, dans toute la série du développement moral de l'âme, depuis le désir de la sagesse qui en est le premier degré, jusqu'à son plus haut point de perfection, ce point qui la rend digne du trône, comme s'exprime la Sapience (4), la route est ouverte devant l'homme. Il ne peut y marcher, il est vrai, sans le secours de Dieu, parce que la séduction du vice corrompt l'âme la plus pure, et que l'agitation des passions entraîne les meilleurs esprits (5) ; mais il est libre d'implorer ce secours divin (6), et de s'en rendre digne (7), et il ne peut s'en prendre qu'à lui-même s'il recherche la mort par les erreurs de sa vie et s'il hâte sa perte par les œuvres de ses mains (8).
(1) V. Josèphe, Hist. des Juifs, liv. I.
(2) Sapience, I, 1-3.
(3) Ibid., VI, 11-18.
(4) Ibid., VI, 19.
l5) Ibid., IV, 12.
(6) Ibid., VII, 1.
(7) Ibid., I, 2-4.
(8) Ibid., I, 12-16.
Philon se prononce dans le même sens, mais en termes plus précis. La faculté de se déterminer lui-même, de diriger sa pensée et sa volonté (1), est ce qui constitue la nature propre de l'homme. Cette faculté, on la chercherait vainement, dit-il, dans les autres créatures . C'est qu'elle est la conséquence la plus directe de la ressemblance de l'homme avec Dieu (2). Ce n'est que dans l'âme, dit-il encore, que Dieu dénoue les liens de la nécessité; c'est elle seule qu'il a créée libre, et qu'il a douée de la puissance de se déterminer par un acte spontané de la volonté. Il a imprimé en elle le sentiment du bien et du mal, lui laissant le choix de la condamnation, si elle fait le mal avec connaissance de cause, et de l'honneur, si elle pratique le bien volontairement (3). C'est parce que l'élément rationnel qui est en l'homme, qui est l'homme véritable, possède la liberté morale, qu'il est la condition même de la vertu, ou, comme il dit ailleurs, qu'il est placé dans la vertu (4). L'Ecclésiaste n'est pas moins explicite. Il déclare (5) positivement que l'homme n'est pas sous l'empire de la nécessité et que Dieu, en lui donnant la faculté de distinguer ce qui est bien de ce qui est mal, l'a laissé libre de se déterminer pour l'un ou pour l'autre (6). Mais en affirmant cette doctrine, il s'élève (7) en termes fort vifs contre la doctrine contraire. Ne dis point : C'est le Seigneur qui me force d'abandonner la vertu. Comment Dieu pourrait-il te forcer à faire ce qu'il a lui-même en horreur ? Ne dis point : C'est lui qui me jette dans l'égarement ; car il n'a nul besoin de l'homme
(1) EXcvSfpl'a, TÔ £XOU7(OV.
(2) Quod Deus sit immut, § 10. De Plant. Noe, § 5 et 9.
(3) Kaxt'aj xac àpETYJ; w; av oîxo; vo~j; xat Xôyoç. De mundi opif., § 24.
(4) Leg. Alleg., I, g 14 et 23; III, § 17 : Tbv vovv tIQwj (ô Ge'oç) h àçtx*.
(5) Ecclês., XVII, 6.
(6) Ibid., XV, 14-17.
(7) Ibid., XV, 11-13.