STIGMATES MENTAUX, TIMIDITÉ, PHOBIES
C’est par le même traitement, la même rééducation morale adaptée aux circonstances et aidée du repos et de l'isolement, que nous soignons l'état mental, les stigmates mentaux des hystériques.
Leur instabilité, leur trop grande suggestibilité, leur émotivité exagérée, elc.; sont traitées par le développement méthodique de l'attention volontaire, par les exercices physiques et intellectuels dont nous avons parlé, exercices qui augmentent leur volonté et leur sens critique.
Les hésitations, les doutes, les phobies, sont encore du ressort de la rééducation morale et Justiciables d'un entraînement progressif par des exercices appropriés.
Hartenberg* dans une étude sur la timidité a indiqué les moyens de combattre ce défaut. Il montre encore comment on éduque les enfants contre l’indécision ; l'importance des mouvements du corps sur les états d'esprit est pour lui très grande. S’habituer à tenir la tête et le corps droit, avoir des gestes énergiques, la voix ferme, regarder les gens en face, pratiquer des sports comme l'escrime qui nécessite de l’exactitude, de la promptitude du mouvement, voilà autant de moyens suivant Hartenberg de combattre la timidité”.
Nous nous sommes aidés souvent de moyens analogues : en obligeant les malades à montrer un visage souriant et non triste et anxieux, en les empêchant de parler sur un ton pleurard, etc., etnous n'avons eu qu'à nous louer de cette pratique. Nous sommes persuadés que le ton de notre voix, les traits de notre visage, l'attitude de notre corps s'ils répondent à des états d'esprit, peuvent aussi retentir surnos phénomènes psychiques et les modifier. Toutes nos sensations, nous en avons donné de nombreux exemples, agissent plus ou moins sur notre esprit et une psychothérapie utile pourrait être basée sur une science approfondie des sensations et sur l’art de les provo-
1. HARTENBERG, Les limides et la timidité. Paris, F. Alcan, 1901.. 2. Voir àce sujet page 150, la méthode d’Ignace de Loyola; lestravaux de Richet.
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quer, de les associer, en faisant varier leur qualité et leur intensité. La musique, les odeurs, le chaud ou le froid, les
couleurs, les substances sapides habilement combinées et
graduées, seront peut-être employées un jour scientifiquement pour produire des réactions psychiques utiles. L'influence de ces agents est incontestable sur le cerveau, mais quand leur action se prolonge l’accoutumance se fait vite, les effets psychiques diminuent, la fatigue survient; maintenir leur effet utile par des variations d'intensité, de qualité, par les associations des excitants, diminuer l’accoutumance, là estle nœud du problème, : mais il n'est pas résolu. Nos moyens principaux d'agir sur l'esprit par le corps, au point de vue psychothérapique, sont ceux dont nous avons parlé.
Plusieurs de nos malades étaient atteintes de phobies, l’une d’entre elles se plaignait d'une agoraphobie des plus intenses avec troubles nerveux multiples. Nous avons commencé par la mettre au repos à l'isolement, lui exposant que ses phobies étaient sous la dépendance de son état nerveux et qu'elles disparaîtraient quand l’état général serait meilleur. Peu à peu les symptômes nerveux s’amendèrent, elle engraissa, reprit bonne mine et à ce moment nous commencâmes les exercices appropriés, d'abord dans la salle, puis dans la cour de l’hôpital. Bientôt elle put sortir au dehors, traversa d'abord une rue et fut enfin capable de se promener sans crainte sur les places publiques les plus mouvementées”. |
On peut ainsi, comme le dit Hartenberg”*, guérir la peur sans en parler.
Tous ces procédés de rééducation morale chez les neurasthéniques surtout, demandent une grande dose de patience de la part du médecin ; tout le succès dépend de sa persévérance et de la confiance du malade.
Van Eeden* s'exprime ainsi sur ce point: « Bernheïm dit que les neurasthéniques sont les maladès qui lui ont donné le moins de succès. J'ai été plus heureux que lui. J'obtins, en effet, dans le traitement suggestif de la neurasthénie des résul-