‹ Isabelle et Gertrude, ou les sylphes supposesChapitre 90 sur 103 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

SQÈNE PREMIÈRE.

GERMEUIL, LISIDOR, disputans.

vJ u I , vous avez raison ! louez la providence D'avoir pris tant de soin de votre adolescence !

( j4vec ironie. ) Un guerrier , un héros , sans honte peut-il voir Sept femmes l'entourer du matin jusqu'au soir.

GERMEUIL

Ce n'est pas trop.

Comment .... !

GERMEUIL

Toutes sont vertueuses Et jamais les Vertus ne sont assez nombreuses.

Vous comptez leurs vertus bien moins que leurs appas

Germeuii

Si j'avais ce bonheur , je n'en parlerais pas.

Aux femmes , en ce cas , vous êtes sûr de plaire , Eiles font consister l'honneur dans le mystère. L*amour est innocent quand l'amour est discret , Et ce qu'on ne sait pas n'a jamais été fait»

GERMEXJIL, avec fermeté.

Mon oncle , respectez mes sages bienfaitrices. Vous devez mon salut à leurs mains protectrices.

Vous voulez me piquer de générosité ? . . . . Voyons donc ce roman ?

GE RMEUI L.

Dans ce bois écarté , Seul , égaré , sentant ma force défaillante , Transi de froid, tandis que la fièvre bridante Fait circuler ses feux dans mon sang agité ,

J implore ici les lois de l'hospitalité

L I s I D OR.

Quoi , d'un- feu dévorant pour appaiser les flammes j Vous venez demander des caïmans chez les femmes ! Ees médecins encore auront aigri le mal.

GERMEUiL, vivement, Non. . .

Je les connais bien.

Vous les connaissez mal,

Cependant je vous vois la figure pâlie ; Et vous avez au moins fait une maladie.

GERMEUIL

Il est vrai que bientôt la fièvre redoubla , Et de tourmens aigus , par degrés , m'accabla. Mais 5 si vous aviez vu , dans ces momens terribles , Près de votre neveu tous cçs êtres sensibles

Ko LESTE M MES,

Prodiï^uer cet amour et ces soins délicats

Qui se sentent si bien , mais ne s'expriment pas ,

Mon sort , malgré mes mnux , vous aurait fait envie,

La douleur consumait les restes de ma vie j

J'allais m'éteindre : alors , tremblantes pour mes jours,

Elles voulaient de l'art emprunter les secours.

A quoi bon , leur disais-je ? Ah ! je vous en conjure,

Xaissez , laissez agir l'Amitié , la Nature :

Voilà mes médecins , et je ne lisque rien

le m"v tenir : ceux-là ne nous font que du bien.

Xa belle médecine î

Oui : les soins d'une femme , Avec les maux du corps , soulagent ceux de l'ame. Souvent , lorsqu'Eugénie ( avec un certain air Si consolant ! ) m'offrait quelque breuvage amer , Ses regards m'en faisaient oublier l'amertume. Alors sur ses deux bras Constance avait coutume De soulever ma tête ; et de son mantelet La grand mère , à longs plis , cliaudement mç couvrait. Bientôt , quand la sueur , inondant mon visage , D'une crise annonçait le sinistre présage , Justine auprès du feu prompteraent apprêtait Ee linge , qu'à l'instant Ursule m'apportait En détournant les yeux. Jamais la bienséance î^'a mieux été d'accord avec la bienfaisance.

L I s I D 0 R , ironiquement.

Quel tableau î

D'après lui , l'on eût peint la Douleur Prenant ses vêtemens des mains de la Pudeur. Ali ! les femmes , dit-on , corrompent 1 innocence. . . Et jusques dans leurs bras j'ai trouvé la décence î L I s I D o R.

Mais vous rae contez là des prodiges !

Mais, moi,

COMEDIE. 5i

L'objet de tant de soins , à peine je les croi. Tantôt , en regardant tant d'appas me sourire , Je prenais mon bonheur pour TefFet da délire. . Tantôt j'imaginais qu'ayant perdu le jour y J'habitais pour jamais ce bienheureux séjour Qu'un Prophète * a peuplé de Beautés immortelles. J3 'abord je regrettais d'être mort auprès d'elles : Puis , revenant à moi , saisi d'un doux transport , Je me disais tout bas : « Non , je ne suis pas mort. »

Eh , laquelle aimez-vous ?

GERMEUiL, vivement.

Toutes.

Quelle manie î

GERMEUIL

Je brûle pour Constance , et j'adore Eugénie ; J'aime sa mère avec la. plus sincère ardeur , Justine avec ivresse , Ursule avec langueur. Non sans émotion j'embrasse la grand'mère : L'une plaît , l'autre a plu , l'autre commence à plaire: Mon ccipur , ivre d'amour , d'espoir , de souvenir , Adore le présent , la passé , Tavenir.

L I s I D OR.

Mais vous extravaguez d'aiuier

GERMEUIL

Je vous im^e.

L I s I D o R 5 un peu ému.

Moi?

GE RME uiL, insistant.

Vous : vous chérissez quelqu'un d'un grand mérite.

LISIDOR , GEÎIMEUIL , URSULE

au fond du thtàtre.

URSULE , appercevant Lisidor et s'as ancantpour le voir^

* Mahoinct,

GERME U I L

Ai-je tort d'aimer , si mon oncle a raison ? L I s I D o R.

Je ne suis amoureux que de votre façon.

u R s u L E , à part ^ reconnais SQnt Lisidor. Grands dieux !

GERMEUIL

De cet objet le souvenir vous touclie ; Car cent fois j'ai surpris son nom dans votre bouche.

URSULE, à part.

Parleraient-ils de moi ?

xisipoR, à Germeuil , brusquement.

Quel nom ?

GERiviEUlL,e/i confidence,

Sophie.

LISIDOR, déconcerté.

Erreur !

Germe u il, insistfant.

Si !.. ; .

URSULE paraissant subitement.

Votre oncle a raison ; c'est Ursule , monsieur* LISIDOR interdit.

Ursule î

GERMEUIL, à Ursule.

Aurais-je mis ce nom au lieu du vôtre. (/Z cherche.^ Sophie . ^ . Ursule ...

URSULE

Eh bien î .

Germeuil, gaiement.

Lun n'empéclie pas l'autre, URSULE, à Lisidor.

Infidèle ! au couvent quand tu venais me voir , Sont-ce là les sermens que tu fis au parloir ?

35ron , pas tout-à-faît. Mais peut-on , près d'une belle ^ S'en tenir au bonheur de la vie éternelle ? Il fallait, face à face , et sans distraction , B.estei' à vo^ genoux eu contemplalion.

Ce plaisir esl sans doute un plaisir angéliquç ;

Mais je. lie suis point né pour l'Amour Séraphique.

Je sais bien qu'^n lisant son bonlieur dans vos yeux ,

L'homme avec vous se croit transporté dans les cieux:

Mais, dans ces doux momens, il faudrait, pour bien faire,

Se rappeler un peu que l'on est sur la terre.

Vous avez dédaigné de vous en souvenir ;

Et , d'un baiser surpris prétendant me punir ,

Vous avez condamné mon amour au régime.

Privé de vos bontés , je Tai nourri d'estime.

Il s'en trouve assez bien; mais insensiblement

Xe régime affaiblit considérablement.

GERMEUiL, vivement.

Vous trouvez donc au moins les femmes estimables ?

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