‹ Isolement et psychothérapieChapitre 148 sur 198 · DD TÉSUPAL ETES UD · texte numérisé non relu

DD TÉSUPAL ETES UD

Cette observation est des plus instructives : à un premier examen sommaire, nous avions fait le diagnostic d’ hémiplégie hystérique, à un deuxième examen nous trouvons des signes, en particulier le signe de Babinski, qui nous forcent à admettre une lésion, nous persistons cependant dans le traitement psychothérapique, pensant à une association d’une lésion et de la névrose. L'amélioration rapide (force doublée au dynamomètre en 24 heures) nous a donné raison et nous ne pensons pas qu’on puisse l’attribuer, dans ce laps de temps, à un traitement médicamenteux.

C'est une erreur de diagnostic qui nous a conduit dans ce cas à agir ainsi; nous regrettons de ne pas avoir essayé ce traitement systématiquement dans plusieurs hémiplégies organiques légères. Nul doute qu'il ne nous eût donné des améliorations, l'élément fonctionnel étant toujours plus ou moins associé dans ces cas à l'élément organique.

Contracture du poignet et de la main gauches. — Athétose localisée. — Impossibilité de mouvements volontaires de la main. — Cette impotence date de l’âge de 7 ans et a été consécutive à la pénétration d’une balle de revolver au-dessous de l’œil droit. — Rééducation. — Très grande amélioration.

14 ans et demi, entrée Le 2 mars, sortie le 9 avril.

A ntécédents héréditaires et familiaux. — Le père âgé de 52 ans a eu des accès de mélancolie, dont un plus sérieux à nécessité un séjour de 3 mois à Ville-Évrard. Il est diabétique. A l'heure actuelle il se porte relativement bien. Mère a 42 ans, elle est bien portante, mais cependant émotive, a eu des maux d'estomac qui ont disparu par les douches.

La malade a un frère âgé de 22 ans, atteint d’un nervosisme léger.

Antécédents personnels. — Elle a toujours eu une bonne santé, n'a eu que la rougeole dans son enfance, elle a été réglée à 11 ans et a toujours eu depuis ses règles normalement chaque mois.

Début des accidents actuels. — Le 11 juillet 1895, à l’âge de 7 ans, son frère en jouant avec un revolver lui tire une balle qui pénètre à 2 centimètres au-dessous de l’æil droit.

A la suite de cet accident, elle vomit du sang.

Un chirurgien l’examine à l'hôpital, mais la balle ne peut être extraite.

Dans les jours qui suivirent laccident, rien d’anormal ne fut remarqué du côté des membres. :

Elle fit un séjour au lit de 15 jours et ce n’est-qu’au bout de ce temps, au moment où elle se leva, qu’on s’aperçut qu’elle ne pouvait marcher.

Le bras gauche était également atteint d’impotence très marquée.

Après 8 jours de persévérance, la malade finit par marcher, mais elle trainait la jambe, buttait et tombait quand elle voulait courir, ces troubles

du membre inférieur disparurent complètement en un an.

Jamais on n’a rien remarqué du côté du facial inférieur, ni du côté des yeux, cependant sa mère s’aperçut que pour lire elle était obligée de rapprocher son livre des yeux.

Trois semaines après l’accident, la malade put retourner en classe, mais son bras est toujours resté impotent depuis, elle était obligée de le mettre derrière son dos pour courir, sa main était toujours fermée, mais,

parait-il, s’ouvrait la nuit.

En décembre 1896, elle fut examinée par M. le Dr Souques, qui a bien voulu nous communiquer l’observation prise à ce moment, ce dont nous le remercions très vivement :

Petite cicatrice (vol. d’une lentille) à 1 centimètre et demi environ au-

dessous de l'œil droit. C’est le point de cicatrice de la balle, qui était d’un calibre de 7 millimètres.

L'examen des membres supérieurs révèle l’état suivant : Rien d’apparent du côté des épaules, bras, avant-bras. La force y est égale et normale, ainsi que la morphologie.

Par contre, il y à environ un demi- RUE de différence au niveau du poignet gauche.

La main gauche est moins large que la droite. La circonférence audessous du pouce indique 1 centimètre de différence. Mais il semble y avoir plutôt amaigrissement qu'atrophie vraie.

Ce sont surtout les doigts de la main gauche qui sont atteints. La main droite est normale. IIs’agit d’une sorte de spasme bizarre. Habituellement le poing est fermé, le pouce est replié dans la paume, recouvert par les autres doigts. |

Par moments, sa main est ouverte, les doigts allongés, le pouce restant replié dans la paume ou raidi et’accolé au bord correspondant de la main sur le même plan que les autres doigts. Il lui est impossible de détacher volontairement le pouce de cette situation vicieuse. Elle est obligée de le faire avec la main droite. On peut assez difficilement tirer le pouce de cette attitude. Bien entendu, l'opposition spontanée est impossible.

Quand on lui dit de fermer la main gauche, elle le fait difficilement et l’avant-bras a tendance à se mettre en prongtion.

Si on lui dit de l'ouvrir, elle le fait quelquefois seule, quelquefois elle ne peut et se sert de la droite pour étendre les doigts.

De même l’écartement des doigts est très difficile et reste incomplet.

L'enfant fait de grands efforts pour exécuter ces légers mouvements et communiquer ainsi aux divers segments du muscle supérieur des mouvements forcés.

Quand l'enfant court, son membre supérieur gauche reste en arrière et. se place assez souvent ère le tronc.

Pas de troubles de la sensibilité générale.

Rien du côté des membres inférieurs.

Pas de troubles sphinctériens.

Pas de troubles intellectuels. Elle est très intelligente et est souvent la première de sa classe.

Les réflexes tendineux sont égaux aux membres supérieurs. Îls sont : faibles aux membres inférieurs. :

Face. — Pas de troubles moteurs, du côté du facial inférieur en particulier.

Rien du côté des oreilles.

Yeua. — Hémiopie latérale gauche très incomplète, restant en 1 deçà du point de fixation. x

Presque tous les jours depuis l'accident, l'enfant se plaint de doulael ‘ dans le côté droit de la face et de la tête. L'enfant localise le point fixe de cette douleur au niveau de la tempe droite. |

De temps à autre elle éprouve quelques fourmillements dans la mam gauche. Jamais de vomissements, ni de convulsions, ni de fièvre. PA

Elle ne peut se servir de sa main gauche, ramasser un objet, etc. Il n’y a pas d’athétose, pas plus qu’au pied.

La main Suche semble avoir subi plutôt un arrêt de développement

qu’une atrophie proprement dite.

La force musculaire n’y est pas notablement diminuée.

État général excellent, aucun trouble viscéral.

Diagnostic probable : balle ayant pénétré dans le crâne, touché la bandelette optique droite et un peu le pied du pédoncule cérébral correspondant.

M. Souques a revu la malade le 29 septembre 1898.

IL a noté : un peu d’atrophie en masse de la main gauche. Il y a une grande amélioration. Il n’y a plus d’hémiopie latérale droite.

Du côté de la main : amélioration du spasme, qui persiste cependant dans les doigts, mais atténué. Peu ou pas de troubles fonctionnels ; elle fait tout ce qu’elle veut de sa main, en s’y prenant malet en la tortillant.

En courant, le bras ne reste plus en arrière du tronc.

D'habitude la main est ouverte, done spasme diminué. Il n’y a plus de douleurs de tête, elles reparaissent quelquefois un peu le soir du côté de l’oreille droite.

L'enfant a grandi et ses deux membres supérieurs se sont bien développés. La différence entre les deux mains est peu considérable.

En février 1903, cette jeune malade est envoyée par notre maitre le Dr Dupré au Pr Dejerine.

Elle est reçue le 2 mars à la salle Pinel.

Examen rapide le jour de son entrée. — La main gauche est Contracturée; le pouce est serré dans la paume de la main et recouvert par les autres doigts.

La malade ne peut ouvrir là main Volontsirement. on ne peut étendre les doigts qu'avec beaucoup de force. :

L’avant-bras est en supination.

La paume de la main est tournée en dehors.

Le poignet est en rotation externe.

Cependant la malade arrive, par des procédés plus ou moins compliqués, à réaliser beaucoup d’actes avec son membre malade.

Elle ne peut rien pincer, ni rien prendre ; mais elle dessine avec une

règle en la maintenant avec son poing gauche. Elle porte sa serviette pour

aller en classe en tordant sa main malade sous la serviette. Les sensibilités au contact, à la douleur, à la température sont intactes sur toute la surface du corps.

Le sens stéréognostique est conservé au niveau du membre malade. Les réflexes plantaires sont normaux. Les réflexes rotuliens sont un peu

faibles.

-La jambe gauche est absolument normale.

Il n’y a pas d’atrophie musculaire.

Léger rétrécissement du champ visuel à gauche. Pas de zones hysté-

rogènes.

La malade est mise à l’isolement, au régime lacté et des exercices de rééducation sont faits matin et soir.

Elle s'ennuie beaucoup, elle essaye de se sauver et sa mère l’emmène malgré nous quelques jours après son entrée. Nous n'avions obtenu qu'une amélioration minime.

Deux jours après, elle est ramenée à la salle Pinel et soumise à l’isole ment et au traitement rééducateur.

Progressivement elle parvient à ouvrir et à fermer la main au comman-

dement, le pouce et l’index restent assez longtemps en retard sur les autres doigts.

En même temps que la rééducation, nous pratiquons du massage, nous promettons la guérison et nous donnons à l’enfant les encouragements nécessaires pour la faire travailler SH même à sa rééducation en dehors de nos visites.

Bientôt elle peut opposer volontairement le pouce aux autres doigts, ce . qu'elle n'avait pas fait. depuis 1895, c’est-à-dire il y a environ 8 ans. Elle arrive à toucher successivement l'extrémité de chaque doigt avec le pouce.

Elle est capable de prendre des objets avec la main malade. Et moins d’un mois après son entrée elle saisit un verre (gros verre d'hôpital) con tenant du lait et le porte à sa bouche.

Presque tous les mouvements volontaires de la main sont possibles, mais ils se font encore lentement et avec effort.

La mère de l'enfant est si heureuse du résultat obtenu qu’elle Ia considère comme suffisamment améliorée et une seconde fois la retire de l'hôpital ; nous aurions voulu la garder quelque temps encore pour affermir la guérison.

Elle nous quitte le 9 avril.

28 avril. — Nous revoyons la malade.

Elle ouvre et ferme la main volontairement, elle oppose le pouce aux autres doigts. Elle donne une poignée de mains et serre la main qu’on lui tend. Elle peut boire avec les gros verres de l'hôpital.

Elle coud en tenant convenablement son ouvrage de la main gauche.

Elle lave et essuie la vaisselle en prenant les objets de la main gauche. Tous ces mouvements sont encore lents et se font avec raideur. Elle a fait peu de progrès depuis son départ de l'hôpital, car sa mère la gâte et ne veut plus la laisser à la Salpêtrière. Mais en somme la motilité de son membre malade est complètement transformée.

Di

Influence héréditaire. Hygiène des parents. Fatigue, excès, intoxication, alcool.

Éducation. — Précautions nécessaires chez les prédisposés aux névroses. — Choix d’une carrière. — Concours. — Causes de nervosisme. — Lectures. — Mariage. — Direction de la vie. — Philosophies, traditions, religions. — Force des idées.

Causes tenant au milieu social. — Le surmenage. — Le surmenage dans la classe ouvrière. — Rôle du médecin dans la question du surmenage.

Et maintenant que nous avons passé en revue cette longue série de troubles nerveux, nous devons, avec le P' Dubois, nous poser cette question :

« Pouvons-nous par la voie de l'esprit, par notre tenue morale échapper à la maladie, empêcher certains troubles fonctionnels de naître, diminuer ou supprimer ceux qui eXIstent déjà? A cette question, dit le P° Dubois, je réponds hardiment, oui !')

Les causes de psycho-névroses peuvent se rattacher à plusieurs groupes, les unes tiennent à l'individu ou à ses parents, les autres lui sont extérieures et tiennent pour une bonne part au milieu social, aux conditions de vie. Il est possible, en

s'adressant aux unes et aux autres, par des mesures prophylactiques, d'empêcher la naissance ou le développement des manifestalions nerveuses.

Influence héréditaire. — Bien des causes qui ne semblent pas déterminer des accidents graves chez les parents ont cependant une répercussion marquée sur leurs enfants, et 1l importe que les parents en soient avertis pour les éviter.

Le surmenage physique et intellectuel, les émotions violentes, les préoccupations longtemps prolongées, appauvrissent le capital nerveux que les parents lèguent à leurs enfants, 1l a plus d'importance que l'argent qu'ils leur laissent et cependant ils ne pensent souvent qu’à ce dernier au détriment du premier.

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