PRELIMINAIRES. — EXPOSITION DES ŒUVRES DE PILS
Lorsqu'un artisicdc (jilciil viciil ;i moiiiir, il c^l d'im usage aujourd'hui consacré de réunir dans le palais de I Kcule des Beaux-Arts l'enscndjle des (euvres auMiucUcs il a dû son illuslration. Toute une génération sent se réveiller, devant cet imposant spectacle, les impressions qu'avaient fait naître en elle ces univres, livrées successivement à son admiration ixMidaiit une longue suite d'expositions annuelles. Les émotions esthéti(iues jadis ressenties sont ainsi ai)i)elées à s'anirmcr ou à se modilier. La mort a désarmé la vaine critique; et, si quchiue déviation passagère du goùl nuit encore à l'intégrité du jugemeni, on peut dire cependant (jue, pour l'artiste, c'est la [)oslérilé qui commence.
Dès que IMls se Fui éleinl dans une douloureuse cl lente agonie, la
même pensée réunit ses amis, qui pleuraient les solides et charmantes qualités de son cœur et de son esprit; ses collègues, qui avaient su apprécier en lui une raison toujours saine et un jugement toujours droit, et enfin ses élèves, qui mesuraient l'étendue de la perte qu'ils venaient de faire à la lacune qu'ils entrevoyaient dans leur avenir. L'exposition, à laquelle nous convions aujourd'hui le public, fut donc immédiatement résolue. Au nom de Pils, les portes des musées et des collections particulières s'ouvrirent; partout, excepté à Toulouse, nous rencontrâmes le même accueil bienveillant et empressé. C'est que partout le caractère moral de l'homme, non moins que son talent, éveillait la même sympathie et le même dévouement.
Un intérêt de premier ordre s'attachait d'ailleurs à cette exposition. Parmi les élèves de Pils, beaucoup, en effet, ne connaissent qu'imparfaitement ses œuvres; les plus jeunes d'entre eux n'ont jamais vu la Bataille de l'Aima, le Débarquement, et d'autres tableaux disséminés depuis un certain nombre d'années dans des établissements publics ou particuliers. C'est donc une grande et dernière leçon qu'ils s'apprêtent à recevoir de Pils, leçon posthume qui impose à tous une attention respectueuse, et qui laissera dans leur esprit une trace ineffaçable.
Sans doute cette leçon ne sera complète que plus tard, lorsqu'ils auront pu feuilleter dans une autre exposition les cartons de leur maitre, et admirer tout ce qu'ils renferment d'études et de recherches. C'est justement alors qu'ils se sentiront pris d'étonnement devant ce labeur, cette patience, cette énergique volonté, et d'admiration devant ce respect de la nature qui seul fait les grands peintres.
Aujourd'hui cependant, à cette grande leçon publique et plus accessible, que donne à tous l'exposition des œuvres de Pils, j'en voudrais joindre une plus intime et plus familière, tirée de sa biographie même. Tout en effet, dans cette existence si droite et si simple, mérite d'être donné en exemple. Et pour ceux de ses élèves qu'il a laissés insufiisamment armés, et à peine engagés dans les luttes de la vie, il doit encore rester le maître, le guide affectueux et sévère, et le conseiller toujours vrai. Piien ne saurait, j'en suis sûr, être plus agréable à la mémoire de Pils que de voir ses combats, ses efforts, ses défaillances même, profiter à ceux que pendant son agonie il croyait enseigner encore et dont le souvenir illuminait par instants son esprit qui s'éteignait.
SA VIE I:T ses (KUVIIES. 3
Ce n'est donc point une notice complaisante que je inc propose d'écrire; je négligerai volontairement le côté anecdolique, et m'étendrai au contraire sur tout ce qui pourra mettre en évidence le beau et grand caractère de l'homme et de l'artiste. Je ne m'aventurerai d'ailleurs qu'avec une prudente réserve sur le terrain esthétique, sachant qu'un peintre seul peut avec autorité porter un jugement sur un peintre.