CRISES HYSTÉRIQUES
Crises hystériques d'apparence épileptique datant de 10 ans. — Troubles gastriques datant de la même époque. — Dilatation légère d'estomac. — Guérison en un mois.
21 ans, entrée le 17 février, sortie le 21 mars.
Antécédents héréditaires et familiaux. — Père âgé de 45 ans, très bien portant. Mère âgée de 45 ans, atteinte de troubles gastriques chroniques et de neurasthénie,
La malade a perdu un frère et une sœur, morts en bas âge.
Elle a un frère de 15 ans qui a eu des convulsions pendant son jeune âge, mais qui est bien portant maintenant.
Antécédents personnels. — La malade a eu la coqueluche, la scarlatine et la diphtérie.
Elle fut réglée pour la première fois à 13 ans et l'a toujours été régulièrement depuis.
Début des accidents actuels. — 11 y à 10 ans, à l’âge de 11 ans, pendant une bagarre dans la rue, la malade est bousculée par un garde à cheval, elle est très eHrayée, perd connaissance et se laisse tomber sur le sol ue
À dater de ce moment elle a pendant un an environ des absences qui durent quelques instants, elle regarde fixement devant elle, ne voit ni n'entend rien, puis reprend rapidement conscience sans être tombée.
A l’âge de 12 ans, à l’occasion d’une maladie de sa mère, elle à une crise plus grave avec enr sur le sol. Depuis elle a LÉRURe EME une crise tous les deux ou trois mois.
A l’âge de 19 ans elle consulte un spécialiste des plus compétents en maladies nerveuses qui la considère probablement comme une épileptique, car il ordonne du bromure de potassium à doses assez élevées.
Bien que suivant ce traitement la malade a une crisé à l’époque habituelle. Elle souffre de l’estomac et abandonne l’usage du bromure.
En décembre 1902 elle a une crise semblable aux précédentes.
En janvier 1903 elle vient à la Salpêtrière pour consulter M. Dejerine ; elle a pendant la consultation une crise présentant certains caractères de l’épilepsie et faisant songer à cette dernière affection.
Examen le 17 février 1903. — En février 1903 la malade revient à la consultation, nous l’interrogeons en détail ainsi que ses parents sur les caractères de la crise. Nous apprenons que non seulement la première crise est apparue à l’occasion d’une frayeur, mais encore que toutes les suivantes sont survenues presque toujours après une cause d’ordre émotif et que la malade n’en a jamais eu pendant la nuit. Chaque crise est annoncée, environ une heure avant son apparition, par une sensation de constriction, de douleur au creux épigastrique.
La malade ne laisse jamais échapper ses urines, elle n’écume pas, mais se mord souvent la langue et devient cyanosée. Elle se rappelle ce qui s’est passé pendant sa crise, sauf durant les premiers moments pendant lesquels elle a une absence. La fin de la crise est bruyante, la malade crie et se débat. La crise est suivie d’une céphalée intense.
Elle n’a eu depuis le début des accidents que deux crises en dehors de chez elle et l’on a pu chaque fois la conduire chez un pharmacien avant le début de la crise.
Les crises surviennent toujours à l’occasion des règles, avant, pendant ou après elles.
A l'heure actuelle, la malade n’a plus aucune des absences dont elle se plaignait à l’âge de 11 ans.
La malade nous dit aussi que la crise qu'elle a eue devant nous il y a
un mois a été motivée par la frayeur que lui causait une femme agitée qui se trouvait auprès d'elle dans la salle de la consultation.
En présence de ces renseignements, malgré les caractères de la crise
. qui nous avait semblé épileptique, malgré les morsures de la langue et les absences qu'a présentées autrefois la malade, nous pensons qu'il s’agit de crises hystériques.
Le 17 février, époque à laquelle elle doit avoir ses règles, la malade est reçue à la salle Pinel.
Elle à un léger rétrécissement du champ visuel.
Les réflexes rotuliens sont exagérés.
Le réflexe pharyngien est aboli.
Les réflexes plantaires sont très diminués.
Elle n’a pas d’hyperesthésie ovarienne, ni sous-mammaire, ni sur le sommet de la tête, ni au niveau de la colonne vertébrale.
C’est une jeune fille intelligente, raisonnable, ayant des sentiments familiaux très développés, et de plus passablement émotive.
Nous ne notons aucun trouble de la sensibilité cutanée.
Les urines sont normales.
La malade se plaint en outre d’avoir des digestions dificiles. Depuis l’âge de 12 ans elle a eu des douleurs d'estomac. Elle a consulté plusieurs méde, cins et a suivi des régimes variés.
Les douleurs surviennent 2 ou 3 heures après les repas, elles durent une demi-heure ou une heure et ne sont jamais accompagnées de vomissements.
Elle a remarqué que les douleurs n'avaient aucun rapport avec le genre d'alimentation et qu’au contraire elles étaient influencées par son état d'esprit; ainsi pendant {es vacances, quand la malade voyageait ou se distrayait elle ne souffrait plus de l’estomac.
A l’examen nous trouvons l’estomac légèrement dilaté.
La malade est mise à l’isolement et au régime lacté.
Nous lui expliquons que ses crises ont été déterminées par une frayeur, qu’elles sont entretenues par les fatigues, [es émotions, les préoccupations; elles disparaîtront par le calme, l'isolement, car il n’y aura plus aucun motif pour les produire. De plus si elle ressent les symptômes qui précèdent toujours les crises, elle acquérera par nos conseils assez de force et d’empire sur elle-même pour dominer la crise.
Quant aux troubles de l’estomac, ils sont aussi de nature nerveuse, l'estomac n’est pas malade et elle même, lui disons-nous, s’en rend bien compte, puisqu'elle sait qu’elle digère parfois des aliments indigestes alors qu'il lui arrive de souffrir après un repas très léger. Elle sait enfin que les émotions ont plus d'influence sur ses douleurs que les aliments et elle comprend très bien que si son estomac était réellement malade dépuis 10 ans, elle ne conserverait pas le bon état général qu’elle a toujours eu.
Ces arguments sont répétés, en les variant bien entendu, matin et soir.
Les résultats sont les suivants : une première période de règles, puis une seconde se passent sans l’apparence d’une crise de nerfs.
Les maux d'estomac diminuent et disparaissent complètement.
À partir du 1e mars, la malade est remise peu à peu à l’alimentation ordinaire qu’elle supporte parfaitement.
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Nous avons revu cette jeune fille en juillet, 4 mois après sa sortie de l'hôpital; malgré des ennuis sérieux elle n’a pas eu une seule crise, ne souffre plus de l'estomac et a une santé magnifique.
Nous avons encore reçu des nouvelles favorables en janvier 1904.
Nous ne croyons pas qu'aucune méthode ait pu, contre des
crises de nerfs et des troubles gastriques datant de 10 ans, donner des résultats nous ne dirons pas supérieurs, mais égaux à Ceux-C1.
Violentes crises hystériques subintrantes, se reproduisant plusieurs fois dans la journée. — Accès irrésistibles de hoquet et de chant. — Parésie des membres inférieurs. — Disparition des crises et des zones hystérogènes. — La malade revue 6 mois après sa sortie de l'hôpital n’a pas eu une seule crise.
27 ans, entrée le 16 octobre 1902, sortie le 19 novembre 1902.
Antécèdents héréditaires et familiaux. — Père mort d'accident à 45 ans, était alcoolique. Mère morte à 45 ans, cause inconnue.
La malade a deux frères et deux sœurs bien portants. Elle a perdu un frère à 42 ans de tuberculose, Son mari est mort à 32 ans de paralysie générale. |
Antécédents personnels. — La malade a eu ses premières règles à 14 ans, elles les a toujours eues régulièrement depuis, mais les règles ont toujours été douloureuses et obligeaient la malade à se coucher à chaque période. |
Mariée à 21 ans, elle a un enfant 9 mois après, et Le perd à l’âge de 15 mois de méningite tuberculeuse. À la suite de ce décès elle devient pro-
fondément triste, elle a des idées noires pendant plusieurs mois, elle pense :
même à se suicider, puis elle a un second bébé, ce qui la console. Elle n’a jamais eu de crises de nerfs jusqu’à ces derniers mois.
Le 21 mars, elle nous quitte complètement guérie et rassurée sur son
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Début des accidents actuels. — Le 1er août 1902, sans cause apparente, la malade a une première crise. Elle sent une boule remonter de son estomac à sa gorge, elle est oppressée, elle étouffe, mais elle ne s’agite pas ni ne perd complètement connaissance.
Depuis, la malade a presque chaque jour des crises, parfois jusqu’à 3 ou 4 dans la même journée, qui deviennent peu à peu plus violentes. Jamais elle ne perd complètement la conscience ni la mémoire de sa crise.
Ces crises alternaient avec des crises bizarres de chant, la malade modulant parfois pendant 5 heures sans pouvoir s’arrêter.
En septembre 1902, elle ressent de fortes douleurs dans la région des ovaires. Les crises nerveuses deviennent extrêmement intenses et fréquentes, et de plus apparaissent des troubles de la marche, de la raideur et de la faiblesse des jambes avec fatigue très rapide, ce qui empêche tout travail.
Elle est reçue d'urgence à la Salpêtrière le 16 octobre 1902.
Placée au milieu de la salle sur un brancard, la malade a aussitôt une crise ou plus exactement plusieurs crises subintrantes, avec grands mouvements classiques, mouvements rythmés du bassin, de la tête, de la màchoire inférieure, arc de cercle décrit par le corps, etc. Elle se plaint d’une sensation de boule qui lui remonte dans la gorge. Ces crises s’arrêtent par moments après une pression énergique sur la région de l'ovaire gauche, puis reparaissent dès que cesse la compression.
La sensibilité est normale aux membres supérieurs et à la face: Elle a de l’hyperesthésie à la douleur au niveau de l’abdomen et des membres inférieurs, de l’hypoesthésie au creux épigastrique et au-dessus des seins, de l’hyperesthésie sous les seins.
Les réflexes rotuliens sont normaux. Les réflexes plantaires sont presque nuls. Il n'existe pas de réflexe pharyngien ; la cornée est insensible.
Il n'existe pas de rétrécissement du champ visuel.
La malade est isolée, nous lui recommandons d’arrêter ses crises, montrant par notre attitude et nos paroles que nous n’y attachons aucune importance et disant que tout cela cessera quand elle sera seule dans ses rideaux.
La nuit est assez calme ; le lendemain matin avant la visite elle a quatre grandes crises suivies d’un hoquet violent. Au moment de l’examen la palpation de l'abdomen détermine une nouvelle crise et l’on renonce à l’examiner complètement. | |
On affirme à la malade qu’elle peut dominer ses crises par la volonté ; si elle Le veut elle guérira complètement, sinon elle ne pourra plus gagner sa vie, ni subvenir aux besoins de son enfant; d'autre part, si elle à de nouvelles crises, il sera impossible de la garder à l'hôpital, car elle serait une cause de dérangement pour les autres malades. Après la conversation que nous avons avec elle, elle promet de ne plus avoir de crise.
L’après-midi est plus tranquille, elle n’a pas de crises, mais par périodes son regard se fixe dans le vide, elle est en quelque sorte en extase, et vers la fin de la soirée elle se met à chanter. |
Le 18 septembre elle se sent mieux ; elle a des débuts de crises dont
elle se rend maîtresse, le soir elle chante un peu, prétendant qu'elle ne peut s’en empêcher et que c’est un dérivatif à ses crises.
Les jours suivants, il n’y a que des débuts de crises que la malade domine de mieux en mieux, et quelques périodes de chant.
Le 24 octobre elle chante encore un peu; et depuis n’a plus aucune manifestation nerveuse.
Le 2 novembre la malade est calme, on fait l'examen plus complet que son état d’excitation avait empêché de pratiquer à son entrée.
A cette date, la zone hystérogène qui avait provoqué après pression une crise lors de son entrée n’existe plus. On peut appuyer sur tous les points” de son corps sans déterminer de crise. La sensation de boule hystérique a également disparu. |
Des exercices de marche ont été institués contre la parésie des membres inférieurs dont se plaignait la malade, et celle-ci a complètement disparu.
Tous les organes sont normaux.
Les urines ne contiennent ni sucre ni albumine.
Dans:les premiers jours de novembre elle a de véritables accès de fringale, puis quelques vomissements, ces accidents disparaissent rapidement par la psychothérapie.
La malade est très docile, très confiante, accepte facilement les arguments qu’on lui expose matin et soir dans un but psychothérapique.
Elle se plaint également de douleurs dans le bas-ventre, ou plus exactement d’une sensation de pesanteur. L'examen gynécologique montre que l'utérus est un peu augmenté de volume et en prolapsus léger. Comme les sensations de la malade correspondent à quelque chose de réel on lui dit la vérité, on lui explique que cela est peu grave, que beaucoup de femmes vivent parfaitement avec des troubles plus prononcés. Elle prend la résolution de ne plus y faire attention.
Le 19 novembre elle sort en bonne santé de l'hôpital pour aller se reposer et attendre une place à l'asile du Vésinet
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En quittant le Vésinet la malade part pour son pays, là elle a de nouveau de la faiblesse des jambes et refuse de marcher pendant un mois. Elle nous écrit une lettre nous priant de la reprendre à la Salpêtrière, mais le lendemain du jour où elle a écrit cette lettre, elle se fâche contre le médecin qui la soigne et à la suite de cet accès de colère se met à marcher comme auparavant.
La malade est revue le 10 février 1903, elle se porte parfaitement bien etelle vient nous demander un certificat constatant que son état mental est sain, car sa famille a eu des doutes sur ce point ayant su qu’elle avait été soignée à la Salpêtrière.
Le 4 mai 1903, nous la revoyons de nouveau; elle a eu quelques troubles
de la marche qui n’ont duré cette fois que quelques heures, la malade ayant pu elle-même surmonter cette courte attaque de parésie.
Elle n’a plus eu une seule crise de nerfs depuis son séjour à la Salpêtrière, c’est-à-dire depuis plus de 6 mois.
OBSERvVATION LIL
Hystéro-neurasthénie. — Crises de nerfs. — Vertiges. — Sensations douloureuses multiples. — Modification profonde du caractère. — Paralysie totale des muscles externes de l’œil. — Guérison.
26 ans, entrée le 20 novembre, sortie le 14 janvier.
Antécédents héréditaires. — Le père est bien portant. La mère est morte à 29 ans de suites de couches; elle avait des crises de nerfs. Antècédents personnels. — Dans son enfance la malade avait des
malaises, des étouffements, qu’elle rapproche des troubles qu’elle pré-
‘ sente maintenant.
Elle eut ses premières règles à 15 ans et fut réglée chaque mois depuis.
Début des accidents nerveux. — A l’âge de 20 ans, la malade a commencé à avoir des crises ; ses membres se contractaient, elle était agitée de petites secousses mais ne faisait pas de grands mouvements des membres ni du tronc.
Ces crises revenaient environ tous les 15 jours.
Au début de ses crises elle éprouvait une sensation de serrement à la gorge et il lui semblait que sa langue se rétractait au fond du pharynx.
A la même époque la malade éprouva une faiblesse et un engourdissement des jambes qui l’empêchaient de faire une course un peu prolongée. Ces derniers phénomènes ne survenaient que dans la rue.
Elle attribue tous ces troubles à des contrariétés survenues au moment de son mariage.
Elle se maria cependant dans ces conditions, et les mêmes manifestations morbides persistèrent à peu près avec la même intensité après le mariage.
Elle se plaignait encore de palpitations fréquentes.
Au moment de la première grossesse (1899) les troubles nerveux disparurent complètement et elle resta en bonne santé pendant environ un an. Puis quelques malaises reparurent et elle eut de nouveau des crises de nerfs.
Au mois de mars 1902 elle éprouva des étourdissements, des vertiges qui apparaissaient surtout au moment des repas. Il lui semblait que la chaise ou la table s’éloignaient. Ces sortes de crises revenaient à chaque repas et débutaient par la sensation d’un choc violent sur la tête.
254 ISOLEMENT El PSYCHOTHÉRAPIE
Elle eut des accès de faim irrésistible aux moments les plus différents de la journée mème après les repas.
Elle éprouvait encore la sensation de boule et souffrait de rachialgie.
Elle entre à la salle Pinel le 20 novembre 1903.
Examen le jour de l'entrée. — Hypoesthésie du côté droit.
Rétrécissement du champ visuel.
Réflexes tendineux normaux.
Réflexe cornéen normal.
Urines normales.
La malade est petite, maigre, a un aspect craintif, souffreteux, chétif. Son intelligence est moyenne. Elle a des inquiétudes multiples, des phobies de divers ordres. Elle est en particulier très frappée de son état, envisage l’avenir avec beaucoup d'inquiétude, etc.
Elle est soumise au traitement habituel, raisonnement et persuasion. Au commencement, la méthode a peu de succès, la malade ne se livre guère et n'a pas grande confiance. Peu à peu ses doutes diminuent et elle commence à croire à sa guérison.
Le 27 novembre, huit jours après son entrée, en l’examinant à la visite du matin, on constate qu’elle ne peut remuer les globes oculaires, qui jusque-là jouissaient d’une mobilité normale. Ces derniers restent fixés dans leur position ordinaire, sans déviation ni strabisme. Elle ne peut leur faire exécuter aucune espèce de mouvement dans aucun sens. Les pupilles sont de dimensions moyennes, égales, réagissant normalement à la lumière. Fond de l’œil intact. Il n’y a pas de blépharoptose, quoique cependant les globes oculaires paraissent un peu moins découverts en haut que les jours précédents. L’occlusion des yeux se fait facilement. Cet état des yeux préoccupe beaucoup la malade.
Sous l'influence du raisonnement et de mouvements oculaires com-. mandés plusieurs fois par jour on arrive à triompher de ces accidents. On n'obtient d’abord que des mouvements très limités, puis plus étendus et au bout d’une huitaine de jours la mobilité des globes oculaires est redevenue normale.
La malade présente par moment des crises de tristesse, elle a des accès de faim excessive et des périodes d’anorexie. Ces troubles disparaissent peu à peu.
Elle est très préoccupée de sa vue et craint d’être de nouveau paralysée. Un examen pratiqué par M. Rochon-Duvigneau la rassure entièrement.
L'’appétit redevient régulier, elle engraisse.
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