SCÈNE XIV
Mme DE SAINT-CLAIR, LISIDOR.
A rencontre est heureuse. . . .
Mme DE SAIN T-C L A T R.
Et sur-lout imprévue.
Mais , sérieusement , m'avez-vous reconnue Tout de suite ?
Mes yeux n'ont jamais méconnu Ees traits de l'amitié ni ceux de la Vertu.
Mme DE SAIN T-C L A I R avec gaieté et sentiment. Hypocrite ! voilà votre ton , voire style , Quand vous trompiez ce crour trop tendre et trop facileî J'espérais que le tems vous aurait corrigé ; Mais , mon cher Lisidor , vous n'êtes pas, changé,
Ni vous.
Mme DE vSAiNT-CLAIR.
Comment?
LISIDOR.
Du Tems les redoutables traces Ont a peine effleuré vos attraits et vos grâces.
Mme DE SAIN T-G L A I R , un peu flattée.. Il s'agit bien î , . . ,
Pli
Je rends lioinmage à la Beauté.
Mme T> Y, SAINT-CLAIR sévéremeiit.
li'hcminage des amis , cVst la fidélité. L I s i D o R , légèrement Voilà votre grief; nous sommes infîdelles î Ce privilège doit n'appartenir qu'aux belles; Mais nous prétendons , nous , qu'il n'est pas exclusif.
Mme DE s A I N T- c L A I ?v flvec amertume. Et vous le prouvez bien.
Ce n'est pas sans motif.
Sur ce cîiapître-là ma causer va.ut la votre. On s>st , depuis îong-tems , tout dit de part et d'autre: Il estons donc but à but ; laissons-là le passé. X'amour finit. Pourquoi? C'est qu'il a commencé. Tel est l'ordre commun des choses de la v le. Si vous ne voulez pas cine notre cœur varie , -Ayez , pour nous donner des goûts toujours nouveaux y Toujours nouveaux attraits , et jamais de détauts. Nous deviendrons constans , quand vous serez parfaites.
Mme DE SAINT-CLAIR , s'exaliaiit peu, à peu. Nous le serions bientôt , vils flatteurs que vous êtes , Si de nos qualités votre art pernicieux ]N 'altérait en naissant le germe précieux. En vous y conformant , vous blâmez nos caprices j. -En vertus lâchement vous érigez nos vices ; Plus lâchement encoi;^vous livrez au mépris -Les crédules objets que vous avez surpris, Sans vous appercevoir que notre ignominie Atteste votre honte et votre perfidie.
Donne-nous donc, grand dieu, la force deliaïr L'Etre à qui tu donnas l'instinct de nous trahir î Permets-nous à la fin de lui faire justice , Et de sa trahison cesse d'être complice.
L I s I D o R , miement.
Si le ciel exauçait ce désir indiscret ...»
Mme DE SAINT-CLAIR, avec énergie.
Mon sexe serait libre.
L I s I D O Tv.
Jl vous désavoûrait.
Mme DE SAIN T-c L A I R , vlvemeut.
Pourquoi ?
Vous nous haïr î Que feriez-vons au monde ? Sur ranioiir seulement votre empiré se fonde.
Mme DE SAINT-CLAIR.
Sur l'amour que pour nous ont quelques importuns?
]Von. L'amour de tout tems s'est fait à frais communs. M ais la coquetterie . en quelques circonstances , Kous fait, par charité , remise des avances.
Mme DE SAIN T-c L A I R. , outrée de dépit, Avec quelle injustice et cfiielle atrocité Vous nous sacrifiez à votre vanité î Pour faire à notre cœur partager vos faiblesses , Vous descendez souvent aux plus viles souples5jes. l'écouvrons-nous le piège? évitons-nous Pécueil? Soudain vous nous taxez de cruauté , d'orgueil. Ingrats , il faut vous voir expirer ou nous rendre ! ISFous rendons-nous? tant pis ; il fallait nous défendre î... prenez donc un parti : supportez nos refus , Puisque vous nous aimez i ou ne nous aimez plus.
Sopliie , appaisez-vous ! laissons le ton tragique : Vous avez tant de grâce à jouer le comique !
Mme DE SAINT-CLAIR, eiicore émue.
Hélas î
Sécbez les pleurs c[ni coulent de vos jeux: Vous pleurez à ravir ; vous riez encor mieux. Mme DE SAIN T-C L A I R lit i/ii^olontaîrement.
L I s I D o R j vivement»
Eh bien , l'avais -je dit ?
46 I^ESFEMMES,
Mme D E s A I N T- C L A I R , ^^,^^ ^^^^^^
Traître !
Je vous adore Plus que. jamais.
Mme DE s A I N t-c L A î R, avec CGuvroux,
Et mai . je ... .
i- I s I D G R j gciement.
Vous m'aimez encore.
Mme DE SAINT-CLAIR.
Vous î
Cm. Les femmes ont coutume d'oublier
Tous leurs adorateurs , excepté le premier : Cvsl celî-Mà cfui sert d'époque à la tendresse.
]\:me D E s A I N T - c L A I R tendrement. ^n , qui peut en en effet oublier cette ivresse V"i jamais ne revient que par le souvenir ! Cet instant où , le front loiigissant de plaisir, J^ans un transport mêlé d'amertume et de cliarmes , ^otre premier aveu sYxhappe avec nos larmes ! Çue de fois , malgré moi , mou cœur s'est reporté A ce moment de trouble et de félicité! .... Mais je suis bien guérie ; et mon cœur se propose....
U aimer enror.
Mme DE SAINT-CLAIR.
^ Jamais .... Mais parlons d'autre cliose.
i-isiDOR, vivement.
Quel doux aveu ! . . . .
Mme DE SAINT-CLAIR, étonnée.
Comment . . .'.!
Les belles font toujours aveu de leur tendresse , en changeant de discours. Mme D E SAINT-CLAIR, fravenient, l:\ou- je v^is vous parler en mère de famille.
COMÉDIE. y
L Amour se tait devcint la Rai-on
M"^^ DE s A I N T-C L A I K.
Votre neveu pourrait convenir pour époux.''''' ^'^^^
Il est trop jeune.
M- p,^ SAlNT-CLAXK,^a.V,.e.^.
/^^^"tdéjV, bien mieux que vous, c j ^^ i- I s I D o R ^e même.
sans doute. Votre fille .... ?
Mme DE SAINT-CLAIR.
A le cœur de sa mère, n , n !■ I s I D o R.
i^et éloge est complet.
M^"^ DE s A I N T - c L A I R.
T • • 1 ^ ^'^^^ "^^ seule héritière
Jesms riche. Germeuil aura tout votre bien
p„. ^ I. s I D o R, i.„;,eu e77i^a;Ta,^e'. " '^ui mais
M-= BE SAINT-CIAIS.
T p, r "!"" ''''•"?™*^"'e'- , j'ai conserv-é le mien
les^ femmes pas-à-pas suivent lecoi.omie. '
v"," . f°™mes , portés sur laîle du Génie Volent à la Fortune : et là , tout eomme ailleurs Vous n avez pas sans doute éprouvé de rigueur.V
Tîll . f !■ I S I D o R.
Jille est iemme
M.ne DE s A I N T-C L A I p.
En ce cas, souffrez que je VOUS quitte. Mais notre affaire ?
M^^e DE SAINT-CLAIR.
■n' • ^^ ^^"* ^"^ y^^^^^ à la poursuifP D une importante ^ Poursuite
JL I s ï D 0 R j ironicjuemQnt, "
i3oo •
M'"c DE SAINT-CLAIR avec amilU.
Et qui vous louche un peu," L I s I D o K ^saluant d'un air conquérant.
Moi ?
Mme DE S A I IS T-C L A I R.
Vous. Allez m'attendre avec votre laeven. L I s I D o R.
Quoi ! vous quitter sitôt î
M^^e DE SAIN T-C L A I R.
Depuis long-lems . je pensé, Que votre cœur est fait aux tourmens de rabsence. L I s I D o R , vivement.
I*fon ! . . . .
Mme DE SAINT-CLAIR, paiement.
Eh bien , mon retour sera précipité , Monsieur, pour ménager sa serisibihté.
( Elle sort en lui indiquant l'appartement dr- Germeml.)