‹ Isabelle et Gertrude, ou les sylphes supposesChapitre 23 sur 103 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Aî^TOINE , BOILEAU , sortant de sa maison^ un papier et un crajyon à la main , et marchant d'un pas grave,

l^ E début ne me paroit pas mauvais , relisons-le : » De tous les animaux qui s'élèvent dans l'air, » Qui marchent sur la terre , ou nagent dans la mer, » De Paris au Pérou, du Japon jusqu'à Rome, » Le plus sot animal , à mon avis , c'est l'homme.

J'ai eu bien long-tems envie de changer mon dernier vers , peut-être eut-il été plus vrai de dire que l'homme est le plus méchant de tous les animaux.

Air : Que d'orgueil prompt à s'enivrer. Des hommes , dans tous les climats , .

La conduite est vraiment affreuse.

Par-tout où Ton porte ses pas , . On voit la vertu malheureuse ; Je songe à nos premiers parens , Ils n'etoient que trois sur la terre 5 C'étoit l'âge d'or, l'heureux tems , Et Gain égorge son frère.

An t ci n e , dans le fond du théâtre. Le v'ià johment en gaité pour recevoir son monde.'

C'est toujours lorsque la sottise domine que se com^ mettent les plus grands crimes; ainsi , laissons » le piu^ .aot animal , à mon avis , c'est Fliomme.

A N T o I N E , e/i s' approchant un peu. Pourquoi le ciel ne m'a-t-il pas fait riche , là , seulement comme mon maître, je m'gobarg'rais itou des aut'shomme^ f crois que j'en dirions pis qu'pendre^ çar^ au fait, ils u^ valons pas grand'chose.

C est toi , Antoine , avec qui parlois-tu donc ?

Antoine.

Par ma finel not' maître avec moi tout seul , et si voua Tyoulez , j'm'en yas vous dégoiser d'bout en bout jia con-? versation que j'nous tenions par forme d*entretien ; i'vou? ons entendu débiter queiiq^^une de pes p'tites d^olerie^ qu'vous faites ©î-diijaire^meflj; ^ ypug j djisieig 4u j^^lI 4§|

ip MOL I ERE

^ant vot* usage ,

autres hommes , suivant vot* usage , et ça nous a fait fairfrJ eune réflexion.

. Quelle est-elle ?

Antoine.

Air : Lucas un jour en son chemin.

C'est qu'c'est un grand bonheur pour vous. De ne dépendre de parsonne , Et de n'pas travailler comm' nous , L'été, l'hiver, Tprintems, Tautomne. bis. Et comm' désirer n'coute rien ,

Excusez mon audace , Je souhaitions d'avoir vot* bien ,

Et d'vous voir à ma place... bis,

Va , inon ami , tu ne sais pas ce que tu désire ; crois înoi , SI je pouvois changer mon sort avec le tien , je le^ lerois volontiers. y

Air : De V Opéra comique Je vous comprendrai toujours bien. Ah ! je t*en donne ici ma foi , Tu quitterois bien ce langage , S'il te falloit ainsi que moi , Pâlir six mois sur un Ouvrage , En vers avoués d'Appollon , Embélir jusqu'aux momdres choses.

Et du plus aride chardon , Eaire des œillets et des roses.

Antoine.

Eh, ben! moi qui suis de l'état du jardinage, je n'me vant'rois pas de faire ce que vous dites-là.

Et si tu savois le courage qu'il faut avoir , les efforts^ qu'il faut employer pour soutenir le hon goût? Non 5 v'ià qu'est fini , j'n'voulons plus nous en mêler.

Un critique sévère , mais juste , fait-il voir que dans ces nombreux et mauvais ouvrages qui paroissent de nos jours, on choque le bon sens , on blesse la vérité ; la haine et les injures des sots, voilà le prix qui l'attend. Antoine.

TsTot' bon maît', prenais que je n'ai rien dit; ne ra'faites pas poëtre, j'vous en conjure , et laissez-moi, de grâce,' nia Bêche et mon ratiau,

Eh oui j mon ami! contenue de faire pousser des .arbre$j

A VT: C s E s A M I s. iT

et des fleurs; les fleurs, par exemple, ne sont-elles pas une source continuelle de réflexions gaies et philo$t){)niques ?

Antoine.

Comment donc ça , not' lïiaître ?

Air : La fuite en Egypte jadis.

Dans ce jardin sur chaque fleur , En me promenant je raisonne ;' Le pavot m'offre maint auteur.

Je vois un fat dans l'anémone; Ici j'apperçois des soucis , Des gueules-de-loup magnifiques; Je laisse les uns aux maris , Et les autres aux politiques.

Avec orgeuil,mai3 sans odeur, La tulipe élève sa tête ; Un brillant habit fait honneur , Fût-il porté par une bête.

Le Ijs me peint la majesté , Et l'immortelle la constance , La tubéreuse la fierté , La sensitive , l'innocence.

Antoine.

Moi, je n'ai jamais vu dans les fleurs un tentinet de ce que vous y trouvez; aji ! s'tapendant, v'ià que j'me ravise.

( // va cueillir une rose. )

Air : Nous sommes précepteurs d^ amour,

La rose à mes yeux satisfaits.

Offre l'image de ma belle , J'v trouve avec tous ses attraits , ïi^parfum que j'respire auprès d'elle.

Tu l'épouses demain , ta Mathurine ; elle t'aidera â supporter les peines de la vie ; tu auras des enfans , ils > seront bons et honnêtes comme toi et feront ta consolation ; dis encore que tu n'es pas heureux.

Antoine.

Ah ! rien que d'y penser , ça m'fait unplaîsir , ça m'bout9 une joie au cœur !... pour être heureux itou , not* cher maître, pourquoi qu'vous n'faites pas comm' moi, pourquoi qu'vous vous mariez pas, ça vous empêcheroit p't'être de dire du mal des femmes , comm' c'que vous m'avez lu Faut' jour. ( Boileau pousse un long soupir. ) Mais j'en** tends du bruit , serois-ce ces messieurs de Paris ?

B o I L E A u , tirant sa montre.

Cela pourroit bien être , sais-tu qu'il est près dé fietif heures ?

Antoine.

Je n*me trompe pas , j'entends la voix de monsieur Chapelle , c h dam' ! c'est un gaillard qui n'engendre pas de niélancoae c*tilà. Je m'retire , au milieu de tant d^biaux esprits j'sens ben que je n'serais qu'un sot. Si vous avez besoin de moi , vous m'appellerez. ( U sort. )

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