EUGÉNIE, JUSTINE
JUSTINE, assise et cousant , à Eugénie qui entre d'un air rêveur t
JLjL-t-on déjà soupe?
EUGÉNIE
Pas encore , j'imagine,
JUSTINE
Et vous sortez de table ?
EUGÉNIE
Ah ! ma pauvre Justine î . . . •
JUSTINE
Quoi î toujours des soupirs !
EUGÉNIE soupirant.
Germeuil n'a pas mangé.
JUSTINE souriant.
Ni vous non plus ?
Hélas î combien il est changé »
Sa pâleur. . . ,
Sa. pâleur est toute naturelle :
Il est convalescent.
EUGÉNIE
Tu crois ?
JUSTINE en confidence.
Mademoiselle, Je vous crois , entre nous , plus malade que lui.
EUGÉNIE
Il est vrai cpie ce soir, , , ,
Ce n'est pas d'aujourd'hui»
J'ai Suivi les progrès de votre maladie.
E u G- É N I E, De ma maladie !
JUSTINE
Oui J c'est une épidémie Dont la malignité gagne dans la maison.
EUGÉNIE
Ciel!
JUSTINE
Je vous dis que c'est une contagion., Par un coup du hasard sept femmes rassemblées , Vivaient presque d'accord dans le monde isolées j Et dans noire château . nous ignorions , hélas ». S'il habiloit encor des hommes ici-bas.
Madame votre mère en avait , par prudence , Chassé le jardinier , de peur de médisance. Cela n'empcchait pas que , tout le long du jour , J^e couvent ne parlât de tendresse et d'amour , Qu'on y traitât les lois de la galanterie- Et l'art iasidieux delà coquetterie.
Mais combien ce qu'on fait vaut mieux que ce qu'on dit! Tous nos amours alors se passaient en récit. . ., . Enfin Germeuil paraît , et l'action commence. Homme , il était proscrit : cependant sa souffrance , Sa jeunesse , ses yeux abattus de langueur , Tout de l'arrêt fatal adoucit la rigueur. Un officier mourant , au printems de son âge , Par la fièvre surpris au milieu d'un voyage , Qui , d'une voix touchante , aux pieds de la Beauté Vient réclamer les droits de rhospitalilé , Harement à ses vœux la trouve inexorable.
EUGÉNIE vivement.
Eh î qui n'eût eu pitié de son sort déplorable î
j u s T I N E <i part.
L'Amour j qui. pren'd souvent le nom de l'Ajnitic ,.
Emprunte quelqueFois celui de la Pillé.
( Haut, ) L'humanité séduit le cœur de Flnnocence, Et la compassion va plus loin qu'on ne pense,
EUGÉNIE
Mais , où peut-elle aller ?
JUS T I N E
Je ne sais y mais enfm Tout le monde en ces lieux semble avoir du clungrin. Notre jeune malade est en convalescence ; On n'en est pas plus gai , sur-tout en son absence. Madame de Saint-Clair a perdu Tagrt ment De son esprit aimable et de son enjonment. Votre bonne maman , si causeuse et si folle , Néglige en soupirant le don de la parole. Madame de Courtmonde , "^u ton mâle et guerrier , Professeur en amour , redevient écolier. Notre dévote Ursule , inquiète et pensive , Imite , en gémissant , la colombe plaintive. Mère d'un jeune fils , vemx d'un vieil époux , Constance est insensible à des plaisirs si doux ; Elle embrasse . en pleurant , son enfant c^u'elle allaite. On dirait , à la voir sombre , morne et distraite , Ou que ce cher enfant est prêt à la quitter , Ou que son vieux mari vient de ressusciter. Les fleurs sur voire teint meurent à peine écloses : .TV vois encor des lis , mais j'y clierclie des roses. Enfin , moi qui vous pla.ins , je me fais peine à voir , Et n'ose qu'en tremblant consulter mon miroir. . . . Mais , madame paraît.
Mm DE SAINT-CLAIR, EUGÉNIE,
Mme DE SAIHT-C LA I R.
0 U K Q U o I donc 5 Eugénie > Sans raison , f^rusquement quitter la compagnie?
6 LESFEMMES,
EUGÉNIE
Pardon ! maman ; j'avois l'esprit préoccupé.
Mme DE SAINT-CLAIR.
X)e quoi donc ?
JUSTINE ironiquement,
De quelqu'un qui n'avoit pas soupi^.
Mme DE SAINT-CLAIK.
Justine , laissez -nous.