‹ iryah neemanahChapitre 15 sur 35 · CHAPITRE III. — LA MORALE · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — LA MORALE

la tradition attribue aux membres de la grande Synagogue, ceux qu'elle met dans la bouche de Siméon le Juste (1), sont en parfaite harmonie avec ceux que suivirent les docteurs dans les âges suivants. Mais procédons par ordre.

Les principaux problèmes relatifs à la nature de l'homme avaient préoccupé les révélateurs primitifs des enfants d'Israël. On en a la preuve dans les plus antiques documents mosaïques. Quand la Genèse rapporte que Dieu fit l'homme à son image, elle exprime sous une image très saisissable la pensée des anciens sages sur la dignité morale de la race humaine ; et le récit de la chute d'Adam et d'Eve a pour but évident d'expliquer l'origine du mal. Les prophètes n'ajoutèrent rien à ces indications. Il s'agissait pour eux de sauver le monothéisme, sur lequel reposait la nationalité d'Israël, et non de discuter et d'approfondir des questions de métaphysique religieuse. Mais quand, après l'extinction de la prophétie, il se forma en Israël une science théologique, ce fut à ces antiques philosophèmes qu'on rattacha toutes les doctrines relatives aux facultés morales (2).

Dieu fit l'homme à son image, dit la Genèse (3). Ces paroles sont le thème que développent les docteurs juifs, pour établir la dignité morale de l'homme ; mais ils ne s'entendent pas tous sur le sens précis qu'il convient de leur donner. La Sapience fait consister la ressemblance de l'homme avec Dieu tantôt dans le fait qu'il est créé pour l'immortalité (4), tantôt dans sa destination à la domination sur le reste des créatures et à la direction morale des choses de ce monde (5). Fidèle à son principe de ne

(i) maa ip"©, ire section, mura, i et 2.

(2) Cf. Nicolas, Doctrines religieuses, p. 201.

(3) Genèse, I, 26, et IX, 6.

(4) Sapience, II, 23.

(5) Ibid., IX, 2 et 3; X, 2.

rattacher les choses créées à Dieu que par l'intermédiaire du Logos, Philon rapporte l'image divine dans l'homme, non à Dieu, mais à son Verbe, qui seul a pu déposer sa propre image dans un être tenant par tant de liens à la matière (1). L'homme, ditil, est, par son intelligence (2), semblable au Verbe divin. L'àme raisonnable, dit-il ailleurs (3), est une empreinte du Verbe éternel. Cette image divine se manifeste déjà au dehors, dans l'attitude du corps qui permet à l'homme de diriger son regard vers le ciel, comme s'il s'efforçait de saisir l'être invisible par les organes des sens (4). Mais ce n'est là qu'une considération fort accessoire pour le philosophe Alexandrin. Il faut, selon lui, chercher ce par quoi nous ressemblons à Dieu dans l'élément rationnel (5) qui est le chef de l'àme (6). Par cette ressemblance avec Dieu, l'homme est un produit, non de la terre, mais du ciel (7).

L'Ecclésiaste voit cette ressemblance de l'homme avec Dieu soit, comme le dit la Genèse elle-même (8), dans la domination qu'il est appelé à exercer sur le reste des créatures terrestres, soit encore dans ses facultés intellectuelles et particulièrement dans le pouvoir qu'il possède de distinguer le bien du mal (9). Les autres apocryphes palestiniens sont muets sur ce point. Mais ce qui est bien autrement étonnant, c'est que Josèphe, dans le récit de la création, qu'il fait d'après la Genèse, ne dit pas un seul

(1) Eusèbb, Prœpar. Evang., VII, 13; VIII, 13 et 14.

(2) Karâ rr/V «îtàvoiav. Philon, De mundi opif., § 51.

(3) De Plant. Noe, § 5.

(4) Ibid., § 4.

(5) I.e voûç.

(6) H SWxdyj Xûtxvcu xarà tov tyj; Yu^îj; r/yepova voûv. Ici., De mundi opif., § 23.

(7) Id., De Plant. Noe, § 4 : «purôv oùx È7n'yetov àXX oùpavtov.

(8) Genèse, I, 26 et 28.

(9) Ecclés., XVII, 2 et 8.

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