SCENE X
SAINT- VALLIER
Isaure, nous voila seuls... j'ai a causer avec toi.... Approche, mon enfant.
Me voici , mon pere...
SAINT-VALLIER
Plus pres encore... bien... Je te disals hier que je m'occupais de ton bonheur...
Mon bonheur, c'est de vous aimer, d'etre aimee de vous...
SAI.VT-VALLIER
Fort bien... Mais n'as-tu jamais pense que nous pourrions admettre un tiers a partaker notre amitie ?
Mon cousin Jules...
SAINT-VALLIER
Jules... oh ! sans doute... il faut I'aimer... Taimer comme un frere, eufin... Mais, assuree de son affection et de la mienne, crois-tu qu'il ne te manquerait rien ?
ISAUllE.
Non, mon pere, rien...
SAIXT-VALLIER.
Telle doit etre ta pensee... Si jeune encore !... c'est a moi d'eclairer ton inexperience... Un jour, si je n'etais plus la pour te guider...
JMon pere...
S AINT-V ALLIER .
Si je n'etais plus la... qui pourrait me remplacer aupres de toi?... Jules... est trop jeune... J'ai du faire choix d'un homme qui presentdt toutes les garanties possibles... et c'est a M. de Marcilly que je vais confier le soin de ton avenir.
Mon pere... mon bon pere !...
SAINT-VALLIER
Eh bien !... cette nouvelle?...
Ah ! ne m'obligez pas a changer une position qui me plait tant.
SAINT-VALLIER
Et qui te parle de la changer ?. . . Je ne veux qu'ajouter a ton bonheur... L'accomplissement de mon projet ne nous separe point... tu resteras toujours aupres de raoi.
Oui, toujours.
SAINT-VALLIER
Et tu epouseras M. de IMarcilly?
ISAURE , avec peine.
Oh I non , jamais.
SAINT-VALLIER, sevkremeni.
Jamais...
Pardon, mon pere... mais j'aimerais mieux ne pas me marier.
SAINT-VALLIER
Qui te porterait a refuser le parti le plus convenable , le plus brillant ?...
Mon pere, n'etes-vous pas assez riche?...
SAINT-VALLIER
Riche!... Et si je ue Tetais plus...
Que dites-vous ?
SAINT-VALLIER
Si bientot il ne me devait rester rien... pas meme I'honneur...
0 ciel !
SAINT-VALLIER
Ton obeissance m'aurait evite ce penible aveu... Mais , puisque tu I'as voulu , ton pere va cesser d'avoir des secrets pour toi.
N'achevez pas !
J'en ai trop dit pour ne pas achever... Depuis deux ans , je lutte en vain contre la ruiue de mon etablissement... Accable sous le poids des engagements que j'ai contractcs, je vols avec angoisse approcher le jour ou il faudra toutdecouvrir... On ne me tiendra pas coinpte d'une probitc que ne dement aucun acte de ma vie... tant de gens spe'culent sur les malheurs imaginaires, que les infortunes reelles ne trouvent plus que des incredules... Peut-etre, helas I pour ue pas etre assimile a ces banqueroutiers infames... pour prouver que je
n'etais pas complice de ma mauvaise fortune... ilfaudra mourir...
Mod pere!... qu'osez-vous dire ?... iV'est-il done plus d'espoir ?...
SAIN'T-VALLIER
Un seulhommeaumonde connaissait ma situation... il a craint de m'humilier en m'ofliant des secours que j'etais trop fier pour accepter d'une main etrangere... Devenu ton epoux... associe a mes operations... il effacerait jusqu'aux traces de mon desastre... je lui devrais Thonineur... la vie... JMaiheureuse enfant, tu ne I'auras pas voulu !
Quel reproche !... ah ! j'accepte M. de Marcilly pour epoux... je I'accepte avec joie.
SiUNT-VALLIER. |
Ce n'est que du devouement , mon Isaure...
Ne me parlez plus ainsi... je ne me deroue pas... non... je serai heureuse... On vient... Mon pere, que mes caresses... ma joie... fassent passer la conviction dans votre ame!
SAIXT-VALLIER , la pressant dans ses bras.
Ma fille !...
Lisez dans mes yeux... vous n'y Terrez que du bonheur...