Isolement et psychothérapie
Le traitement des psycho-névroses subit actuellement une transformation complète et le médecin, s’éloignant chaque Jour davantage des praliques plus où moins mystérieuses employées dans ce domaine, cherche aujourd'hui à
. agir sur le moral de ses malades en s'adressant à leur raison et à leur volonté.
Trop longtemps en effet, les médecins ont négligé l'influence du moral sur le physique et ont accordé à ce dernier une part beaucoup lrop grande dans le traitement des névroses. Sans doute le vieil adage #nens sana ?n corpore sano
reste toujours vrai, mais on pourrait pourtant le retourner
quand on songe à l'influence énorme exercée par le moral sur nos différentes fonctions organiques. L'importance de ce facteur en thérapeutique, reconnu cependant comme tel
depuis un temps immémorial non seulement par les philo- sophes et les prêtres des différentes religions, mais encore
par les masses populaires, n’est pas encore aujourd'hut appréciée à sa juste valeur.
Lorsque Weir-Mitchéll, après Esquirol, préconisa liso-
lement, il ne voyait qu'un côté de la question, à savoir la
séparation du sujet d'avec les siens, le repos, la suralimen-
… tation. C'était certes déjà un grand progrès, mais le côté .. psychothérapique faisait complètement défaut dans la mé-
thode du médecin américain.
Mitchell » ne remplissail qu'une partie des indications du
reux de pouvoir dire icique les travaux de mon vieil ami
taux ne donne — on le sait depuis longtemps — que des.
vice. C'est ainsi qu'on arrive à créer el à développer une
ART TER D PEER el D VA Re ARE D M CECI MP OS ARE STE HrS ST FR A ONE PEN NN | ,: Pa L k Er gi EX d Eau dr Fa de 4 à sn ASS \xe to: # ÿ 2 2 | } À S NN. Ê a \ e à. we Pa VI | ES PRÉFACE Se Ste LEE NE le ; Ê à 13 Ÿ | 7 y e #à) LA | Depuis tantôt vingt ans s que je me suis adonné à la re "TNT
rapeulique des psycho- névroses, j'ai passé par différentes
J rat É © périodes avant d'arriver à me former une conviction ; au
début, je crus comme bien d'autres, que POMUE le fe 1h séjour au lit, la suralimentalion, Tam ploi de moyens phy- # siques tels que les douches, le massage, l'électricité, pou-. 2 väient suffire à guérir les Huleñes. mais les rédiltaté obiéfiin an ne correspondirent pas toujours à ce que j'espérais el j'arrivai peu à peu, surtout en étudiant mes malades de la pratique privée, à me convaincre que la cure dite « de Weir- 4 traitement. | | DATE EUGENE Je ne lardai pas à voir que l'isolement ne pouvait plus êlre considéré comme un système thérapeutique, mais que F4 ce n'était qu'un moyen de mettre en œuvre le traitement 3 moral du sujet, e’est-à dire la psychothérapie. Je suis heu-
le P° Dubois (de Berne) ont beaucoup contribué à établir la ei! nécessité de ce traitement moral.
Apanage des gens riches ou aisés, la maison de santé n'est pas accessible aux classes pauvres. Or le séjour des hystériques el des neürasthéniques dans les salles d' Me Yi
résultats le plus souvent nuls quand, et le cas n'est que trop =. fréquent, 1l n'aggrave pas l'état de ces malades, soit par 1 % suite du mode de traitement employé, soit surtout du fait du contact avec d'autres malades atteints d’affections plus ou moins similaires, où de suggestions produites fort incon- ! sciemment du reste par les élèves ou le personnel du ser= ce |
pathologie nerveuse artificielle et que le milieu hospitalier 4 De % devient souvent un véritable foyer de culture des psycho 2 névroses. L'histoire des hystériques d’ hôpital n'est malheu- 204 | F4 reusement que trop riche en faits de ce genre. Gers Ne, RC
. Frappé de ces inconvénients, j'eus l'idée, en 1895, il y. a
“* aura bientôt dix ans, d'instituer dans mon service. de Le Fe
PRÉFACE | vil
er Pisolement et la psychothérapie, réalise à l'hôpital les con-
A ditions que l’on ne AR LEE -là que dans la maison te | Via santé. Les résullats que m’a donnés cette méthode ont | depuis longtemps dépassé de beaucoup mes espérances. Ils be sont en effet tout aussi favorables que ceux que j'obtiens dans une maison de santé sur mes malades de la pratique 53 . privée, et ils sont en outre parfois plus rapidement obtenus. # Bien que la méthode de traitement des psycho-névroses
. que j'ai insliluée dans mon service à la Salpêtrière ait …. déjà été indiquée par quelques-uns de mes élèves dans leurs thèses inaugurales et par moi-même dans une com- . munication à la Société de Neurologie, elle n’a cependant - pas encore élé l'objet d’un travail d'ensemble. C'est cette
ont bien voulu entreprendre à mon insligation. Frappés des Pipes qu'ils ont constalés pendant les années d’internat qu'ils onl passées sous ma direction, ils se sont proposé de - les exposer ici. J'aurais pu leur Jobs un grand nombre d'observations ayant trait à des malades traitées dans mon service pendant les années précédentes, mais j'ai trouvé préférable qu'ils ne rendissent compte que des cas qu'ils . avaient observés. J'ai tenu à leur fournir maintes fois l'oc- E. Casion d'appliquer ce traitement sous ma direction el ils … sontarrivés à se former une opinion par eux-mêmes el …. sans avoir eu besoin de jurer « àx verba magistri ».
. Sans être particulièrement difficile et compliquée, la . méthode que mes élèves exposent ici comporte cependant
tre l'importance, car on ne Simprovise pas psychothéra- $ pupaute La connaissance approfondie du caractère si spécial des neurasthéniques et des hystériques et en outre des es | qualités de tact, de patience, de fermeté, sont ie1 inmdispensables. J'ai vu quelques esprits dislingués s essayer val- A nement l'emploi de la psychothérapie, mais je me hâte à | loutefois d'ajouter ee est là un fait rare el que la plupart
ee ; Salpêtrière, une méthode de traitement qui, basée sur F
… étude que mes élèves MM. les D Jean Camus et Pagniez :
. un coefficient personnel dont il ne faudrait pas méconnai-
$ Cv i k
LA
RE SE, de - de mes ‘élèves, grâce à à celte méthode, sont parvenu Mn ie SAS CU peu de persévérance aux résultats les plus satisfais ho L'ouvrage de MM. Jean Camus. att Pagniez est. 0 RE UNE seulement un exposé de ma méthode de traitement d
psycho- -névroses à l hôpital, c'est une œuvre originale et per = sonnelle, un traité complet de psychothérapie pour l l'é abo sn ration dau ils n'ont épargné ni leur temps ni leur } pel Jene doute pas que le succès ne récompense leurs effort
RE NES LT leur livre 4 vécu el arrive à son heure. à
re QE 2 À Aire - Paris, 5 février 1904.
J. DEJERINE.
car | INTRODUCTION
La Salpêtrière est encore quelque peu pour beaucoup de per- - sonnes l'hôpital où l’on revoit les scènes d’hystérie du Moyen âge, les manifestations les plus impressionnantes et les plus . fantastiques de cette névrose.
Bien des médecins étrangers qui viennent y visiter le service du Professeur Dejerine, espèrent assister à quelques-unes de ces D Env émotionnantes qui ont fait tant de bruit, il nya pas encore bien longtemps.
Leur surprise est grande, en pénétrant dans la salle des hystériques et ils éprouvent quelque déception dans leur curiosité. Jamais service plus calme ne s’est offert à eux dans leurs
visites des hôpitaux. Une grande et belle salle, bien claire, contenant des lits à rideaux blancs, tous fermés et dont pas . un pli ne bouge et sur tout cela, le silence le plus complet. Et ‘He cependant c'est bien la salle des CARE hystériques, la moitié ‘ a au moins des lits est occupée par elles. | . : Quelle est la raison d’un calme aussi parfait ? Ces aude sont simplement iso/ées, isolées entre elles et isolées du monde extérieur, ne recevant ni lettres ni visites et ne voyant que le médecin et la surveillante. | La visite commence, les rideaux des lits un à un sont ouverts, __ notre maître s'arrête, s’assied près de la malade, lui parle
Camus ET PAGNIEZ. o | 1
a ISOLEMENT ET PSYCHOTHÉRAPIE
avec douceur et bonté mais d’une voix ferme et convaineue. … Il lui dit la vérité sur sa santé, lui explique pourquoi elle est souffrante, lui fait constater ses progrès, lui dit comment
et quand elle guérira. L'entretien se lermine par quelques paroles réconfortantes ou par un exercice de rééducation phy- .sique s’il ya lieu, puis les rideaux retombentet l’on passe au lit suivant. La même scène se reproduit avec la même simplicité,
L'or tir.
at
sans bruit, sans appareil extérieur destiné à frapper les sens 1%
ou | imagination.
À côté des hystériques se trouvent de nombreuses neuras-
théniques, elles aussi sont soumises au repos, à l'isolement, à la suralimentation ; pour elles l’entrelien se modifie, s'adapte,
comme pour les hystériques d’ailleurs, aux troubles dont elles
se plaignent, à leur caractère, à leur Aube d'intelligence.
Sous cette double influence de a et de la psycho- Te
thérapie nous avons assisté à de véritables prodiges, nous
avons vu des paralysies, des contractures, des anorexies, des crises, des gastropathies, etc., datant de plusieurs mois ou de
plusieurs années, guéries en quelques jours, quelques semaines . ou quelques mois, sans que jamais on ait eu recours à l'hypnose
ou à des médicaments quelconques.
JA
Du premier coup nous fûmes conquis à cette méthode si. simple, si rationnelle, si inoffensive, faisant un contraste si
grand avec les procédés à allures mystérieuses employés he OT-
dinaire en pareil cas.
Peu à peu nous avons appris à manier cette méthode de 1
psychothérapie, et nous aussi nous avons éprouvé cette satis- de
faction de guérir sans faire appel à à des médicaments ou à des.
puissances extérieures, de guérir par soi-même, par son rai-
sonnement et par sa volonté.
\ Lune | 2e
Ce qui fait l'originalité de la méthode, c’est plus la réunion mr:
de l'isolement, du repos, de la suralimentation et de la psychothérapie que chaque partie SOHArÉe Chacune en effet a été . employée, plus ou moins associée à d'autres procédés (en par- 3 | ticulier par Weir Mitchell) et est encore utilisée dans un cer :
{ain nombre de maisons de santé.
Un point également sur lequel nous ne saurions trop insis- Ka
ter c’est la suppression complète de l’ hypnotisme dans ce tra & “
tement; nous en verrons plus loin les raisons.
A à er ne INTRODUCTION 3
“au Notre maître a eu le mérite de réunir un ensemble de procé- ___ déssimples etpratiques, etd’en faire bénéficier la classe pauvre: ‘ ila montré que l’on pouvait réaliser dans nos hôpitaux les conditions de guérison des psycho-névroses qui jusque-là n’existaient que dans les maisons de santé et étaient l apanage de la classe riche ou aisée.
Et ceci est important à notre époque, car si l'hygiène et les progrès de la bactériologie ont diminué la fréquence des maladies infectieuses, il est incontestable par contre que les conditions de la vie actuelle ont augmenté dans des proportions inquiétantes, la fréquence des psycho-névroses et, bien que l'on ne voie plus guère aujourd'hui les grandes épidémies d'autrefois, le nervosisme, et souvent dans ses formes graves, envahit de plus en plus toutes les classes de la société.
La neurasthénie fait des progrès incessants et comme l’a ditle P' Dejerine, « c’est la neurasthénie qui, fournissant sans cesse de nouveaux aliments à la grande famille neuro-patho-
logique, s'oppose à l'extinction de cette dernière, de par les lois fatales de l’hérédité convergente combinée avec les états de dégénérescence.
Aussi le domaine des affections qu système nerveux 1ra-t-1}
toujours grandissant. C’est là une des conséquences fatales de la lutte pour l'existence, telle surtout que la comprend notre
… époque. C'est à la fois la cause et le résultat de toute civilisa- D tion, © est aussi la cause de sa décadence”
Ces progrès si évidents des névroses ie ces dernières années rendent particulièrement ere Ans un traitement qui lend à les enrayer.
PS
4 Dans la première partie de ce travail nous faisons l'histo- 4h rique de l'isolement, et nous passons en revue les différents
procédés anciens et nouveaux de guérir par la psychothérapie . Nous montrons comment le traitement de l'esprit, resté
comme le traitement du corps l'apanage des philosophes et des .. Ro pendant l'antiquité, est entré peu à peu dans le domaine pe Fe de la médecine. |
Le à TA, ne r NE UT k «
Je &
1. J. Deere, L'Hérédilé dans les maladies du système nerveux. Asselin, 1886 p. 266.
La psychothérapie, nous le verrons, a suivi une évolution
identique à celle de la médecine elle-même, mais avec un grand”
retard sur cette dernière.
Dans la deuxième partie nous faisons l'exposé de la méthode : isolement et psychothérapie, et nous essayons de l'expliquer, de la régler sur des bases psychologiques et physiologiques.
Nous pensons avoir rendu ces chapitres suffisamment clairs pour que ce traitement ne reste plus uniquement empirique, mais prenne en thérapeutique du système nerveux une place justifiée scientifiquement. Enfin nous montrons les applications de la méthode au traitement de l'hystérie et de la neurasthénie dans leurs différentes manifestations et nous publions les résultats obtenus.
Dans tout ce travail, surtout dans la deuxième partie où nous aurons besoin de faire appel à des notions de psychophysiologie de date récente, nous ferons de très nombreuses citations. [l nous a semblé préférable de donner les textes exacts plutôt que de nous contenter de leur-sens général. Ces citations d’ailleurs sont presque toutes de philosophes connus par leurs recherches sur les sujets que nous aborderons et elles ne pouvaient que perdre à être transerites en des termes différents. Ce procédé présente peut-être moins d'originalité, mais
il est certainement plus exact. Ce que nous avons voulu, c’est.
seulement tirer des recherches philosophiques, des déductions pratiques, des notions utiles au médecin pour comprendre et pratiquer la psychothérapie.
Nous ne saurions trop remercier, en terminant cette intro-
duction, notre maître le Professeur Dejerine qui nous a engagés à faire cette étude et nous donne en tête de ce livre l'appui de son nom et de sa haute expérience.