‹ IsabelleChapitre 1 sur 37 · A LA LIBRAIRIE D'ABEL LEDOUX · texte numérisé non relu

A LA LIBRAIRIE D'ABEL LEDOUX

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PARU. M DCCG xxsnt.

Dans une circonstance où il s^agissait d'un homme célèbre qui ne vit plus , Téditeur de ces Lettres ayant apparemment à écarter de certaines insinuations , déclara que jamais il ne dédierait ses écrits à personne. S'il en était autrement, les occasions ne manqueraient pas pour motiver une dédicace. Il serait naturel de rendre hommage aux qualités constantes avec tant d'accord, aux procédés si aimables ^ à Tamitié d'un député académicien, le juge sans appel de Richelieu. Des rapports moins anciens, mais déjà chers, feraient joindre k ce nom celui de l'un des prési-

dens de la chambre , si estimé pour son zèle éclairé, particulièrement depuis le voyage de Cherbourg. Puisque une épître de ce genre est souvent un monument de reconnaissance , qu'y aurait-il de plus convenable que de confesser hautement rattachement qu'on a voué à l'historien de la révolution française , au ministre dont on aimait déjà et les beaux talens et la personne avant de recevoir des marques de sa bienveillance. Assurément un autre lien dès long-temps intime ne serait pas mis en oubli, et le désigner ce serait aussitôt le justifier. Des occasions de s'expliquer davantage pourront se présenter; alors de gracieuses interventions, relatives en partie à la deuxième édition S^Ohermann^ fourniront aussi des souvenirs bien justes.

Mais il faut maintenant se borner à ces demi-confidences, et même ne leur consacrer ici que quelques lignes.

On s'attache rarement k observer dans le cœur humain des impulsîous étrangères à l'intérêt personnel, et aux passions presque toujours personnelles elles-mêmes. Dans les autres inspirations , la pbipàrt des hommes ne ver-

raient que des exceptions tolérables peut-être , mais peu naturelles. Des esprits plus étendus eti jugeront mieux et ne croiront pas chimériques des caractères moîns soumis. Quant à Isabelle, sans prétendre constater absolument les détails qui la concernent, on publie ses lettres comme une esquisse morale. C'est une physionomie trop particulière peut-être; toutefois il est parmi nous des femmes qu'Isabelle n'étonnerait pas sous ce rapport.

Livrée à ses propres idées , dans la jeunesse, et voulant suivre des penchans louables à ses yeux , elle méconnaît un peu la force des choses. Ce sera pour elle une nécessité de sortir des limites vulgaires, et même elle se pro-

mettra de se placer au rang des véritables écrivains , de ceux qui ont pour objet de soustraire à des maux invétérés plusieurs générations. Cependant sa situation deviendra difficile ; elle ne distinguera plus ce qu'il faudra choisir , parce qu elle ne se sera pas assez fortement garantie d'abord des affections qu'elle aurait dû regarder comme inconciliables avec son projet. Sa conduite irrésolue détruit ainsi les avantages qui s'offraient à elle, sans lui procurer ceux qui eussent exigé des sacrifices moins douteux. C'est une grande erreur de se dire à l'abri de toutes les passions par cela seul qu'on se sent incapable de s'avilir , et c'est peut-être une grande faute d'aimer quand d'autres inclinations , ou d'autres vues ,

s'opposent à ce qu'on mette dans cet attachement ses plus hautes espérances.

On n^a conservé que les lettres d'Isabelle , et cette partie même du recueil a subi des retranchemens.

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