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CHAPITRE PREMIER

La Fédération d'Israël

La forme de gouvernement a été de tout temps intimement liée à l'idée religieuse dominante. Chez certains peuples, la religion a été la cause de la politique; chez d'autres, elle en a été l'effet. La religion contemplative de l'Inde créa des pouvoirs sociaux correspondant aux pouvoirs occultes de la nature ; la religion pratique de l'Egypte appropria plus directement ses dieux aux besoins du temps et du pays. Les sages de l'Inde, entraînés vers les spéculations, s'efforcèrent de soumettre la pratique de la vie aux idées avec lesquelles on croyait expliquer l'harmonie du monde; ceux d'Egypte, au contraire, chez qui les soins relatifs aux choses d'utilité physique avaient prévalu, accommodèrent plus directement les croyances, les institutions à ces besoins mêmes, et transformèrent en théologie une partie de leur politique.

Mais dès l'origine, ces deux manières de procéder auxquelles il est impossible d'échapper entièrement, celle de se représenter les dieux d'après l'idée qu'on se fait des hommes, ou de diriger les hommes d'après l'idée qu'on se fait du ciel et des dieux, ces deux manières rencontrèrent dans leur exercice des sources abondantes d'erreurs. Les besoins appelés physiques ne sont pas moins difficiles à déterminer avec netteté que les besoins

intellectuels ou moraux. Les sens ont leurs illusions comme l'esprit et le cœur, et la science de ce qui est utile peut offrir matière à controverse autant que la science du bien et du mal moral, du juste et de l'injuste. En conséquence, les esprits spéculatifs qui adoptèrent de fausses notions sur l'ordre général et théologique en firent une application funeste à l'ordre social; et les hommes plus positifs qui se trompèrent sur les véritables besoins des peuples et de l'humanité, concoururent à faire prédominer une théologie et une mythologie incohérentes dont la propagation n'était pas moins pernicieuse (1).

Solon, instruit des traditions des Égyptiens (2), prit la cosmogonie pour modèle de son État. De là son erreur de choisir une forme de gouvernement où l'on croyait retrouver l'oligarchie, dans le corps des Aréopagites ; l'aristocratie, dans la manière d'élire les magistrats ; la pure démocratie, dans la liberté accordée aux moindres citoyens de siéger dans les tribunaux de justice (3). Une telle constitution, qui tenait des gouvernements mixtes, était nécessairement vouée à la destruction par l'excès du pouvoir dans le peuple, comme celle des Perses, par l'excès du pouvoir dans le prince (4).

Les Mazdéens et les prêtres d'Egypte, admettant le principe de dualité dans la nature de dieu, l'appliquèrent également au pouvoir social. L'aristocratie représentait l'être intellectuel et actif; le peuple, celui de matériel et passif. En rejetant le principe de dualisme, le Judaïsme ne voit dans l'univers visible comme dans le monde invisible qu'une seule nature ou essence, qu'une même personne, qu'un seul être à la fois actif et passif,

(1) Cf. Salvador, Hist. des lnstit. de Moïse, t. I, p. 20.

(2) Platon, Crit., V,3.

(3) Aristote, De Rep., II, 12.

(4j Platon, De Leg., III, 4.

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