SCENE y I 1 I
Les précedens ,M0ND0RGE, accourant,
O U est-il ? où est-il ?
Tous, étonnés.
Qui?
Celui qui m*a donné cet argent tout à Theure ? Chapelle, prenant vivement Mondorge par le hras et Le menant à Molière.
Le voilà. Il ny avoit que Molière ici, ce ne peut-être que lui.
MoNDORGE,rt Molière.
A deux pas de cette maison , en vous quittant , i'entends crier : qui veut acheter mes petits pains de seigle? c'est moi , dis-je aussi-tôt , et je présentai ceci pour en payer un : oli! me répond le petit marchand, je n'ai pas la monnoie d'une si grosse pièce, depuis que je suis au monde, jô n'ai jamais eu un louis comptant.
Air : Décacheter 'sur ma porte.
T;orsqu'il parla de la sorte , Ma surprise fut bien forte ; Vous vous êtes mépris, Monsieur , en me douant ce louis , Tenez, je vous le rapporte. ter.
Molière.
Tiens , en voici un second. ( à part. ) où la vertu , vat'^elle se nicher ?
Baron, qui depuis L*arrii>ée de Mondorge , a été oCciipé à le considérer , s'écrie.
Je n*en puis plus douter , c'est lui !
T o u 8 , étonnés. c
Qui lui ?
Mondprgè !
AVECSESAMIS. 3i
MONDORGE
Qui prononce ici mon nom ?
Baron. Avec lequel j'ai joué long-tems la comédie en province,
Ce son de voix ne m'est pas étranger.
B A R o N , 6"e jettant dans les bras de Mondor^e, Reconnois Baron.
MONDORGE
Baron !
Baron.
Oui , Baron.
MoNDORGE,/e serrant contre son sein.
C'est toi , mon brave camarade ?
B A R o N , /e serrant dans ses bras. Mon vieux camarade , mon cher Mondorge.
Chapelle, û! part et désignant Baron, S'il, est souvent fier, d a bon cœur quelquefois.
Baron.
Mon cher ami , dans quelle situation faut-il que je te retrouve, et qui donc t j a réduit?
Mondorge.
Un accident arrivé au théâtre où j'étois engagé , m'a privé" de la vue ; n'étant plus utile à rien , je fus réformé, INTe sachant que jouer la comédie , et de cet instrument, ie fos obiigé de quitter l'une et de voyager avec l'autre n demandant l'aumône pour soutenir ma malheureuse 3xistence.
B A R o N , à demi-^voix, Me« amis , il faut le secourir.
Tous.
O'ii , oui.
Molière, fi Baron, Combien faut-il lui donner ?
Baron, répondant au hasard. Quatre pistoles.
La Fontaine, 5-^ tatant.
Ah, diable ! et moi qui ai encore oublié ma bourse,
Molière,^ Baron.
Donne-lui quatre pistoles pour moi. { à La Fontaine. ) Ea voilà vingt que txi lui donneras pour toi. La Fontaine.
C'est très-bien cela , Molière. ( il met la bourse dans fa poche de Mondorge. )
Baron.
Ce pauvre Mondorge ! que son sort est à plaindre !
Vous avouez donc , me:jsieuvs , cju'il esfc des être^ plus malheureuse que voui ?
Chapelle et Boileau.
Oui 5 certainement.
LaFontaine.
A quoi sert la vie , quand on n'y voit goûte ?
Molière, gaiment.
Ah ça , mais , messieurs , vous qui voyez très-clair , dans une heure,, à peu près...
Air : De la cosa rara.
Si, d'après votre envie, Vous n'étiez plus envie ?
Molière.
QueBoileau s'humilie.
Oh! je te remercie! Lorsqu'on se glorifie, ^ D'être homme de génie ; Et de l'académie !
Il faut que l'on défie , La fortune ennemie.
MONDORGE
Ayons l'âme aguerrie , Contre les coups du sort; Car c'est une infamie , De se donner la mort.
Tous , Vun après Vautre, D'accord.