‹ Islam des sultans devant l'orthodoxie des TczarsChapitre 2 sur 2 · ISLAM · texte numérisé non relu

ISLAM

DEVANT L'ORTHODOXIE DEI§i T€ZAR$I.

« Un jour nous susciterons un témoin pour chaque nation. — Alors les infidèles seront sans excuse; alors les méchants verront leur supplice; alors les idolâtres se soumettront à Dieu. » « Un jour nous ferons venir les peuples, leurs chefs en tête ; on donnera a chaque homme, dans sa main droite, son livre; chacun lira ce livre et nul ne sera lésé d'un brin.» « Car le mensonge est destiné à s'évanouir, quand apparaît la vérité ; et ce jour-là la terre sera nivelée comme une plaine. »

(Coran, ch. 46, v. 85, 86, 87; — ch. M, V.78, 83; — chap. 18, v. 45.)

Ahmed, fils d'Abdala et d'Amina de la tribu des Coréis, naquit à Mekkè le 1er avril 569. Coréis d'Arabie, comme on était Corite de Judée, Curète de

Colchide, de Phrygie et de Crète, Curite ou Quirite du Latium, c'est-à-dire de la tribu astrale; il était de cette tribu sacerdotale arabe issue des Curu indiens, de ces fils du soleil, ou raïput, dont la lance et la science, emblèmes et reflets de la force rayonnante et de l'évidence lumineuse des astres {cores') et du soleil (corsid) étaient sur terre comme au ciel le cur ou pourquoi et le curateur ou gardien des choses et des hommes. Pauvre, n'ayant hérité de son père que cinq chameaux et une esclave éthiopienne, il cultivait lui-même son jardin et raccommodait lui-même ses vêtements. A vingt-cinq ans, il épousa Hadija, qui en avait quarante. Il avait la tête forte, la barbe épaisse, les pieds et les mains rudes, la charpente osseuse et vigoureuse, les yeux noirs, les cheveux plats, le nez aquilin, les joues colorées et les dents écartées. Il était de taille moyenne.

La Câba, cabane cubique ou maison carrée de Mekkè, ayant brûlé, il participa, en sa qualité de Coréis, à sa réédification. Cette Câba, à la fois image du temps, temple de la lumière du monde et image du monde, temple de la lumière du temps, était le temple de la lumière de Cybèle, c'est-àdire de la science de la terre dont le cube carré ou le carré cubique exprime à la fois et la solidité de la matière et la solidité de l'esprit. Elle avait été, dit-on, bâtie par Abrah-am avec les matériaux d'Is-

maël, comme le temps est bâti par Yatmo-sphère avec les mesures de la lune. C'est pourquoi elle était entourée de trois cent soixante statues égales en nombre aux 360 degrés du méridien. Succursale de la cabale indienne et médique de Cabul et de Baie, elle était le temple de la vérité astrale, le sanctuaire de l'évidence de Dieu, la raison de la science de l'homme.

Au milieu de cette Câba était une grosse pierre; cette pierre, Opa, symbole égyptien de Vopacité terrestre, avait été déposée là, dit-on, p^T Abrah-am, de même que la terre ops semble être elle-même déposée au centre du monde par son atmosphère. Comme au sujet de cette pierre noire, symbole d' Ops ou de la terre, chacune des douze tribus briguait l'honneur de la reposer à sa place; Ahmed, pour les concilier, la fit mettre sur un manteau dont un membre de chaque tribu. tint un pan et la posa luimôme. Cet esprit de conciliation lui mérita le titre d'^wiin loyal et fidèle.

Son mariage avec Hadidja ayant relevé ses affaires, il entreprit le commerce et se mit en rapport avec l'Occident. Ce qu'il y vit, l'anarchie des idées, la haine des controverses, l'abus de la force et de la puissance, l'intolérance excessive de tous les partis, la complète dissolution des mœurs, le bavardage inutile de grands docteurs qui ne pouvaient s'entendre, un sacerdoce aussi stérile pour le peu-

pie que dangereux pour le pouvoir, toutes ces hontes en étaient plus qu'il ne fallait pour l'éloigner du christianisme qui, malgré la bonne morale de son Evangile, n'avait encore rien produit depuis six cents ans que les maux de la guerre, résultat de la guerre des mots.

En effet, parvenus au pouvoir, les chrétiens dégénérés n'avaient pas tardé à tourner les violences et les cruautés, dont ils avaient été victimes, contre les peuples qui se refusaient à accepter leurs fables pour des réalités et leurs dogmes de foi pour des axiomes de certitude. Aussi n'y eut-il jamais un état aussi déplorable, une situation aussi désespérante, un abaissement aussi profond, un asservissement aussi dur, une soumission aussi abjecte, une domination aussi immorale, une aussi vaste ruine de tout sentiment du beau que du commencement du troisième à la fin du septième siècle (d). Pendant ces quatre cents ans, le monde de l'empire romain n'était que ce que l'avait fait l'orthodoxie des tczars, une immense vallée de larmes, un véritable enfer pour la multitude, et pour les prêtres un Olympe d'allégresse, un paradis de voluptés où ils se gorgeaient de toutes les délices de la sensualité et de ^ toutes les jouissances de la chair.

Déjà, sous Décius, »< les évoques se faisaient les

(\) V. Ramey.

« agents des affaires du monde ; abandonnant leurs « frères mourant de faim, ils ne travaillaient plus « qu'à amasser par la fraude et l'usure, et oubliaieni « leur mission dans les soupers et les banquets dont « ils exhalaient le lendemain l'indigeste débau- « che (1).» Depuis longtemps les saintes agapes n'étaient plus que de sales orgies oùTamour se « mi- « tonnait dans la marmite, où la foi se réchauffait « au feu de la cuisine, où l'espérance se reposait « tout entière dans les bons plats, où les chrétiens « n'avaient plus pour Dieu que leur ventre, pour « temple leurs poumons, pour autel leurs intestins, pour prêtre leur cuisinier, pour esprit saint le parfum « des ahments, pour onction les sauces, et pour « prophètes les rôts; et leurs agapes préférées étaient « celles où les frères couchaient avec les sœurs (1 ). » Chaque frère, en effet, s'il n'était marié comme saint Pierre, avait, comme saint Paul, une concubine qu'il appelait sa sœur, et en cela il imitait les apôtres (2) qui, tous, « avaient des sœurs qu'ils n menaient partout avec eux (3). »

Cela devait être. Pour accomplir leur mission qui était de mettre un terme à l'œuvre de la femme, ces esséniens, dédaigneux du mariage, avaient dû instituer le concubinage, et leurs descendants Ta-

(i)Sa'mtCypr\eu, Epist.6A ad Epict., page3,deLapsis,

(2) Tertullien, de Jejunio, ch. 16-17, p. 713,

(3) Saint Jean Chrysostôme.

valent mis en tel honneur qu'il n'était pas rare de voir les riches chrétiens d'Orient vivre maritalement avec quinze et vingt concubines. Enfin, pour comble d'abomination, le fils de l'homme, Aïsa ou Jésus, ayant été reconnu pour fils de Dieu et déifié au concile de Nicée, en 322, par 318 évêques contre 1730 (2048 évêques y ayant été convoqués); non-seulemenl celte orthodoxie des tczars avait détruit l'unité de Dieu qu'avait annoncée l'Évangile de Jésus et restauré sous une autre forme l'antique Irinité païenne qu'il était venu détruire, mais « l'empereur « Constantin étantallé jusqu'à imposer aux chrétiens « leurs évêques pour être leurs dieux sur la terre, « empereurs et rois, docteurs et prêtres, clercs et a laïques, le monde entier courbait ignominieuse- 0 ment la tête sous le joug de l'épiscopat (1). »

Alors (2) l'Europe, l'Asie, l'Afrique, tout le monde chrétien était déchiré par des soldats et égaré par des sophistes ; alors tous les fleuves roulaient du sang, toutes les écoles roulaient des hérésies ; alors une dissolution épouvantable passait sur la chrétienté et ajoutait un fléau de plus à tous les fléaux déjà connus ; si bien que, pour retrouver de pareils jours, il fallait remonter à ces époques

(1; Saint Cyprien.

(2) Saint Clément, Gonstit. apost. a/>w(? Coteler, t. 1, p. m. Rufin, Hist. ecclés., 1. 10, ch. 2.

maudites où le patriarche cherchait dix justes dans la Penlapole menacée du feu du ciel (l).

Tel était l'état des chrétiens d'Orient, lorsqu' Ahmed entra en contact avec eux. Quant aux chrétiens d'Occident, ils étaient encore peu nombreux. D'ailleurs Visigots et Ostrogots, Vandales et Gépides, Bourguignons et Lombards, Suèves et Francs, ils éiaient tous plus ariens que catholiques selon Torthodoxie des tczars, plus évangéliques que canoniques, plus chrétiens que jésuites, c'est-à-dire qu'ils croyaient plus à l'humanité du Christ qu'ils ne croyaient à la divinité de Jésus. Il était certain, pour les premiers Francs, que Jésus n'était pas même de la race des dieux; c'est pourquoi, en 58i, alors qu'AHMED n'avait encore que quinze ans, « Ghilpéric, leur roi et homme de sens, ne pouvant « souffrir que l'on fît de Dieu une, deux et trois « personnes, soutenait que père, fils et esprit ne « sont qu'un môme Dieu, » et ce précurseur d' Ahmed, ce Moamed des Gaules « ordonnait de ne « plus nommer, dorénavant, que Dieu sans trinité «de personnes, sans personnes trinitaires (2). * Ainsi tombe delui-même l'argument fallacieux de Bayle, qui fait « du prompt établissement de l'E- « vangile sur toute la terre, une preuve qu'il est

[\) Méry, Constantinople ancienne ei moderne.

(H) Grégoire de Tours, liv. 5, p. 43; hv. 2, ch. 29.

« l'ouvrage de Dieu (1), » car si à ce qui précède on ajoute qu'en 177 de notre ère il n'y avait encore dans les Gaules qu'une seule communauté chrétienne établie à Lyon et à Vienne en Dauphiné (2); qu'en 314 il n'y en avait encore que deux de plus, Tune à Bordeaux, l'autre à Rouen ; que les Bavarois ne se firent chrétiens qu'au septième siècle, les Frisons, les Thuringes et les Hessois au huitième, les Saxons au neuvième, les Russes au dixième, et les Hongrois au onzième, on conviendra qu'une telle promptitude n'a rien de miraculeux, que s'en targuer est absurde; et que si une doctrine, qui met trois cent vingt-deux ans à se faire accepter par le pouvoir et mille ans à s'universaliser dans ce coin de la terre que l'on appelle Europe, peut s'en prévaloir pour conclure à la divinité de son origine, I'Islam, qui, en moins de trois cents ans, s'étend, à l' Est, jusqu'au delà de l' Indus, et àl'Ouest, jusqu'aux colonnes d'Hercule, n'est pas moins qu'elle en droit de s'en prévaloir pour conclure à son origine divine, à la divinité du Coran.

, Il était donc juste, juifs et chrétiens se reprochant mutuellement de ne s'appuyer sur rien, qu' Ahmed en conclût qu'ils lisaient sans comprendre, et que ni les uns ni les autres n'entendaient rien aux écri-

(t) Dict. hist. et crit., art. Mahomet. (2) Eusèbe, Hist. de l'Eglise.

— allures. Il était donc juste, juifs et chrétiens disant : Dieu a un fils; lesjuifs disant aux chrétiens : Ozaïr est fils de Dieu, et les chrétiens disant aux juifs : Le fils de Dieu est Jésus, qu' Ahmed leur répondît ; « Par sa gloire, non, mais tout ce qui est dans les « cieux et sur la terre est sa création, et les uns et « les autres, vous n'êtes que des menteurs, comme « les infidèles d'autrefois. » Il était donc juste, les chrétiens affirmant qu'il y a trinité, qu'AHMED leur répondît : « Dieu est un; loin de sa gloire ce que « vous lui associez, loin de sa gloire qu'il ait un « fils! Gomment aurait-il un fils, celui qui n'a point a de compagne? Si Dieu avait un fils, je serais le i( premier à l'adorer; mais il n'y a pas d'autre Dieu « que Dieu ; il est mon témoin contre vous qui ne « suivez que des opinions ou n'êtes que des men- « teurs. » Il était donc juste, juifs et chrétiens n'approuvant que ceux de leur doctrine et ne s'en rapportant chacun qu'à leurs livres, qu'AHMED leur dît : « Je crois aux livres donnés à Moïse et à Jésus, « au Pentateuque et à l'Évangile, ne mettant entre « eux aucune différence. » Il était donc juste, juifs et chrétiens disant à tout homme : Suis-nous, et tu seras dans le droit chemin, qu'AHMED leur répondît : a La direction qui vient de Dieu est la seule vérita- « ble ; je suis plutôt de la religion d'Abraham, vrai « croyant. » Il était donc juste, juifs et chrétiens se disputant le litre de fils préférés de Dieu, titre

qu'avaient pris avant eux les Gentous indiens, qu'Ahmed leur dît : « Vous n'êtes qu'une portion des • hommes qu'il a créés. » Il était donc juste, les prêtres chrétiens s'inlerposanl de droit entre Dieu et les hommes, qu'il leur dît : « Il n'est point d'in- « tercesseur auprès de Dieu. // n'est point de sacerdoce en islam. » Il était donc juste, les chrétiens ayant pris leurs docteurs et leurs moines, leurs évêques et leur messie plutôt que Dieu pour leurs seigneurs, qu'Ahmed leur dît : <f 11 vous a été or- « donné de n'adorer que le seul Dieu, hormis lequel « il n'en est point d'autre (1). »

Oui, tout ceci était justice; et, quand il parlait ainsi, il était d'accord avec l'un des plus grands docteurs de l'Eglise, Arnobe, qui avait détruit la divinité de Jupiter par cet argument:

« Jupiter a eu un père, une mère; il est né, il a « reçu la vie et la lumière; or un dieu ne saurait « naître. D'ailleurs, les dieux n'ont point d'enfants ; « ils ne viennent pas au monde; ils ne multiplient « ni ne croissent (2). »

Oui, tout ceci était justice; et, quand il parlait ainsi, il était d'accord avec l'un des plus grands pères de l'Eglise, Origène, qui, pour disculper les

(i) Coran, ch. 2, v. 407, iU, 129 — ch. 5, v.2l ; — ch. 6, V. 30, 111;— ch. 4, v. 469.

[%] Araobe, Advers. Gent.,\, 1, p. 49; 1. 3, p. 10 i; 1. 7, p. 249.

chrétiens de l'accusation de s'être fait un Dieu à la façon des Giliciens et des Gètes, répond à Celse : « Nous n'adorons pas Jésus, nous l'admirons ; — « nous n'adorons pas la croix, nous ne devons pas « même en avoir de représentation (1). »

Oui, tout ceci était justice ; car il savait que Jupiter est Sabésius, que Sab-àius est fils de Jovis comme Jésus-Christ et fils de Jehova, que l'un est l'unité de la lumière des astres et de l'intelligence des hommes, et l'autre l'unité de la lumière du soleil, chef des astres et du savant, soleil des hommes.

Oui, tout ceci était justice, et quand, poar y mettre le sceau, il disait . « Hors de Dieu point de « refuge, m il se montrait alors aussi infiniment juste que l'orthodoxie des tczars se montra plus tard infiniment inique en disant : « Hors de l'Eglise « point de salul ! »

Quoi qu'il en soit, dédaigneux des sophismesqui divisent chrétiens et juifs, et les uns et les autres entre eux, touché de pitié pour les malheurs qu'ils enfantent, ému de compassion à l'aspect de l'immoralité profonde dans laquelle le monde est plongé, révolté contre l'idolâtrie sous laquelle les Arabes, ses frères, courbent leur intelligence et que les chrétiens s'efforcent de renouveler sous une au-

(î) Or'ig'enc, De principio, 1. 1, ch. 1, u'8, p. o-'l

tre forme , plus versé qu'on ne le croit dans les légendes mythiques de l'Orient, doué de cet esprit qui, de tant de fables, a composé la menteuse histoire des hommes, assez près des traditions pour savoir que les religions ne sont que l'allégorie de la science, le voile sur l'évidence, la fable sur la vérité ; que, dans l'origine, il n'était qu'une religion comme il n'était non plus qu'une lèvre, une parole, une langue scientifique; convaincu avec saint Paul (1) que les sages qui Vont révélée ou revoilée par V allégorie, ne sont que des fous, et, comme lui, mettant loin de la gloire de Dieu les mensonges qu'ils ont inventés (t), il se sent inspiré de ce subhme amour qui, à des temps donnés, temps d'esclavage et d'abjection, embrasse et resserre l'humanité tout entière dans la tête et dans le cœur d'un seul homme et conçoit le projet de l'empêcher de choir en mettant un frein à l'excès des jeux de mots de l'esprit et un mors à la licence des abus du cœur. 11 a visité le pays de Saba et le golfe Persique; il a passé bien des nuits de sa jeunesse sous le ciel étoile des Chaldéens ; il a vu le Gange et le pays des Cinq Fleuves, les cinq fleuves du pays de la Racine, les Fane' ah du Multan ; il a étu-

(1) Chap. 40', V. 3 ; — cli. 42, v. 81 ; — ch. 59; — ch. IG, V.23.

{%) Coran, chap. 23, v. 93.

dié les religions de Kon-fu-tzée et de Brahma, do Budda etdeZoroastre. Il a approfondi les croyances universelles du sanscrit des Vedda et de l'hébreu de Davîd, dont le moine Sergius lui a expliqué les paroles émouvantes sous les palmiers des déserts, à Surate et à Ofir; il a compris les civilisations a la fois graves et sensuelles de la Chine et de l'Inde, du Thibet el de la Syrie; il a résolu, l'Evangile lui paraissant suranné par insuffisance, de donner aux hommes un nouveau livre propre à régénérer le monde que l'Evangile n'a pas réussi à rendre meilleur (1), et pour n'être ni un éclair, ni un météore, ni un volcan, mais pour devenir le soleil d'une nouvelle lumière et d'un jour nouveau, il fondera une religion où le bon sens se substituera à l'im-agination, la réalité à l'image, la vue à l'idée, le type à Tidole ; il détruira le culte des grands et des doctes dont les petits et les ignorants ont fait leurs dieux; il renversera le culte des images de l'idée, dont l'imagination des doctes a composé les idoles des simples; il abolira l'idolâtrie, honte des siècles, et frappera de mort toute tyrannie, celle de la ruse sur l'esprit, celle de la force sur la matière, celle du prêtre sur la conscience, celle du despote sur le corps. Enfin il accomplira sur l'humanité ce que le Christ avait mission d'accomplir ; il abolira l'abus,

(il Méry, Histoire de Constantinopîe.

l'excès, l'intempérance que les chrétiens n'ont fait (Qu'universaliser ; il établira pour tous l'us, la modération, la jouissance; il pèsera et mesurera tout au juste; il équilibrera tout dans la balance de la justice; il fondera l'égalité.

Plein de cette pensée, et pour la réaliser un instant plus vite, et pour marcher plus convenablement à son but et l'atteindre en toute assurance, il quitte le monde, se retire dans une caverne près de Mekkè, entre les collines Safa et Merva, et là, comme saint Jean dans l'antre de Palhmos, il médite sur les choses du ciel qui font les affaires de la terre, et de là lance comme lui au monde l'horoscope qui annonce aux hommes sa mission.

Cet horoscope, ou apocalypse, n'est autre chose que la vision de son ascension au Mérah; et cette ascension n'est elle-même, comme on va le voir, que l'élévation de sa vue d'astronome et de sa pensée philosophique dans les hautes régions des cieux où il étudie l'harmonie morale des astres. C'est dans cette enceinte de lumière, c'est dans cette mer des soleils, où il médite sur cette harmonie des constellations du monde, qu'il voit et puise la morale harmonique que Dieu a naturellement inculquée a toutes les sociétés de la terre.

Pour se convaincre que cette vision d'AHMEo n'est que l'allégorie de sa voyance, que cette ascension n'est que l'allégorie de son élévation men-

taie, il suffit de l'y suivre et de s'en rapporter à révidence de la parole. En effet, il était couché entre les collines Safa et Merva et il dormait, quand soudain le soleil d'Orient, le Verbj de Dieu, le Dieu des Guèbres, Gabri-el, lui amena la jument alborak et l'éveilla en le saluant du titre d'apôlre. Cette Pégase arabe est d'un gris argenlé comme la lumière de Vaube; sa tête de femme, type de la beauté, est le symbole du soleil qui perce à l'Orient les blanches vapeurs du malin, et sa queue de paon est l'expression des astres de la nuit, qui, en tout temps, font queue derrière le soleil à mesure que, sous son nom de Gabri-el, il s'avance d'Orient en Occident. C'est pourquoi Gabri-el, qui, lui-même, est la lumière de ce Pégase des Arabes, est encore pour eux le paon du paradis des cieux; car les astres sont les yeux du ciel de la nuit, car Hén-och est Voc-éan nocturne des astres, car les astres ù' Hén-och, yeux du ciel que le Paon d'Hén-ochia, qui est Junon, reflète sur les plumes de sa queue, sont les lettres célestes, les signes évidents, l'écriture sacrée, la sainte écriture dont la lune est la thèse et le thème, le mythe et le mystère, l'énigme et le Sphinx, et dont le soleil d'Orient, la bouche de l'aurore, le Dieu des Guèbres, Gabri-el, est l'évidence et la vérité, la lumière et l'intelligence, le verbe et la parole, la solution et le Phénix. Et c'est de cet Hen-och dont elle fait sa science que tire

son nom la classe des cho-m^ prêtres ou curés hébreux.

Cependant Ahmed se réveille, et montant Alborak, il arrive à Jérusalem. Il s'y rencontre naturellemont avec Abrah-am, père de l'élévation, et avec Moïse et Jésus,comme, en suivant le soleil d'Orient en Occident, tout astronomme, arrivé à la fin de Vannée sacrée, s'est rencontré avec Tatmo-sphère, type de la hauteur, et avec la lune et le soleil. Arrivé au premier paradis, qui est d'argent pur, et de la voûte duquel pendent les étoiles dont chacune renferme un ange qui la garde, un vieillard l'embrasse en l'appelant son fils. Ce vieillard est Adam qui, comme le soleil, homme du ciel, et comme l'homme, soleil de la terre, est environné d'anges, astres ou hommes, de rayons de toutes couleurs, d'objets et d'êtres de toutes formes. Parmi ceux-ci brille un coq blanc comme la neige, dont la fonction est d'égayer l'Eternel par des chants qui annoncent aux hommes les différentes heures du temps hébraïque (Galil) dont cet oiseau Gaulois fait son nom latin Gallus. — Au deuxième ciel, il trouve Noé qui le reçoit dans ses bras, comme l'espace, carène du vaisseau du monde, reçoit dans son arche Sem, Cham etJaphet, comme le lis inférieur, T^ypo-crène, vase ou coupe de l'Antipode, reçoit dans son calice Idilune, le soleil et la terre.- — Au troisièrpe ciel, il voit un ange d'une hauteur démesurée, ayant sous

ses ordres cent mille anges plus forts que cent mille bataillons, et si grands, que de son œil droit à son œil gauche, il y a soixante-dix mille lieues de chemin, c'est-à-dire en retranchant les zéros de la sagesse, juste la distance de lieues et de temps que franchissent les soixante-dix éléments temporels de Tannée. Aussi cet ange, comme le temps aveugle dont il est l'expression, est-il occupé à calculer les jours des hommes. — Au quatrième ciel, ciel d'argent fin et transparent comme le verre, Hen-och^ océan astral qui, comme Atlas, porte sur son dos le jour du monde, est ravi de te voir, comme la nuit sidérale semble ravie de fixer les regards de ses yeux, les yeux de ses astres sur la terre de l'homme, et comme l'homme de la terre est réellement ravi de fixer le regard de ses yeux sur les étoiles du Ciel, sur le paon d'Héno-chia. — Au cinquième ciel, qui est d'or pur comme le disque du soleil, Aaron l'embrasse et le présente à Moïse dont il est le bras droit, comme Arjun est aux Indes le bras droit de Chris'ten, comme en Grèce, Patrocle est récuyer d'Achille, comme l'orient du jour, comme le soleil d'Ares ou de mars, équinoxe du printemps et orient de l'année, est le bras droit et l'écuyer du soleil de juin, Ach-iMeus, lion du solstice et de la canicule, midi de l'année. — Au sixième ciel, Moïse pleure avec lui à l'idée qu'il amènera plus d'Arabes au paradis qu'il n'y a fait entrer d'Hébreux ,

comme le moins savant pleure à l'idée que plus savant que lui a fait entrer plus d'ignorants dans la lumière de la science ; il eût voulu Tembrasser, mais il est emporté soudain au septième ciel.

Ce septième ciel, merah ou harem, sanctuaire ou chambre d' Allah, n'est autre chose que le meru des Indes, le meros de la Grèce , cette partie du monde, cu-meru indien et ca-maras grec, qui exprime le nord, cette partie du jour qui exprime la nuit, cette partie du mois que l'on appelle sevennight ou semaine , c'est-k-dire le temps des sept nuits de l'aphanisme lunaire au temps des solstices, vaste et morne océan, morose et vaste mer , océan et mer infinis, dont on a fait la cuisse ou meros d' Ekummesa et de Jupiter, d^Ahrah^am et de Jak-ob, parce qu'il est cette partie ou meros infiniment haute et cachée du ciel, où tout murmure s'éteint, où la discorde et la confusion se confondent, d'où sortent Bacchus et Jason, splendeur et lumière du soleil, et où s'enferme son signe, son semblable, Sémélée, la lune. C'est pourquoi, tant ce ciel, merah ou harem, est plein, comme une mer, de la lumière dont il est formé, Ahmed n'en peut décrire ni la richesse, ni la splendeur.

Le premier habitant qui y frappe ses regards a soixante-dix mille tètes, chaque tête soixante-dix mille bouches, chaque bouche soixante-dix mille langaes parlant chacune clairement et à la fois

soixante-dix mille idiomes différents à la louange de Dieu, car celui-là est l'année qui vient de s'accomplir, et dont les soixante-dix éléments temporels sont les vingt-quatre heures du jour, les deux temps de jour et de nuit des quatre saisons, qui font les vingt-huit jours du mois et les douze mois de l'année lunaire , thèse-prôtie ou thèse première de l'Epire et de la Palestine, des Eubéiens de Salamine et des Ebusiens de Salomon.

C'est pourquoi, arrivé au pied du cédrat immortel, il voit brûler quatorze cierges, comme dans le ciel brûlent et les sept lunes des nuits et les sept soleils des jours de la semaine , principes des soixante-dix éléments temporels de l'année, et les feuilles de cet arbre de la science, douées de vertus analogues à celles du satara indien, du minki chinois, de Yoman des Perses, du persée d'Egypte, du pommier de l'Eden hébraïque et de l'arbre aux douze fruits de l'Apocalypse de saint Jean, suffisent, comme celles-ci, à nourrir pendant un jour toutes les créatures du monde; car elles sont les jours du temps, dont les douze fruits sont les douze mois qui font l'anneau des années et des siècles. Aussi est-ce du pied de cet arbre , comme du pied de l'arbre de Budda, que sortent quatre fleuves, deux pour le paradis (le nord et le sud) et deux pour la terre (l'est et l'ouest) dont la croix, en coupant l'année en quatre saisons, fait cette lumière des

quatre temps du monde, que le soleil porte éternellement sur son dos autour de la terre.

Ici, Gabrircl le quitte, car le soleil s'est couché, et Rapha-ël, soleil d'occident, l'a remplacé dans sa course anti-opique. Il le conduit à la maison divine, où se rassemblent chaque jour les soixantedix mille anges ou soixante-dix éléments temporels de l'année. Cette maison ressemble au temple de Mekke , et si elle tombait directement du ciel, elle poserait sur la Caba , comme le zodiaque , manse des mois que mesure la lune, poserait infailliblement sur la terre cubique, sur le cube carré de Cybèle, s'il y tombait en ligne droite; car, selon les idées antiques de l'Orient, la terre, aria ou ard, artz ou aretz et cherso ou herlh-um, était le lieu élevé, l'autel, alt-ar ou ara alla, pode ou pied de la lumière; [ei l'intérieur de la Caba, cabane carrée ou maison cubique de Cybèle, était le ftaram ou harem, le sanctuaire ou la chambre obscure, profonde, mystérieuse, où le sage cachait la cabale indo-médique que les Arabes, comme les Hébreux, avaient reçue de Balcei de Ca6u/ par tradition.

Arrivé là, l'ange lui présenta trois coupes, l'une de vin, l'autre de lait, la troisième de miel. Ces trois coupes , images des trois zones du ciel, dont Yamas ou l'ensemble fait Vama-zône de la Grèce, la iré-zène de l'Attique et de la Thessalie, la troï-tza

des Slaves, la tri-murti des Indes, Vutchu-san des Chinois, le tris-mégiste de l'Egypte et la trinitédes chrétiens, c'est-à-dire le très-haut ou trois fois haut de tous les temps et de tous les peuples, ces trois coupes, dis-je, sont ces trois parties, Méroion Maria, célestes, ces trois parques, Moirai, de l'univers, que se partagent les trois grands dieux d'Homère, Siva, Brahraa, Visnu, inconnus des Grecs. L'une est cette mer de lumière diurne ou solaire, dont le soleil, Siva ou Bélus, Bacchus ou Pan, mûrit le blé et le raisin et change en pain le blé de Bélus et en vinla«è»ede Siva, l'eau de la vigne, le sang de la grappe ; l'autre est cette mer de lumière nocturne ou lunaire, dont la vache et la lune, io et iseth, donne l'une le lait et l'autre sème le blé {sitos) ; la troisième est cette mer de lumière sidérale ou astrale dont les étoiles, abeilles des cieux, font la science, miel des hommes. Or, comme , pour fonder l'égalité, Ahmed doit mettre un mors à la licence de l'esprit et du cœur, c'est la coupe de lait qu'il choisit , parce que c'est en elle que la lune , satwa , type indien de toute perfection et de la suffisance de soi-même, établit l'égalité de temps chez les astres et l'égalité d'àme chez les hommes. Ce sont ces trois coupes, vases ou calices des cieux, ce sont ces trois cieux, mers ou Maria, de la lumière du monde, dont deux sont de lumière pure et une noire comme la nuit, qu'il doit traverser

pour arriver jusqu'à Dieu et en dévoiler l'unité aux hommes; comme c'est sa mère Éthra, la mer éthérée, que Jason, lumière solsticiale de décembre, doit pénétrer, grossir et percer pour arriver à Téquinoxe du bélier de mars et montrer aux hommes leur égalité; comme c'est Marie, mer céleste^ que JÉSUS, ce lion dit VagneaUy doit pénétrer, enceindre et éclairer le 25 décembre au solstice d'hiver, pour être Noël et Léon, pour naître nouveau Dieu, ce nouveau soleil (no-vus El-\oè) qui, par Vagneau pascal de l'équinoxe arrivé au lion du solstice d'été, doit dévoiler aux hommes qu'il n'est qu'un Dieu et qu'il ne faut adorer que lui seul. «C'est pourquoi, dit-il, « quand la nuit eut environné X atmosphère « de ses ombres, ^6ra/^-a»i, voyant une étoile, s'é- « cria : Voilà mon Dieu! Mais l'étoile ayant disparu, « il dit alors : Je n'aime pas ceux qui disparaissent ; « puis, voyant la lune se lever, il dit : Voilà mon « Dieu I Mais lorsqu'elle se coucha, il s'écria : Si mon « Seigneur ne m'avait dirigé, je me serais égaré. « Enfin, voyant le soleil se lever, il dit : Celui-ci « est mon Dieu, celui-ci est bien plus grand; mais « lorsque le soleil se coucha, il s'écria : 0 mon peu- « pie! je suis innocent de cette idolâtrie que tupro- « fesses (1). V) Et c'est ainsi que par cette allégorie des trois coupes ou zones du ciel sidéral, lunaire et solaire, Moamed détruit toute trinitéet conclut à

(i) Coran, ch. 4, y. 36, 77, 78.

l'unité de Dieu, un et unique comme l'univers des deux vers ou côtés du monde, un et unique comme Vama-zône, ensemble ou amas des trois zones de l'univers.

, A la vue de ce Dieu un et unique, éternel et infini, il s'effraie et tremble; mais une voix lui criant : « Avance! » il avance; et alors, comme saint Jean avait entendu l'ange qu'il voulait adorer lui dire : a Lève-toi et n'adore que Dieu, » il entend, lui aussi, une voix qui aussi lui dit : « 11 n'est pas « d'autre Dieu que Dieu, et Moamed est son pro- « phète. »

Alors, après avoir parlé mentalement à Dieu, comme Dieu parle lui-même spirituellement aux hommes, car il sait « qu'il n'est point donné à a l'homme que Dieu lui adresse la parole; que, s'il « le fait, c'est par inspiration et à travers un voile,» par l'inspiration qui naît de la contemplation de ses œuvres et à travers le voile du silence que pénètre l'entendement de l'esprit, alors, dis-je, Ahmed rejoint Gabriel, descend avec lui les sept cieux et arrive avec lui à Jérusalem j quand il a ainsi établi son année sacrée, l'échelle de la lumière se repliant dans la voûte des cieux et la nuit tombant sur la terre, il regagne sa monture, qui le ramène où elle l'avait pris; car l'année est un anneau, un cercle où celui qui le décrit doit infailliblement revenir au point d'où il est parti.

Et chacun a compris que cette ascension n'est pas plus un songe que l'Apocalypse n'est un rêve, mais que Tune et l'autre ils sont la voyance d'astronomes qui, après avoir observé les astres pour en déduire la régularité du temps, donnent à leurs observations les couleurs de la poésie, les revêtent du manteau de l'allégorie et en font une vision pour en faire un horoscope qui annonce aux hommes la nécessité de rentrer dans la régularité de la vie.

C'est ainsi qu'après avoir mesuré et pesé, calculé et réglé le temps avec le mekias de Médée, c'est-àdire avec la mesure de la lune, avec la règle, verge ou baguette de cette antique Made-leine, de cette magicienne de Médie, dont les villes saintes en ces contrées sont Mekke et Médine, Ahmed prit le nom que l'ange lui avait donné, que son bon sens lui avait composé du nom syncopé de ces deux villes, et s'intitula MoAMBD le Glorifié, ou, pour l'hébreu, Mo-amèd le Juste, parce qu'au fond de sa solitude il avait 'parfaitement établi l'année s»r la justesse du poids et de la mesure des astres et la société sur la justice du poids et de la mesure des hommes. En effet, Ahmed le Glorieux, ce periclytos annoncé par saint Jean, ce Mo-amed, glorifié ou juste, ce prophète illettré (4), cet homme instruit (5i) était

(1) Coran, ch. 7, v. 156.

(2) Coran, ch. 16, v. 105.

réellement Mus-tdfa, c'est-à-dire l'élu des mystérieux destins (mys-fata), qui devait établir la justesse et la justice du poids et de la mesure, du concubinage et du mariage, de la polygamie et de la monogamie, de l'esclavage et de la maîtrise, de la fatalité et de la providence, de la tempérance et de l'excès, de l'eau et du vin, de la miséricorde et du châtiment, du salut et de la mort. « C'est pour- « quoi, dit-il, Dieu a élevé le ciel et y a établi la « balance, afin que vous ne fraudiez point dans le « poids (1). Remplissez la mesure et pesez au poids « juste ; pesez juste et ne faites pas perdre la « balance (2). »

Lors donc que le soleil d'Orient, le dieu des Guèbres, Gabri-el, verbe de Dieu, lui eut annoncé la mission que lui imposaient son intelligence et son cœur en le saluant du titre d'apôtre de l'Eternel, de même qu'il avait annoncé à Marie qu'elle enfanterait le Sauveur, et lorsque encore il eut reconnu dans cette voix , qui l'appelait prophète , celle-là môme qui avait dit à Jean : Prophétise! l'élu glorieux des mystérieux destins , Ahmed-Mu stafa- MoAMED, sort de sa solitude, rentre dans Mekke, visite la Câba, et, pour détruire l'idolâtrie, anéantir le mensonge et fonder I'Islam, fait briser les trois cent soixante statues qui l'entourent, sans en

(1) Coran, ch. 55, v. 6, 7,153,

(2) Coran, ch. 26, v. 220.

épargner aucune, pas même celle d'Abraham et d'Ismaël, car 1' Islam rejette tout symbole, tout emblème, toute figure, toute image pouvant conduire à l'idolâtrie, « et le musulman doit se mettre en « garde contre l'allégorie des poètes, qui, la plu- « part, mentent aux hommes qu'ils égarent, qui o suivent toutes les routes comme des insensés et « disent ce qu'ils ne font pas. »

Si, par religion, on entend un ensemble de dogmes et de mystères que l'imagination de la ruse impose à la faible raison des simples pour les asservir, l'iSLAM n'est point une religion; mais si, par religion, Ton entend un ensemble de préceptes moraux et politiques que le bon sens delà raison impose à la force des passions pour établir, équilibrer et maintenir l'harmonie sociale, non-seulement Tislam est une religion , mais, fondée sur le poids et la mesure des choses, sur la fraternité et l'égalité des hommes, sans idole comme sans prêtre, sans autre maître ou césar que Dieu, elle est la philosophie la plus religieuse, la religion la plus philosophique, le lien moral et politique le plus également fait et le plus fraternellement serré qu'aient eu jamais les hommes, et assurément le plus capable de les pousser dans la voie du progrès, sans: crainte de s'y voir

arrêtés indéfiniment par la superstition et les pré^ jugés du sacerdoce; car non-seulement souCoban, livre ou bible, confirme l'Evangile et le Pentateuque, mais il renferme en lui-même ses propres correctifs, tous ceux que le progrès de l'esprit a droit d'exiger des progrès du temps.

C'est parce qu'il le sait que Moamed se présente aux hommes avec sincérité et franchise, et que, pour leur parler, il n'a besoin ni de s'envelopper d'un voile, ni de se couvrir d'un mythe. Inspiré de Dieu, il le dit aux hommes, mais il leur dit aussi : « Ne vous nommez pas d'après moi, comme les « chrétiens se nomment d'après le fils de Marie ; je « ne suis qu'un homme, et cependant j'ai reçu la « dévoilation qu'il n'y a qu'un Dieu. Ma parole n'est « ni celle du poëte, ni celle du sage (1), révélant « ou revoilant ce qui leur a été dévélé ou dévoilé ; « elle est la dévoilaiion du maître de l'univers (2); « et ceux-là n'apprécient pas Dieu, comme il le mé- « rite, qui disent : Il n'a rien dévoilé à l'homme (3). « Quoi donc ! ne fait-il pas poindre l'aurore, n'éta- « bht-il pas le jour pour le travail, la nuit pour le « repos, le soleil et la lune pour le comput du « temps (4). » Puis, pour donner suffisamment à

(1) Coran, ch. 59, v. 42, 43.

(2)Coran, ch. 6, Y. 91,96.

(3) Coran, ch. 3, v. 487.

(4) Coran, ch. 10, v. 46.

entendre que Dieu ne révèle ou revoile et ne dévèle ou dévoile que le jour par la nuit, la nuit par le jour, et que, par l'étude du jour et de la nuit, l'intelligence de l'homme lui dévèle ou dévoile les vérités du ciel dont il fait la science de la terre. « Dans « la création des cieux et de la terre, dit-il, dans « l'alternation des jours et des nuits, il y a sans <f doute des signes pour les hommes doués d'intel- « ligence (1). Dieu a établi au ciel les signes zo- « diacaux et les a divisés par ordre pour ceux qui a regardent (2) ; il a dressé au-dessus de nos têtes « le mont Sinaï ( la voûte des signes, le dôme des « astres, signes du mois) -comme un ombrage (3). a 11 y a placé les signes zodiacaux; il y a sus- « pendu le soleil et la lune qui éclairent; il y a « établi des stations pour la lune, au point qu'elle « devient semblable à une vieille branche de palmier, « (produisant, comme l'arbre de l'Apocalypse, douze « fruits par an, un par mois, c'est-à-dire l'année); il « a déterminé les phases de la lune, afin de comp- « ter le nombre des années et leur comput; il a fait « du ciel une voûte solidement construite, et ce- « pendant les hommes se détournent des miracles,

(1) Coran, ch. 2, v.7, 60,70.

(2) Coran, ch. ^0, v. 39.

(3) Coran, ch. 22, t. 33.

« (disques célestes) qu'elle renferme (1). Il w'a « point établi tout cela en vain, mais dans un but « précieux; il explique les signes à ceux qui les « comprennent (1) (aux astronomes). Le nombre des « mois est de douze devant Dieu ; tel il est dans le « (monde du temps, dans le temps du monde) livre <f de Dieu depuis le jour où il créa les cieux et la « terre ; quatre de ces mois sont sacrés (les deux « des solstices et les deux deséquinoxes), telle est « la croyance constante. Dieu a donné le soleil « pour la lumière et la lune pour la lucidité (1). »

Or, Dieu est la lumière et la lucidité, Allah, qui fait de I'islam, la grande lumière, la lumière unique et égale du ciel et de la terre, du jour et de la nuit, des astres et des hommes. Cette lucidité lumineuse, cette lumière lucide est comme un flambeau placé dans du cristal , semblable à une étoile brillante ; c'est lumière sur lumière (2). C'est pourquoi Pis- LAM est la lumière grande, unique et égale des années du temps que mesure Isma-el dans Abrah-am, la lune dans l'atmo-sphère; et le cycle de soixante ans, dont les soixante Soliman ou Salomon sont les génies annuels, fait le selam ou salut de ceux qui, y croyant parce qu'ils la voient et la sachant parce qu'ils la comprennent, se remettent avec résignation entre les mains de Dieu, et, par ce fait, de-

(1) Coran, ch. 38, v. 45.

(2) Coran, ch. 40, v. i.

viennent musulman*. Ainsi est musulman celui-là qui , résigné à cette lumière égale et unique du temps, résultat de la lucidité harmonique des astres, l'est également à cet esprit égali taire et fraternel de l'humanité, résultat de l'intelligence morale des hommes. Est musulman celui-là qui se fait un principe absolu de l'unité des hommes et de l'unité de Dieu, l'humanité étant toute la raison spirituelle et intellectuelle de la terre, comme Dieu est toute la raison lumineuse et lucide du monde. C'est pourquoi la lumière et la lucidité composent le nom d' Allah, car Dieu, Théos ou Thevs, Devas ou Divus, Deus ou Dies\ est le jour ou le tour de la lumière et de la lucidité éternelles des trois coupes du ciel, des trois zones de Tama-zône, des deux vers de l'univers, ce que l'orthodoxie des tczars exprime par ce signe cabalistique a afin de faire comprendre aux intelligents, le triangle étant un delta et le delta grec un D latin, que le signe du saint nom de Jésus n'est réellement autre que celui du jour, DiES.

« C'est ainsi que Dieu a fait de Jésus et de Marie « un signe pour les hommes; il leur a donné à tous « deux pour demeure un lieu élevé, sûr et abondant « en sources d'eau (1). » Ce lieu élevé est la mer infinie du ciel nocturne, qui conçoit ou enceint, qui

(i) Coran, ch. 22, v. 52.

met au jour ou enfante la lumière dont elle est grosse, et d'où, à l'aube, orient du matin, et au solstice d'hiver, aube de l'année, sort et naît, pour arriver jusqu'à nous, la lumière Aïsa ou Jésus j illustre en ce monde et dans l'autre, c'est-à-dire sur lo pode et sur l'antipode. Oui , c'est parce qu'il sait que le christianisme n'est qu'un mythe, c'est parce qu'il sait que le monde est le temple de Dieu , que l'orient est la bouche de l'aurore et la porte du jour, que le ciel est le mur ou l'enceinle azurée, la mer ou l'océan céruleux, d'où naît la lumière du jour, que Moamed dit de Marie ; « Gomme elle se « retira de sa famille et alla du côté de l'est du « temple, elle se couvrit d'un voile qui la déroba « aux regards, el Dieu lui ayant promis un fils, « elle devint grosse de l'enfant , et, pour parler le « langage de la vérité, c'était J^sws, fils de Marie (1), « comme, aux Indes, Isa est fils de Maha Maria; « et la céleste vierge Thasile est sa thèse, au 24 « décembre, comme l'Erigone des Grecs, la cé- « leste vierge Thasi, était en Thessalie la thèse de « Jason^ »

Il n'est donc pas étonnant, les Grecs accusant les Juifs d'avoir crucifié Jésus, et les Juifs en rejetant la honte sur les Romains, qu'il cherche à les concilier, disant : n Jésus n'a pas été crucifié, un homme « a été mis à sa place. »

(1) Coran, chap. 4, v. 156.

En effet, venu six cents ans après rétablissement de ce mythe indien en Occident, et conséquemment trop tard pour oser se permettre de révoquer en doute la réalité humaine de Jésus, s'il l'accepte au contraire, parce que sous ce nom se cache celui de cet aïsa, c'est-à-dire de cet homme, de ce juste, dont l'Evangile est l'œuvre et qui a dit : « Je suis « venu au milieu de vous, et vous ne m'avez pas « connu, » c'est afin de pouvoir nier avec plus de raison sa réalité divine, car il sait que Jésus n'est ni homme-Dieu, ni Dieu-homme, mais seulement la lumière, la lumière vraie et vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde , la lumière du monde et l'intelligence de la terre, la lumière des astres et l'intelligence de l'humanité , la lumière du soleil et l'intelligence de l'homme; et il a la lumière de vie, car il sait que celte lumière ne naît et ne meurt que de la naissance et de la mort apparentes du soleil, au solstice d'hiver, quand le jour grandit ou naît; à l'équinoxe du printemps, quand meurt le jour d'Ahriman et que ressuscite le jour d'Ormuzd; car il sait que cette intelligence ne naît et ne meurt que de la mort réelle de l'homme, et que déifier Jési»s- Ghrist, c'est déifier à la fois et la lumière du soleil et l'inteUigence de Jules César

C'est pourquoi, rejetant toute idolâtrie, celle des doctes et des puissants, qui font leurs dieux des

astres, et celle des simples et des faibles, qui font leurs astres et leurs dieux des puissants et des doctes, il fait appel à la sincérité des hommes et leur dit : « 11 est des hommes qui disent : Nous croyons «( en Dieu, et cependant ils ne sont pas croyants; « ce sont ceux qui ont acheté Terreur avec la mon- « naie de la vérité; ne revêtez donc point la robe « du mensonge, ne cachez point la vérité quand « vous la connaissez; qui donc est plus coupable « que celui qui cache la vérité, dont Dieu l'a fait dé- « positaire; ceux qui ont reçu les Ecritures con- « naissent l'apôtre, mais la plupart cachent la vérité u qu'ils connaissent (1). »>

Ceux-là sont les sages, sorciers ou devins, « qui, a selon Salomon, cachent ce qu'ils savent » en couvrant l'évidence de la saie de la sagesse, la science de la sagacité de l'allc^gorie, la vérité de la sague du mensonge, et qui, selon Paul, « ont changé la « vérité de Dieu en chose fausse et la gloire de Dieu « (Hercule) en images d'hommes , de bêtes et de « serpents » en zodiaque. C'est à tous ceux-là que MoAMED s'adresse en ces termes pour les ramener à la vérité : « Ovous qui avez reçu les Ecritures, « pourquoi revêtez-vous la vérité delà robe du men- « songe, pourquoi la cachez-vous? Vous qui la court naissez, vous qui avez reçu les Ecritures, ne di-

(I) Coran, cli. 2, v 8, 15, 39, 134, 441.

« les que ce qui est vrai : Le Messie, Jésus, fils de « Marie , est l'apôtre de Dieu , son esprit et son « verbe; croyez donc en Dieu et en son apôtre, « mais ne dites pas : Il y a Trinité ; Dieu est mon « témoin contre vous; il m'a donné le Coran afin « que je vous avertisse, et je suis innocent de ce « que vous lui associez. » Enfin, ne trouvant pas de meilleures armes contre ces faux chrétiens que les paroles mêmes de Jésus, il leur dit : « Le jour « où il rassemblera ses apôtres, il demandera à Jé- « sus, fils de Marie : As-tu jamais dit aux hommes : « Prenez pour Dieux moi et ma mère plutôt que le « Dieu unique? et Jésus répondra : Par ta gloire, « non! Gomment aurais-je pu dire ce qui est faux ; « je ne leur ai dit que ce que tu m'as ordonné : « Adorez Dieu, mon seigneur et le vôtre (1),» et en cela il était d'accord avec les plus grands docteurs de l'Eglise chrétienne.

« En effet, dit Lactance (2), il n'y a pas de doute « que toute religion pèche là où le culte admet les « images. Il est expressément défendu aux chré- « tiens de faire aucune représentation de ce qui est « sur terre, au ciel et dans son sein (3) ; il leur est « expressémennt défendu d'avoir des peintures

(1) Coran, ch. 3, v. 64; — ch. 4, v. 169; — ch. 6, v. 19; — ch. 5, V. H6.

(2) Div. Inst., liv. 2, ch. \9, p. 185.

(3) Saint Clément.

« dans les lieux de prière et d'assemblée (1).» D'ailleurs, les premiers chrétiens disaient hautement : « Nous n'adorons pas Jésus, nous l'admirons (2); « nous n'adorons pas la croix, nous ne devons pas « même en avoir de représentation (3), car Jésus « enseigne qu'il n'est qu'un Dieu, qu'il ne fautado- « rer que lui, et jamais il ne s'est appelé Dieu lui- « même. »

C'est qu'effectivement Jésus est le chef des anges, comme le soleil est le chef des astres; c'est que Jésus est la lumière dont Christ est la personnification, comme la lumière est Jésus, dont le soleil est l'image ; comme l'intelligence est l'homme, dont l'image est le soleil et dont la déification est Christ; c'est pourquoi Epiphane brisait les images de Jésus et des saints qu'il trouvait exposées aux murailles des églises, et c'est aussi pourquoi, au temps du pape Léon, les chrétiens adoraient le soleil, c'est-à-dire se tournaient « ad Horum, » vers HoRus, « ad orientem, » vers V orient, avant d'entrer dans le temple, ce à quoi Tertullien ne voyait rien que de fort raisonnable (4).

Après avoir ainsi battu ces faux chrétiens avec

(1) Concile d'Elvire.

(2) Lactance.'

(3) Origène, de Principio, liv. <, ch. 4, n" 8, p. 53.

(4) Saint Léon, serm. 33, ch. 4, p. 87.

leurs propres armes, aussi plein d'estime pour ceux qui, croyant à l'humanité réelle de Jésus, ne le considèrent que comme apôtre, afin de rester fidèles à sa doctrine, que plein de mépris pour ceux qui , affirmant sa divinité, le tiennent pour fils de Dieu, il s'écriait : « Infidèle est celui qui dit : Dieu c'est « le Messie, Jésus, fils de Marie ; infidèle est celui « qui dit : Dieu est un troisième de la Trinité, car « il n'est pas d'autre Dieu que Dieu, car Dieu seul « est Dieu , il est le seul Dieu, le Dieu unique. » Et, s'adressant aux gens des Kcritures, chrétiens et juifs : (f Convenons donc, leur disait-il, que nous « n'adorerons qu'un seul Dieu et que nous ne lui « associerons personne, et le repentir entrera dans « le cœur de ceux qui lui ant associé des divinités « personnelles, des personnes divines (1). »

D'ailleurs, prophète illettré, mais homme instruit, c'est-à-dire s'en rapportant plus à l'esprit qu'à la lettre, voici en quels termes de bienveillance il répondait à l'intolérance de l'orthodoxie des tczars {%) : « Si tu entres en discussion avec « les infidèles, fais-le de la manière la plus honnête, « car ton Seigneur connaît le mieux ceux qui dé- « vient de son sentier de ceux qui suivent le droit

(1) Coran, ch. 2, v. i9, 76, 77, 78, 256; — ch, 4, v. 57, 1U.

(2) Coran, ch. 46, v. 424f — ch. 33, v. 47; — ch. 5, V. 73; — ch. 2, V. 65; — ch. il, V. 33.

« chemin. N'écoute ni les infidèles, ni les hypo- « crites, mais ne les opprime pas ; car quiconque, « juif, sabéen, chrétien, croit en Dieu et pratique « la vertu, sera exempt de toute affliction; quicon- « que observe les vérités du Pentateuque, de l'E- « vangile et du Coran jouira des biens semés sous « ses pas et au-dessus de sa tête; quiconque croit « en Dieu et pratique les bonnes œuvres recevra « la récompense de son Seigneur. Aussi ne dis-je « pas de ceux que vos yeux regardent avec mé- « pris : Dieu ne leur accordera aucun bienfait , « Dieu sait le mi jux ce qui est au fond de leur na- « ture; si je disais cela, je serais au nombre des « méchants; mais je suis venu pour commander le « bien aux hommes, leur interdire le mal et les apte peler dans le sentier de Dieu par la sincérité de « douces admonitions. C'est pourquoi je leur dis : « Ne faites point de contorsions avec votre bouche « par dédain pour les hommes, que votre démar- « che ne soit point orgueilleuse; car Dieu n'aime « ni les présomptueux, ni les vaniteux. Si quelqu'un « vous salue, rendez lui le salut plus honnête en- « core, ou du moins rendez-lui le salut; n'affectez « pas le luxe des temps de Vignorance, soyez im- « partiaux entre croyants ; car tous les croyants « sont frères, et aucun de vous n'a la foi tant qu'il « n'aime pas ses frères. Faire du bien aux orphe- « lins est une belle action; si vous vivez avec eux,

« regardez-les comme vos frères. Tenez une belle « conduite avec vos pères, vos mères, vos proches, « les orphelins elles pauvres. N'ayez que des con- « seils de bonté pour tous les hommes, une parole « honnête; l'oubU des offenses vaut mieux qu'une « aumône suivie d'un mauvais procédé. Ne dissipez « pas vos richesses en dépenses inutiles; ne les ce portez pas non plus aux juges, dans le but de « conserver injustement le bien d'autrui. N'entrez « pas dans une maison étrangère, sans en deman- « der la permission et sans saluer ceux qui l'habi- « tent. S'il n'y a personne, n'entrez pas, et si Ton « vous dit : Retirez-vous! partez, et vous en serez « plus purs. D'ailleurs , sachez-le, quiconque aura « volontairement tué un homme sera regardé « comme le meurtrier du genre humain, et de même «quiconque aura spontanément rendu la vie à un « homme sera regardé comme le sauveur du genre « humain (1). »

C'est ainsi qu'en reliant les hommes entre eux par le sentiment profond de la bienveillance, de la modestie, de la fraternité, de la grâce , dans le don de charité, il établit sa religion; c'est ainsi qu'il fonde cette politesse exquise dont l'Occident a puisé le

(1) Coran, ch. 16, v. d56; — ch. 31, v. H; — ch. 14, Y. 83; — ch. 33, v. 33; — ch. 49, v. 9, iO; — ch. 2, v. 18, 65; — ch. 24, v. 27, 28 ; — ch. 5, y. 35.

premier sentiment dans les croisades, que les Arabes ont importée avec eux en Espagne, et qui, par TEspagne, où longtemps elle a régné, est venue s'intrôner en France, pour de là rayonner sur l'Europe entière; c'est ainsi qu'il sanctifie ce haut sentiment de la liberté individuelle qui rappelle celui de l'ancien citoyen romain, ce haut sentiment de la valeur de l'homme, de la dignité humaine, dont étaient si pleins les Romains et dont, à l'exception des Anglais, tous les peuples de l'Europe sont à peu près si vides aujourd'hui; enfin, c'est ainsi qu'il consacre l'inviolabilité du domicile, de ce premier asile, de ce dernier refuge, droit absolu de l'homme, dont nos lois font si peu de cas et que notre arbitraire se fait si souvent un jeu de violer.

D'ailleurs, rencontrait-il trop d'opiniâtreté chez les chrétiens, avec lesquels il entrait en discussion au sujet de Dieu, leur Seigneur et le sien ; il les congédiait ou en prenait congé en leur disant : « Nous avons nos œuvres, vous avez les vôtres; « nous sommes sincères dans notre culte (1). » Et comme si ce n'était pas assez de tant de bienveillance, il y mettait le sceau par ces paroles , qui font honte à notre intolérance : « Point de con- « trainte en religion : la vraie route se distingue « assez de la voie de régarement; » car, pour lui,

{\) Coran, ch. 2, v. 133, 237.

— Sala vertu ne consiste pas à tourner son visage vers rorient ou vers l'occident; vertueux sont ceux qui, croyant en Dieu, donnent, pour l'amour de Dieu, des secours à leurs prochains, aux orphelins, aux pauvres, aux voyageurs, à ceux qui rachètent les captifs, observent la prière, font l'aumône, remplissent leurs engagements et se montrent patients dans l'adversité (i).

Afin de porter les hommes à cette vertu et la leur rendre facile : « Certainement, leur dit-il, l'aumôrie « approche de Dieu. — Donnez donc à chacun ce « qui lui est dû, — mais ne distribuez pas en lar- » gesse que la partie la plus vile de vos biens ; — « donnez l'aumône des biens que Dieu vous a dé- « partis avant que ne vienne le jour où il ne sera » plus ni vente, ni rachat, ni amitié, ni interces- « sion. » Ce jour de la vengeance de Dieu, ce jour de la vengeance du peuple, ce jour où le peuple venge Dieu, où Dieu venge le peuple en un instant et avec toute la rapidité de la foudre, de la misère et de l'iniquilé des siècles. « Sachez-le donc, les « aumônes sont destinées aux indigents, aux pau- « vres, à ceux qui les recueillent, à ceux dont les « cœurs ont été gagnés à I'Islam, au rachat des es- « claves, aux insolvables, aux voyageurs et à la • cause de Dieu, » c'est-à-dire à la lumière et à la

(1) Coran, ch. 10, v. 100

vérité qui font la scieHce de l'homme, « et ceci est « obligatoire de par Dieu(0. »

Dociles à ces avis, fidèles à ces préceptes, mus par la bonté naturelle du cœur et stimulés par l'espoir de jouissances éternelles, les musulmans exercent abondamment l'aumône avec simplicité et droiture, fuient l'agiotage et font généralement leur commerce sans engagements écrits, sans billets, sans signatures, leur parole suffit. Chez eux, l'aumône n'est pas moins grande au moral qu'au matériel; elle est telle, et chacun en sent si bien le devoir, qu'en aucun pays le gouvernement ne saurait trouver plus de facilité a fonder des écoles pour l'enfance et la jeunesse, des maisons de retraite pour les infirmes et les vieillards, et effacer à jamais la lèpre honteuse de la misère du corps et de l'ignorance de l'esprit. Car I'Islam leur a profondément gravé au fond du cœur cette maxime : Tous pour chacun, chacun pour tous.

C'est pour qu'ils puissent la pratiquer que, non content de leur recommander l'aumône, Moamed les détourne en ces termes de l'usure et de l'avarice : « L'argent que vous donnerez à usure pour le « grossir avec le bien des autres, ne grossira pas « auprès de Dieu ; mais toute aumône que vous fe- « rez pour obtenir ses regards bienveillants vous

{i) Coran, ch. 30, v. 37 ; ch. 2, v. 269, 255.

« sera doublée. Heureux donc qui se tient en garde « contre l'avarice ! Faites donc l'aumône dans vo- « tre propre intérêt ; car si l'enfer doit saisir par le « crâne quiconque aura thésaurisé et se sera montré « avare, il n'en sera pas de même des hommes pieux « dans les biens desquels il y aura toujours eu « une quote-part pour les nécessiteux et les indi- « gents ; ceux-là qui, quoique soupirant eux-mêmes « après le repos, auront donné au voyageur, à l'or- « phelin, au pauvre, au captif, disant : Nous vous (( donnons ceci pour être agréable à Dieu et ne « vous en demandons nul remercîment; ceux-là, « les justes, Dieu les a préservés du malheur au « jour terrible et leur a réservé les jardins et les « vignes, les vierges et les coupes pleines du parace dis, de ce séjour de bonheur et de délices où ils « n'entendront ni discours frivoles ni mensonges.

De ce que Moamed pose toujours comme récompense de l'accompUssement des devoirs moraux et hygiéniques la jouissance calme et paisible des biens de la terre et du ciel, de ce qu'il prescrit ces devoirs comme religieux, parce que la pureté du cœur et la propreté du corps sont les liens qui réunissent ses adeptes, les hommes frivoles en ont conclu qu'il

n'a pas prescrit le travail comme un devoir. Mais ou il a voulu universaliser sa loi, et dans cette pensée le travail étant à la fois un devoir et un droit, il n'a pas eu besoin de le prescrire autrement qu'il l'a fait: ou il n'a pas voulu l'universaliser, et il n'aurait dû consacrer l'esclavage que pour procurer à ses croyants des bras et des mains qui travaillent pour eux. Or, on le verra, il n'a consacré l'esclavage que pour le rendre aussi doux qu'il était barbare, que pour faire d'un infidèle un croyant. Il a donc voulu universaliser sa loi ; et encore qu'en turk le même mot quoul exprime en effet à la fois et le bras et le serviteur, il ne s'ensuit pas que si le serviteur doit obéir au commandement du maître, comme le bras à la volonté de l'homme, l'esclave soit un bras qui doive exempter de tout travail le bras du maître ; loin de là, cette expression unique de deux choses différentes par un seul et même mot indique au contraire que tout homme est à soimême son serviteur. D'ailleurs, c'est parce qu'il considère le travail non-seulement comme une des conditions d'existence de sa loi, mais même comme la prière la plus active, que Moamed a dit : « Dieu « a donné la nuit et le jour, tantôt pour le repos, « tantôt pour demander à sa bonté la richesse par le « travail, l'homme n'ayant rien à attendre que de » son travail. » Aussi, pour lui, « le commerçant « droit et juste est-il au rang des hommes les plus

« éclairés et l'agriculteur est-il récompensé par son « Dieu (1). »

On le voit donc pour le musulman, le travail ne déroge pas, et les plus grands hommes de leur doctrine l'ont au contraire mis en honneur. Moamed raccommodait lui-même ses vêtements, et aujourd'hui même grand nombre de musulmans, parvenus à de hautes fonctions, prennent encore volontiers pour nom la profession qu'ils ont d'abord exercée, ou celle de leur père, ou celle par laquelle leurs ancêtres se sont distingués dans le monde. Arrivé au faîte des grandeurs, tel homme d'Etat ne rougit pas de s'appeler : Soliman atari Salomon le droguiste, Ibraïm yowam, Abraham le joailler, Acub iaqoulî, Jacob le bijoutier ; car, dit Chardin, la considération ne naît précisément chez eux que du savoir et de l'industrie.

Ainsi, pour Moamed, non-seulement le travail est un devoir, mais il est le seul droit sur lequel se fonde la légitimité de la richesse; non-seulement il est un devoir et un droit, mais il est la prière active; et, pour lui, travailler c'est prier. Cependant si, pour lui, le travail est la prière, il n'oublie pas qu'outre cette prière active, il en est une autre toute de contemplation et de sentiment, celle de J'esprit et du cœur : celle de l'esprit, qui glorifie, célèbre et magnifie Dieu dans sa nature; celle du

(l) Coran, ch. 28, v. 73. — Tradition.

cœur, qui le remercie pour ses dons, lui rend hommage pour ses faveurs et s'épanche en reconnais* sance. C'est pourquoi il recommande expressément « de s'acquitter de la prière, de l'accomplir exacte- « ment et de craindre Dieu, vu que c'est devant « lui que nous serons tous assemblés (1). » C'est pourquoi la prière n'est nulle part plus exactement accomplie qu'en Islam. Elle y est à la fois privée et publique, elle y affecte des formes à la fois simples et grandioses; elle y est plutôt une magnificalion qu'une supplique, une glorification qu'une demande, et l'on peut dire que si le chrétien prie Dieu par in^ térêt, pour en obtenir l'accomplissement de ses désirs, la satisfac.ion de ses besoins, le musulman ne le prie que par reconnaissance, pour le remercier de ses bienfaits. Absorbé par la contemplation d'une doctrine qui l'entretient sans cesse avec la nature, il y puise l'uniformité de mœurs, un sentiment de dignité aussi haut contre les infidèles qu'humble envers Dieu et modeste envers ses frères, et cette heureuse égalité d'âme qui l'empêche de trop espérer et de désespérer jamais, qui jamais ne le laisse , pas même en ses plus beaux jours de fête, exhaler les douceurs de sa joie en bruyants transports d'allégresse.

11 faut donc en convenir, Moamed a plus fait pour

(1) Coran, ch. 2, v. 104; — ch. 6, v. 71.

les Arabes que n'ont fait pour les Grecs Socrate, Platon et Aristote. Non-seulement il a parlé, il a écrit, mais il a agi, il a fondé ; il a fait pour les Arabes ce qu'a fait Moïse pour les Hébreux, ce qu'a fait pour les vrais chrétiens celui qui est venu au milieu des hommes et que les hommes n'ont point connu; il a soutenu, quand il l'a jugé nécessaire, sa plume de son épée. Non-seulement il a élevé les esprits à l'intelligence du Verbe, en leuren manifestant la pile et la face et en les mettant ainsi à même de distinguer le droit du faux, la mesure de l'excès, le mieux du bien; il a rendu son œuvre aussi immortelle que l'humanité dont elle reflète les contrastes. Ceux qui ne la comprennent point n'y voient que des contradictions; ceux qui la comprennent ne voient dans ces prétendues contradictions que des contre-poids.

En effet, on le verra, hommes et femmes vivant alors dans l'obscénité d'un polyconcubinage fatal aux orphelins qui en naissent, il le restreint à la chasteté de la polygamie, et, par amour pour les orph»5lins, la réduit a la pureté de la monogamie; hommes et femmes se livrant alors à toute l'intempérance des orgies que le vin alimente, s'il le proscrit comme usage habituel par crainte de Texcès, il le tolère comme hygiène; l'esclavage, déjà barbare de sa nature, étant devenu dur et cruel, éternel et sans but, s'il le conserve, ne pouvant l'anéantir, il en

adoucit les rigueurs en prescrivant au maître ses devoirs, et il lui en fait un si méritoire de l'affranchissement qu'il le met en voie de l'abolir.

Hâtons-nous donc de le dire, pour qui se reporte aux jours néfastes où il parut, Moamed a servi la civilisation au lieu de lui nuire, et, au lieu de la faire rétrograder, il Ta mise en voie de progrès. Partout la perversité régnait autour de lui; à l'orient et au septentrion, les docrines symboliques de la Perse et de l'Inde avaient divisé et abruti les hommes; au sud, le fétichisme africain les retenait dans les langes de la barbarie; à l'occident, les superstitions syriaques et égyptiennes avaient plongé les chrétiens dans l'anarchie des idées, dans l'avilissement du caractère, dans la corruption du cœur, dans la dégradation la plus honteuse; près de lui, les Arabes, ses frères, pliaient servilement la tête devant les idoles (1); partout les doctes, les forts, les riches étaient des dieux; partout les ignorants, les faibles, les pauvres étaient des diables dont les dieux faisaient leur bétail. Pour enlever tout prétexte à cette domination que les forts d'intelligence, les- rusés d'esprit, dont pourtant le royaume n'est pas de ce monde, faisaient peser sur les faibles et les simples, en leur promettant le royaume des cieux en échange de celui de la terre

(4) Fortin d'Ivry, Revue d'Orient.

dont ils s'adjugeaient les jouissances et les voluptés, ce n'est ni sur un mythe, ni sur un dogme qu'il se base, c'est sur une réalité, un axiome; c'est sur l'axiome réel du monde et de Dieu qu'il fonde la réalité axiomaiique de la fraternité et de l'égalilé des hommes.

Fort de cette vérité de l'unité divine et de l'égalité humaine, il s'en sert pour maîtriser les ignorants et les simples qu'il éclaire et les exoiter a travailler avec lui au rachat de l'humanité. C'est pourquoi il leur crie : Malheur aux infidèles , aux incrédules! c'est-à-dire malheur à ceux qui n'ont pas la lumière ou qui, l'ayant, n'en font pas usage ; et il les condamne, comme en effet ils le sont, à l'infériorité, à la bassesse, à la soumission, à l'obéissance; bonheur, au contraire, aux fidèles, aux croyants ! c'est-à-dire à ceux qui regardent pour voir et qui, voyant, croient à ce qu'ils voient parce qu'ils le savent; et il les destine, comme en effet ils le sont, au commandement, à la direction, au gouvernement auxquels les appelle leur savoir, dans l'intérêt même de ceux qui ignorent, par cette loi de nature qui veut que le voyant guide l'aveugle, que fintelligent guide le simple , comme le soleil guide toas les hommes, comme Dieu guide tous les soleils.

Quand, malgré la sincérité de ses avertissements et la douceur de ses admonitions, il ne trouve en-

Gore que trop de cœurs endurcis et récalcitrants, il comprend qu'il ne lui a point suffi d'avoir dit : « Le a Coran m'a été dévoilé pour que je vous avertisse. » Et alors prenant en main son épée, il ajoute : « J'ai « été envoyé pour annoncer et pour menacer. Ne « combattrez-vous donc pas contre un peuple qui a « violé ses serments, qui s'efforce de chasser votre « prophète. 11 est l'agresseur, le craindrez-vous? » Et c'est ainsi qu'en accomplissant chez les idolâtres l'anaihème de Jésus sur Gorozaïm et Bethsaïda, anathème que les chrétiens n'accomplissent jamais que sur eux-mêmes, les uns sur les autres, et par représailles, il semble dire aux hommes : Si donc vous ne voulez être ni menacés, ni dirigés, ni guidés, ni gouvernés, ni commandés, éclairez l'un par l'autre votre esprit et votre cœur de la lumière du devoir et du droit, afin que doctes en science morale et politique, vous puissiez vous être à vousmêmes votre seul chef ou votre seul guide, votre seul paire ou votre seul prêtre, votre seul roi ou votre seul régulateur, votre seul suzerain, votre seul souverain, votre seul maître enfin sur la terre, car vous n'en avez qu'un qui est Di^u, le Dieu unique, le seul Dieu, suzerain et souverain maître des hommes et des astres, de la terre et du ciel.

C'est pour les mener là et y mener avec eux le

reste des hommes qu'il dit aux siens : « Nous vous « appellerons à marcher contre des nations puis- « santés, et vous les combattrez jusqu'à ce qu'elles « embrassent I'Islam. » Et bientôt le fait suivit la parole, et bientôt aussi des nations puissantes, mais barbares, ouvrirent les yeux à la lumière et leurs cœurs à I'Islam. A ce sujet, les chrétiens accusent les musulmans d'avoir fait eux-mêmes la guerre en barbares, d'avoir détruit les chefs-d'œuvre de l'antiquité païenne ; mais les chefs-d'œuvre de cette antiquité avaient été détruits par les chrétiens eux-mêmes, par ceux-là qui en avaient fait leurs noms ô-Hconoclastes, de briseurs d'images, et il n'en restait que des débris; d'ailleurs, dans le culte du Dieu unique, l'idolâtrie est le comble de l'iniquité; et ces chefs-d'œuvre étaient pour eux des idoles dont ils n'avaient pas même le sens. Il n'y avait donc pas plus de barbarie de leur part à renverser les idoles de l'orthodoxie des tzars qu'il n'y en avait eu aux chrétiens de renverser les idoles de l'orlhodoxie des païens (1). Quant à l'accusation qui pèse sur eux d'avoir brûlé la bibliothèque d'Alexandrie, elle n'est pas moins une absurdité qu'une calomnie. Cette ville n'en possédait que deux dont l'Europe ait gardé souvenir, celle du palais Bruchiumei celle du temple de Sérapis. La première fut incendiée,

(1) F. Abel de Rémusat, Préface sur les langites tartares.

l'an 46 avant notre ère, par les soldats de César, dans la guerre contre Pompée, et celle du Sérapion fut brûlée, l'an 389 de notre ère, par une bande de fanatiques, a l'instigation de l'évêque Théophile, agissant au nom de l'empereur Théodose. Si ces deux bibliothèques ont été brûlées, l'une par les soldats de César, l'autre par l'orthodoxie des tzars, quelle peut donc être celle dont on attribue la perte aux musulmans du calife Omar? Assurément il y a ici un mensonge à la façon deKtésias, dont tout le monde est dupe. Ce qui est plus vrai, c'est que la bibliothèque de Pergame, cédée par Attale III aux Romains, l'an 620 de la République, a complètement disparu de Rome. Si Antoine en a donné à Cléopâtre une partie, et si cette partie a péri à Alexandrie dans l'incendie du palais Bruchium,, où cette reine l'avait déposée, qu'est devenu le reste? Ce que sont devenus tous les écrits de l'art et de la science antiques, la proie de l'ignorance fanatique et du fanatisme incendiaire des faux chrétiens de l'orthodoxie des tzars qui, redoutant la lumière, ont brûlé tous les livres antérieurs dont ils redoutaient la science et jusqu'aux plus beaux chefs-d'œuvre de leurs ancêtres (1).

Sans doute la guerre est un mauvais moyen de persuasion ; mais n'y a-t-il pas mauvaise grâce à

(4) F. Ramey.

l'orthodoxie des tczars d'en faire un reproche à MoAMED, quand eux-mêmes ils n'ont Jamais combattu entre eux avec moins d'acharnement que les musulmans n'en ont mis à les combattre? Tout homme impartial, qui voudra bien remonter aux premiers temps de cette orthodoxie, ne conviendrat-il pas au contraire que la cruauté des faux chrétiens, cette cruauté dont parle Pline, ne le cède en rien à celle dont ils font un reproche aux musulmans? Et, sans remonter si haut et sans aller si loin en chercher des preuves, n'est-il pas certain que cette cruauté ne se manifesta jamais nulle part avec plus de fureur que dans la conversion des Saxons, sous Charlemagne, et dans celle des Bretons de TArmorique, sous Pépin, son petit-fils. Que si la guerre que fit Charlemagne aux Saxons trouve sa justification dans son ambition de domination universelle, il faut avouer qu'elle est un cruel nonsens au point de vue de la fraternité du doux Evangile; car si c'est la charité et l'amour sur les lèvres, c'est aussi l'orgueil au front et la cupidité dans le cœur qu'il tue sans pitié quiconque refuse de se soumettre au joug de son orthodoxie; et c'est avec toute la férocité des Machabées, qui défendaient leur patrie, que les clercs chrétiens, dont la patrie n'est qu'au Ciel, le poussent à guerroyer trente-deux ans contre les Saxons, à les convertir par le fer et le feu, à faire manger avec ses chiens ceux qui re-

fusent d'abjurer leur antique croyance et à massacrer d'un coup, sans pitié, quatre mille cinq cents de leurs guerriers pour intimider le reste. En sorte que tout Saxon fût en droit de dire alors des chrétiens francs ce qu'avait dit des Romains païens le Breton Galgacus : « Piller, tuer, voler, s'appelle « régner dans leur langage, et là où ils ont fait la « solitude, ils disent qu'ils ont établi la paix (1)! Us l'avaient établi en effet, comme tout tyran là où il domine; comme Timour à Samarkand, lorsqu'il eut massacré les Djaï, comme Charles IX et Louis XIV, lorsqu'ils eurent fait la Saint-Barthélémy et les dragonnades^ comme le tczar à Varsovie, lorsqu'il eut massacré les Polonais.

Pour peu que l'on considère la différence des temps, le progrès accompli pendant les deux cents ans écoulés de Moamed à Charlemagne, si l'on est impartial, on est d'autant plus porté à trouver une excuse pour Tinspiré de Dieu et de Thumanilé, combattant non pour agrandir ses Etats et s'élever un trône, mais pour étendre sa doctrine égalitaire, dans la nécessité qu'il était de la défendre contre l'intolérance de l'orthodoxie des tczars, qu'on l'est moins â en trouver une pour l'inspiré du pape, qui, n'ayant rien à craindre de l'intolérance des Saxons, n'avait aucune raison de les combattre, et qui ne

(1) Tacite' vie d'Agricola, ch. 30.

îes combattit et ne les fit abjurer que pour étendre ses Etats, fonder son trône et affermir son despotisme.

D'ailleurs, la façon dont Moamed réglemente la guerre prouve assez qu'il ne la regrette pas moins que ceux qui, le plus, l'en désapprouvent. En effet, « dit-il, « vous combattrez dans la voie de Dieu « ceux qui vous font la guerre, mais vous ne com- « mettrezpoinl V injustice de les attaquer les premiers. « — Vous les tuerez partout où vous les trouverez, « et les chasserez de partout où ils vous auront « chassés. — Vous les combattrez jusqu'à ce que « vous n'ayez plus à craindre la tentation et que « tout culte ne soit plus que celui du Dieu unique ; « mais sHls mettent un terme à leurs attaques, alors « plus d'hostihtés, si ce n'est contre les mé- « chants (1). »

Peut-être le gouvernement turk s'est-il écarté quelquefois de ces préceptes, mais ce n'est assurément ni en 1821, dans sa guerre avec les Grecs, ni en 1828, dans sa guerre avec la Russie, ni en 1854, dans la guerre qu'il poursuit avec nous contre cette puissance toujours agressive. Enfin l'histoire est là pour attester qu'en effet il a moins souvent attaqué qu'il ne s'est défendu. 11 est vrai qu'il n'a pas moins été terrible pour les ennemis de sa

(1), Coran, ch. 2, v. 83, 187, 189.

foi que ne l'ont été ceux-ci pour leurs dissidents ; il est vrai qu'il a couvert le sol de sa domination comme d'une lave, mais il ne l'en a couvert que pour conserver. En effet, si violente et irrésistible qu'ait été cette domination, Jamais elle n'a été ni constante, ni systématique; elle a souvent opprimé, mais jamais elle n'a dégénéré en persécution; elle a terrassé, mais jamais elle n'a anéanti, et toujours, après le châtiment de la guerre, elle a accordé la miséricorde de la paix; parce que, comme il n'est en Islam ni classes, ni intérêts privilégiés, ni intercesseurs auprès de Dieu, ni sacerdoce, ni pouvoir spirituel, chacun, après la guerre, rentre dans sa liberté de conscience et rend à son Dieu le culte qu'il lui plaît; parce qu'il est écrit : « Dieu a effacé « les péchés de ceux qui auront émigré et auront « été chassés de leur pays, qui auront souffert dans « son sentier, qui auront combattu ou succombé. » Lorsqu'à cette miséricorde de I'Islam après la guerre, les peuples d'Orient, vaincus et dominés, doivent d'avoir conservé jusqu'aujourd'hui leur foi, leur langue, leur nationalité, comment ne pas la trouver supérieure à celle dont se sont inspirés les dominateurs chrétiens, chevaliers francs et teutons, qui n'ont cessé de combattre leurs ennemis qu'après avoir violenté leur conscience et noyé leur croyance dans le sang. Visigoths, Ostrogoths, Suèves, Alains, Hérules, Lombards, où êtes-vous aujourd'hui ? Le-

quel d'entre vous qui, comme TArménien, le Servien, le Bulgare, l'Albanais et le Roumain, peut s'écrier : Me voici I Pas un ; car il ne reste tout au plus de vous que le nom ; foi, langue, tradition, éléments trinitaires de toute nationalité, en les perdant, vous avez tout perdu, vous vous êtes perdus vous-mêmes.

Convenons donc, une fois pour toutes, que la guerre prêchée par le Coran, guerre défensive plutôt qu'offensive, quoique aussi meurtrière que celle prêchée par les bulles du pape, n'a jamais été, autant que celle-ci, exterminatrice de ce moi collectif qui fait d'un peuple une nation, de cette nationalité qui fait d'une nation une famille. Convenons encore que la guerre n'est pas la seule éloquence de I'Islam, et que la parole de Moamed était d'ailleurs trop persuasive pour que son épée, qui lui vint en aide, ne fût pas aussi magnanime. C'est du moins ce qui semble ressortir de ces sublimes préceptes sur lesquels sont assis les gouvernements de I'Islam : « La « tyrannie est comme un ouragan qui dévaste le « monde; le puissant ne doit donc pas tyranniser

• le faible, s'il ne veut que la lumière de l'empire a ne décline. Le riche ne doit pas tyranniser le pau- « vre, s'il ne veut faire de l'enfer sa demeure éter-

• nelle; et l'ardeur du soupir brûlant que l'opprimé « pousse vers le ciel enflammerait la terre et l'eau, « s'il était l'objet du mépris et des outrages des heu-

« reux du monde. » Convenons enfin qu'en détruisant des chefs-d'œuvre qui n'étaient pas les leurs, les Arabes et les Turks se seraient montrés, en tous cas, moins barbares que lesGrecs et les Latins qui détruisaient leurs propres ouvrages, ceux du moins de leurs ancêtres.

Il est vrai que, naturellement indifférent à l'art de l'orthodoxie des tczars, les Turks, au lieu d'en rien restaurer, ont au coniraire laissé tout dépérir; mais encore une fois, cette indifférence n'est pas du vandalisme ; et ce vandalisme, dont on les accuse depuis la restauration des arts et des lettres en Occident, est réellement moins leur fait que le nôtre. En effet, les monuments de Constantinople ont été démohs par les Génois et les Vénitiens, par les Français de Godefroy de Bouillon et de Beaudouin de Flandre, et par les Grecs eux-mêmes, pour en construire des tours, des palais, des forteresses, des églises, pour étendre ou élever leurs murailles; si bien que, quelle qu'elle soit aujourd'hui, Constantinople est certainement plus belle que ne l'a trouvée Mahomet II le 29 mai 1453 {\).

Si, suffisamment éclairé sur ce point, l'esprit des justes demande à l'être également sur l'esclavage,

(1) Méry, Constantinople ancienne et moderne.

— Toque les faux esprits ont considéré jusqu'à présent comme uu principe fondamental de Tislam, il n'a qu'à s'assurer par lui-même de ce qui est vrai, savoir : qu'en islam, l'esclavage ayant pour principe le devoir du croyant envers le païen, de l'intelligent envers la brute, de l'esprit envers la matière, diffère essentiellement de l'esclavage consacré par l'orthodoxie des tczars, où il est le droit de la force brutale, de la matière sur la faible simplicité de l'esprit. En le conservant, Moamed le réglemente de manière à en faire un bienfait pour le sauvage, qui, esclave des éléments de la nature, s'en trouve affranchi par un stage dans la servitude aux volontés d'un homme, qui le rend apte à la vie sociale. En l'adoptant, l'orthodoxie des tczars le réglemente de. façon à en faire le pire état de tous, le seul enfer réel auquel n'a rien de comparable l'état de nature dans lequel le sauvage est esclave des éléments. L'esclavage de riSLA3i a pour but de faire du bétail humain des hommes; l'esclavage de l'orthodoxie des tczars a pour but de faire des hommes un bétail humain ; en ISLAM, où tous les musulmans sont frères et égaux, l'esclavage n'est admis que pour amener à l'égalité ceux qui n'y sont pas; en orthodoxie, où tous les hommes sont féodalement inégaux, l'esclavage ne s'est introduit et ne se perpétue que dans le plus lâche intérêt, au mépris de la fraternité et de l'égalité prêchées par l'Evangile de liberté.

L'homme né musulman ne peut être esclave d'un musulman, et l'idolâtre devenu musulman et le fils né musulman d'un père idolâtre ne peuvent demeurer à jamais esclaves ; tandis que l'homme né chrétien est l'esclave d'un chrétien, et que l'enfant, né chrétien d'un père chrétien ou idolâtre, n'en continue pas moins d'être esclave.

Ainsi, tandis qu'en islam l'esclavage est une nécessité morale, un devoir philanthropique du docte envers l'ignorant, du civilisé envers le barbare, jusqu'à ce que le barbare ignorant devienne à son tour docte et civilisé ; dans l'orthodoxie, l'esclavage est une nécessité, immorale comme la prostitution, un droit matériel du blanc sur le noir, une domination tyrannique de la force sur la faiblesse, de la ruse sur la simplicité, de l'oisiveté sur le travail. Tandis que les musulmans, économes des destinées de l'esclavage, en épargnent au moins les gens de lois écrites, les juifs et les chrétiens, à la condition, toutefois d'un vasselage dur et humiliant, leschrétiens, indifférents du sort de l'esclave, ont voué à perpétuité toute la race noire a l'esclavage, que ceux de cette race soient et deviennent ou non chrétiens ou musulmans , protestants ou catholiques.

D'ailleurs, en conservant l'esclavage, Moamei> l'a établi sur des principes humains; il a mis l'esclave sous la sauvegarde de l'humanité; il lui a fait

une position exempte d'humiliation, inférieure sans doute, mais nullement abjecte. En sorte que si le commandement du maître est ordinairement imposant et parfois sévère, il est ordinairement humain et souvent même affectueux. Oui,-dans I'islam, l'esclavage a des formes douces et un fond plus humain que partout ailleurs- L'esclave n'y est pas un paria comme aux Indes , un ilote comme autrefois à Sparte, un sigan comme chez les Roumains, un bétail comme chez les chrétiens d'Amérique, une chose comme tous ces serfs des chrétiens d'Europe; il fait partie de la famille, il en peut devenir membre. Si le maître ne doute pas plus de la soumission de son esclave que de l'obéissance de son fils, l'esclave, à son tour, doute moins des soins de son maître que de la sollicitude de son père. D'ailleurs, ni la race, ni la couleur n'a d'empire sur le musulman; pour lui, rouges ou cuivrés, blancs ou noirs, tous sont hommes, et tous les musulmans sont frères et égaux, parce qu'ils sont tous dans la lumière.

C'est pour mener tous les hommes à cette lumière de la fraternité et de l'égalité que Moamed a réduit l'esclavage à une domesticité temporaire, à un apprivoisement du barbare par le civilisé. La loi musulmane voit un homme dans Tesclave et lui reconnaît certains droits imprescriptibles; elle intervient à chaque instant pour le conserver et le

défendre; eUe lui reconnaît la faculté de retourner par plusieurs voies à la liberté, soit en lui procurant les moyens de se racheter, soit en suggérant au patron tous les moyens de l'affranchir. Le droit du maître surTesclave n'est point absolu; l'esclave lui appartient comme homme et non comme chose; il peut en disposer, le donner, le vendre, mais il ne peut ni lui refuser la nourriture et le vêtement, ni en exiger un travail au-dessus de ses lorces, ni le frapper injustement, ni moins encore le faire mourir. La déposition de Tesclave contre son maître est reçue en justice. L'enfant né d'une esclave et du maître de cette esclave est libre, et la mère le devient de droit à la mort du maître. L'affranchissement d'une esclave enceinte entraîne naturellement celui de l'enfant qu'elle porte dans son sein. En fait, l'esclave est assimilé en tous points aux autres domestiques. Plus que ceux-ci même il est de la famille du maître, qui lui dit : mon fils, ne l'humilie jamais à plaisir, le fait instruire dans la loi, et qui, s'il ne lui donne point de gages fixes, y supplée ordinairement par des largesses qui lui permeitent d'amasser un petit pécule et de se racheter. Est-il malaJe? il est soigné dans la maison. Vieillit-il dans la maison, déd^ignçux de la liberté qui lui a é;é offerte? alors il est. tout à (ait considéré comme de ia famille; il n'a pas d'autre occupation que de dorloter les enfanta; il les

appelle ses deux yeux, et ceux-ci lui disent tendrement : Papa. D'ailleurs, après un ceriain temps de service, le maîlre affranchit l'esclave, le marie tt le dote pour obéir à ces paroles de Moamed : s< Mariez les plus sages d'entre vos domestiques et « vos esclaves ; accordez à ceux d'entre eux qui sont « fidèles récrit qui assure leur liberlo, et donnez- « leur une portion de vos biens. » Ce temps de service étant chez les Turks de sept ans et de seize ans chez les Persans, on peut affirmer que les premiers, plus prévenants envers les désirs du prophète, plus fidèles au Coran, plus pieux en vers Dieu, sont conséquemment d'une humanité plus égalitaire et plus fraternelle. C'est que, mieux que les Persans, ils ont compris ces paroles : « Dieu a fa- « vorisé les uns plus que les autres dans la dis- « tribution de ses dons, mais ceux qu'il a favo- « risés fonl-ils participer à ces biens leurs esclaves « au point qu'ils y ont tous une part égale (i)? *

Ainsi, comme on le voit, l'esclavage en Islam n'est réellement au fond qu'une adoption assez semblable à celle de nos jeunes détenus, et qui, pour coûter davantage, puisque l'esclave s'achète, n'en a pas moins son côté pieux et méritoire; il n'a rien de ce qui fait frémir d'horreur et d'indignation dans l'esclavage des nègres, tel que Ta conçu l'orthodoxie des tczars ; il n'est ni viager ni héréditaire;

(I) Coran, ch. 73.

il est affranchissable et racheîable ; on peut le détruire et il le sera, parce qu'il est dans Tesprit du Coran qu'il le soit ; il le sera dès qu'on en aura prohibé le trafic aux Circassiens et aux Géorgiens, dès qu'on aura mis fin à la guerre impie qui l'alimente, dès qu'il ne sera plus permis au pacha d'Egypte de chasser aux esclaves dans les contrées méridionales qui avoisinent ses États.

Quant à la castration qui fait l'eunuque, si les musulmans en font usage, ce n'est qu'à Timilation de l'orthodoxie des tczars; elle peut donc être abolie instantanément comme contraire à la nature de l'IsiAM, à la lettre et à l'esprit du Coran; car, chose remarquable, tandis que les apôtres de l'orthodoxie des tczars en recommandent l'institution dans le sens mystique du mot et donnent ainsi naissance aux castrats de la chapelle Sixtinc et aux scoplsi de Russie, plus humain et plus moral que Paul et Mathieu, MoAMED a du moins eu la pudeur de n'en pas parler (1).

Si de tout ceci Ton peut conclure, contrairement à l'opinion de Montesquieu, que l'esclavage, qui corrompt le maître et l'esclave, au lieu d'étouffer dans l'esclave musulman tout sentiment de la dignité humaine, relève au contraire, dans le maître, le sentiment de la miséricorde, et dans l'esclave, aelui de la reconnaissance, on concluera de mêm»

(4) Act. 29. Éfangiîe 49, t. 12.

contre lui que, pour y ôlrc soumis k un autre régime qu'en Occident, le droit de propriété ei de succession n'i'ii existe pas moins en Tiirkie qu'en France, et dans I'Islam que dans l'orthodoxie des tczars; car, pour peu que l'on y fasse attention, on se coiivaiucra, d'un côté, que la concentration des propriétés ctlinterdiction aux élrani;ers do posséder le sol, si injustes qu'elles soient, sont cependant si loin d'être la négation du droit de propriété, et, comme aucuns l'alfirment, la cause unique de la décadence de j'empire lurk, que ces deux institutions ont élé au contraire jusqu'aujourd'hui les deux pî'incipal s causes de la pui.^sance anglaise; de Vautre, que non-seulement la polygamie n'y a pas détruit Id famille, mais qu'au contraire, il n'existe peut-ôlre pas dans toute lorihodoxie des tczars un peuple chpz h quel le sentiment de la famille soit plus développé que chez les musulmans, la société organisée sur une base plus.lrat rnelle, sur un fond pluségalilaire, et la dignité humaine plus fortement empreinte dans les mœurs. C'est dans cjtte conviction que tout esprit juste conviciidra qu'il y a plus à espérer qu'a désespérer de I'Islam pour le progrès de la civilisaiion et l'avenir démocratique de l'Europe ; car il aura reconna que la fraternité et t'égalilé en sont le poids et la mesure, .que la liberté n'y a d autres entraves qua la licence et Texcès, l'abus et l'usure, et que l'homme y est eniièrement

libre de faire tout ce qui est égal cl fraternel, la loi ne lui défendant que ce qui n Càl ni fraternel, ni égal.

Tandis que dans l'orthodoxie des Iczars, la femme est inférieure à riiomme, soit parce que, selon Aristole (i), le mâle, dans tous les animaux, est plus parfait q iC la femelle, et que celle-ci, moins parfiitc, obéit ; soit parce qie , selon l'opinion de certains évoques au concile de Maçon , la FEMME ne peut être dite homme , c'est-à-dire de nature humaine (2). En Islam, la femme est l'inférieure de riionime, parce qu'elle e>t à l'homme comme la « larlé à la lumiôre, la lucidité au jour, la lune Mada au soleil Adam, c'est-à-dire que celte infériorité ne résulte ni de l'imperfection du corps, ni de l'impuissance du cœur, ni du dénuement de l'esprit, mais IomI bonnement de la falalilé providentielle de la loi naturelle de copulation ou d'accouplement. Car l'homme et la femme ne se sont suzerain et souverain, ou supérieur et inférieur , que comme la pile et la face d'une me. ne monnaie, puisque, l'un ne pouvant rien sans l'autre, ils ne font à eux doux qu'un loui. C'est pourquoi

(1) Politique, t. g, ch 3, p. 98.

(2) Quidam ex episcopis dicebat mulierem kominem non posse vocitari.

aux Indes le soleil et la lune n'ont qu'un nom dont la faoe est Adam et la pile Mada^ ce que la mythologie grecque exprime par Adonis et ^Jédée. Aussi la femme musulmane n'est-elle nullement déchue de son rang ni dans le temple, ni dans la famille, ni dans le merah, haram ou sanctuaire céleste de Dieu, ni dans le harem^ mérah ou sanctuaire terrestre de l'homme. C'est précisément au contraire parce qu'elle est la base réelle de l'un et de l'autre, la houri^ but céleste de l'esprit du temple et la hanem, âme du but spirituel de la famille, que, sans cesser d'être de la sociélé dont la loi la protège, elle est cependant plutôt de la famille que du monde. C'est ainsi qu'il en était chez les Francs; et l'on sait combien ceux-ci, polygames comme les Orientaux, souffraient de la contrainte qui leur était faiie par l'orthodoxie des tczars de n'épouser qu'une seule femme ; Ton sait combien, semblables aux Esséniens, ils répugnaient à la bénédiction religieuse du mariage, la femme étant leur champ et nul qu'eux n'ayant à y voir (1). Eh bien! les femmes musulmanes ne sont ni plus ni moins déchues que ne l'étaient, au temps des fils du ciel, des MérovîngienSy les femmes franques, reines ou bergères; comme celles-ci, elles s'occupent dos aifaires du ménage, des travaux à l'aiguille; elles filent, lis-

{\) Grégoire de Tours, Histoire ecclés. des Francs,

8* concile de Tolède, 5* session.

sent, cousent, brodent au crochet, au métier, et font du linge, des tapis et de la guipure, loin des regards des curieux et de la convoitise des profanes.

Il n'est donc pas étonnant que Moamld aussi ail dit : « Les femmes sont votre champ ; allez à votre « champ comme vous voulez, mais faites aupara- « vant quelque chose en faveur de votre àme (1). n Cependant, comme il n'ignore pas que si la femme est le champ de 1 homme, l'homme est la semence de la femme, et que si le champ n'est rien sans la semence, la semence non plus n'est rien sans le champ. « Il vous «est permis, dit-il, d'épouser les filles honnêtes des croyants et de ceux qui ont reçu les écritures avant vous, pourvu que vous leur assigniez une dot; vivez chastement avec elles; ne commettez point de fornication et ne les prenez point pour concubines (2). Ceux qui se maintiennent dans la chasteté et n'ont de commerce qu'avec leurs esclaves et les femmes qu'ils ont acquises, ceux-là seront l'objet d'honneurs dans le paradis. — Si vous craignez d'être injustes envers lesorphehns, n'épousez, parmi les femmes qui vous plaisent, que deux, trois ou quatre; mais si vous craignez encore d'être injustes, n'en épousez qu'une seule:

(1) Coran, ch. 2, v. 223.

(•>; Ch. S, V. 7. ~ ch. 4, V. 3.

— Sucette conduite vous aidera plus facilement à être purs. »

C'est ainsi que, d'une part, il réduit à la chaste polygamie de quatre femmes légitimes le polyconcubinagc obscène et illimité des Orientaux; et que, d'autre part, il prédispose l'avenir à rentrer dans la voie de nature en faisant un mérite, un acte vertueux de la monogamie.

La polygamie peut donc disparaître de la morale musulmane sans que l'esprit de I'Islam en souffre; car la monogamie, qui aussi est dans I'Islam, la purifiera; et quand elle l'aura purifiée, l'eunuque, n'ayant plus raison d'être, ne sera plus. Déjà, depuis quelques années, les grands marchés d'esclaves sont fd'més à Constantinople et à Smyrne; déjà la vente des esclaves, en cessant d'être publique, est devenue plutôt une tolérance de transition qu'un droit d'it«; déjà, par moralité ou par pauvreté, la plupart des musulmans s'habituent à se contenter d'une seule femme. Enfin, au momeut où j'écris ces lignes, le sultan Abdul-Medjid, considérant que Dieu très-haut, très-puissant, a doté toui homme de la liberté naturelle et individuelle, vient de décré:er l'abolition de la traite des blancs en Géorgie et en Circassie. Honneur et gloire, hommages et louanges à cet illustre interprète du Cohan, à ce docte et puissant gardien de I'Isi.am ; mille et mille remerciements de la paiH des hommes, mille et mille

bénédictions de la part de Dieu à ce doux cl béiin régénérateur do rOri<MitI et puisse la Uiin'ère vive et franche de son esprit, rt puissent la tendresse et l'amour de son cœur si> refléter jusqu'en Occident pour y elTaciT rus're de l'argent, Tabus de la puissance, rintempéranc(î des orgies, l'avarice et le luxe, l'orgueil et la violence, livrognerie et la prostitution qui y font la misère des peuples et la honte des gouvernements I

Les femmes musulmanes se voi'ent par principe d'éducation, parce que, di'Stiné«'S à devenir le champ de l'homme, elles se doivent tout à celui qui doit être leur semence. Les en bl.imer, c'est blâmer la pudeur, c'est trouver mauvais en elle ce qu'à certaines époques l'orthodoxie des Iczars trouvait bon pour elle; c'est faire un ridicule aux femmes de la fanpille de ce dont ou fait un mérite aux femmes des couveni6;et cependant celles-ci ne prennent généralement le voile qu'en repenties, par c iprice, dépit amoureux, peine de cœur et misère de corps. Quanta la séquestration des femmes dans \e harem, elle n'est pas plus l'eff. t de la dégrada;ion morale qu'elle ne l'était chez les Francs et ch« z les anciens Grecs et Romains dans le gynécée et que ne l'est aujourd'hui la retridle de toute fumme chaste et pudique dans sa chamb c à coucher» son cabinet de toilette ou son boudoir.

Si, comme il est vrai, l'émancipation de la femme

peut seule en faire la digne compagne de Thomme, il faut néanmoins faire en sorte qu'elle n'y trouve pas un trop vaste champ au développement de la vanité qui fait aux Indes l'un de ses noms; autrement, sa coquetterie, surexcitée par son insaiiable désir de plaire, s'élalant trop à l'extérieur, il en résulterait pour elle un laissé-aller qui la conduirait malgré elle, et à son insu, au funeste oubli de ses devoirs et à tous les malheurs qui résultent de la perte de ses droits. C'est pourquoi je dis : Mieux vaut la dissimulation du voile que les contours des formes dans la rue; mieux vaut la retraite calme et paisible du harem que la séquestration dévote ou crimindle au couvent ou à Saint-Lazare; mieux vaut la coquetterie au dedans en vue d'un époux, d'un maître même, que la galanterie au dehors en vue d'un amant, d'un chaland; mieux vaut l'émancipation dans la famille que l'émancipation dans la société.

La famille est constituée en Islam de manière qu'il n'y ait ni prostitution, ni adultère, ni infanticide, ni enfants sans |ière ni mère, ni enfants perdus et trouvés; de manière que rien de moral ne s'y transmettant par héritage, ni vertus ni vices, ni honneur ni déshonneur, ni gloire ni infamie, chacun y est soi, Tau leur de ses actes, le répondant de ses œuvres avec le devoir de la vertu et le droit à l'honneur qu'elle mérite. C'est pourquoi il est en Isl*m

co principe de foi écrit en toutes lettres dans le Co- BAN : Celui qui a des aïux n'est ni plus ni moim devant Dieu que celui qui n'en a pas.

Tandis que, dans l'orthodoxie des tczars. Thérédilé est en tout; que le coupable, purgé par le châtiment, conlinije d'être frappé par le préjugé; que l'honneur accordé à la vertu du père constitue un mérite dont le fils hérite; que le fiis hérite tout de son père, honneur et dt'shonneur, noblesse et roture ; que peu y sont eux-mêmes et ifils de leurs œuvres, les œuvres de l'un servant à l'autre, en Islam, l'honneur accordé à la vertu niéri'loire du père ne constitue pas plus un mérite vertueux au fils, que le châliment infligé à son crime ne saurait lui valoir la honte; la veriu et le ciime, la récompense et le chàtinv nt y sont une gloire ou une honte qui passe avec celui qui en a été l'objet. Car il n'y est aucune hérédité ni de uiérite, ni de rang, ni de titre, ni de nom; chacun y est l'auteur de ses œuvres, et les œuvres de chacun ne servent qu'à luimême. Gela vient de ce que, grâce à Dieu, f n Islam, c'est-à-dire en benne lumière, en cette lumière de l'égalité, à laquelle il faut bien que, tôt ou tard, tout homme se résigne, il n'est ni noblesse, ni classe privilégiée, ni aristocratie transmissible et héréditaire, mais simplemenl hiérarchie scientifique et morale, militaire et civile, administrative et judiciaire, des dignités personnelles et viagères,

des distinctions individuelles et temporaires. L'hérédité n'y osldc droit en Turkii.» que pour la famille impériale d'Ohinim, comme étant la gardienne de risLAM, le dé.jositaire du Couan, l'iman. Si quelques familles ou parfois enfreint celle règle, la nation et l'iman s'y sont opposés, la nation, au nom de régalilé do tous, l'iman, au nom de l'unité de tous, connue à une Irangression des plus coupables de la loi. ht, io t dit eii passant, c'est sur ce principe égalitaire musulman, comme sur le principe éleclif des Polona s, que se sont fondées les principautés romanes de Moldovalaquie, où tout à peu près est encore éleclif, où rien n'est encore héréditaire que les biens matériels, la lerre et l'argent. Le plus bel exemple de cette égalité morale qui, pour l'or.hodoxie des tczars, ne commence pas même au seuil de la maison de Dieu, s'offre à quiconque péiiètrc dans une mosquée ; il n'y voit ni ornements injurieux à la majesté divine, ni iribunes de curieux, ni sièges dhonneur, ni places réservées, ni paiement de chaises, ni quêtes, ni troncs, ni bedeaux, ni suisses, mais quelques versets du Coran peints sur les murailles pour l'instruction des fidèles; des nattes pour s'asseoir et se prosterner, des chai es pour qui veut parler aux assisianfs le laMg ge de la morale et rien que des hommes qui glorifie t Dieu, que rien ne dérange de leurs actes de piéié, et qui, pour personne, do quelque

rang qu'il soit, ne se dérangent de leur méditation et de leur prière. C'est qu'en Islam, la mosquée, temple de Dieu, est la maison de la prière, et qu'y porter une pensée de la terre, un intérêt humain, c'est la profaner. Aussi n'est-ce qu'au sortir du temple que les gens pieux visitent les cellules des étudiants nécessileux, les habitations des pauvres, et les hôjjitaux des infirmes. Leur pensée aime alors à retomber, pour ainsi dire, du ciel sur la terre, en mettant les œuvres au-dessus de la foi;' « et, le sang des martyrs et l'encre des docteurs leur était d'un prix égal, » ils aiment à chercher autour d'eux des maux à gué/ir, des misères à soulager. Si alors le pauvre, même en recevant l'aumône, se considère l'égal de celui qui la lui fait, ce n'est point psir orgueil, mais par obéissance à risLAM, par résignation à celte lumière de Dieu qui lui fait dire : Il me doit, puisque je suis pauvre et qu'il est riche, comme je lui devrais si j'étais riche et qu'il fût pauvre (1). *

Dans risLAM, la hiérarchie est purement fonctionnaire et là seulement où elle doil être, dîins l'Etat et non dans la société, tout musulman naissant gentiU homme, par cela môme qu'il est geniis homo^ homme

{i) Ubicini, Lettres sur la Turkie.

ëe la nation. Dans l'orthodoxie des Iczars, la hiérarchie n'est pas moins dans la sociélô que dans l'Étal, depuis que Charles le Chauve ayant conslitué la féodalité, l'alliance des forts de corps et d'esprit, des hommes de violence et des hommes de ruse, y a institué, comme aux Indes, la Irinilé des castes, ceWoàesksatryas, nobles on guerriers, celle des brahmanes, prêtres ou sacerdotes, et celle des vilains, soutiras ou artisans, et vaïsias ou paysans dont se compose le peuple, p'èbe ou fretin de l'humanité. Tandis que, dans la société orthodoxe des tczars, la race se perpétue moins par le sang que par le nom, et qu'elle est censé.* durer alors même qu'elle est éteinte, le nom suffiant pour lui donner un air d'exisience; dans la socié é musulmane, la race se perpétue par le sang et non par le nom; elle ne s'éteint qu'avec le sang, et l'adoption est incapable de la faire revivre.

En [SLAM, le chef est le plus fort d'esprit et de cœur, le plus habile du geste el de la parole, le plus expérimenté ou le plus instruit; de là l'intelligence du droit de dignité par sentiment de devoir envers la grandeur de Dieu, et de là aussi les titres vrais de calif, de sultan et de commandeur des. croyapls que prennent les chefs suzerains de l'islAM. Dans l'orthodoxie des Iczars, le chef est le plus audacieux de lêlt% le plus fort des poumons et des bras, le plus ruiô do gestes et de paroles ; de

là l'ignorance du devoir de la dignité humaine par sentiment d'humilité envers le droit du fort,etdelà aussi les titres faux de pape, de césar et de père des fidèles que se donnent les chefs dn christianisme. Chose remarquable ! c'est que là où le commandeur des croyants se dit leur maître, il est leur père à tous, tous étant à ses yeux revêtus de devoirs et de droits égaux; tandis que là où le chel des fidèles se dit leur père, il est à divers degrés leur maitre à tous, aucun d'entre eux n'étant levôtu de l'égalité de devoirs et de droits. C'est qu'en Islam, h: sultan n'est que l'ombre de Uieii « Zil ullah » dont le Coran est la loi, que le sultan règne et la loi gouverne; tandis que dans l'orthodoxie des Iczars, le monarque, quel qu'd soit, clerc ou laïque, se tenant pour la lumière de Dieu, fait de sa volonté la loi et gouverne à son gré.

De ce que le Coran, majestueux dans la forme, concluant au fond, éblouissant par la magnificence des paroles, surexcile les cœurs et exallo l'imagination par la perspective de houris au sein arrondi et toujours vierges, afin de tempérer reffrènement des désirs, la licence des voluptés et la violence des jouissances d'ici-bas, les sophistes orlhodoxis lui attribuent le fanatisme violent et sensuel, le despor tisme cai ricieux et cupide, la cruauté aveugle et farouche de certains esclaves hautains et grossiers, sans songer qu'ils mettent en droit les sophistes

musulmans d'attribuer à TEvangilc le fanatisme de Louis XI, les horreurs d'Ivan !c Ci'uel» les cruautés de Christiern, l'intolérance d'Innoceni 111 et de Grégoire Vil, les monstrueuses obscénités du pape Alexandre VI etduroi Louis XV, ctde lui imputera crime la cupidité des clercs, l'arbitraire des laïques, rimmoralié des moines, la tyrannie de tous ces chefs, la grossièreté de tous ces peuples de l'ancien et du nouveau monde que l'orthodoxie des tczarsa reliés à son joug. Mais, en dépit d'eux, le Coraii n'est pas moins apte que l'Kvangile, qu'il confirme, k développer le cœur et l'intelligence dans l'immensité des régions spiritucl'.es et à manifester l'esprit de vérité qui conduit l'inteligcnce, sinon à Ja compréhension du Dieu incompréhensible, du moins au sentiment des choses infinies. En effet, ses préceptes admettent tous les dons, toutes les facultés, tous les développements possibles de l'esprit hum»in, selon les temps, les races, les climats, les positions sociales; ils montrent à l'i sprit la mesure et l'excès. Tus et l'abus, la liberté et la licence, l'infini des bienfaits qui, pleuvant dj tous points du ciel sur la terre, y fertilisent et fécondent la fraternelle égalité des hommes, et l'infini des voix harmonieuses , des chants de gloire, des actions de grâce, qui, s'élevanten tous sens de la te.re à Dieu, le bénis-entetle remercient d'avoir fondé la liberté des hommci sur L^ur fraternelle égalité; ils lui don-

ncnt pour appui la vérité, afin de le conduire par la seule voie du bien aux lins morales de lu société et le faire arriver à ce spiritualisme divin, où le^ préceptes de TEvanj^ile ne le mènent que par les allégories de la parabole.

En effut, lauflis que 1" Evangile prêcke rpatcrnité, liberté, égalité, et que l'orthodoxie des tczars, ne considérant ces trois vertus esseuiieîlenient inhérentes à notre nature que comme les abstractions d'un autre monde, n'en vent pas autre part que sur les lèvres ou sur les murailles, le Goijan, sans les formuler en inscriptions pompeuses, sans les inscriie en lettres d'or au front des édifices, les a profondément gravées dans les cœurs de tous ses croyants. C'est que l'Evangile n'est quehi parabole delà vérité, r.Mllégt rie de la science, la revoilalion de l'évidente harmonie du monde par la fiction mys- Uque de la morale sociale, le mythe de la perfeclion de l'intelligence de l'homme, calqué sur la réalité de la perfection de la lumière du soleil, type ostensible de l'iiilelligence de Dieu, ostensoir évident di* la vérité divine tandis que le Coran est la sincôrité do cette vérité, la mise à nu de celte science, la dévoilation de cette évidente harmonie' du monde par le fait réel de la parole, qui, pour fonder la morale humaine, a m -sure et pesé tout ce qui est des hommes, et de la terre sur ce qui est du ciel et de Dieu, et a pris pour étalon la nature

entière, type infîni et multiple do toute vérité, de la loi des aslres et de la loi des hommes, de l'asironoraie e*. de la socionomie.

Oui, tandis que l'Evangile n'est que le mythe, la fiction, la revoilation, l'allégorie, la parabole morale do ce que la lumière du soleil, vérité de Dieu et verbe du ciel, a réellement de bon et de beau, de puretdopaifait, de droit et de juste, d'infini et d'absolu dans son harmonie et de ce que, conséquemment, le ciel et Dieu ont de plus évident, de plus réel, de plus positf et de plus certain, le Coran est l'évidence , le positif, la réalité et la certitude de ce que le jour et la nuit, le ciel et la terre, la femme et l'homme ont de bien et de mal, de pur et d'impur, de parlait et d'imparfait, de faux et de droit. De là parfois les voies identiques de l' Evangile et du GoRATs, la douce persuasion d'abord et ensuite la cruelle contrainte; de la la prétention réciproque des musulmans et des chrétiens à leur supériorité respective ; de là la persécution et la tyrannie inqnisitoriale de l'orthodoxie des tczars; de là l'oppression et le mépris insultant des musulmans envers et contre qui n'est ni musulman ni ehrétien. Cependant il est entre eux celte différence que l' Evangile offre aux uns un but auquel la vertu doit tendre, qae la raison éloigne et que l'imagination seule peut atteindre, tandis que le Coran offre aux autres ujï

but que l'imagination éloigne, que la ràisoh rapproche et que la vertu atteint.

Leschréiiens, courant à la perfection, sont sûrs de ne jamais Talteindre ; les musulmans, se contentant d'aller du bien au mieux, sont à peu près certains d'arriver; car la fatalité du Coran est bien loin d'être ce qu'on la suppose. Elle n'enlève pas la liberté, le libre arbitre; elle ne circonscrit pas l'intelligence; elle ne met point obstacle au développement moral et scientifique de l'esprit; elle n'ôie ni à Tesprit ni au cœur le droit de peser le juste et l'injuste, le vrai et le faux, le fait et la fable, la vérité et le mensonge, le bien et le mal; elle est le décret éternel de la Providence sur les actions des hommes, libres d'ailleurs d'agir de manière à ce que ces décrets ne les atteignent pas. Elle est cette fatalité que la Providence a imposée à tous d'être pour naître, de naître pour connaître, de vivre pour mourir, de mourir pour renaître et de voir pour savoir. La liberié morale, le libre arbitre sufri:bent au musulman comme au chrétien pour l'arracher par ses œuvres au despotisme terrible de la fatalité. Cette fatalité est absolue, sans doute ; mais, comme tout ce qui est, elle a ses deux côtés, sa pile et sa face. Le fait est-il bien? l'acte est-il bon? quel qu'en soit le résultai, c'était écrit; et, au contraire, le fait

cst-il mal? l'acte ost-il mauvais? quel qu*en soit le résultat, c'était écrit; ç'esl-à-dirc que, quoi qu'il arrive et malgré la liberté d'action et le libre arbitre, rien ne se fait, au^.un résultat n'a lieu et ne se manifeste que la Providence ne l'ait préalablement ca^ ractérisé, sans quoi elle ne serait pas providence; puisque la Providence est à Dieu ce que la prévoyance est à l'homme, et que Dieu étant aussi infini que l'homme est fini, sa prévoyance ou providence est également infinie de lieu et de temps; d'où il suit que rejeter la fatalilé, nécessité de ses arrêts providentiels, c'est rejeter sa Providence. C'est précisément parce que les musulmans ont foi et dans celte Providence de Dieu, qui a tout prévu, qui a pourvu à tout, qui a tout caraclérisé, et dans le libre arbitre de l'homme qui lui laisse le choix du mal et du bien, du bien et du mieux, du mal et du pire, que le musulman croit à ses décrets et qu'ils sont pour lui la fatalité.

Son tort n'est donc pas de croire à la fatalilé, résultat de l'ordre éternel du monde et témoignage fatatal de la providence de Dieu, comme l'ombre témoigne du corps et de la lumière; son tort est de l'interpréter au rebours de ce que le Cokan la montre, de ce que I'Islam l'explique; on cela il se confond avec le chrétien ignorant qui, dans m inles occasions, prend aussi l'ombre pour la lumière et sa prévoyiincemaladroitepourrinte'.ligenteprévoyance

de Dieu: son tort, c'ost de croire, parce que, fatalement, 1 s astres, la lune el le soleil disparaissent tour à tour, larceque, fatalement, le jour et la nuit s'alternent, que le jour domine la nuii dont il est rhumilité, que la nuit domine le jour dont elle est l'orgueil; parce que, fatalement, le soleil échauffe et la lune humecte, que le lemps est beau ou laid, froid ou chaud, sec ou humide; parce que, fatalement, le mouvement donne à l'espace le vent, que la penle donne b l'eau son cours et que le niveau la retient; parce que, fatalement, il lui faut et manger pour vivre et travailler pour mander, que certiiins de ses actes el certaines de ses pensées, dont il peut s'abstenir et qu'il peut bannir, soient le résullat de lois providentielles, comme celles-ci sont fatalement elles-mêmes le résultat des actes de la Providence.

« Sans doute, il n'y a point de créature sur la w terre à laquelle Dieu ne se charge de fournir sa « nourrilure; il connaît son repaire, le lieu de sa (A morl, et tout est inscit dans le livre évident (1).» Mais arguer de ces paroles du Cgoan pour conclure à sa fatalilé, c'est i onclure à la faiulilé de TliVAN- GiLE, pane (ju'il y est écrit : a Ne vous occupez ni « de quoi vous vous nourrir z. ni de quoi vous vous «vêtirez, mais plutôt considérez les oiseaux du « ciel; ils ne sèment point, ils n'amassent point,

(d)'Coran, chap. 2, Y. 8.

« ils ne récoltent ni ne filent. » Mais si Dieu a pourvu à tous les besoins de Thomme,

Aux petits des oiseaux s'il donne la pâture, Si sa bonlé s'étend sur toute la nature,

est-ce donc une raison pour que l'homme , se reposant complètement sur la Providence, ne fasse aucun usage de la prévoyance dont cette Providence l'a doué? NuUemenl. C'est pourquoi le docte musulman n'en use pas moins que le docte chrétien. L'infériorité musulmane ne se manifeste donc pas plus par ces paroles : « C'était écrit, » que ne se manifeste la supériorité chrétienne par ces mots : a La Providence Va voulu. » Pour l'un comme pour l'autre, ces deux expressions sont le témoignage verbal de leur commune résignation aux fatals décrets de la Providence, à la fatalité providentielle des lois du monde, des décrets de Dieu, le très-haut, le tout-puissant, le seul Dieu qui est un.

Si la confiance des musulmans en Dieu, si leur soumission à ses décrets, si leur abandon à sa volonté étaient réellement l'abnégation de leur libre arbitre, il n'y aurait pour eux ni vices ni vertus; mais leur horreur des uns et leur amour des autres témoignent assez hautement que leur foi à la fatalité n'est que ce que nous l'avons montrée : leur résignation à la Providence.

Les vices dont ils se gardent le plus sont : le/M-

gement téméraire, qui, par \me preuve légère, accuse quelqu'un de transgresser la loi; {'hypocrisie, qui ambitionne les biens du monde au moyen delà dévotion; Venvie, qui souhaite à quelqu'un la perle de biens dont il connaît le prix et fait bon usage, tels que science, argent, sanlé, emplois, enfants; Vorgueil, qui se considère meilleur que les autres hommes et n'attribue qu'à soi, et non à Dieu, ses œuvres et ses sentiments pieux; la haine injuste, qui s'attache à quiconque ne commet ni iniquité ni sacrilège; l'amour des plaisirs du monde et du commandem.entdans des vues ambitieuses et purement humaines; Vespoir exagéré de vivre longtemps, non pour pratiquer le bien, mais pour jouir des plaisirs du monde; la déférence pour les riches à cause de leurs richesses, et le dédain pour les pauvres à cause de leur pauvreté.

Les vertus qu'ils recherchent le plus sont : la patience, qui sait tout supporter comme venant de Dieu; la confiance en Dieu, qui sen remet à lui pour tout; la reconnaissance, qui ne saura jamais rendre à Dieu di'S actions de grâce dignes de lui; la crainte de Dieu, ïespoir en Dieu, la résignation à sa providence, l'aversïon pour les vanités du monde; la sincérité, qui pratique le bien dans la vue de plaire à Dieu ; lâgénérosiié, qui se fait connaître de l'univers et est le capital de la joie et la récolte de la vie; la libéralité, occupation des intelligents.

profession des élus, et qui, pnr sa douceur et sa munificence est la maîtresse du monde; YhumUHéy qui se regarde comme inférieure à tous, ennoblit l'homme et est à la vertu des grands ce qu'est à leurs habits la b odoiie qui l!?s décore.

D'a.llenrs. donner de bons conseils, toujours bien penser d'autrui, résister aux désirs do la concupiscence, se renili-e à la véiité et se repentir de ses fautes soiîl aussi des œuvres sans lesquelles i^iwil D'est parfait musulman.

Pour les musulmans, Dieu seul el unique doit être adoré ; il n'a ni associé ni égal ; il n'est point né et n'a point engendré; il n'a ni femme, ni fils» ni fille ; il Cit un ; il est la vie et la science; il entend tout, \oit tout, peut tout, sait tout, parle en tout et par 0 t ; il a donné aux hommes cent quatre livres el entre autres le Penlateuque h Moïse, les psaumes à David, l'Kvangile à Jésus, lo Coran à MoAMED, sur lesquels soit la Paix! Adam est le premier et MoxiviiîD est le dernier dos prophètes. Aboubekir, Omar, Othman, Ali sont tous quatre saints; le paradis et l'en fer, les ange^ et les démons sont pour eux des réalités; ils croient qu'au dernier jour Jésus doit se réunir au prophète Mehdi; que tout, bien ou mal, a lieu par l'effet de la prédesti-

nation et de la prémotion de Dieu, que la foi ou la croyance et I'Islam ou la lumière sont une seule et même chose, que sont également une seule et même chose la religion et le Coran et le culte ou la loi, que le rit d'Abouhanifah est le préférable, qu'il est obligatoire de donner aux pauvres la dixième partie de ses biens; enfin, contrairement aux versets des chapitres 16, 17 et 18 du Coran qui font l'épigraphe de ce jivret, ils croient que Moa- MED, étant le sceau des prophètes, il n'en doit plus venir d'autres après lui.

Pour eux est infidèle quiconque faisant peu de cas de la science prétend n'avoir que faire des assemblées scientifiques, n'aime pas la loi, se refuse à en consulter les docteurs en cas de litige; quiconque associe à Dieu des divinités personnelles, des personnes divines, disant : Il y a Irinité; et enfin, quiconque fait de Jésus, fils de Marie, le fils de Dieu, peint ses idées pour en faire ses images et sculpte ses images pour en faire ses idoles.

Selon eux, c'est la science qui augmente le mérite de l'homme et non le faste, les honneurs, les biens, les richesses; elle est le remède contre les infirmités, le fanal consolateur dans la nuit de la justice; son étude vaut le jeûne, son enseignemeni vaut la prière; qui la désire adore Dieu, qui l'enseigne le craint, qui en parle le loue, qui la répand distribue l'aumôme et qui 'a possède mérite véné-

ration; il faut s'y consumer, car, sans elle, on ne peut connaître Dieu, et Dieu en fait un devoir à tout homme par cela même qu'il en est un à tout homme de le connaître ; s'y appliquer, c'est être prédestiné au bonheur. C'est parce qu'elle seule élablit la supériorité que Moamed en a tiré en ces termes l'un de ses plus forts arguments contre la trinité de Dieu : « L'aveugle est-il l'égal du voyant? « les ténèbres sont-elles à l'égal delà lumière? Ce- « lui qui a cru est-il égal a celui qui se sera tenu « loin du péché? Celui dont Dieu a préparé le « cœur pour recevoir I'Islam, sera-t-il égal à ce- « lui dont le cœur est endurci? Comment donc « l'homme donne-t-il à Dieu des égaux? sinon pour « aveugler les hommes et les égarer. » (1)

il avait donc parfaitement raison, ce derviche musulman qui répondit à Napoléon : Oui, le Coran renferme tout^ même la poudre,- car tout résultat de la science est nécessairement renfermé dans le livre qui en fait un devoir envers Dieu.

11 faut donc en convenir, si ce n'est pas sur des connaissances isolées, fruits des temps, que l'oii peut évaluer la marche de l'esprit humain, s'il faut pour cela une suite de connaissances composant un système d'idées, de méthodes et des instruments propres a le faire marcher dans l'inconnu du do-

(4) Coran, ch, 13, v. 17. — çh. 35, v. 17-23,

maine de la science, l'invention et l'usage de l'algèbre enseigné par les Arabes, est un très-grand pas qu'ils lui ont fait faire (1) alors que l'orthodoxie des tczars tenait les chrétiens plongés dans la plus profonde misère et dans la plus honteuse ignorance.

Sans remonter au temps des cahfes, sans rappeler les glorieux règnes d'Aaron-al-Raschid, en Assyrie, et du fils d'Alhamar, en Espagne; sans ramener le lecteur à cette fameuse Cordoue, dont le mur crénelé avait six heures de circuit, et qui, au dixième siècle, peuplée d'un million d'habitants, était ce qu'est Paris au dix-neuvième; sans le promener dans ses 212,000 maisons, ses 600 mosquées, ses 5 hôpitaux, ses 800 écoles, ses 900 bains, ses 85,000 boutiques, et dans les rues pavées et éclairées de nuit, des 21 faubourgs qui s'étendent en dehors de son mur d'enceinte; sans décrire toutes ces merveilleuses magnificences de Bagdad et d'Alep, de Cordoue et de Grenade, qui faisaient jadis une réahté de ce luxe oriental dont les Mille et une Nuits ne font plus qu'un rêve ; sans peindre tous ces décors magiques de VAlhambra dont les ruines font encore aujourd'hui l'admiration des voyageurs, si, pour ne laisser en jeu que les Turks, on tient à ne juger que par eux de l'efficacité de I'Islàm,

(1) J.-J. Barraut, Hist. delà civilis. musul.

qu'on se rappelle qu'alors qu'ils étaient encore en Asie, Osman ne contribua pas peu à les adoucir en appliquant à leur langue l'échelle harmonique des huit tons : « a, e, o, û-è, i, eu, it, » et l'on reconnaîtra que cette nouvelle langue, la plus méthodiquement harmonique de toutes les langues connues, ne diffère pas moins de l'ancion turk, du turk vulgaire, que la castillanne de l'espagnol, la florentine de l'italien, le français de ses patois, et l'on aura compris d'où vient au turk cultivé le nom de langue Osmanlie; que si, d'ailleurs, on considère qu'hier encore la guerre était l'état normal des peuples ; que la vie des hommes ne comptait nulle part pour rien; qu'hier encore le vœ victis formait partout le code des vainqueurs, l'on se convaincra que le conquérant de l'empire grec, Mahomet 11, agissant dans une époque adoucie, comme celle d'aujourd'hui, y eût brillé d'un éclat sans tache; car à part ses vertus guerrières qui en font un capitaine comparable aux plus illustres de l'antiquité, il était si bien doué du génie artiste, fondateur et législateur, qu'au milieu de cette longue bataille qui fut ?a vie, il sut encore trouver assez de loisir pour protéger les savants, les artistes et les poètes.

En effet, cet homme extraordinaire, qui vit se bri er devant son génie toute la valeur héroïque des preux de l'Occident, cet homme qui a conquis l'Orient, deux cents villes et sept royaumes, cet

homme a fait aussi bâtir quatre mosquées superbes, des arsenaux et des bazars, des forteresses et des palais; il a institué les écoles et fondé une foule d'établissements d'utilité publique pour les indigents, qui ne bénissent pas sans raison sa glorieuse mémoire.

Oui, que si l'on met de côté les actes delà guerre, on verra que plus d'un de ses successeurs ont dignement marché sur ses traces dans la voie civihsatrice que I'Islam leur a ouverte à tous. Bajazet protège les historiens, les poètes, tous les lettrés ; son palais est un vrai Parnasse, et son règne n'est pas moins illustre par le progrès des sciences et des arts que par ses victoires et ses revers. Quant à Soliman, il se montre digne de son siècle, et son nom s'y associe glorieusement aux noms éclatants de François I^r, de Charles V et de Léon X. En effet, jamais l'on n'avait vu, et jamais l'on ne vit depuis, à Constanlinople, plus d'artistes et de savants; jamais on n'y vit s'élèvera la fois plus de monuments superbes, aqueducs ou fontaines, bazars ou mosquées; jamais plus de poètes n'y avaient mieux exprimé par des images plus poétiques le spectacle de la mer, l'éclat des jardins, la tendresse du cœur, la magnificence du ciel; jamais, pas même en Grèce, sous Périclès, pas même à Rome, sous Auguste, l'on n'avait entendu un pareil concert, des \ers u purs, des chants si doux, des voix si ten-

(1res, une harmonie si délicieuse ; ce n'était ni une Iliade, ni une Enéide, mais c'était un poëme vivant, digne de l'admiration de la postérité et qui fait de Soliman le Magnifique, le véritable Auguste ottoman (<)•

Si tous ces faits sont vrais, et ils le sont, il faut donc convenir que le peuple qui les a accomplis est apte à les accomplir encore ; car si l'homme meurt comme le soleil se couche, et s'il renaît comme le soleil se lève, tout peuple qui résurgit de l'ignorance à la science, de la barbarie à la civilisation, est un soleil qui ressuscite des ténèbres à la lumière, et sa régénération ou sa renaissance est réellement sa résurrection. Or, si aux faits du passé nous ajoutons ceux du présent, si nous apprécions comme il faut la glorieuse initiative du sultan Mahmoud, le zèle éclairé du sultan Abdul-Medjid k développer les réformes entreprises par son père, l'esprit de justice et de droiture dont sont animés les hommes illustres qui lui prêtent à l'envi leur concours énergique, l'organisation de l'école militaire par Méhémet-Ali-Pacha, la réorganisation de l'armée par Riza-Pacha, celle de la flotte par Halil-Pacha, celle enfin de l'état civil et politique des chrétiens, par Reschid-Pacha ; et si nous tenons compte de l'esprit qui a inspiré au sultan de jeter sur la Gorne-

{\) Méry, Cotât . de la mér Noire,

d'Or ces deux ponts qui en unissent les deux rives, de restaurer Sainte-Sophie selon le rit de son culte, d'élever son charmant palais de marbre blanc sur la côte d'Europe, de rendre par édit l'instruction obligatoire à tout musulman, et de l'offrir gratuite aux chrétiens dans l'école de Galata-Séraï: nous en conviendrons encore si, comme le peuple espagnol, tombé depuis cent cinquante ans par excès d'orgueil et de luxe , par abus de puissance et de richesses, le peuple turk se relève aujourd'hui dans l'unité de I'Islam, lumière de Dieu qui est un, c'est au principe unitaire du Coran qu'il le doit; comme c'est au principe unitaire de I'Évangile, au Dieu unique de la philosophie que les chrétiens devront de se relever un jour dans la lumière de l'unité dont l'orthodoxie des tczars n'est que l'illusion. Si l'unité de l'orthodoxie des tczars semble plus spirituelle et plus indépendante des temps et des lieux, des lois et des gouvernements, des races humaines et de toutes les choses de la terre, c'est qu'elle est plus idéale, plus fictive, plus allégorique, c'est qu'elle est tout symbole, tout emblème; c'est que la lumière du soleil, qui lui sert de type, n'a pas pour royaume la terre , mais le ciel ; c'est que le royaume de la lumière du ciel n'est pas de ce monde qui est terrestre, de cette terre qui est opaque; si, au contraire, l'unité de I'Islam paraît plus positive, plus correcte, plus nette, plus con-

cluante, c'est qu'elle est aussi plus réelle, plus certaine, plus évidente; c'est qu'elle n'a d'autre type que la nature infinie de Dieu lui-même, Allah; c'est qn' Allah est la lucidité et la lumière universelles qui se reflètent dans tous les êtres, que reflètent tous les êtres, et dont le royaume est tout, en tout et partout, tout l'univers des deux vers ou côtés du monde, et tout l'ensemble ou amas des trois zones de l'univers.

De là dans le Christianisme, fondé sur la fiction des faits, la séparation de l'imagination spirituelle et religieuse d'avec l'esprit judicieux et philosophique; de là, au contraire, dansl'IsLAM, fondée sur les faits de la réalité, l'union du jugement philosophique avec la raison religieuse; de là compatibilité parfaite du Christianisme avec tout gouvernement de toute nation où la croyance l'emporte sur le savoir, l'opinion sur la certitude; de là, au contraire, la compatibilité presque parfaite de I'Islam avec tout gouvernement de toute nation où le savoir l'emporte sur la croyance, la certitude sur l'opinion, la foi éclairée sur la foi brute. De là l'affinité du dogme chrétien avec Tanarchie théocratique résultant d'une incessante contradiction réciproque entre l'affirmation religieuse et la négation philosophique, ei vise versa; de là l'affinité de l'axiome musulman avec l'ordre démocratique né de la réalité de la science, de l'évidence des choses et de la cer-

litude des faits; de là, enfin, la répulsion des musulmans pour les images de l'idée dont l'imagination des chrétiens fait ses idoles.

Tandis qu'en Islam, le principe unitaire se fortifie par la subordination des ignorants aux doctes, des aveugles aux voyants, de la femme à l'homme; par l'obéissance de tous à la loi et au chef auquel en est confiée l'exécution; par un pouvoir à la fois spirituel ou moral et temporel ou légal ; par la dérivation de la légalité des lois civiles et politiques de leur source naturelle, la loi morale ou religieuse; par une même langue arabe pour la propagation du Coran, par la confiance des croyants en Dieu et leur résignation à ses décrets ; par un seul temple, la câba de Mekke et par une même kibla ou orientation unique de toutes les mosquées et de tous les regards, de tous les esprits et de tous les cœurs vers cette câba, cible ou but de tous les vœux et de toutes les espérances des musulmans; le principe unitaire du christianisme se divise au contraire par le dogme trinitaire, par la prêtrise, la noblesse et la roture féodales; par la maîtrise, le servage et le prolétariat anarchiques; par l'aristocratie, la théocratie et la démocratie nationales; par la contradiction des gouvernés et des gouvernants; par l'antagonisme de la religion et de la philosophie ; par la réalité de la culture des sciences et l'idéalité du culte • des emblèmes; par la séparation des hommes en sa-

crés et en profanes, on clercs et en laïques; par la diversité d'orientation physique et morale entre Jérusalem, Rome et Consianlinople, entre le cénotaphe de Jésus, la chaire de Saint-Pierre et la coupole de Sainte-Sophie.

Comme on le voit, I'Islam, fondée sur la connaissance et l'expérience des hommes et des choses, lend à embrasser le monde par les voies morales et physiques dont le Coran est le reflet, caria morale et la loi se confondent dans son esprit comme le poids et la mesure dans la matière ; elle n'est ni une allégorie, ni un dogme, mais un fait, un axiome, le résultat moral et harmonique de la vérité experte de la nature du monde; c'est pourquoi il est entre elle et l'orthodoxie des tczars cette différence qu'elle renferme en soi le progrès, que le progrès est son essence, et qu'elle ne peut que progresser en s'amendant; tandis que l'orthodoxie des tczars, qui se croit parfaite de son essence, ne peut progresser qu'en s'écartant du dogme religieux pour revenir à l'axiome philosophique, et qu'en progressant ainsi elle se perd. En effet, I'Islam forme un ensemble tellement harmonique que, loin de l'ébranler, toute vérité qui vient en chasser l'erreur, ne peut, au contraire, que l'affermir; aussi, pour elle, le progrès est-il d'autant plus religieux que la vérité qui l'opère est plus évidente et qu'elle se distingue mieux d'elle-même; au contraire, l'ortho-

doxie des tczars forme un tout tellement disparate dans ses parties, que toute vérité qui tend â en effacer les contradictions l'ébranlé , au point que , pour retarder sa chute prochaine, elle est incessamment obligée de se raidir contre toute vérité, d'autant plus dangereuse pour elle qu'elle est plus évidente.

De tout ceci que faut-il donc conclure? Ce qu'en a conclu l'Omer-Pacha français du dix-huitième siècle, le comte de Bonneval, savoir : que l'orthodoxie des tczars, faussant à chaque pas les dogmes d'une théorie épurée, tandis que I'Islam des sultans, épurant au contraire, autant qu'elle le peut, par l'interprétation, les principes d'une ^héorie défectueuse, si les chrétiens progressent plus vite,, c'est qu'ils transgressent d'autant plus la loi et que leur foi s'en va avec la même rapidité que la lumière leur arrive; et que si les musulmans progressent si lentement, c'est qu'ils accomplissent d'autant moins la loi et que leur foi ne se consolide qu'autant que leur loi s'épure à la lumière ; que d'ailleurs l'orthodoxie des tczars , plus métaphysique, plus spirituelle, plus fictive et qui se dit divinCr tend à remonter aux cieux, à s'y évaporer, à y disparaître, parce qu'elle semble moins faite pour des hommes que pour des anges ; tandis que I'Islam

des suUans, plus sensuelle, plus réelle, plus positive, et qui n'est qu'humaine, tend à rester sur la terre, à s'y épurer, à s'y propager, parce qu'elle est plus faite pour des hommes que pour des dieux (1).

Comment donc I'Islam, qui aboutit, en religion, au spiritualisme le plus pur; en morale, à la fraternité la plus pratique; en politique, à l'égalité la plus réelle , peut-elle avoir été considérée jusqu'ici comme une doctrine anîi-sociale, anti-civilisatrice, contraire à l'esprit du progrès, au progrès de l'intelligence ? C'est que le Coran proclame en termes exprès la souveraineté de la nation, le suffrage univursel, l'égalité de tous les citoyens , la nécessité de la science, l'abolition du privilège et du monopole, rextg;ision du système électif à la puissance même qui gouverne, et que cette déclaration des principes démocratiques , aux premiers jours du septième siècle , avait dû nécessairement ameuter contre lui, et la théocratie monacale, et les monarchies théocraliques de l'Europe, et les sophistes de l'orthodoxie des tczars, qui, imbus du principe trinitaire des païens de l'Inde et de l'Egypte, [tréféraient plaire aux despotes et les servir en faisant un Dieu de Jésus que de servir les peuples et de plaire à Dieu en obéissant à ces- paroles de son

(4) Revue d' Orient f Notice sur le comte de Bonneval.

Evangile : « Tu n'adoreras que le Seigneur ton « Dieu et tu ne serviras que lui seul. » C'est que le CoBAM a imposé la tolérance; c'est qu'il l'a fondée sur ces préceptes mêmes des chrétiens primitifs : « Le propre de la vraie religion n'est pas de contraindre, mais de persuader. » (Saint Athanase.) « Si quelqu'un ne veut pas croire, qu'est-ce qui peut Vy contraindre? » (Saint Ghrisoslôme.) « Il n'y a que Vimpiété qui ôte la liberté de religion et qui prétende enchaîner la. religion sur la Divinité, en sorte qu'on ne puisse adorer le Dieu qu'on veut et qu'on soit forcé de croire à celui qu'on ne veut pas, la force n'appartenant point à la religion. » (TertuUien.) « Que ceux-là sévissent contre vous qui ignorent combien il est difficile de découvrir la vérité et d'éviter Verreur. » (Saint Augustin.) « Vous comprendrez qu'on ne doit contraindre personne, et vous ne cesserez de veiller à ce que chacun de vos sujets jouisse des douceurs de cette liberté. » (Saint Hilaire à l'empereur Constance.) C'est que l'orthodoxie des tczars ne veut point de cette tolérance, incompatible avec le despotisme ; c'est qu'elle n'a précisément fait du No-è'l, nouveau soleil et nouveau Dieu de décembre, le lion de juin que pour asseoir la tyrannie, en imposant aux tczars de dominer les hommes comme le lion du solstice domine les astres, comme le lion de l'Equateur domine les

— lia —

gazelles, car le lion, dit l'agneau, doit dominer les nations avec un sceptre de fer (1).

Mais aujourd'hui que le savoir et la foi sont deux; aujourd'hui qu'il y a distinction entre la croyance et la certitude; la croyance étant la foi à des opinions qui exaltent d'autant plus l'iinagination qu'elles sont revêtues d'une forme plus simple et d'un fond plus merveilleux; la certitude étant l'évidence qui affermit d'autant plus le jugement que les causes sont plus sensibles et les résultats plus réels; aujourd'hui que l'on ne sait que ce que l'on connaît et que l'on ne croit qu'à ce qu'on ignore; aujourd'hui que Ton est convaincu que, pour faire de la loi Texpression vraie des devoirs et des droits égaux, il ne doit plus y avoir de foi qu'à la réalité des évidences, qu'à la vérité des faits, qu'aux axiomes vrais de la sciencis; aujourd'hui que, pour être progressive, la loi sociale doit toujours tendre de plus en plus à devenir l'expression la plus juste des lois naturelles; aujourd'hui que l'on commence à comprendre comment la société et la religion, fondées sur l'harmonie astronomique du monde, ne sont, l'une, que le mécanisme astral, le système sidéral appliqué à la morale de l'humanité; l'autre, que le jeu symbolique, l'imitation emblématique, la pratique imitaiive de la science de ce mécanisme;

(4) Apocalypse.

aujourd'hui, dis-je, que tout homme de sens en est là, tout homme doit convenir que la religion ne doit plus être que la loi, que la loi ne doit plus être que la morale, et que I'Evangile et le Coran, qui tous deux renferment la morale et la loi, sont deux livres précieux dont l'alliance est apte à régénérer le monde.

C'est dans cette conviction que Moamed dot son livre en ces termes :

« Par le ciel, orné des douze signes zodiacaux; « par l'astre diurne, qui accomplit ses révolutions; « par l'astre nocturne, qui lance des traits; par la « terre, qui se fend pour faire germer les plantes; « par le soleil et sa lumière ; par la lune et sa lu- « cidité; par la nuit quand elle les voile; par le ciel « et par celui qui l'a arrondi sur nos têtes comme « une voûte; par la terre et par celui qui l'a éten- «< due comme un tapis sous nos pas ; par la mer et « par celui qui l'a formée; par la nuit quand elle « épand ses ombres; par le jour quand il épanche « sa lumière ; par Celui qui a créé le mâle et la fe- « melle, le Coran est une parole décisive qui mène « l'homme à Dieu en le poussant à bien faire, à ra- « cheter les esclaves, à les nourrir au jour de la « disette, ainsi que l'orphelin qui nous est lié par « le sang, et le pauvre qui couche sur la dure, à « conserver la pureté de son âme pour être heu- « reux. Il rend la route du bonheur facile au gêné-

« reux qui donne et la route de l'adversité pénible « à l'avare qui refuse. Il proclame l'unité de Dieu « disant: Dieu est un, l'Eternel; il n'a point en- « fantéetn'a pas été enfanté; il n'a point d'égal. A « la santé des Coréis (1) ! »

Quand il eut ainsi établi sa doctrine, Moamed se retira à Médine, où il mourut le 8 juin 632, à l'âge de soixante-trois ans. 11 ne laissa pour héritage que 100 brebis, 24 chamelles, 22 chevaux et 2 ânes, 9 sabres, 7 cuirasses, 3 lances, 3 arcs, 2 boucliers, 1 drapeau blanc, 1 drapeau noir, i manteau, 1 turban; en somme, 177 pièces, lesquelles, multipliées par 2, égalent les 354 jours de l'année de la lune, à l'aide de laquelle il avait établi le eomput du temps. C'est en l'honneur de cet astre, Dieu de Moab, dont, selon les prophètes hébreux, la corne devait être retranchée, que les musulmans en ont placé le croissant sur leurs étendards, de même que les Agaréni avaient placé sur leur drapeau blanc cette image vraie, ce verum iconium du soleil, qui, à son christis, midi gaulois ou solstice du jour,- et au solstice d'été, midi ou christis gaulois de l'année, brûle et brille dans la nappe des cieux, d'où il fait suer les hommes, glorieux de sa victoire (nike) sur l'équinoxe du prin-

(1) Coran, ch. 86 à 112,

temps (ver) , comme l'image du Christ dans le suaire de Véro-mque.

Or, débarrassée de l'esclavage et de la polygamie, risLAM est le Christianisme; or, débarrassé de la divinité de Jésus et de la trinité de Dieu , le Christianisme est TIslam ; donc :

A l'union des Curés aux Coréis !

A l'alliance de l'Evangile et du Coran !

Honneur à Moamed !

Gloire et louanges

Dieu, seul Dieu,

Unité sans trinité !

BRIGHAM VOUNS UNWERSnJ^

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