SCENE IL A NT O I N ^, seul
J \RNiGOi ! que j'sis un gaillard ben avisé ! j'épousons unejeune fille tonte gentille , c'est sage , c'est rangé ; ça n'quitt'rait pas l'bon chemin pour tout l'or du monde , jamais elle ne batifole avec d'aut' garçon du village qu'avec moi; elle m'aime comme ses jeux, qui , par parenthèse, sont ben beaux ; moi j'iaime itou comme j'n'peux pas dire , et pardessus tout ça , j'vais avoir à ma noce , des savaus , des biaux esprits , des poëtres !... Antoine ! mon ami Antoine , qu'vous êtes heureux ! comme les aut' garçons d'Auteuil vont être jaloux d'moi ; comme il vont me respecter !... j'vas être le plus brave de l'endroit ! Mathurine et 600 francs, c'est tout autant que not' maître me donne demain ; après la noce, chacun s'envient à moi et m'fait des cornplimens des falicitations... des... que sais-je moi? Air : J[h ! que je sens d'impatience.
Serviteur, à monsieur Antoine , li'jardinier de monsieur Boileau , Moi , content , joyeux comme un moine , J'vous tire aussi-tot mon chapeau ; Car maugré ia richesse, Y faut d'ia politesse , Quoiqu' ben des gens ma foi , Wpens' pas comm' moi.
Après vient la panse , Et la danse , On vous met son plus bel habit, Et jusqu'à la nuit , On s'amuse , ont rit :
Mais j'dis qu'à minuit.
L'amour s'introduit , Dans mon p'tit réduit, Sans suite et sans bruit.
Ah mon dieu !... mon dieu! quand j'songe à c'te journée de d'main. J
D'avance , {ter.) j'perds l'esprit. ( ter. )
Mais, chut! voici mon maître qui vient retrouver le sien dans les allées de son jardin... justement il paroit ben occupé... il a l'œil hagard : peste ! y n'ferait pas bon l'aborder. Allumons ces lampions , quand ces messieurs , ses
amis.
AVECSESAMIS. 9
ainis , v'nons ici ils aimont à souper en pl?in air , sur-tous quand i'tems est aussi beau que ce soir, ( Antoine allume lentement les lumières cfui sont suspendues aux arbres du jardin, )