‹ Isolement et psychothérapieChapitre 147 sur 198 · ELLE · texte numérisé non relu

ELLE

28 — Are Ie he. »

Nous n'avons pas eu de nouvelles de cette malade depuis son départ ; nous la croyons sérieusement débarrassée de ses mauvaises habitudes. Ces dernières étaient entretenues par l’idée qu’elles lui étaient indispensables, qu'elles étaient un dérivatif nécessaire à sa santé. C’est en combattant cette idée

théorique et en lui en démontrant la fausseté qué nous avons lutté contre la masturbalon. |

Nous ignorons si la guérison de sa passion pour son médecin s’est maintenue. Elle se montrait d'autre part très préoccupée de rentrer dans son ménage où, avons-nous dit, elle était maltraitée par un mari alcoolique ; cette situation déplorable nous fait faire des réserves sur la possibilité des accidents nerveux ultérieurs.

| OBSERVATION LVIIL

MÉRACSLS datant de plusieurs mois, avec deux tentatives d suicide. — Guérison complète.

27 ans, entrée le 18 juin, salle Pinel n° 19, sortie fin juillet.

Antécédents héréditaires et familiaux. — Père 55 ans, est très bien portant. La mère âgée de 45 ans, a fréquemment des névralgies, est sujette à des crises de nerfs, à des pertes de connaissance depuis l’âge de 18 ans. Malgré cela, état général bon.

Un frère mort à 8 mois de broncho-pneumonie.

Un frère mort au régiment d’un phlegmon de l’amygdale.

Antécédents personnels. — Dans l’enfance, rougeole, varicelle.

Elle a toujours été très impressionnable et nerveuse, elle a facilement des crises de larmes, mais n’a jamais eu de perte de connaissance, ni de sensation de boule hystérique.

Elie a été chloro-anémique de 16 à 18 ans. |

Mariée à 22 ans, elle a eu successivement trois grossesses.

Le premier accouchement a été très laborieux, a nécessité l'emploi du forceps.

Le second accouchement a été suivi d’une forte hémorragie:

Le troisième accouchement a été des plus faciles et n’a duré que quatre heures. La malade s’est montrée très imprudente à la suite de cet

accouchement, elle s’est levée dès le lendemain, le troisième jour elle

s’est promenée dans sa chambre et le sephémejour est sortie par un temps froid.

Début des accidents actuels. — Un mois après ce dernier accouchement, la malade ne voyant pas apparaitre ses règles, s'inquiète, devient anxieuse et se figure qu’elle est de nouveau enceinte. Fatiguée par trois grossesses successives et par les soins nécessités par ses enfants, cette idée la préoccupe au plus haut point. Elle ne pense plus qu’à cela, se désespère à cette pensée, consulte des médecins, et quand six semaines après son accouchement elle voit son retour de couches, cette constatation est impuissante à ramener la tranquillité dans son esprit.

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Ver Le PUS

OBSERVATIONS Lo

Devenue profondément mélancolique elle est placée à Paris dans une maison de santé; là, préoccupée des dépenses, considérables pour sa situation, que ce séjour nécessite, elle simule la guérison et obtient sa sortie au bout de 25 jours.

Sortie de cette maison, elle avoue à son mari qu’elle n’est pas guérie, qu’elle est plus triste que jamais, et elle le supplie de la tuer; en revenant en chemun de fer, elle ouvre la portière du compartiment et son mari la retient au moment où elle se précipitait dehors.

Rentrée chez elle, elle a une période de calme qui dure environ 8 jours: mais le départ de sa belle-sœur qui pendant sa maladie s’occupait de ses enfants, lui occasionne une crise de désespoir et elle absorbe une forte dose de chloral et de laudanum. On lui administre un vomitif, on lui applique des sinapismes bouillants, qui lui font des brûlures profondes et étendues, mais elle reste dans le coma pendant quatre jours.

Les brülures causées par les sinapismes nécessitent un séjour de deux mois au lit, pendant ce temps son état mental n’est pas amélioré.

Elle est placée pendant deux mois, du 20 avril au 17 juin, dans une maison de santé en province; mais ce séjour ne modifie pas son état mental ; il n’y a rien de particulier à noter pendant cette période, sinon que ses règles ont été supprimées pendant trois mois à la suite de sa tentative de suicide.

Le 18 juin 1902, elle est amenée à la Salpêtrière, elle consent à entrer salle Pinel, parce qu’elle l’a promis à sa famille, mais elle est profondément convaincue qu’elle ne guérira jamais.

Examen — Malade triste et repliée sur elle-même, elle ne sent plus aucune affection ni pour ses parents, ni pour ses enfants, elle est persuadée que son existence est maintenant sans but, elle le regrette, mais est convaincue que personne n’y peut plus rien.

Il semble qu'il existe de tout cela une raison qu’elle ne dit pas et en effet elle avouera ce motif plus tard.

Cet état mental fait craindre une nouvelle tentative de suicide et elle n’est acceptée dans le service que sur les supplications de son mari et après qu’elle a promis de ne faire aucune tentative pendant son séjour.

Il n’existe pas de stigmates d’hystérie, pas de rétrécissement du champ visuel, pas de clou hystérique, pas de zones d’hyperesthésie, aucun trouble de la sensibilité.

* Les réflexes plantaires sont absents des deux côtés.

Les urines sont normales.

. La malade est soumise à l'isolement et au régime lacté.

Pendant les premières semaines de son séjour elle ne paraît nullement s’améliorer, elle a de l’insomnie totale qui ne cède pas au trional, des sueurs nocturnes, les extrémités froides et n’a pas d’appétit.

Les conversations que nous avons avec elle, les arguments psychothérapiques ne semblent avoir aucune influence.

Trois semaines après son entrée, elle écrit à M. Dejerine que l'essai de traitement est suffisant, qu’elle sait qu’elle ne guérira jamais, et elle demande à être renvoyée.

M. Dejerine la fait venir dans son cabinet, elle affirme qu’elle est abandonnée de Dieu, parce qu’elle a préféré un de ses enfants aux autres et que sa maladie est un châtiment qu’elle ne peut éviter. Q

M. Dejerine a une longue conversation avec elle, et elle sort de cet entretien un peu ébranlée dans ses tristes convictions.

Les jours suivants, elle admet la possibilité d’une amélioration, puis peu à peu elle en vient à espérer et à avoir la certitude de guérir.

Plus tard elle avoua qu’elle avait eu déjà quelques doutes sur l’incurabilité de son état avant d'écrire sa lettre à M. Dejerine.

À partir de cette époque la malade se transforme physiquement et moralement d’une façon surprenante. Elle a un sentiment de bien-être, d'épanouissement qu’elle n’a jamais éprouvé, il luisemble, dit-elle, qu'il y a quelque chose qui chante en elle, elle croit avoir fait un long voyage qui l’a fatiguée, eile éprouve le besoin de s’étirer, de bailler.

A lasuite de cette période de joie et de sentiment de guérison la malade a pendant 24 heures une petite crise de dépression afec une nuit d’insomnie. Mais le lendemain elle est de nouveau parfaitement bien, et peut être considérée Le 28 juillet 1902 comme complètement guérie.

Cette malade, prédisposée par ses antécédents maternels à une affection nerveuse, était atteinte de mélancolie; nous n’oserions affirmer que le traitement seul l’a guérie. Peut-être arri-

vait-elle à la fin de sa crise de mélancolie, mais ce qui est

certain, c'est que l'isolement et la psychothérapie ont singulièrement favorisé cette guérison.

OBsERVATION LIX

Hémiplégie organique légère chez une femme très nerveuse. Exagération des symptômes par cet état de nervosisme. — Guérison presque complète par la psychothérapie et la rééducation en quelques jours. rie

47 ans, entrée le 17 avril, sortie le 30 avril.

Antécédents héréditaires. — Père est mort d'accident à 35 ans. Mère morte de suites de couches à 28 ans.

Antécédents personnels. — Elle a été bien portante pendant son enfance. Réglée à 17 ans, elle l’a toujours été irrégulièrement depuis, elle

n'avait ses règles, dit- lle, que deux ou trois fois par an.

La malade a eu deux fils qui sont bien portants et quatre filles toutes très nerveuses, l’une d'elles est atteinte de chorée hystérique.

Elle-même a toujours été très nerveuse, elle a eu très souvent la sensation de boule qui remonte à la gorge et provoque de Ia Suffocation.

Elle n’a jamais eu de grande crise, mais souvent a éprouvé une sensation d’évanouissement qui durait une ou deux minutes. Ges petites crises surviennent depuis l’âge de 18 ans, en moyenne une fois par mois et sont toujours précédées d’une émotion ou d’un mouvement de colère.

Elle a souvent été incommodée par des crampes, du tremblement, du pyrosis, des cauchemars.

- Début des accidents actuels. — Au commencement d'avril, là Tata a plusieurs préoccupations, elle a souvent des discussions et se met très fortement en colère quelques jours avant le début de sa maladie.

Le 9 avril, pendant une période de règles, elle passe une partie de la journée à laver son linge dans l’eau froide.

Le 10 avril, en faisant son ménage elle laisse échapper son balai, sent que son bras gauche se paralyse et que sa jambe gauche s’engourdit, cette paralysie disparait en se instants, puis reparaît et devient permanente.

La malade est obligée de s ie la jambe gauche est insensible et impotente, le bras est également paralysé.

Le 11 avril, la jambe gauche est plus forte, la malade peut marcher en traînant cette jambe, mais le bras gauche est resté paralysé.

La face n’a présenté à aucun moment de signes de paralysie.

Le 16 avril, la malade vient à la consultation de la Salpètrière.

Le bras he est paralysé, la jambe gauche traîne sur le sol pendant la marche. A l’examen nous ne trouvons pas de signe de Babinski, la malade nous dit qu’elle a toujours été très nerveuse, elle nous parle des accidents de nervosisme que nous avons signalés plus haut.

De plus elle est accompagnée par sa fille, atteinte très nettement de chorée hystérique. En présence de Ces indications nous croyons que la malade est atteinte d'hémiplégie hystérique et sans faire un examen très

- approfondi, nous lui affirmons qu’elle sera guérie en quelques jours si elle

consent à se soumettre à l'isolement.

Elle entre à la salle Pinel le jour même, 16 avril.

Examen le 17 avril. — Le bras gauche est pendant le long du corps, la. malade ne peut le déplacer qu’au moyen de la main droite.

La jambe traîne toujours sur le sol pendant la marche.

Nous constatons une légère diminution de la sensibilité dans tout Le côté gauche.

Au membre supérieur Le sens des attitudes, le sens stéréognostique font complètement défaut.

La sensibilité au contact et à la douleur est plus forte au niveau de l'épaule qu’au niveau de la main.

Au membre inférieur la topographie de la sensibilité est l'inverse, c’està-dire que la malade paraît sentir davantage au pied qu'à la cuisse.

Le signe de Babinski qui faisait défaut la veille existe très netlement au gros orleil gauche.

Le réflexe rotulien est diminué du côté gauche, il est normal du côté droit.

Ce nouvel examen nous conduit à croire que le diagnostic de la veille

est erroné et qu'il s’agit d’une hémiplégie organique légère exagérée par une malade très nerveuse.

Après quelques hésitations, nous nous décidons à affirmer comme la veille la guérison rapide et nous pratiquons des exercices de rééducation des membres et en même temps nous persuadons à la malade qu'il lui est possible de recouvrer sa motilité.

Cependant nous ne nous reconnaissons pas le droit de laisser la malade sans autre traitement et en raison des symptômes organiques nous instituons un traitement mercuriel et ioduré.

Dynamomètre : 47 avril. . * . . Main PARTIES 10 LORS ECM REA — = 20 19: REA RE ET | —, 20 22 Lee LR Ne TR Pi ——- PEN DOTE ME MER LR AU = SU 26 — — 192

Le 28 avril, tous les art fe erres sont possibles, la malade peut se servir de son bras et de sa main pour tous les usages de la vie, alors qu’elle en était complètement impotente.

L'hémi-hypoesthésie n'existe plus que très légèrement, et le sens stéréognostique ainsi que le sens des attitudes sont presque normaux,

Poids: 17 avril. . . . 73 kilogrammes.

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