SCÈNE III
Mme DE SAINT-CLAIR, EUGÉNIEi
Mme DE SAINT-CLAIR.
A fille , la tristesse.
De moment en moment flétrit votre jeunesse: Vous ne vous prêtez plus à nos amusemens ; Vous ne souriez plus à mes embrassemens ; Vous laissez , en naissant , mourir votre génie. Tous ces talens , qui font le charme de la vie , Et que vous cultiviez avec tant de douceur , '
Vous les abandonnez. Parlez : à votre cœur , Près de moi , mon enfant , manque-t-il quelque cliose ?
EUGÉNIE
Vous soupirez , vous-même. . . .
Mme DE SAINT-CLAIR virement.
Et vous en êtes cause,
EUGÉNIE
Moi»
Mme DE SAINT-CLAIR.
Vous 5 ma fille.
EUGÉNIE
Hélas!
Mn-!€ DE saInt-clair confidemment.
Peignez-moi, sans détour, Ce que vous éprouvez.
EUGÉNIE naïvement.
Je sens de jour en jour Une mélancolie, une langueur secrète
Dont Taltraît inconnu me charme et m'înquîëte.
Tantôt là , dans mon sein , c'est un abattement
Qui m'accable : tantôt c'est un enchantement.
Mes yeux sont éblouis de toute la nature ;
X'air me semble plus doux , la lumière plus pure*
Je ne sais quel génie entraîne alors mes pas.
Je poursuis un objet que je ne connais pas^
Xasse enfin de chercher une vaine chimère ,
Je me dis : n Betournons dans les bras de ma mère. » '
Je reviens en rêvant; mes regards inquiets
Vous rencontrent. ... Ce n'est pas vous que je cherchais.
Eh» mais qui donc». . . le jour, je comprime mes larmes;
Mais la nuit vient ; alors que j'éprouv.e de charmes
A les répandre î Non , jamais on n'a goûté ,
Avec tant d'iamertume , autant de volupté.
Mme DE SAIN T-c t A I E. attendrie.
Ma fille, votre état je conçois ; j'ai moi-même I JEprouvé comme vous. . . .
Quoi î vous pleurez !
Mme DE SAIN T-C L A I R.
Je t'aime , Et je ne saurais voir arriver sans effroi L'instant où ton bonlieur ne dépend plus de toi. Que mon exemple au moins te préserve et t'éclaireî Viens , mon enfant , et lis dans le cœur de ta mère.
Lorsque j'avais ton âs^e et ta simplicité , Comme toi j'aspirais à la^élicité.
Dans le bonheur d'autrui je croyais voir le noire: Mon cœur me demandait à dépendre d'un autre. . • Hélas ! j'eus le malheur de rencontrer celui Qu'involontairement tu cherches aujourd'hui. J'admirai son maintien ,et son air de décence ; Dans ses yeux la- douceur , sur son front l'innocence. , •
EUGÉNIE ingénuement.
Comme Germeuil ?
Mme D E s A I N T-c L A I R , à part , vivement. O ciel î l'oacle fît mon majheur :
g: LESFEMMES,
Xe neveu ferait-il le sien !
EUGÉNIE, observant le trouble de sa mère» Que sa douleur ( Haut. ) Me touche î Poursuivez.
jiime DE s AliiT-CJaAiK continuant avec énergie» J'en fus abandonnée» , . •
EUGÉNIE
L'ingrat !
Mme DE S A I N T-C L A I K.
Et je passai ma vie infortunée Dans les regrets , l'ennui , le silence et les pleurs , Juscfu'fiu tems où l'hymen vint calmer mes douleurs* Je devins mère alors, et ma chère Eugénie Me fit trouver encor des plaisirs dans la vie. EUGÉNIE tendrement^
Ma mèrel
MiT^e DE SAINT-CLAIR la Serrant dans ses bras. Oui , mon enlant , oui , l'amour maternel Est de tous nos amours le seul cj;ui soit réel : Je le sens,
EUGENIE.
Quoi î maman , ce sentiment si tendre Qu'on goûte à se parler , à se voir , à s'entendre , Ces soupirs ? . . .
Mme DE SAIN T-C L A I R.
Sont les fleurs dont le piège est couvert* Ce qu'on gagne en amour ne vaut pas ce qu'on perd. . ; Ah ! puisses-tu jamais ne connaître les hommes l
EUGÉNIE
Mais je n'en ai connu que d'aimables.
MHie DE SAINT-CLAIR.
Nous sommes Dupes de ce prestige , et l'amabilité Déguise trop souvent l'ijisensibilité j L'artifice. ...
EUGENIE.
Comment ! je les entends sans cesse
^ Attester