RECHUTES, ÉCHECS
Est-ce à dire que les rechutes, les échecs ne s’observent pas avec notre méthode ? Quel est le procédé qui pourrait avoir une telle prétention en médecine! Mais ce que nous pouvons affirmer c’est que les rechutes sont rares. Nous avons eu souvent des nouvelles de nos malades après leur sortie et dans la grande majorité des cas ces nouveiles étaient bonnes.
Les échecs existent comme dans toute méthode, ils sont exceptionnels dans les manifestations nettement hystériques ; dans bien des cas la neurasthénie est certainement plus diflicile à traiter, les succès sont moins rapides, mais là encore les insuccès sont assez rares. |
Les cas qui nous ont paru les plus enracinés sont ceux qui sont liés à un trouble organique, par exemple ceux des neurasthéniques âgées en particulier à l'époque de la ménopause.
Les malades atteints de débilité mentale légère donnent lieu à des échecs parce qu'ils sont peu aptes à bénéficier de la psychothérapie ; améliorés on peut toujours craindre des rechutes chez eux.
On rencontre parfois des esprits, qui bien développés cependant, ne donnent pas prise à la psychothérapie. Nous avons vu quelques cas semblables, il s'agissait de malades qu'une série de malheurs avaient abattues ; trompées dans leurs affections, refusant systématiquement toute amitié, ayant perdu leur fortune, il était dificile de trouver pour elles, même des
motifs de guérison. Elles ne voyaient devant elles qu'une vie :
pénible, de travail, de surmenage presque sans but et la guérison leur semblait indifférente. Elles avaient une tendance à la mélancolie, et nous n'avons considéré que comme passagères les améliorations obtenues chez elles.
Nous avons dû dans un cas abandonner le traitement d’une neurasthénique d’une trentaine d'années; cette fille, prostituée depuis l’âge de dix-huit ans, avait mené une existence des plus faligantes et des plus agitées, avait vécu à l'étranger, dans un pays troublé, au milieu de dangers fréquents, et élait arrivée à un degré de neurasthénie intense avec prédominance de phobies. L'isolement et la psychothérapie (peut-être insuffisamment prolongés par la faute de la malade) n’ont donné chez elle aucun résultat.
Les recommandations du médecin doivent suivre le malade après sa guérison, elles s'étendront à son hygiène physique et morale, elles tendront à écarter de lui les différentes causes provocatrices de névroses ; ces indications ne diffèrent pas de celles que nous donnerons à la fin de ce volume en parlant des mesures prophylactiques.
Ces précautions sont nécessaires mais ne doivent pas être exagérées, nous avons été parfois étonnés d'apprendre ce qu'une malade guérie était capable, une fois rentrée dans la vie ordinaire, de supporter d’ennuis, de fatigues, d'émotions même sans avoir de rechute.
Un point capital c’est que le malade croie à sa guérison, et il l'admettra d'autant plus qu'il y aura participé, qu'il l'aura vue. se faire lentement, progressivement, sous ses yeux. C'est pourquoi il est important de bien faire constater au malade ses différents progrès, le retour de sa motilité, le retour de sa force au dynamomètre, la disparition de son anesthésie, la quantité croissante des aliments qu'il peut assimiler, l'augmentation de son poids, enfin et surtout la reconstitution de son énergie morale. Ces différents points jalonnent sa guérison dans son esprit, la lui rendent palpable, la font accepter entièrement par sa conscience. Il y a là une supériorité incontestable de cette méthode sur celle qui amène la disparition de symptômes (obtenue avec ou sans hypnose), par des suggestions dont les malades n’ont pas conscience et qu'ils
ne s expliquent pas. Nous avons vu souvent nos sujels rester guéris malgré les doutes, les objections, l’incrédulité de leur
entourage ; eux-mêmes avaient à cœur de démontrer, de prouver une guérison dont ils étaient convaincus.
Dans toute la seconde partie de cet ouvrage nous avons essayé d'expliquer, d'éclairer la méthode que nous employons en nous appuyant sur des travaux récents de philosophie. Comme il arrive bien souvent, la théorie n’a été pour nous que secondaire à la pratique. Encouragés par les résultats, nous avons essayé de comprendre mieux, d'analyser davantage le mécanisme des guérisons.
Nous ne nous dissimulons nullement que plusieurs conceptions, plusieurs expériences dont nous avons parlé peuvent encore être discutées ; et comment pourrait-il en être autrement étant donnée la complexité extrême des phénomènes de psycho-physiologie? En physiologie il est bien peu d'expériences même élémentaires, bien peu de phénomènes, dont nous connaissions le mécanisme intime.
Partant de cette constatation, on comprend combien 1l fut être prudent dans l'explication du phénomène le plus simple, et l’on reste stupéfait devant la hardiesse de bien des théories psycho-physiologiques. Mais ces hypothèses, ces théories, si discutables qu’elles soient, ne sont-elles pas des conditions de progrès, et, si incertaine que soit leur lumière, n'est-ce pas elle qui nous permet de grouper, de comprendre au moins momentanément les faits que nous observons? « La part d'illusion nécessaire qui dominé tout esprit créateur, dit SOUrYy ‘est la condition même de son activité. » |
La théorie prète toujours plus ou moins à discussion, elle est la marque personnelle, l’estampille passagère, que celui qui observe veut imprimer aux faits qu'il voit, mais si les théories sont fragiles et ne suffisent pas à étayer une méthode, les faits persistent et conservent toujours leur valeur : ce sont des faits que nous voulons maintenant exposer.
1. J. Soury. Système nerveux central. Structure et fonctions, t. I, Naud, 1899, Préface,