PAuULHAN, La Volonté. Doin, 1903, p
émotions qui peuvent survenir ne se traduisent plus au dehors que par les signes qui les accompagnent chez les’ personnes normales.
Dans les séances d’immobilité que nous avons pratiquées dans les cas de chorée, de tremblement, nous avons eu pour but de développer cette action inhibitrice de la volonté. Il est facile de suivre dans nos observations, en particulier dans l'observation IT, l'augmentation progressive de ce pouvoir chez une malade atteinte de crises hystériques très intenses survenant plusieurs fois par jour. |
Contrôle volontaire spécifique ou général. — TI est intéressant de savoir si notre contrôle volontaire en s’exerçant pour un mouvement déterminé, s'accroît en même temps pour tous les mouvements en général, c'est-à-dire, comme l’exprime Woodworth, « si l'acquisition du contrôle volontaire est un processus général ou spécifique ». On a démontré que si une main devient plus habile pour un mouvement, par l'exercice, l’autre main qui n’a pas été exercée devient aussi plus habile pour le mème mouvement. Si un bras devient plus fort par le travail, l'autre bras qui n’a pas travaillé, devient également plus fort. Mais ces expériences, suivant Woodworth, ne sont pas convaincantes et 1l incline à croire « que le contrôle volontaire est spécifique et doit être acquis séparément pour chaque mouvement ‘ ». |
Dans le domaine des fonctions psychiques, notre contrôle volontaire s'accroît de même par l'exercice pour une opération intellectuelle déterminée ; il n’est cependant pas strictement spécifique pour cette opération, mais plutôt pour le groupe dont elle fait partie. Un homme qui fera preuve de beaucoup de volonté dans une partie de ses occupations, montrera simultanément dans une autre partie de sa vie de la faiblesse, de l’indécision. Les exemples ne sont pas rares d’hommes actifs et énergiques dans leurs fonctions officielles, qui sont dépourvus de ces qualités dans leur existence privée.
Sans doute, dans l’accomplissement de ces fonctions officielles est entrée une part d'habitude, d’automatisme, 1l n’en est pas moins vrai que la volonté a dû s'exercer au début et
1, WoopworTx, Le Mouvement. Doin, 1903, p. 324. ‘
qu'elle s’est développée dans ce rôle, alors qu'elle est restée faible dans la vie privée.
D'autre part, il ne semble pas que la volonté en s'exerçant sur une passion et en la dominant, ait acquis du même coup le pouvoir de triompher de toutes les passions, et la plupart des moralistes pensent qu'il faut «déraciner » les vices un à un. L'entrainement à vouloir et à accomplir telle action, à surmonter telle difficulté, n augmente-t-elle pas notre aptitude à vouloir
d’une façon générale? Nous ne voulons pas être absolus sur ce point, mais il‘est certain que nous augmentons surtout notre
aptitude à accomplir telle action, à surmonter telle difficulté et celles qui leur ressemblent, autrement dit que l'acquisition du contrôle volontaire est avant tout spécifique, sinon pour un acte isolé du moins pour un groupe d'actes ayant des caractères communs. |
Nous devons en déduire que rééduquer la volonté d'un aboulique pour telle action n'est pas toujours la rééduquer d'une facon complète pour toutes les actions ; et que si l’augmentation de la volonté est surtout spécifique, c'est par des exercices multiples et variés qu'on la développera le mieux. En réalité, quand le médecin à obtenu un certain nombre d'actes répétés régulièrement sans défaillance pendant une période assez longue, ce résultat prouve que l’état général du malade est meilleur et d'ordinaire celui-ci est alors capable de parfaire lui-même sa rééducation.
C’est donc avant tout par l'exercice que nous ferons la rééducation morale comme la rééducation physique, et nous pouvons conclure avec Jussieu: « On développe une faculté en fournissant à l'individu qui en est doué de fréquentes occasions de l'exercer ; on en arrête le développement en écartant ces OCCasions ‘ » )
Contrôle volontaire pendant le sommeil. — L'action très
limitée de la volonté pendant le sommeil peut cependant s'exercer et s’accroître. « Voici par exemple un homme qui s’arrache au sommeil. Où que réside la volonté, le fait certain c'est que le moteur est enchaîné et que pourtant une force se
1. Cité par QuevyraT, Les caractères et l’éduc. morale. Paris, F. Alcan, 1901 p. 139.
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produit ; je constate l’action de cette force et je montre qu’elle peut être accrue par l'exercice‘. »
« Ce qu'on appelle se réveiller à volonté doit se rapporter à l'influence d’une idée d'attente, qui se produit au moment où l’on s'endort. Bien des personnes sont certaines de se réveiller le matin à une heure déterminée: il leur suffit, pour y arriver, de fixer fortement l'attention, juste au moment de s’endormir, sur l'heure qu'elles ont en vue. C’est là une preuve excellente que l’activité mentale s'exerce sans qu'il y ait conscience de la manière dont elle le fait ; et en effet, le sommeil dure encore au moment où l’idée latente se met à agir”. »
Nous pouvons nous réveiller à volonté en associant fortement l’idée de réveil avec des sensations déterminées, et ainsi tel bruit très léger, telle parole prononcée près de nous, nous éveillera alors qu'un bruit beaucoup plus fort ne nous déran-
gera pas de notre sommeil. C’est parmi de nombreux exem-
ples, celui de la mère qui s'éveille du plus profond sommeil au moindre vagissement de son enfant, alors que tous les autres bruits la laissent calme.
Une de nos malades avait chaque soir dans les premiers moments de son sommeil des régurgitations très gênantes,
nous étions parvenus par la psychothérapie et l'entraînement
à faire disparaître chez elle bien des troubles, mais elle était convaincue qu'il lui était impossible d'agir sur ses régurgitations, puisqu'elles survenaient pendant le sommeil.
Nous lui avons expliqué avec des exemples à l'appui que notre volonté pouvait s'exercer même dans le sommeil, et nous l'avons engagée à empêcher les régurgitations de se produire dès qu’elle en sentirait la sensation: cet inconvénient diminua rapidement et disparut complètement en quelques jours. (Voir p. 329).
Sans doute nôtre contrôle volontaire est très diminué pendant le sommeil, mais 1l n’est pas complètement annihilé et peut s'exercer même quelque peu dans nos rêves. Et nous ne partaseons pas absolument l’opinion de Maury quandil dit: «Le rèveur n’est pas plus libre que l’aliéné ou l’homme ivre. » « J'ai mes défauts et mes penchants vicieux ; à l’état de veille, je tâche de
1. DE FEUCHTERSLEBEN, Hygiène de l'âme. Baillière, 1853, p. 3. 2. Hack Tvke, Le corps el l’esprit. Baillière, 1886, p. 6#.
lutter contre eux, etil m'arrive assez souvent de n'y pas succomber. Mais dans messonges] ysuccombe toujours, ou, pour mieux dire, j'agis par leur impulsion, sans crainte et sans remords. Je me laisse aller aux accès les plus violents de la colère, aux désirs Les plus effrénés et quand je m'éveille, j'ai presque honte de ces crimes imaginaires”. »
Les associations solides et anciennes que nous avons faites pendant la veille, persistent en général dans nos rêves. Si nous avons associé d'une façon énergique l’idée de dégoût, d'horreur, à telle action, il y a peu de chances pour que nous accomplissions cette action dans nos rêves, l’idée de cet acte se présentera en effet à nous, associée avec le sentiment qui l'empêche de se produire. Et si l’acte à accomplir n'éveille pas dans le rêve le sentiment auquel nous l’associons dans | la veille, c'est peut-être que cette association n’est pas aussi | solide que nous le pensons, c’est peut-être l'indication que, |
même à l’état de veille, dans des conditions qui inhiberaient à un certain degré notre contrôle (colère, peur, ete.), cette action que nous nous croyons incapables de faire deviendrait réalisable. 2
La comparaison de Maury entre l’homme qui rêve et l’homme ivre nous paraît fort juste, mais est-il vrai que l’homme ivre n'ait plus aucune liberté, aucun contrôle sur ses actions? L’ivresse (comme le rêve peut-être) montre beaucoup plus souvent l’homme tel qu'il est, qu’elle ne lui crée un caractère différent du sien. Il y a des actes qu'on ne fera jamais faire, à des secrets qu'on ne fera jamais dire à un homme, quel que soit le degré d'ivresse auquel 1l soit arrivé, ce sont des actes, ce 4 sont des secrets qui sont associés solidement à des sentiments assez forts pour que toute tentative de dissociation échoue.
Le sommeil a ses degrés comme l'ivresse d'ailleurs, et fréquemment nous jouissons dans nos rêves d’une assez grande lucidité, d’un contrôle assez puissant, pour que nos actes imaginaires ne soient pas très différents de ceux de notre vie réelle. |
Souvent aussi nous avons dans nos rêves une impression vague que nous rêvons, que Ce que nous voyons n'est pas réel ;
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ci notée sit tadi his .. d SN
1, Maury, cité par GRASsEr, Hypnolisme et suggestion. Doin, 1903, p. 418.
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nous sommes alors un peu dans la situation d’un spectateur au
théâtre, ou d'un lecteur devant un roman. Au plus fort de l’action sa respiration peut devenir anxieuse, son cœur s'accélérer, ses yeux se mouiller de larmes, mais au fond de lui-même, il sait que tout cela n’est pas réel. Ce qui est encore en faveur de cette idée, c’est qu’il est exceptionnel d'observer des accidents nerveux à la suite des rêves, alors que ces accidents sont fréquents dans la veille à la suite de scènes beaucoup moins terrifiantes que les rèves. Nous n'avons jamais entendu une hystérique rattacher ses troubles nerveux à un rêve, tandis que les crises, les paralysies, les contractures, etc., consécutives à des spectacles émouvants auxquels les sujets ont assisté pendant la veille ne se comptent pas.
Cette différence peut évidemment s'expliquer de bien d’autres manières, mais 1l n’est pas illogique d'admettre que l’im-
pression d'irréel que nous avons parfois dans nos rêves, con-
tribue à diminuer l’ébranlement nerveux.
S1 faible que soit notre pouvoir de contrôle pendant le sommeil, il existe et est susceptible d'être développé. Nous ne disons pas que notre volonté peut agir toujours dans notre sommeil, bien loin de [à, nous prétendons seulement que dans quelques cas nous pouvons associer telle sensation, tel trouble morbide, ressenti dans le sommeil avec tel acte à faire, telle position. à prendre et que ce procédé a des chances de succès.
L'enfant qui urine au lit pendant le sommeil se corrige très bien de cette habitude. Quelen est le mécanisme? Il est probable qu'à la suite de réprimandes, il associe les sensations qui précèdent la miction à la crainte de punitions, de moqueries, etc., crainte qui peut avoir un effet imhibiteur sur Ja miction. L'explication est peut-être différente, mais le fait est réel et si pour cet acte ainsi que pour plusieurs autres, la volonté n'intervient pas de la même manière que pendant la veille, il n’en est pas moins certain que l'éducation est possible pendant le sommeil.
Cette constatation a son importance, car les malades se plaignent parfois de troubles dans le sommeil qu'il est possible de combattre ainsi.