‹ Isolement et psychothérapieChapitre 132 sur 198 · DR DÉS ARE LU EC NA 5 P · texte numérisé non relu

DR DÉS ARE LU EC NA 5 P

Cette malade a été revue six mois après sa sortie de l’hôpital. La guérison se maintient, bien qu’elle ait eu à supporter de grosses préoccupations causées entre autres par une pneumonie dont fut atteint son mari. Elle ne pense plus à son estomac. Elle revient en janvier 1904 pour le (ænia. Sa santé morale et physique est superbe. Elle a continué à engraisser depuis sa sortie de l'hôpital et pèse 78 ker 500.

OBsErRvaTION XXIX

Gastropathie nerveuse survenue à la suite de surmenage (gastro-

pathie nerveuse antérieure, occasionnée par un chagrin). — Céphalée. — Fatigue générale. — Douleurs dorsales et lombaires. — Incapacité de fixer l’attention. — Guérison.

37 ans, entrée 4 octobre, sortie 10 décembre.

Antécédents héréditaires. — Père mort d’une hernie à 60 ans. Mère souffre de l’estomac depuis une dizaine d'années.

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La malade a des frères qui sont bien portants.

Antécédents personnels. — Elle eut ses premières règles à 14 ans, et fut depuis bien réglée ; mais chaque période menstruelle était accompagnée de douleurs assez vives.

Dans son enfance elle était sujette à contracter des bronchites.

A l’âge de 16 ans, ses règles furent suspendues pendant 4 mois. Quand elles revinrent, la malade remarqua que pendant ses règles, qui duraient 6 jours, elle avait une zone d’anesthésie occupant la cuisse droite depuis le genou jusqu’à la hanche. L’anesthésie était complète dans cette région, il était possible d'y enfoncer une aiguille sans provoquer aucune sensation.

Cette anesthésie survenait après les repas, elle durait un quart d’heure environ et se terminait par une sensation douloureuse de brûlure et de fourmillement. Ce phénomène a duré pendant 19 ans et n’a disparu que depuis 2 ans. Il à été remplacé depuis cette époque, et toujours au moment

des règles par des élancements et même des douleurs aiguës dans tout le

membre inférieur droit. Ces douleurs durent quelques heures, puis apparait sur la face externe ou sur la face postérieure de la cuisse une série de petites vésicules, que l’on a pu observer pendant l'isolement, et qui ont été reconnues être de l’herpès.

La malade a toujours été très nerveuse, se mettant en colère ou s’attendrissant avec une extrême facilité, jamais cependant elle n’a éprouvé de crises de nerfs.

Un médecin consulté ordonna du bromure de potassium et la. malade dit que ce médicament lui a procuré une amélioration passagère.

Début des accidents actuels. — À l’âge de 32 ans la malade a perdu son père. Cette mort l’a beaucoup affectée; peu de temps après elle fut prise d’accès de tristesse, elle fuyait la société, employait tous les moyens pour être seule et pour pleurer à son aise. |

Bientôt apparurent des troubles gastriques consistant en du ballonnement du ventre et une douleur très vive à l’épigastre. |

Cette douleur était si forte que la malade se courbait en deux et ne pouvait marcher. sg

La palpation de la région était très band

Cette douleur ne coïncidait pas avec Les repas, mais était continuelle.

Elle n’eut ni vomissements, ni hématémèses, mais elle perdit com- :

plètement l'appétit et ne se nourrissait que d’une très petite quantité de lait. |

Elle souffrait encore de douleur occipitale et de rachialgie.

Un médecin consulté débarrassa la malade de ses crises gastriques par un traitement qui dura un mois.

Pendant près de 5 ans, à la suite de ce traitement, la malade souffrit beaucoup moins, elle ne ressentait que quelques crampes d'estomac qu'elle attribuait à l’irrégularité de ses repas, irrégularité nécessitée par son travail. |

Il y a deux mois et demi environ, à la suite de surmenage, les digestions commencent à devenir difficiles, les douleurs d'estomac reparaissent, mais

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ne sont plus semblables, dit la malade, à celles qu’elle ressentait autrefois. Ce sont des douleurs aiguës, comparables à des coliques, elles surviegnent aussitôt après les repas et siègent au creux épigastrique. La malade n’éprouve pas de sensation de brülures, elle n’a pas d’hématémèses, ni vomissements.

Elle est habituellement constipée.

En mème temps qu’apparaissent les douleurs d'estomac l’état nerveux s’accentue. La malade se met en colère pour des motifs insignifiants, elle est très irritable, très émotive, elle reste parfois toute une journée à pleurer.

Elle a des palpitations, elle maigrit.

Elle vient consulter une première fois à la Salpêtrière en l’absence du Pr Dejerine. Elle essaye d’un traitement basé sur l'emploi du sulfate de soude, du valérianate d’ammoniaque avec régime lacté. |

Elle n'obtient pas d'amélioration par ce traitement et elle est reçue à la salle Pinel le 4 octobre.

Pour des motifs dépendant du service, elle ne peut être isolée de suite et elle est mise simplement au repos au lit et au régime lacté.

Examen. — Après huit jours de ce traitement elle n’a plus de crises de douleurs, mais elle éprouve une sensation de constriction au creux épigastrique. Elle est plus fatiguée qu’au moment de son entrée à l'hôpital.

Elle éprouve de la céphalée occipitale, des douleurs dans la région dorsale et dans la région lombaire.

La fatigue atteint son maximum le matin au réveil.

Elle ne peut fixer son attention, elle est incapable de suivre une conversation ou de faire une lecture avec fruit. Elle n’a en conséquence aucune mémoire des choses récentes.

Elle éprouve des palpitations fréquentes, a des envies fréquentes d’uriner et urine abondamment le jour et la nuit.

Elle se plaint de douleurs dans les membres et dans l’ abdomen.

Elle n’a ni anesthésie, ni hyperestésie cutanée.

Le réflexe pharyngien manque.

Les réflexes rotuliens sont normaux.

Les régions ovariennes sont un peu douloureuses à à la pression, surtout du côté droit.

Les urines sont normales.

Elle est soumise à l'isolement et au traitement psychothérapique et au régime lacté, tel qu’il est pratiqué d'ordinaire à la salle Pinel, à partir du 22 octobre.

Le 10 novembre elle est remise progressivement à la nourriture ordi:

naire et digère très bien.

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On lui permet ensuite d'ouvrir ses rideaux et de recevoir des visites.

Le 12 novembre, elle continue à s’alimenter convenablement et à bien digérer, elle ne se plaint plus de son estomac.

Elle souffre un peu des globes oculaires, ses yeux sont examinés par M. Rochon-Duvigneau qui les trouve normaux, elle est dès lors rassurée

Camus ET PAGNIEZ. 20

sur ce point. Elle conserve un peu de nervosisme, des névralgies légères dans la nuque.

Le 23 novembre, elle à continué à s'améliorer de jour en jour, elle ne se plaint plus de ses yeux.

Le 10 décembre, elle nous quitte partant se reposer au Vésinet. Son état général est très bon, elle mange (rès bien et ne souffre plus de l’estomac.

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Nous avons revu la malade deux mois après sa sortie, elle reste émotive, elle rit et pleure facilement, mais son état général est excellent, elle ne se plaint plus de l'estomac. Elle a repris son travail dans son ancien atelier de couture où elle se surmène de nouveau.

En mars nous la revoyons de nouveau, elle se porte bien, elle continue à travailler beaucoup, elle a de la volonté, de l'empire sur elle-même, et malgré un tempérament émotif, elle se domine assez pour avoir une vie normale.

Gastropathie nerveuse grave datant de 2 ans, consécutive à du surmenage et à un chagrin. — Traitée antérieurement sans succès. — Guérison. |

36 ans, entrée 27 mai 1902, sortie 9 juillet.

L'observation de cette malade nous a été fournie par ellemême après sa guérison. Elle a envoyé la lettre qui suit au P° Dejerine.

Nous pensons inutile de changer quoi que ce soit à cette auto-observation écrite par une femme intelligente et cultivée, pensant qu'elle sera plus instructive publiée sous cette forme.

| « Tours, le 4 décembre 1902.

« MoxsIEUR LE PROFESSEUR,

« Je vous transmets l’histoire de ma maladie. Elle est, je crois, assez brève. à | « Mon père est mort, il v a vingt-six ans, à l’âge de 65 ans, probablèment d’une fluxion de poitrine. Ma mère est morte, il y a six ans, à l'âge

de 67 ans, après une très longue maladie qui aurait été, d’après les médecins, la suite d’une pneumonie. L'un et l’autre furent toujours d’une santé très robuste.

« Moi-mème j'ai actuellement 36 ans. Je suis la 6e enfant d’une famille de 8, dont l’ainé est mort à 17 ans accidentellement. Tous les autres sont vivants et bien portants. Je n'avais jamais fait de maladies sérieuses, et il est même à remarquer que j'avais une santé très florissante. Mon travail à la maison consistait à vaquer à tous les soins du ménage qui étaient assez nombreux et assez pénibles.

« La longue maladie de ma mère qui dura # années avant d'aboutir à la mort, et qui exigea des soins continus, et différentes contrariétés de famille ont peut-être été des causes adjuvantes ou occasionnelles de ma maladies. Jusqu'au milieu de l’année 1900, je ne ressentis que des malaises vagues, une certaine lassitude, sans troubles graves, lorsque le ler juin 1900 je tombai inanimée dans la rue en rentrant chez moi; j’eus en outre deux syncopes ce jour-là. La veille et l’avant-veille je m'étais surmenée à de gros travaux de ménage, ce qui fut peut-être la cause de

ce brusque début. Depuis lors je puis dire que j'ai trainé une vie misérable, incapable presque de tout travail.

« É vis plusieurs médecins, mais ne retirai des CICOMMENLE guère de profit. Au début j’eus quelques insomnies, du moins j'arrivais à m’endormir très tard vers le milieu de la nuit, même vers 4 heures du matin, müis ceci dura peu et bientôt tout mon mal sembla se fixer sur les fonctions de la digestion.

« La douleur la plus violente siégeait au niveau de l’estomac; je ressentais également très souvent une douleur en plaques brûlantes au niveau des reins, dans le dos. i

« Je n’ai jamais eu de maux de tête ou de douleurs aux tempes; dès que j’essayais de manger les douleurs étaient intolérables, accompagnées de baîllements, émissions de gaz, ballonnements, points, sans pouvoir me

coucher du côté droit ou du côté gauche; alternatives de constipation et

de diarrhée. Les médicaments n’y faisaient guère; toutefois, je dois dire que je n’en ai paroi abusé. J'ai pris pendant toute la durée de ma maladie environ 3 ou 4 flacons de chloridia à raison d’une cuillerée à café dans un peu d’eau avant le repas. Ajoutez à cela quelques cachets de pepsine et autres médicaments digestifs.

« Lasse à la fin de cet état, je suis partie pour Paris et suis entrée d’abord à l’hôpital Saint-Antoine, dans le service du Dr X..., le 2 mai 1902. Je n’y suis restée que 19 jours, où je fus soignée par de grands lavages de l'intestin, un à deux par jour, et le massage de labdomen. A la suite d’un léger accès de fièvre dû, je crois, à l’ingestion de viande, je partis de l'hôpital de mon plein gré, et malgré la défense formelle du médecin, persuadée que par ce traitement je n’obtiendrais jamais ma guérison. J'étais entrée à Saint-Antoine avec un poids de 56 ORNE je n’en avais plus alors que 47.

« Aussi voulais-je retourner aussitôt au pays. Ce ne fut pas sans diff culté qu'après être restée 5 jours à l'hôtel, je me décidai à aller à la con-

sultation de la Salpètrière, où j'entrai le 27 mai 1902 dans un état d’affaiblissement considérable. Je fus mise aussitôt à l'isolement et au lait (successivement 2, 3, 3 1/2, 4, # 1/2 et 5 litres par jour). Je me suis demandée alors sérieusement (et je l’ai demandé d’ailleurs à M. Egger) si on me traitait comme folle ou si par hasard je l’étais devenue, Néanmoins je ne fus pas peu effrayée lorsqu'on voulut me faire manger des côtelettes de mouton. Il y avait deux ans que je n’en mangeais pas, pas plus que du pain. |

« Après des difficultés et des velléités de quitter l'hôpital, je ne fus pas peu étonnée le soir en me retrouvant encore en vie après un tel excès. Malgré les grandes chaleurs, au bout de 15 jours, mon poids avait augmenté de 1 kilogramme.

« Vous aviez exigé à mon entrée un séjour de 2 mois à l’hôpital. Le 9 juillet, c’est-à-dire 18 jours avant l’époque fixée, j'en sortais avec un poids de 50 kilogrammes.

« Depuis lors mon état ne s’est pas aggravé, puisque mon poids actuel est de 60 kilogrammes. Toutefois je ne considère pas ma guérison comme complète et définitive, il me reste encore une certaine faiblesse de l’échine qui ne me permet pas de faire un travail continu. Cependant j'ai la grande consolation d’avoir vu depuis ma sortie de l’hôpital mon poids augmenter encore, j'ai pu depuis ce moment manger comme tout le monde, moi qui ne pouvais me nourrir que par expédient.

« Telle est, Monsieur le Professeur, mon histoire.

« Je ne puis que joindre, en terminant, l'expression de la profonde gratitude de votre toujours reconnaissante, »

La malade fut soignée par le traitement employé à la salle Pinel, isolement, lait et psychothérapie. D'une nature confiante et droite, la psychothérapie paraissait devoir agir rapidement chez elle; elle rencontra cependant plusieurs difficultés par suite de l’échec des traitements antérieurs et aussi par ce fait que la malade vit avec un frère médecin, et était imbue d'idées médicales qu’elle avait assimilées à sa manière. Au début de l'alimentation ordinaire, terrifiée à l’idée d'être obligée de manger un bifteck, chose qu'elle n'avait faite depuis deux ans, elle faillit quitter brusquement l'hôpital et il fallut toute l'autorité et tous les raisonnements du Pr Dejerine pour l’obliger à rester et à se soumettre à l'alimentation ordonnée.

Six semaines après la lettre que nous publions, le P' Dejerine recevait une lettre du frère de la malade, docteur en médecine, « confirmant la parfaite guérison de sa sœur». En mai 1903, nouvelle lettre indiquant un parfait état de santé. Enfin au 1% janvier 1904 la malade dit que sa santé est excellente.

OBsERvATION XXXI

Gastropathie chez une neurasthénique (Le mari souffrait de l’estomac depuis plusieurs années; neurasthénie conjugale pro-

26 ans, entrée 17 novembre, sortie 3 décembre

Antécédents héréditaires el familiaux. — Père mort à 32 ans, des suites d’une fluxion de poitrine. Mère morte de rupture d'un anévrysme. |

Elle a eu une sœur morte à 9 ans.

Antécédents personnels. — La malade a eu la fièvre typhoïde à 3 ans et demi, cette fièvre et les accidents consécutifs auraient duré 6 mois.

Elle eut ses premières règles à 11 ans, et elle a toujours été bien réglée depuis.

Elle se maria à 17 ans et elle eut une fille à 21 ans.

Début des accidents nerveux. — À l’âge de 23 ans la malade eut une fausse couche après 3 mois de grossesse, à la suite d’une frayeur.

Après cette fausse couche elle eut une crise de neurasthénie qui dure pendant 18 mois.

A 25 ans, la malade commença à souffrir de l'estomac. IL est important de dire que son mari souffre de l’estomac depuis environ 6 ans.

Les premiers troubles qu'elle éprouva consistèrent en des sensations de pesanteur, qu’elle comparait à la sensation d’une HIGIER qui aurait été placée dans son estomac.

En même temps elle devint nerveuse, impressionnable, facilement irritable.

Les émotions avaient une influence considérable sur ces sensations gastriques.

La moindre émotion survenant au moment d’un repas, occasionnait de vives douleurs et empêchait la malade de manger.

Depuis 5 mois elle ne prend plus d'aliments solides, elle s’est d’abord nourrie uniquement de bouillon, à l'heure actuelle elle ne prend que du lait.

Elle est recue à la salle Pinel le 17 novembre.

Examen. — En dehors des troubles gastriques que nous venons de signaler, la malade se plaint de faiblesse générale.

Elle n’a jamais souffert beaucoup de la tête; mais elle a des étourdissements.

Elle se plaint encore de douleurs de jambes, et de douleurs de dos.

Les urines sont normales.

Son moral est assez touché, elle est inquiète de son état et se préoccupe surtout de sa maladie d'estomac qu'elle croit grave.

Elle est soumise à l'isolement, au régime lacté, au traitement psychothérapique. On lui explique qu’elle n’a pas de maladie d’estomac réelle, et elle convient elle-même de l'influence nocive exercée sur son imagination par les soins constants donnés à la maladie de son mari.

. Après une dizaine de jours de régime lacté absolu, elle est mise très rapidement à l'alimentation ordinaire qu’elle supporte sans douleurs d'estomac.

Les autres troubles ont disparu facilement.

Elle nous quitte complètement guérie.

Poids : 17 novembre. . . 66kgr500 25 — LNTME 67 »

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Il s’agit dans ce cas d’une gastropathie (suggérée presque certainement par la maladie d'estomac du mari) chez une femme ayant déjà présenté de la neurasthénie. — Quant aux accidents neurasthéniques actuels ils étaient relativement peu importants. R

OBSERvATION XXXII

Gastropathie neurasthénique survenue dans la période de la ménopause. — Accidents hystériques anciens.— Peu de stigmates actuels. — Intoxication ethylique par vins médicamenteux surajoutée à la gastropathie. — Guérison.

45 ans, entrée 22 janvier, sortie 25 février.

Antécedents héréditaires et familiaux.— Son père a toujours été nerveux et impressionnable, Sa mère est également très nerveuse.

La inalade a des frères et des sœurs ; un frère est neurasthénique, une sœur a des crises de nerfs.

. Sa mère, dit-elle, a eu une frayeur quand elle était enceinte, quelque temps avant la naissance de [a malade.

Antécédents personnels. — Pendant sa jeunesse sa santé fut bonne.

A l’âge de 18 ans elle eut des crises de nerfs, environ une fois par mois

jusqu’à 25 ans. Elle écumait, dit-elle, mais ne se mordait pas la langue, ne perdait pas ses urines pendant la crise.

Mariée une première fois, elle fut très malheureuse en ménage. Elle avait des accès de désespoir, elle désirait mourir mais ne voulait pas se suicider, dans ce but elle allait se promener pieds nus dans la neige afin de contracter une fluxion de poitrine.

À l’âge de 37 ans ses chagrins de ménage étant devenus intolérables, elle résolut de se suicider et elle absorba une forte dose de laudanum.

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Elle fut gravement malade, se rétablit cependant, et à la suite de cette tentative elle se sépara de son mari.

Quatre ans plus tard à l’âge de 41 ans, quelqu'un en qui elle avait placé sa confiance acheva de la ruiner et de nouveau dans une crise de désespoir elle attenta à sa vie en se tirant un coup de révolver.

- A l’âge de 43 ans elle se remaria, son second mari est bon pour elle et elle est heureuse en ménage.

Début des troubles actuels. — Il y a un an la malade, qui déjà antérieurement avait éprouvé quelques sensations de‘pesanteur après le repas, commença à souffrir plus sérieusement de l’estomac. Les digestions devinrent très pénibles, elle eut des bouffées de chaleur, des malaises, elle perdit l'appétit et ressentit des crampes d’estomac.

Elle maigrit rapidement et elle estime qu’elle a perdu 10 kilogrammes de son poids dans l’espace d’un an.

Elle entre le 23 janvier 1903 dans le service du Pr Dejerine.

Examen. — La malade se montre très émotive, elle pleure très facilement, son facies est toujours anxieux, sa parole est brève, rapide.

Elle se plaint des troubles d'estomac que nous avons déjà mentionnés: difficulté de digestion, douleurs, crampes, perte d’appétit, etc.

Elle a de plus des maux de tête prédominant au niveau du front.

Elle a des palpitations fréquentes, de l’insomnie.

Nous constatons :

Une légère hypoesthésie du côté droit.

Le champ visuel n’est pas rétréci.

Les réflexes tendineux sont normaux.

Les réflexes pharyngien et cornéen sont un peu faibles.

Les urines sont normales.

Elle accuse encore des phénomènes d’un autre ordre :

Des crampes dans les mollets,

Des tremblements des mains,

Des pituites matutinales,

Des cauchemars spéciaux (bêtes, chutes dans des précipices).

Dans le but de se soigner, la malade a pris la série connue des vins dits fortifiants, et c’est probablement à l’abus de ces vins, que sont attribuables ces derniers accidents de nature manifestement éthyÿlique.

Elle est soumise au traitement habituel, isolement, repos, régime lacté, psychothérapie.

Anxieuse, très émotive à son arrivée, elle se calme peu à peu et s’alimente de mieux en mieux.

Le 17 février, la malade est changée de lit pour les besoins du service, elle se persuade que c’est une punition, se forge des idées fausses et va moins bien pendant 2 jours, puis tout rentre dans l’ordre.

Le 22 février, elle est transformée, ne se plaint plus que de quelques légers malaises.

Le 25 février, elle nous quitte guérie, sa figure est devenue calme et souriante; elle est remplie de bonnes résolutions et se sent plus forte. Elle s’alimente bien, les digestions ne sont plus pénibles, elle a engraissé.

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L'état de eette malade était complexe, les antécédents nerveux abondent dans sa famille, elle a eu nettement des crises d'hystérie. La maladie pour laquelle nous l'avons soignée doit être considérée plutôt comme une gastropathie neurasthé-

nique survenue dans la période de la ménopause avec accidents éthyliques surajoutés.

OBSERVATION XXXIII Gastropathie nerveuse datant de 13 ans. — Éructations. — Asthénie

intense. — Douleurs de la région lombaire et des jambes. — Guérison.

34 ans, entrée le 30 janvier, sortie le 29 avril.

Henriette L... née à Toulouse, Le 20 janvier 1869. Antécédents héréditaires. — Le père est relativement bien portant, a fréquemment des bronchites. La mere a souffert de l’estomac pendant 15 ans.

Antécédents personnels. — La malade a eu la FES la rougeole et la variole.

A l’âge de 7 ans elle a été Mate d’eczéma.

À 11 ans elle a eu un ictère déterminé par une frayeur.

Elle fut réglée à 12 ans et demi.

Elle a eu la fièvre LYRRQRE à 15 ans, suivie d’une légère . diminution de la mémoire.

Début des accidents actuels. — (Nous passons rapidement sur les antécédents de cette malade, car nous donnons plus loin son auto-observation). À 21 ans, en 1889, la malade déjà surmenée et très préoccupée, éprouve une grande frayeur en chemin de fer. Elle avait ses règles à ce moment, elles s’arrètèrent brusquement et la malade éprouva des étouffements, des suffocations, des palpitations. |

Elle eut bientôt des malaises après les repas, de la constriction à la gorge. Elle perdit l'appétit, souffrit de l'estomac, et eut des crises de larmes. Son caractère devint profondément triste, elle se découragea et ne pouvait travailler que très difficilement.

Elle étudia des livres de médecine, et se crut atteinte de plusieurs maladies. Elle recourait souvent à l’éther et à l’eau de fleurs d'oranger. De 1889 à 1891 sa santé eut des périodes d'amélioration et d'aggravation. Son état subit une aggravation du fait d’une maladie grave de sa mère.

Elle eut des phobies fréquentes.

En 1893 elle eut de l’anesthésie généralisée.

En 1898 au contraire elle eut de l’hyperesthésie assez marquée.

Elle fut traitée par plusieurs médecins pour de la dyspepsie nerveuse, de la neurasthénie, de la dilatation d'estomac, aucun traitement ne lui apporta un soulagement durable.

En 1899 son état est plus grave, elle est très abattue, sans force, souffre des jambes et des reins, et est très amaigrie.

Jamais à aucun moment la malade n’a présenté de véritables crises de nerfs, mais souvent elle a eu des accès de larmes et une sensation de constriction à la gorge.

De mai à novembre 1902, elle vit à la campagne, elle s'améliore quelque peu, mais en rentrant à Toulouse elle se sent de nouveau reprise de ses troubles.

Elle se décide à venir à Paris pour consulter à la Salpétriere.

Le 30 janvier 1903 elle est reçue à la salle Pinel.

Examen.— Elle se plaint surtout de ne pouvoir s’alimenter, elle ne peut supporter, dit-elle, que le lait et les œufs.

Chaque ingéstion de liquide est suivie d’éructations nombreuses.

Elle souffre des reins et des jambes, il lui est impossible de faire aucun effort physique ou intellectuel un peu prolongé. À midi elle se sent épuisée et ne peut plus se livrer à aucune occupation pendant le reste de la journée.

Elle a de l’hyperesthésie très marquée des régions dorsale et lombaire.

Les urines sont normales.

Elle est soumise à l’isolement, au régime lacté.

Elle est intelligente et confiante, et très accessible à la psychothérapie.

Nouslui expliquons d’abord que les éructations qui suivent une ingestion même très minime de lait ne sont ni justifiées, ni utiles; ces éructations ne la soulagent qu’en apparence, pendant un instant seulement, et elle peut les faire disparaitre par la volonté. Au bout de 8 jours ces éructations qui dataient de plusieurs années avaient définitivement disparu, et la malade dit dans l’observation qu’elle nous a écrite elle-même: « Les renvois fréquents qui se produisaient principalement après l’absorption de quelques gouttes de liquide disparurent au bout de 5 à 6 jours; bien persuadée cette fois qu’ils ne devaient pas exister, je fis de violents efforts de volonté pour les combattre et les faire cesser définitivement; aujourd'hui je n’y pense plus du tout. »

Les autres troubles disparurent également peu à peu.

La malade resta un mois à l’isolement complet, 15 jours au régime lacté absolu et prit jusqu’à 5 litres de lait par jour. Elle fut ensuite alimentée avec du lait, des œufs, de la viande crue, dela purée de pomme de terre et reprit facilement l'alimentation ordinaire,

Elle quitte la salle Pinel le 29 avril en très bon état de santé.

Poids : 31 janvier. . . 53kgr »

3 février. Do HUO ÿ 10 — 94 900 17 — 94 500 24 — 54 9500 3 Mars 99 40: — 59 900 17 — 56 »

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Nous avons revu cette malade à différentes reprises depuis qu'elle a quitté l'hôpital. Tout récemment encore en décembre 1903, soit 8 mois après son départ, nous avons eu des nouvelles de sa santé qui reste bonne.

L'histoire de cette malade intelligente et instruite racontée

par elle-même, nous semble intéressante à publier, elle est

celle de nombreuses institutrices, de bien des neurasthéniques et la genèse des troubles nerveux y est particulièment bien exposée.

Cette auto-observation pourra paraître bien longue ; nous avons tenu à la laisser entière, parce qu'elle donne une idée juste de l’état lamentable, dans lequel se trainent pendant des années de malheureux gastropathes, dont les récits sont plus vécus que toute observation schématique. Ces longueurs, ce luxe de détails sont, on le sait, très caractéristiques de l’état mental des neurasthéniques.

Causes. — « Les causes de ma maladie sont fort anciennes, et pour les rechercher, il me faut remonter à mon débutdans l’enseignement en 1888.

« J'ai été nommée à La ... au mois d'octobre de cette année, après avoir

passé en bonne santé les trois années d’études à l’École normale de Toulouse. J'en sortais robuste, animée du désir de bien réussir, avec le zèle, l’ardeur et le feu sacré des vingt ans.

«Il aurait fallu à mon caractère impressionnable, susceptible et soumis, une direction ferme et douce comme celle que je quittais, afin de pouvoir mettre à profit sans tourments et sans fatigues les conseils nécessaires à mon inexpérience. Mais, pour mon malheur, j'ai rencontré une femme à l'esprit injuste et mesquin, qui avait pour les élèves de l’École

normale une aversion inexplicable, et leur manifestait de toutes façons ses sentiments hostiles.

« Cette antipathie sans raison était pour moi le sujet de préoccupations constantes, et, auprès de cette personne, n'ayant pas d’empire sur ellemême pour savoir donner ses ordres et faire ses criliques avec tact, mon existence fut tourmentée comme elle ne l'avait jamais été.

« Le travail quotidien était pénible, les préparations de lecons et la correction des cahiers m’obligeaient souvent à veiller jusqu'à minuit ou une heure. En plus des services fréquents de surveillance (nous n'’étions que trois), il existait des services supplémentaires pour les exercices religieux, les offices le dimanche, et en semaine le catéchisme à l’heure du déjeuner ; il fallait, ces jours-là, prendre son repas à la hâte sans avoir eu le

temps de le préparer convenablement. Je ne m'en inquiétais pas trop, je n'avais jamais connu les maux d'estomac.

« Le surmenage physique et intellectuel, les préoccupations morales, la perte de l’appétit, ont eu raison de mes forces, et à la fin de l’année scolaire, j'étais déjà bien affaiblie : la moindre émotion m'ébranlait fortement; aussi ai-je vivement ressenti le contre-coup d’une peur en chemin de fer, un soir de juillet, à mon retour de La...; c'était pendant la mauvaise période du mois ; lelendemain, les fonctions étaient arrêtées et je ressentis aussitôt des malaises nerveux auxquels je ne prêtais pas attention ; des étouffements, des suffocations, des palpitations m'obligeaient souvent à sortir de ma classe pour prendre Pair.

« Je comptais sur les vacances pour me remettre: mais deux mois n'étaient pas suffisants, et la malchance me poursuivant, je tombai malade d’une angine à la fin de septembre, et je n'étais pas rétablie pour la rentrée, mais de peur de contrarier ma directrice, je suis revenue quand même à mon poste.

« Notre médecin, un vieux docteur qui m'avait soignée de la fièvre typhoïde quelques années auparavant, me trouva simplement de l’anémie et m'ordonna un vin soi-disant fortifiant, le résultat fut désastreux, et, durant tout le mois d'octobre, les malaises nerveux s’accentuèrent de plus en plus; je ne travaillais plus que par excitation ; je ne mangeais plus et je m'affaiblissais chaque jour. J'avais fréquemment recours à l’éther ou à l’eau de fleurs d'oranger pour me calmer un peu ; mais l’apaisement était de courte durée.

Ces malaises survenaient principalement pendant ou après les repas et se terminaient toujours par une crise de larmes ; parfois, je n’osais plus me mettre à table, une forte contraction de la gorge m’empêchait d’avaler, et toujours une même obsession me poursuivait : la peur de la mort.

Le mal s’aggravant, cette frayeur ne me quittait plus; je n’ai cependant jamais perdu connaissance. Une simple allusion à des pensées tristes, la vue d’une personne malade ou blessée, le bruit, le mouvement, jus-

* qu'au passage d’un corbillard près de moi, suffisaient à provoquer ces troubles dont je parlais précédemment. Il n’était pas possible de me laisser seule un moment, tant mes angoisses étaient vives, et c'était

toujours en courant que ma pauvre mère s'absentait. Je ne supportais la présence d'aucune autre personne, parente ou amie, tant il me fallait faire d'efforts considérables pour réfléchir et entretenir une conversation.

« La lecture m'était insupportable. Je ne recherchais plus que les livres de médecine ou les dictionnaires dans lesquels je m'attachais surtout à découvrir les caractères de différentes maladies que je craignais ; La maladie de cœur était ma principale préoccupation. Les terreurs du jour étaient plus vives encore dans les longues nuits d’insomnie où je croyais toujours mourir subitement.

« Dans cet état, je ne pouvais plus rien faire.

Traitement. — «Je demandai alors un congé et le médecin, appelé immédiatement, me déclara atteinte de dyspepsie nerveuse et m’ordonna des cachets digestifs renfermant de la pepsine, puis des douches et des frictions sur les jambes seulement. Il prit la chose le plus plaisamment du monde disant — je répète son expression — que pour me guérir il suffisait de me « flanquer à l’eau », qu'il me fallait surtout réagir et faire preuve de plus de volonté.

« Cette façon ironique de me traiter ne me donnait guère de courage ; J'avais déjà déployé tant d'énergie pour me maintenir jusque-là que je n’en avais plus du tout et que tout effort de volonté m'était devenu impossible à ce moment, tant je me sentais malade.

« Le repos et les bons soins dont j'étais entourée m'améliorèrent un peu; mais la volonté ne revenait guère. Il fallait m'obliger à sortir, et quoique accompagnée partout, j'avais toujours peur dans la rue, et quand j'avais dans l’esprit de ne pas pouvoir aller plus loin, je n’avançais plus. La même peur me poursuivait continuellement: me trouver mal et mourir. Enfin, au bout de trois ou quatre mois, j’arrivais à sortir seule, mais tout près de la maison. Je faisais de grands efforts pour chasser mes obsessions, et, malgré tout, je n'étais rassurée dans mes promenades que si je me dirigeais du côté de la pharmacie, avec cette intention d’y entrer sije me trouvais mal. Jamais aucune indisposition n’est venue justifier ces craintes, et elles s’apaisèrent peu à peu.

« Je sortais fréquemment, et assez loin pour m'affermir dans cette pensée que j'en étais capable, et peu à peu la volonté revint; mais ilme restait toujours une grande difficulté au travail intellectuel, à tous les travaux assidus. Un séjour à la campagne m'aurait fait grand bien ; mais ma mère, souffrante depuis longtemps, devint plus malade; à la souffrance morale causée par son état vinrent s'ajouter les fatigues physiques que

m'occasionnaient les soins de ma malade et ceux du ménage ; me guérir

dans ces conditions était impossible.

Première rechute 1891. Causes. — « Je repris cependant mon service à Pâques de l’année 91. J'ai passé l’été à grand'peine pour retomber de nouveau l'hiver, toujours avec les mêmes symptômes: violentes palpitations, perte de l’appétit, renvois fréquents au moment des repas et même

à jeun; dilatation d’estomac, constipation. Je prenais très peu d'aliments, »

encore moins de boisson, tant la sensation d’étouffement, de dilatation m'était pénible. Obligée de me reposer de nouveau, je passai encore l’an-

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OBSÉRVATIONS 411

née dans des inquiétudes continuelles, causées par la santé de ma mère toujours très chancelante. Un moment, le médecin qui la soignait l'avait abandonnée et condamnée ; mais je l'ai ignoré pendant longtemps parce qu'il avait conseillé à mon père de m'’éloigner, disant que ce coup me serait fatal et qu’au lieu d’une il en perdrait deux. Désespéré, mon père obtint une consultation du Dr Potain, et, suivant les prescriptions de ce grand maître, un autre médecin entreprit de la soigner et de la guérir.

Traitement. — « Ce jeune docteur m’examina en même temps et me prescrivit des cachets pour la digestion, cachets renfermant de Ia pepsine, du quinquina et de la rhubarbe, puis il m'ordonna des douches aussi chaudes que possible pour abattre complètement Le système nerveux, et - recommanda de baisser graduellement la température pour en arriver à la douche froide. Je cessai bientôt les cachets auxquels j'attribuais certains malaises que je ressentais, je continuai seulement l’hydrothérapie et j'obtins un peu de soulagement.

« Cependant, l'estomac ne fonctionnait pas encore normalement, et tout en choisissant mes aliments, je ne pouvais pas manger en quantité suffisante ; la plupart du temps je me réveillais au milieu de la nuit avec une angoisse indéfinissable et mon éternelle obsession : la peur de la mort: après de nombreux renvois qui me comprimaient le cœur, j'étais soulagée et je me rendormais ; mais au réveil je n'étais pas reposée.

« Le médecin de ma mère lui ayant recommandé une saison à Salins, nous partions aux vacances de 91 dans le Jura où un mois de séjour nous fit à tous trois le plus grand bien.

« En avril 92, je fus nommée à Ba. C'était une laïcisation, et quoiqu'ayant peu d'élèves, il fallut beaucoup travailler, faire du nouveau, et, en pareil cas, se montrer supérieure auprès de l'Administration.

« La belle saison d'été, la situation du pays en pleine campagne, et le bonheur d’avoir une directrice juste, douce et affectueuse contribuaient à me maintenir dans mes nouvelles fonctions encore pénibles ; là, je fus malade d’une pharyngite qui ne m’empêcha pas de continuer mon service, mon médecin m’envoya dans une clinique pour m'y faire soigner ; malgré cela, je passai quand même avec courage la période d’avril à octobre. J'aurais peut-être pu tenir ainsi quelque temps ; mais, à la rentrée, je fus nommée, par avancement à Tarbes. Là, de nouvelles fatigues m’attendaient ; je me rendais chaque jour à mon école avec une heure et demie de voyage, et j'avais une classe de 70 élèves. l

« Je prenais très souvent une douche froide bien cinglée ; j’éprouvais aussitôt une sensation de bien-être qui semblait m’enlever instantanément toute fatigue et toute surexcitation ; le lendemain, c’était encore la même chose.

Deuxième rechute 1893. Causes. — « Je me suis maintenue tant bien que mal jusqu'en novembre 93; j'étais rentrée au mois d’octobre déjà fort excitée par un séjour d’un mois à la mer, sur la plage de Royan; ensuite le surmenage et l’alimentation toujours insuffisante ne tardèrent pas à ramener la faiblesse et l’agitation.

« Les malaises dont j'ai déjà parlé devenaient de plus en plus fréquents

et me mettaient dans l'impossibilité absolue de réfléchir et de parlerdans | ma classe. Une violente émotion dans un mauvais moment m’amena Û encore d’autres troubles auxquels j'attribuais l’aggravation de mon état; les fonctions périodiques ayant cessé brusquement, il se forma quelques 4 jours après, une glande assez volumineuse dans l’aine, du côté droit; j'étais gènée dans la marche et je souffrais de douleurs et d’engourdissements dans la jambe droite ;: j’attribuais ces symptômes à l'existence de la "| glande : tous les matins je me demandais si je pourrais entreprendre mon voyage, tant je craignais de mourir pendant le trajet.

Symptômes. — « Au mois de novembre de l’année 93, je fus obligée de prendre un nouveau congé. Un soir, je souffris de douleurs très violentes dans le ventre ; mes parents s’ingénièrent à me donner mille soins sans parvenir à me soulager ; on dut courir au plus près chercher un médecin qui se disait spécialiste pour les maladies nerveuses. Il me fit poser sur le ventre un vésicatoire que j'ai gardé 13 heures et me fit prendre une potion renfermant de l’analgésine.

« De mème que je cherchais dans toutes sortes de livres les caractères de différentes maladies, je voulais connaître aussi les propriétés de tous les médicaments qu'on me prescrivait, et je n'étais guère rassurée quand il me fallait absorber quelque chose de nouveau; j'étais toujours sûre d’avoir quelques moments d’indisposition, même quand le médicament n'aurait pas eu sur l’organisme plus d'action qu’un verre d’eau; cette crainte, je l'ai toujours conservée.

« Je prenais aussi deux fois par jour une cuillerée de bromure dans du lait.

« La peau était insensible sur toute la surface du corps; je sentais à peine les piqûres d’épingles, et-les dures frictions au gant de crin: ce phénomène ne dura pas longtemps. Au bout de quelques jours, il me survint une série d’abcès gros et petits, en un bien mauvais endroit ; je me trouvais obligée de m'asseoir entre deux pliants et j’éprouvais beaucoup de difficulté à me coucher. Le médecin ordonna des bains de siège tous les matins : il se forma ainsi trois séries d’abcès qui, une fois percés, me soulagèrent. Le teint jaune, terreux, s’éclaircit: les accidents au cœur qui survenaient surtout le matin et après le déjeuner, furent moins fréquents.

Traitement. — « Le médecin me mit alors au régime sec : un œuf à la coque chaque matin en buvant un peu de thé léger et faire griller le pain ; aux repas de midi, beaucoup de purées, et comme boisson un peu de vin blanc coupé d'eau de Vichy. J'ai continué ce régime pendant plusieurs années, parce qu'il paraissait me réussir ; la nourriture moins liquide semblait m’alléger l'estomac ; la sensation de dilatation était si gènante et si pénible que je faisais souvent un repas tout entier sans avoir pris une goutte de liquide.

«Je pris une.série de bains de tilleul et, comme j'allais mieux, je recommençai les douches, tièdes d’abord, froides ensuite ; comme reconstituant, je prenais avant les repas une cuillerée de kola granulée que j'ai bien vite laissée comme les autres médicaments.

de

i OBSERVATIONS 319

« J'élais un peu améliorée ; dans l'été de l’année 1894, je partis à la campagne où deux mois de séjour me firent renaître à la vie; mais la préoccupation de mes digestions m’absorbait toujours ; je ne mangeais guère, je buvais encore moins, et j'avais toujours beaucoup de palpitations après les repas, le contact des vêtements à l'estomac m'était parfois insupportable : je faisais une promenade très lente après le repas, car depuis les débuts de la maladie jusqu'à ce jour, il ne m'a jamais été possible de marcher d’un pas alerte ; quand je me risquais à précipiter mes mouvements, j'avais des palpitations suivies de malaises et je ralentissais aussitôt; je craignais tant une maladie de cœur. À ce moment, j'étais en bonne voie et le moral était bien meilleur, grâce à l'isolement, à la solitude que je trouvais dans notre petite campagne : le jour où il fallait faire une visite et causer, j'allais plus mal et le sommeil s’en ressentait ; d'’ailleurs, toute fatigue, principalement celle de la parole, semblait me dilater l’estomac. |

« Dans ces conditions, il m'aurait fallu un long repos que je n'ai pas osé prolonger dans la crainte de déplaire à l'Administration et à mon père qui avait peur de contrarier mes supérieurs et de me voir remplacer définitivement à mon poste.

« Je repris donc mon service à Ta... en octobre 1894, avec toutes mes appréhensions et mes fatigues, je ne me sentais jamais reposée, et je commençai dès lors à souffrir de maux de reins. J'avais malgré tout la satisfaction d’avoir une classe agréable et surtout une grande tranquillité d'esprit dans mon service. Mais je ne reprenais jamais le dessus, loin de pouvoir augmenter la nourriture pour me rendre des forces, j'étais obligée de la diminuer tant les digestions m’étaient pénibles.

« Cependant, les médecins m’avaient tant représentée auprès de mes parents comme une nature sans volonté, qu’il fallait obliger à réagir, que je me plaignais le moins souvent possible, de peur de m’attirer des reproches et delaisser prendre pour de la paresse mon désir de me reposer.

« D'un naturel très gai, je ne laissais rien paraître et, selon l'avis du médecin, je prenais part aux distractions quand l’occasion s’en présentait; je n’en retirais qu’une vive surexcitation suivie d’une grande lassitude.

« En novembre 1896, je fus nommée à De... ; le trajet de mon domicile à mon école était très dur pendant la mauvaise saison d'hiver. Au jour de l'an, je restai huit jours à la maison avec un abcès dans loreille et une extinction de voix complète.

« À Pâques, je changeai pouf revenir à Pe... avec une dernière classe de 80 élèves.

Troisième rechute 1899. Causes remontant à l'année 1896. — Là, je me sentis rapidement décliner; cette tension continuelle de la volonté qu'il faut déployer pour en imposer à un jeune auditoire et le discipliner, cette énergie constante dont il faut faire preuve pour maintenir son autorité, la fatigue physique, et de plus des préoccupations morales, des chagrins que je n’avais pas l'espoir de voir se dissiper, tout cela fut pour moi une nouvelle cause de dépression profonde. Je sentais mes forces,

s’en aller graduellement pour faire place à une grande excitation; avec un quart d'heure de chemin à faire seulement, j'étais souvent obligée de prendre le tramway tant j'avais mal dans les reins et dans les jambes.

« Je me croyais atteinte d’une maladie incurable, et je n’espérais un peu de soulagement qu'avec le repos prolongé ; mais ce repos, je n’osais pas le prendre, n'étant pas comprise dans mon entourage, où l’on espérait qu'une réaction se ferait un jour ou l’autre sans m'obliger à laisser mes occupations, je ne comptai plus sur des jours meilleurs et je per tout espoir dans l’avenir.

« De plus, à l’âge où une jeune fille songe à s'établir, j'avais encore le souci perpétuel de ne pas pouvoir donner libre cours à mes pensées, à mes aspirations, et de chasser de mon cœur des sentiments bien légitimes qui pouvaient s’en emparer; dans cet état de santé, je n'étais pas plus capable de me marier que d’exercer ma profession, et pourtant j'avais au fondle secret espoir de me remettre en l’abandonnant; celui que j'avais rencontré n'était pas assez désintéressé pour m'’accepter ainsi, et moi, je considérais comme un devoir de ne pas tromper un homme quim'’aurait épousée dans l’espoir de me voir garder une situation que j'aurais été obligée de quitter ; c'était alors la destruction d’un bonheur rêvé par un mari préoccupé surtout de « la lutte pour la vie » si difficile de nos jours. Il m'en coûtait beaucoup de voir se briser une affection que je n’avais pu combattre; mais, affectant d’avoir toujours été indifférente, j'ai paru mépriser l’homme et ses théories, tout en admettant dans une certaine mesure ces considérations matérielles.

« Après tant de souffrances et de déceptions, un immense découragement s’empara de moi; mais loin de négliger ma tâche, je m'y donnai au contraire avec plus d’acharnement ; je trouvais dans l’accomplissement exagéré de mon devoir une certaine satisfaction qui m’enlevait un peu la

préoccupation de moi-même, et je travaillais avec cette idée de mourir à

la peine, telle qu'un soldat sur le champ de bataille.

«Je ne prenais plus aucun soin; j'avais alorsune deuxième classe d’une trentaine d'élèves seulement ; mais je tenais à y préparer des certificats d’études et pour cela je gardais les élèves après les heures de classe ; de retour à la maison, je donnais une leçon particulière et je veillais ensuite pour les corrections et les préparations de leçons. Après le repas du soir, j'avais fréquemment des douleurs aiguës qui commencçaient dans le dos, à la région de l'estomac, et s'étendaient ensuite dans l'estomac et le ventre ; je me couchais un instantet les douleurs s’apaisaient immédiatement, après quoi je reprenais mon travail.

Symptômes. 1e traitement. — J'ai marché de la sorte jusqu’ en 1899 ; deux deuils successifs à la fin de l’année 1898, puis une angine hâlérent ma dernière rechute. Je ne mangeais plus: je m'’affaiblissais de plus en plus, et, tout en faisant des efforts prodigieux pour me maintenir, je sentais dans chacun d'eux une cause de dépérissement et d’excitation. Je souffrais de douleurs qui devenaient très violentes parfois. La maladie me paraissait désormais bien enracinée ; enfin, après une quinzaine de jours pendant lesquels la fièvre ne me quittait plus, je dus cesser mon tra-

vail pour demander un nouveau congé. On fit:venir le médecin qui me trouva toujours de la neurasthénie, très prononcée, accompagnée cette fois d’hyperesthésie, phénomène contraire à celui qui s'était produit en 1893 ; il me trouva encore gravement atteinte et recommanda surtout le séjour à la campagne, puis des cachets de glycérophosphate de chaux; je les ai laissés au bout de quelques jours, comme j'avais fait des autres médicaments, et je ne conservais plus d'espoir que dans le repos à la campagne. Malheureusement, ma mère seule aurait pu me soigner et elle ne pouvait s’absenter. Les personnes ignorantes de la maladie, surtout celles de la campagne, prenaient pour de la force cette activité fiévreuse que je montrais et ne me ménageaient pas les fatigues; je ne pouvais pas guérir. De retour à T.…. pour l'hiver, l’énervement me reprit de plus belle dans notre vie mouvementée qui me pesait tant.

«Je me trouvais cependant plus tranquille; j'avais obtenu un congé illimité et je pouvais me reposer sans souci. Je ne pensais plus alors à faire le sacrifice de ma vie et je songeai aux moyens peut-être possibles encore de recouvrer la santé pour me conserver à mafamille et m’assurer mon avenir. |

2e Traitement. — « C’est alors, au commencement de l’année 1900, qu’une amie trop crédule me conseilla d'aller consulter M. le Dr X...; je n'avais jamais entendu parler de lui comme d’une Célébrité ; mais rien que son titre m'inspirait quelque confiance et j’eus le malheur de persévérer pendant trois mois dans le traitement ridicule qu’il m'imposa.

« Le voici:

« Chaque matin, il fallait se purger au séné et à l’aloès, puis prendre un bain sulfureux suivi d’une douche ; à midi et le soir, une cuillerée d’un mélange renfermant une forte dose de bromure, et dans la journée il fal- Jait boire de la tisane d’orties blanches.

« Le lait, les œufs, la viande, le beurre, l'huile devaient être exclus de l'alimentation ; elle devait surtout se composer de salade, de féculents de toutes sortes assaisonnés au sel et au vinaigre ; comme boisson de l’eau. Il me fit poser un vésicatoire à la pointe du cœur pour les douleurs et les palpitations dont je souffrais. Après un tel régime, j'avais une grande inflammation d’intestins qu’il était impossible de combattre et je maigrissais à vue d’œil. En trois mois, j'avais perdu seize livres. De 62 kilogrammes, que je pesais il y a treize ans, j'étais à 55 il y a quatre ans et à 47 kilogrammes après ce régime. La dilatation de l'estomac était de plus en plus pénible ; le ventre semblait tantôt distendu, tantôt comprimé ; à partir de ce moment, je remarquai un phénomène qui m'inquiéta tout d’abord et a persisté jusqu’à ce jour; les urines moussaient et déposaient. Je demandai à ce sujet des explications à trois médecins: l’un me donna pour cause mon état de surexcitation nerveuse, l’autre, les mauvaises digestions, enfin un troisième pensa que c'était une trop grande déperdition de phosphates.

« Je m'affectais encore de tout ce que je découvrais de nouveau en moi. Jamais je ne m'étais trouvée dans un tel état de dépérissement ; j'avais le visage recouvert de taches, de plaques d’un jaune foncé, sur-

Camus ET PAGNIEZ. 21 CS

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