‹ Isolement et psychothérapieChapitre 133 sur 198 · Ha U. 10108 CE - TOME ER NE 7 RTS FOR 5 Le Tass. Fo · texte numérisé non relu

Ha U. 10108 CE - TOME ER NE 7 RTS FOR 5 Le Tass. Fo

tout au front et autour des yeux; j’inspirais lapitié à tout le monde; dans mon entourage on m'avait même condamnée et mes parents ne dissimulaient pas leur inquiétude.

« La surexcitation seule me maintenait debout tre Jamais je ne pouvais soûter le calme, ni le bien-être d’un repos salutaire ; au lit, j'étais plus mal encore ; je souffrais dans le dos et lesreinset n étais bien dansaucune position.

« Après quelques violents malaises au cœur pendant lesquels je croyais mourir, je pris la ferme résolution de ne plus retourner voir le Dr X... qui ne trouvait rien autre.chose à me prescrire et me répondait chaque fois : « continuez ».

3e Traitement. — « Découragée, désespérée, doutant de tout, n'ayant plus confiance en qui que ce soit, je résolus de partir à la campagne etde ne plus rien faire; cependant, dans un dernier et faible espoir de m’améliorer, j'allai consulter le D' Ÿ... Il m'ordonna alors des injections hypodermiques de 3 à 4 centimètres cubes environ d’un sérum composé principalement de phosphates et de chlorure de sodium ; je devais me faire moi-même ces injections au ventre, tous les matins. Cette opération m'énervait à un tel point qu’au bout de quatre à cinq jours je la cessai et je ne fis plus rien.

« Les intestins étaient toujours bien malades; je m’efforcais quand

même de manger, avec des alternatives de constipation et de diarrhée. Au commencement de juillet 1900, je fus prise d’une dysenterie qui dura huit jours consécutifs et me mit dans un état de faiblesse profonde. Ja passais mes jours allongée sur le gazon ; dix minutes de marche à peine étaient déjà trop; je n’avais plus la force de réagir. ra

«Je suivis alors le régime exclusif du lait (bouillies à la farine, à la revalescière, tapioca, crèmes), malgré cela, j'avais toute l’après-midi des renvois brûlants. J'ai vécu de la sorte jusqu’en décembre où je commencai à manger deux ou trois bouchées de viande blanche à midi, beaucoup de laitage encore et pas de pain. |

« Je rentrai à T... trop faible pour pouvoir continuer à m’améliorer: mais je ne suivis plus aucun traitement; seulun pharmacien mefitessayer un extrait de kola coca, glycérophosphate à prendre aux repas. Trois ou quatre jours après, des Papi ons violentes accompagnées de malaises me reprirent ; effrayée à l’idée d'une maladie de cœur, je cessai.

« Je passai de nouveau Pété de 1901 à la campagne; j'étais un peu mieux, mais pas assez forte pour m'occuper seule de moi. Je me fatiguai encore trop, et revenue à T... pour l'hiver, l'agitation, les douleurs reparurent avec l’amaigrissement : je ne me nourrissais guère, et depuis le traitement du Dr X:.. j'avais une constipation des plus opiniâtres : Je prenais surtout du lait et des œufs, mais peu ou pas de viande; et constamment des palpitations. de

&e Traitement. — « Au mois de mars 1902, une amie, ayant entendu parler d’un pharmacien de Z... qui soignait d’après les analyses d’urines et avait, paraît-il, obtenu déjà de belles cures, m'engagea à aller le consulter. Il me trouva atteinte d’anémie nerveuse,’ disant que la neurasthé-

nie était plutôt la maladie de ceux dont les facultés intellectuelles sont un peu affaiblies. Je lui fis part de ma frayeur d’absorber des médicaments ; mais, après m'avoir persuadée que ce qu’ilm’ordonnerait «serait supporté par un enfant de six mois » je me décidai à suivre son traitement ; mais il ne fournissait pas d'ordonnances et se refusait à donner la composition de ses médicaments ; c’étaient des cachets à prendre avant le repas et une cuillerée d’un mélange après.

« Je suivis ce traitement pendant deux mois ; j'avais alors un peu plus d’appétit; je prenais un peu plus de nourriture, mais la sensation de pesanteur et les battements de cœur, atténués aussitôt Le repas par l’absorption du mélange, reparaissaient plus tard, et la digestion s’achevait péniblement avec des renvois acides el brülants qui remontaient jusqu'à la gorge ; la bouche même me brülait et j'avais souvent soif. Le soir. même après un léger repas, je souffrais plus encore, surtout si je me couchais trop tôt.

« Pendant tout le temps de la digestion, je ne pouvais marcher, tant la respiration était pénible, et tant je souffrais dans le dos et les reins.

« C'est dans cet état que le pharmacien en question me déclara guérie et capable de reprendre mon service.

« Je ne serais pas allée loin si je l'avais écouté ; je conservais d’ailleurs cette inaptitude au travail intellectuel qui me rendait si pénible tout effort de la pensée, et me mettait dans l'incapacité de faire une classe. Je me demandais souvent s’il fallait me condamner à passer constamment mon existence sans penser, comme l’animal; la mort aurait été préfé-

‘ rable, et j'étais de nouveau bien découragée.

« Après ce dernier traitement, je passai encore quatre mois à la cam-

pagne; de retour à LT... en novembre dernier, je me crus un peu plus forte, mais je ne vivais encore que de lait et d'œufs principalement, et pas de pain.

« Toutes mes douleurs ne m’avaient pas quittée ; je ne pouvais me coucher sur le côté droit, tant les muscles étaient douloureux ; sur le côté’ gauche, j'avais des cauchemars. J’avais des bourdonnements d’oreilles : je les ai encore. Je ne pouvais marcher loin, tant j'avais les jambes faibles: à midi, j'étais assez fatiguée pour ne plus pouvoir rien faire; aussi le reste de la journée était-il pour moi un surmenage; je voulais faire un peu de gymnastique au Sandow pour me fortifier; je ne le pouvais plus,

tant les douleurs étaient aiguës. Malgré tout, dans l'espoir de me réhabi- & tuer un peu à mes fonctions, je priai l'Administration de me confier un de ses services d’études surveillées, où j'étais occupée deux heures chaque soir, à partir de quatre heures, c'était peu, mais encore beaucoup trop pour moi, et je voulais par n'importe quel moyen chercher à me soigner pour tâcher de me maintenir.

« Je retournai donc voir notre médecin. Il me proposa d'essayer des injections hypodermiques de cacodylate de soude, par série de dix: il me fit espérer, sans être toutefois très affirmatif, qu'après la cinquième injection je retrouverais mon appétit et mes forces.

« Mais j'étais devenue trop sceptique, et avant de servir encore de sujet

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d'expériences, je voulais me renseigner auprès d’un docteur célèbre. L'idée me vint d’aller à la Salpêtrière consulter M. le Pr Dejerine dont j'avais déjà entendu parler ; à ce moment, je lus dans le Bulletin municipal qu’il traitait plus particulièrement les affections du FRAARE nerveux. Je vis là enfin ma dernière planche de salut.

« M. le Pr Dejerine me dissuada d’entreprendre le traitement dont j'ai parlé tout à l'heure, et m’assura qu'il pouvait me guérir, si je consentais à entrer à l'hôpital. Devant une telle affirmation, donnée par un homme de qui, pour la première fois, je n’eus pas l’idée de douter comme de tous les autres, je me fis violence pour prendre une résolution qui me coûta énormément et me fit endurer pendant huit jours toutes les tortures morales.

L'idée surtout de ne pas prendre de médicaments me convenait, et, de plus, je comptais sur lefficacité d’un traitement que j'avais déjà tant recherché à la campagne pour me soulager; cet isolement si salutaire aux tempéraments surmenés, et le régime du lait qui m'avait toujours si bien réussi.

« J’entrai donc le 30 janvier. L'amélioration fut lente au début ; je passais par des alternatives d'espoir et de découragement.

« Les renvois fréquents qui se produisaient principalement après l’absorption de quelques gouttes de liquide disparurent au bout de cinq à six jours : bien persuadée cette fois qu'ils ne devaient pas exister, je fis de violents efforts de volonté pour les combattre et les faire cesser définitivement ; aujourd'hui, je n’y pense plus du tout. La constipation opiniâtre dont je souffrais depuis quatre ans était ma principale préoccupation, et j'appréhendais Le moment où il me faudrait prendre autre chose que du lait ; aussi, dès que je commençai à prendre de la viande crue, mon état resta-t-il stationnaire pendant trois semaines, et mes craintes ne m'’abandonnaient pas défimitivement.

« Enfin, tous les principaux malaises, douleurs de dos, de reins, palpi- {ations, s’atténuèrent ; l'augmentation VAT du poids me rendit courage et je constatais alors un mieux sensible. L'espoir de pouvoir supporter une quantité suffisante me revint. Depuis les premiers jours d'avril, je me suis remise à manger du pain au repas de midi, quand, au mois de décembre dernier, je n’en prenais pas encore une bouchée; mais, jusqu'ici, j'éprouve après ce repas le besoin de sommeiller un peu; mais il est certain que cette lourdeur, celte nonchalance disparaîtront quand le beau temps permettra d'aller faire la digestion au dehors et non au lit.

« Aujourd’hui, la transformation de mon état de santé est telle que je crois avoir fait un retour en arrière, au temps où je nesongeais pas à mon estomac ; les quelques rares douleurs de reins qui se font encore sentir de temps à autre ne m’inquiètent plus. Je suis dès lors convaincue de la bonne conformation des organes digestifs que je croyais malades pour toujours et ce sera sans hésitation que je me remettrai à manger comme autrefois.

« Quelques mois de repos au bon air de la campagne sont maintenant nécessaires pour m’affermir et me rendre capable de quelque effort, car,

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actuellement, un peu de faiblesse, jointe à la peur de voir revenir toutes mes anciennes douleurs, me rend encore pénible tout travail assidu, et tout effort de la pensée; mais je ne doute pas de voir revenir peu à peu cette aptitude au travail, perdue depuis si longtemps.

- « J'ai certainement beaucoup souffert parce que je me suis trop étudiée ; mais je trouverai une large compensation dans le bonheur d’avoir reconquis la santé, bonheur vers lequel je m’achemine chaque jour.

« Aussi Éieritte une reconnaissance éternelle envers les bons el. savants docteurs qui, par leurs soins intelligents, leur dévouement, leur patience à toute épreuve m'ont tirée de ce mauvais pas, et m'ont rendu, avec la santé, le bonheur de vivre et la confiance dans l’avenir. »

Nous avons revu plusieurs fois cette malade depuis sa sortie de la Salpêtrière ; son état est encore maintenant très bon.

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