‹ iryah neemanahChapitre 2 sur 35 · TÉMOIGNAGE D'ÉTERNELLE RECONNAISSANCE ET D'INALTÉRABLE DÉVOUEMENT · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGE D'ÉTERNELLE RECONNAISSANCE ET D'INALTÉRABLE DÉVOUEMENT

Éminentissime Cardinal,

Dix-huit ans se sont écoulés depuis le jour où, envoyé par mon vénéré père à Rome avec la mission d'implorer V intervention du Très Saint Père dans un litige avec feu mon oncle, j'eus pour la première fois le bonheur de m' entretenir pendant quelques heures avec Votre Éminence, devenue déjà, en raison de ses brillantes qualités de cœur et d'esprit, persona gratissima auprès du grand Pape Léon XIII, mais dont on ignorait encore les hautes destinées. Sur mes prières instantes, Votre Éminence daigna plaider notre cause avec tant de chaleur, tant d'éloquence persuasive, qu'Elle détermina Sa Sainteté à intervenir en notre faveur. Mes parents n'étant plus de ce monde et le motif du litige

en question ayant cessé depuis longtemps, cet événement serait déjà effacé de ma mémoire, si je ne gardais pas encore l 'ineffaçable souvenir de la grande bonté d'âme de Votre Eminence et si ma reconnaissance envers Elle n'était pas gravée au fond de mon cœur où elle restera aussi vive que le premier jour jusqu'à la fin de ma vie.

Désireux d'en donner à Votre Eminence un témoignage, je ne saurais en trouver un plus solide que celui exigé par saint Basile : « Amènemoi», disait un jour le saint évêque de Césarée à un pauvre qui se confondait en remerciements pour avoir reçu une aumône, « amène-moi un autre malheureux pour que j'en soulage les souffrances, et tu m'auras donné le meilleur gage de ta reconnaissance. » Le malheureux que j'amène aujourd'hui pour que Votre Eminence en daigne soulager les souffrances, est ce peuple infortuné dont je décris dans ce volume les croyances et les mœurs. La persécution des Juifs recommence avec une violence inouïe, et si l'Église, seule capable d'arrêter ce déchaînement des passions et de mettre un terme à cette iniquité, n'intervient pas à temps, nous assisterons bientôt à ces hideux spectacles de massacre des Juifs qui ont à jamais marqué le moyen âge du cachet de la honte et qui — je l'avoue à ma grande douleur et à ma profonde confusion — n'étaient dus qu'au trop peu de résistance, sinon à la tolérance, des Souverains Pontifes.

La charité est la marque distinctive du Chrétien, disait saint Augustin. On ne s'en douterait guère à voir ce qui se passe aujourd'hui en France et un peu partout en Europe. Ce ne sont pas les adversaires de la religion catholique qui donnent à la maxime de saint Augustin les plus criants démentis, ce sont les catholiques eux-mêmes. Par leur langage, par leurs écrits, par leurs actes, on dirait qu'ils ont pris pour tâche de la réfuter. Il n'est pas d'outrage, de vexations et de cruautés dont des soi-disant catholiques n'accablent les Juifs, pas d'accusation infamante dont ils ne les chargent injustement, pas d'ignominies qu'ils ne ramassent pour les jeter à la face de ces infortunés. Chaque jour voit paraître des nouveaux journaux et des nouveaux pamphlets qui

rivalisent dans la haine contre le Juif ; c'est à qui excitera le plus la foule à la fureur, et des prêtres inconsidérés, oubliant le principe de leur ministère sacré, se distinguent par la violence de leur langage. Les riches, seuls visés dans cette odieuse persécution, en sortent généralement indemnes ; ce sont uniquement les honnêtes travailleurs, les pauvres, qui en sont les victimes. Leurs maisons sont saccagées et leur vie même est sans cesse menicée ; le smg des innocents coule dans la rue et les lamentations des veuves et des orphelins montent au ciel.

Quand il n'y aurait qu'un seul être qui souffrit, et quand il aurait mérité de souffrir, et quand il ne souffrirait qu'un instant dans sa vie, cet instant de douleur devrait être pour le Chrétien qui l'a occasionné le plus désespérant des remords qui affligent le cœur. Quels sont donc les griefs qui justifient tant de cruautés envers des milliers d'êtres humains ? « C'est une race haïssable », se contentent les uns d'écrire. Quoi ! ce grand peuple que Dieu a choisi parmi tous les habitants de la terre pour lui révéler les vérités éternelles, ce grand peuple qui a vu sortir de ses rangs le Rédempteur du monde, ce grand peuple que Justin Martyr (1) appelle « le peuple favori de Dieu », est qualifié aujourd'hui de race haïssable ? En vérité, un tel langage est un véritable blasphème, une insulte à la religion chrétienne ; compréhensible dans la bouche d'un athée désireux de prendre l'Église en défaut, il est répugnant sous la plume d'un écrivain catholique. Les écrivains qui parlent de la sorte répudient assurément toute solidarité avec les adversaires de la religion, mais ils se font malgré eux les alliés des ennemis les plus acharnés de l'Église.

« C'est l'excessive cupidité du Juif qui lui attire tant de haine », disent les autres. Je ne connais pas assez les Juifs ; les rapports que fai eus avec quelques-uns d'entre eux ayant toujours été purement littéraires. Mais, en tout cas, n'est-ce pas généraliser beaucoup trop quand on raisonne de la sorte sur les dispositions de l'âme de millions

(1) Apologie, II, (j.

d'êtres humains 1 N'y a-t-il point aussi des Juifs exempts de ce reproche ? Qui n'a pas entendu parler du grand apôtre de la philanthropie, le baron Maurice de Hirsch, dont le nom devrait être inscrit en lettres d'or aux frontons de tous les établissements de bienfaisance du monde entier ! Cet homme de bien était un Juif. Peut-on l'accuser également de cupidité, lui, dont toute la vie était consacrée à soulager les souffrances des autres, sans distinction de religion ni de nationalité , et dont la mort a plongé dans le deuil des milliers de déshérités ? Et les barons de Rothschild, dont l'inépuisable charité est universellement connue, ne sont-ils pas également des Juifs ? Pour peu que Von veuille les chercher, on trouvera assurément dans chaque pays des milliers et des milliers de Juifs, de fortunes plus modestes et de noms moins connus, dont la générosité égale, si elle ne surpasse, celle des Catholiques. Avonsnous le droit, en présence de tels exemples de désintéressement, d'accuser de cupidité les Juifs en général et de les rendre collectivement responsables de quelques cas exceptionnels ? D'ailleurs, pourquoi ces moralistes féroces stigmatisent-ils avec tant de violence le désir des richesses chez le Juif, et restent-ils si indifférents en présence des émigrations énormes qui s'opèrent chaque année ? Quel est donc le noble motif qui attire des milliers de Chrétiens d'Europe dans les pays les plus lointains où ils vont établir des factoreries ? Est-ce une simple passion de voyager ? Non : c'est la soif de l'or, c'est-à-dire la plus vile et la plus basse de toutes les passions. Pourquoi faire un crime aux Juifs d'une faiblesse que nous trouvons très naturelle, ou du moins par' donnable, chez nous-mêmes 1

Enfin, un troisième argument, d'apparence plus sérieuse, auquel les persécuteurs des Juifs ont recours pour pallier leur détestable conduite, est celui-ci : La conscience du Chrétien, prétendent-ils, réprouve le méfait, celle du Juif, au contraire, l'approuve, ou, en d'aiitres termes, le premier enfreint la loi religieuse en commettant une mauvaise action, alors que le second ne fait qu'y obtempérer. A cette grave accusation portée contre la religion juive, accusation qui a déjà fai{, au

moyen âge, tant de martyrs parmi les Juifs, je ne saurais mieux répondre qu'en publiant le présent volume qui contient, en raccourci, tous les principes de la croyance juive. On verra ainsi que, loin d'enseigner le mal, la doctrine juive ne respire que l'amour du bien, la charité et la sainteté. — Que les Catholiques, qui pourraient peut-être se scandaliser du qualificatif de « sainte» appliqué à la religion juive, sachent que les Pères de l'Église ont été les premiers à l'employer. « Les Juifs », dit Justin Martyr (1), « qui vivent d'après leurs saintes lois sont des vrais Saints, des vrais Chrétiens, hommes sans crainte et sans reproches. » Clément d'Alexandrie (2) parle dans le même sens. — La religion juive proscrit toutes les passions, mais, de même que la nôtre, elle ne parvient pas toujours à les vaincre ; elle condamne toutes les mauvaises actions, mais elle ne parvient pas toujours à se faire respecter. Qui donc oserait imputer au Christianisme les crimes sans nombre commis chaque jour par des hommes élevés dans cette religion ? Qui donc oserait imputer aux Croisés, ces héros de la Chrétienté, une foule de crimes dont plusieurs milliers d'entre eux se sont rendus coupables ? Êtaient-ils des Croisés, ces barbares qui, dans les archevêchés de Mayence et de Cologne, allèrent égorger toits les Juifs et s'emparer de leurs richesses, et qui, forçant le palais du vénérable Rothalde, archevêque de la première de ces villes, dont la pieuse humanité y avait donné asile à sept cents de ces malheureux, les immolèrent sans pitié sous ses yeux et malgré lui ! Étaient-ils des Chrétiens même ï Non : c'étaient des monstres. Que ion ne crie donc pas haro sur le Judaïsme quand quelques-uns de ses membres commettent des actes répréhensibles ? Un Juif vraiment religieux est incapable d'une mauvaise action. C'est en faveur de ces hommes vertueux, des Juifs fidèles à la foi de leurs ancêtres, que j'implore humblement l'intercession de votre Éminence auprès de Sa Sainteté. Le Vicaire de Jésus-Christ n'hésitera pas,

(1) Apologie, 1,27: Êfoaiot A at juxà xy»«v iavvû» njun P<oyvf£; otycot xoù Xptoriavot xoù «'^oj3ot où ixôfajçn ûirapYOtJffCft

(2) Strom., VI, 5, § 42.

j'en ai le ferme espoir, à élever sa sainte voix contre une odieuse persécution que les lois divines et humaines condamnent. Cet acte de justicerendue à des millions d'innocents sans cesse opprimés, sera l'œuvre la plus belle et la plus généreuse accomplie sous le glorieux Pontificat du grand Pape Léon XIII, et une couronne d'immortalité en sera le prix.

Certain de la bonté et de l'équité de ma cause, je n'ai aucune crainte d'alarmer la charité et l'esprit saintement pacifique de Votre Éminence en la suppliant d'appuyer auprès du Souverain Pontife une demande que je ne formule que pour la gloire de la Sainte Église et pour l'honneur de notre Très Saint Père, aux pieds duquel je me prosterne avec l'humble et confiante expression de ma filiale piété.

Baignez agréer, Eminentissime Cardinal, l'expression de la plus profonde reconnaissance dont sera pénétré durant toute sa vie

De Votre Éminence Le très humble et très obéissant serviteur

Jean DE PAVLY

Mai 1898.

Comme toutes les croyances du monde ancien, celles du Judaïsme sont entrées dans une nouvelle phase. Le Talmud n'est plus pour nous ce code barbare et sanguinaire dont le nom seul remplit d'horreur les bonnes âmes du moyen âge, trop occupées à en brûler les adeptes pour avoir encore le temps de l'étudier. Nous ne sommes plus réduits à recourir aux lumières des ouvrages pseudo-savants tels que Tela Ignea Satanœ, Abgezogener Schlangenbalg, ou ceux du brave capucin Henri de Leyde qui, prenant le Pirée pour un homme, s'écrie dans un de ses réquisitoires : Ut narrai rabbin Us (sic!) Talmud. Nous ne vivons plus, grâce à Dieu, à cette sinistre époque où les Juifs expiaient des crimes rituels imaginaires dont les accusaient les Pfefferkorn, les Bachrach et toute la tourbe des convertis, gens sans foi et sans honneur qui, pour avoir abjuré la religion de

leurs ancêtres, n'ont jamais, à mon avis, sincèrement embrassé la nôtre. Ces temps sont passés, dis-je, où il suffisait que quelques renégats fissent des prétendues révélations pour que le martyrologe d'Israël s'accrût de plusieurs milliers de noms.

La littérature sacrée des Juifs a été soumise à la pénétrante critique de savants et d'historiens véritables. Durant ces dernières années surtout, on a vu des ouvrages ayant trait au Judaïsme s'accumuler de la manière la plus extraordinaire, et les études très remarquables de nombreux savants juifs et chrétiens, quoiqu'ayant eu les points de départ les plus opposés, ont toutes servi à démontrer la pureté de la religion juive et la noblesse de sa doctrine.

Pourtant, malgré les soins avec lesquels on étudie depuis quelque temps la religion juive, il serait encore très difficile d'en donner une description fidèle et intelligible, de saisir les traits saillants qui lui donnent son expression permanente, son caractère véritable. L'unité de Dieu, l'espérance d'une vie meilleure, la croyance en une Providence veillant sur cet univers, la distinction du bien et du mal, ce ne sont que les éléments radicaux de toutes les religions monothéistes et nullement particuliers au Judaïsme.

Cette difficulté d'en donner une définition exacte tient au manque de livres canoniques proprement dits. A part l'Ancien Testament, les règles du devoir et l'interprétation de la loi étaient livrées à la mémoire et se trans-

mettaient de bouche en bouche jusqu'au 11e siècle de l'ère vulgaire, où Rabbi Juda, surnommé « le saint maître », voyant l'autorité des grands docteurs, vrais dépositaires de la loi, s'affaiblir de jour en jour, et craignant que la dispersion du peuple juif ne déterminât un schisme, convoqua un synode composé des plus grands théologiens de l'époque, qui rédigèrent par écrit le premier compendium de la loi intitulé Mishnâ. Comme tous les livres qui énoncent des principes législatifs, ce compendium avait dû exprimer ses décisions sous une forme concise, et en quelque sorte axiomatique, dont tout le monde pouvait ne pas saisir le sens. Aussi un siècle à peine s'étaitil écoulé que l'on sentait le besoin d'expliquer par des commentaires, soit le principe posé, soit l'intention précise de ceux qui l'avaient établi. Ce sont ces commentaires qui constituent le Talmud.

Ce corps étendu de doctrines fut développé simultanément à l'Est et à l'Ouest. Chez les uns, il reçut le titre de Talmud de Jérusalem, quoique rédigé à Tibériade. C'était le produit des écoles de la Palestine. Chez les autres, on l'appela Talmud de Babylone. La grande supériorité que les écoles babyloniennes acquirent bientôt sur celles de la Palestine assura dans la synagogue l'autorité du Talmud babylonien. Quand je dis autorité, c'est une façon de parler. Les Juifs ne reconnaissent d'autorité qu'à Dieu seul, et les rédacteurs mêmes du Talmud posent en principe (i) que leurs décisions n'ont (i) Traite nWJT, 1, 5.

rien d'absolu, ni d'immuable, et peuvent toujours être modifiées par celle d'un pouvoir égal à celui dont ils étaient revêtus. D'ailleurs, comment appliquer le terme d'autorité à un code dont la plupart des doctrines ne sont citées que sous forme de débat? Tout y est contesté. La théodicée, les plus hautes spéculations de la philosophie, l'interprétation de l'Écriture sainte, la venue du Messie, ainsi que les questions fondamentales mêmes de la religion ne sont pas à l'abri de la controverse. Ainsi, quand on trouve au Talmud un passage qui commence : l'école de Shamaï dit telle ou telle chose, on peut être certain de lire bientôt une opinion contraire émise par l'école de Hillel. Il en est de même de toutes les autres écoles. On dirait que chaque école se faisait un devoir de se faire l'antagoniste d'une autre. Celle de Johanan est constamment en lutte avec celle de Siméon fils de Laqish, celle de Tarphon avec celle d'Aqiba, et ainsi de suite.

La rédaction définitive du Talmud fut achevée par Ashé, ou plutôt par Rabina et José, vers le commencement du vie siècle de l'ère vulgaire. C'est à la fin du ixe siècle que le Talmud babylonien fut transplanté en Espagne par Chasdaï. Le Talmud de Jérusalem n'arriva dans ce pays que vers la fin du xie siècle. Les plus anciens manuscrits du Talmud datent du xne siècle ; celui de la Bibliothèque nationale de Florence {Fonds Pliiteum, ced. 7, 8 et 9) est daté de 936 (1 176 de J.-C). C'est en i520 que parut pouf la première fois à Venise une édition complète du Talmud babylonien ; celle du

Talmud de Jérusalem parut dans la même ville, trois ans plus tard. A ces deux Talmuds viennent se greffer encore les Boraïthoth et les Thossiphthoth, autres commentateurs de la Mishnâ, les îMiddrashim, et enfin le Zohar, commencé par Siméon fils de Johaï, et achevé vers la fin du vne siècle. Ce dernier recueil, dont on a à tort contesté l'antiquité, contient la science mystérieuse à laquelle bien peu étaient initiés. On y traite de la théosophie, de la métaphysique, de l'angélologie, de la démonologie et d'une foule de visions et de choses surnaturelles. De faibles échos de cette science se retrouvent dans le néo-platonisme, dans le gnosticisme, dans la cabale, dans Hermès Trismégiste. Le nom du Zohar est entouré d'un culte religieux dans les écoles cabalistiques. A ce corps de doctrine, il faut encore ajouter les innombrables commentaires dont la nomenclature seule constituerait un grand volume. De même que les originaux, tous ces commentaires sont remplis de discussions extrêmement enchevêtrées. Les docteurs de chaque génération et de chaque pays ont tâché de trouver dans les pages vénérées de leurs livres sacrés le reflet des idées dont ils étaient imbus. C'est ainsi qu'on trouve les vestiges de plusieurs lois de la littérature sacrée des Juifs dans la jurisprudence des Grecs, des Romains, des Perses ou dans celle de l'Islam (i) ; plusieurs de ses points de morale, de litur-

(i) Je ne puis résister à l'envie de mettre sous les yeux du lecteur le passage suivant extrait de l'ouvrage de M. Zadoc Kahn, Grand-Rabbin

ig PRÉFACE

gie et de doctrine dans la religion de Zoroastre, dans le christianisme ou dans le mahométisme ; une grande partie de sa métaphysique et de sa philosophie dans Platon, Aristote, les pythagoriciens, les néo-platoniciens et les gnostiques. Plusieurs fois déjà des savants éminents ont essayé d'établir un code de religion définitif et reconnu par l'universalité des Israélites. Mais à peine ces codes furent-ils adoptés, que des nombreux

de France. {L'Esclavage selon la Bible et le TalmuJ, Paris, 1867, p. 67) : « H est difficile à un peuple », dit cet illustre savant, dont la profonde science égale les hautes vertus, « il est difficile à un peuple, quelque bun « ,ardé qu'il soit par ses lois et ses institutions, de rester toujours ferme « L influences du dehors. Cela devient difficile surtout lorsque ce « peuple est dépossédé de sa nationalité, livré à une domination etran- « ffère, ou même brisé en mille morceaux dispersés partout. Ses idées, . ses mœurs, sa législation, se modifient nécessairement au contact dune « civilisation toute nouvelle, toute différente. C'est ce qui arriva aux . Israélites, de l'aveu même du Talmud, pendant l'exil de Babylone « c'est ce qui leur arriva pendant la domination grecque, et surtout après « la conquête romaine. Sans doute les croyances du Judaïsme restèrent « toujours pures, sa morale forte et élevée: sous ce rapport, Rome ne . pouvait que recevoir sans rien donner {ce n'est pas sans raison que « M Z. K. emploie le qualificatif de « pures » quand il parle de croyances, « alors qu'il se contente pour la morale de celui de « forte et élevée .; « c'est à dessein également qu'il mentionne < .Rome > : quant a Thebes.a . Suse et à Athènes, il n'en parle guère .'...) ; mais il n'en est pas de même R de la jurisprudence. Cet admirable code civil romain, qui a inspire « tant de législateurs modernes, devait plaire à l'esprit fin et pénétrant . des auteurs du Talmud. Quand on étudie la littérature talmudique ou a s'aperçoit immédiatement que l'influence romaine a passe par la Le « droit civil surtout (l'adverbe « surtout,* a son importance!), tel que « l'expose le Talmud, reproduit souvent les principes du droit romain, et « quelques fois il lui emprunte jusqu'aux expressions juridiques »

On ne saurait s'exprimer avec plus de précision, ni avec plus d élégance. Cette page seule suffirait pour placer M. Zadoc Kahn au nombre des meilleurs écrivains de la langue française: Et longum nolo scnpton prorogat xvum.

dialecticiens subtiles en contestèrent l'exactitude et en diminuèrent le prestige. Tel était entre autres le cas des œuvres d'Al-Faqi, de ÏMaïmom'de, d'Ashert et de Jacob, fils d'Asheri. Tel sera bientôt également le sort du Shoulhan-Aroukh, rédigé par Qaro et Ysserles vers la fin du xve siècle, et actuellement en vigueur chez les Juifs du monde entier : étant donnés les tiraillements et les violences que lui font déjà subir ses commentateurs. Tout ce que les docteurs de la synagogue ont écrit sur la religion est désigné par le nom générique de Thorà. Tout est Thorà : la Bible, le Talmud, les gloses et jusqu'au dernier des commentaires. Il n'y a point d'accessoire ; tout est principal pour les Juifs actuels.

En parcourant la Thorà, cet énorme recueil où brillent les plus vives lumières au milieu de la plus grande obscurité, où l'excès du délire est joint à la profondeur de la sagesse, où des milliers d'hommes ont déployé la force et la faiblesse de leur raison, où tout est flottant et indéterminé, où rien n'est défini, rien n'est rigoureux, on acquiert bientôt la certitude que la vie d'un homme ne suffirait pas pour mettre un peu d'ordre dans ce chaos, pour établir une esquisse même imparfaite de ce singulier mouvement intellectuel qui a fait que les plus grands esprits d'un peuple ont employé, durant plusieurs siècles, toutes leurs facultés à concevoir et à écrire, puis pendant mille années, à commenter et à controverser.

En présence de tant de scissions et de tant de dissidences, j'ai pensé que, pour arriver à définir le Judaïsme,

il valait mieux procéder en sens inverse de la méthode habituelle et étudier la vie d'un Juif pour en connaître les convictions intimes, les sentiments qui l'animent; en d'autres termes, j'ai pensé que ce n'est pas l'étude de la religion qui nous fera connaître le Juif, mais qu'au contraire il fallait surprendre la religion juive là où elle a fait véritablement sa demeure : dans une cité de vrais croyants. Partant de ce principe, j'ai essayé de reconstruire par la pensée une cité juive telle qu'elle existait avant la dispersion du peuple d'Israël. Je me suis servi à cet effet de ces parties de la Mishnâ seulement qui ne sont pas contestées ; des sentences et des récits des Thanaïths des deuxTalmuds et des Middrashim, qui ont enseigné peu après la destruction de Jérusalem ; enfin du Zohar dont le fondateur, déjà nommé, ainsi que les principaux rédacteurs ont vécu vers la même époque. C'est à l'aide de ces documents authentiques et irréfutables que j'ai reconstitué la vie publique et privée des Juifs primitifs.

Étudié de cette façon, le Juif se révèle à nous avec toutes ses dispositions de l'âme, avec toutes ses aspirations, avec toutes ses vertus et toutes ses faiblesses. De même que l'homme, sa religion nous apparaît dans toute sa clarté, dans toute sa pureté première. Point de trace des subtilités rabbiniques, des milliers et milliers de pratiques enfantées en grande partie, dans le cours des âges, par l'imagination des dialecticiens et conservées dans ces innombrables traités dont la plupart se taisent sur les •points essentiels qui font la religion juive ce qu'elle est

et doit être. Le Juif ne connaît avant tout qu'une seule pratique : mica, fidélité, loyauté. ruia*t, voilà l'essence de. sa religion. Elle domine dans ses pensées, elle se manifeste dans toutes ses pratiques, elle se révèle dans tous ses actes, elle constitue la base de sa croyance. CUaritai est la première vertu du Chrétien; celle du Juif est naïo».

Loin de vouloir dissimuler les difficultés inséparables du travail que j'ai entrepris, j'insiste à dessein sur ce point, afin de montrer quel soin et quelle attention j'ai dû apporter dans un sujet aussi ardu, quelle indulgence on doit avoir pour des lacunes et des erreurs inévitables dans l'étude d'aussi vastes questions. En écrivant ces pages, j'ai voulu procurer aux hommes quelque nourriture intellectuelle ; je me suis surtout attaché à mettre en relief, même dans les questions les plus abstruses, les points d'un intérêt réel sur lesquels doit se porter l'attention de la masse des lecteurs ; je me suis constamment proposé de ne jamais laisser un recoin obscurci par les arguties des faux savants, sans essayer d'y faire pénétrer la lumière de la vraie science. J'ai même, dans une revision, supprimé plusieurs chapitres qui m'ont paru offrir peu d'intérêt ; peut-être n'ai-je pas poussé le sacrifice assez loin.

J'ai divisé l'ouvrage en deux parties. Le premier volume constitue en quelque sorte la partie théorique. On y examine la quintessence de la loi, de la morale et des croyances. Le second volume, formant la partie pratique, nous familiarise avec la vie publique et privée du Juif.

Certes, il reste encore des erreurs dans cette étude, malgré le soin avec lequel je l'ai corrigée ; et je serai reconnaissant envers tous ceux qui me les signaleront, me préoccupant peu de la courtoisie ou de la rudesse des critiques, pourvu que quelque vérité nouvelle soit mise en lumière, ou quelque vieille erreur détruite à jamais. Je me croirai largement récompensé de ce modeste travail, s'il peut contribuer à dissiper un malentendu, né de l'ignorance et soigneusement entretenu par la perfidie; s'il parvient à persuader que le prétendu ennemi est notre meilleur ami ; qu'il est une parenté plus haute que celle du sang qui coule dans nos veines : celle du sang qui fait battre nos cœurs de la même indignation et de la même joie ; qu'il est une liaison plus haute que celle résultant de la communauté de race : celle que nous tenons de notre commune soumission au Père du genre humain.

de PAVLY.

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