‹ Isolement et psychothérapieChapitre 31 sur 198 · ON · texte numérisé non relu

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désassimilation. Compris de cette manière, l'isolement est l’ensemble des conditions qui permettent d’écarter, de diminuer les excilants extérieurs à l'individu, il devient un élément de repos, et l’on peut dire que tous les êtres en ont besoin à un degré quelconque.

L'homme, autant et même plus que les autres êtres a besoin de périodes d'isolement et de calme. Son système nerveux plus perfectionné, moins automatique, adapté à des mouvements volontaires, est dans une certaine mesure plus fatigable. Ce qui fatigue surtout, admet-on à l'heure actuelle, ce n’est pas la contraction musculaire, c'est l'effort volontaire ‘. Il semble logique de dire que là où il y aura plus de volonté, 1l y aura plus de fatigue et partant besoin de plus de repos et des conditions qui le favorisent.

Nous sentons tous par moment ce besoin d'isolement; et nous le réalisons comme nous pouvons, les uns en fermant la porte de leur chambre, les autres en se retirant à la campagne. En agissant ainsi après des périodes de fatigue, à l’époque des vacances par exemple, nous restreignons Ice nombre des excitants extérieurs, nous nous isolons d’une facon au moins relative, et les heureux effets de cet usage, sur l’esprit et sur le corps, sont tellement admis qu'il serait banal d'y insister.

À un point de vue plus spécial, l'isolement se montre comme un moyen de première importance pour le travail intellectuel.

Les images, les bruits, les différentes sensations, qui viennent nous frapper pendant le travail intellectuel diminuent notre attention et rendent ce travail pénible ou impossible si elles sontnombreuses. Instinctivement nous les écartons : nous mettons pour réfléchir notre figure dans nos mains, éteignant ainsi les images visuelles; beaucoup d'enfants à l’école se bouchent également d’instinct les oreilles pour apprendre leurs leçons, afin de n'être distraits par aucun bruit.

Plus nous diminuons le nombre des excitants, plus ceux qui subsistent ont chance de nous impressionner et de graver en nous leur souvenir.

1. Risor, Les maladies de la volonté, Paris, F. Alcan, 1883, p. 67.

Hôffding, à propos du rythme que doivent observer Les sensations pour être perçues par la conscience, rappelle l’observation de l’aveugle-né opéré par Franz. Ce malade « trouvait très désagréable, encore plusieurs mois après l'opération, d'aller dans les rues très fréquentées. La multitude des objets divers et les mouvements rapides des hommes, des voitures, etc..., lui brouillaient la vue de telle sorte, qu'il finissait par ne plus rien voir; l'impression produite par l’objet perçu en dernier lieu n'était pas encore évanouie, que l'objet suivant en provoquait déjà une nouvelle. Ici donc les impressions particulières ne fusionnaient pas complètement, mais elles amenaient un chaos qui rendait la perception nette impossible! ».

Il est question dans ce cas d’impressions trop rapides pour un organe déterminé, mais la multiplicité et la diversité des

impressions agissent dans le mème sens, en diminuant d’une

part la perception pour chacune d'elles (à moins que l’une ne prédomine par son intensité), d'autre part en empêchant le travail intellectuel volontaire.

Peu d'hommes sont capables de fournir un travail intellectuel soutenu en dehors de l'isolement de leur cabinet de travail. Beaucoup affirment que le travail ne leur est possible que dans le silence de la nuit ou dans l'isolement de la campagne. À côté de ceux-là qui forment le plus grand nombre, on en cite quelques-uns capables de composer des œuvres d'assez longue haleine dans les rues mouvementées et au milieu des foules. Certains auteurs ont été jusqu’à prétendre que ces conditions étaient favorables à leur travail. Mais ces derniers ne diffèrent des autres qu’en apparence, ils ont acquis, par entrainement, le pouvoir de faire assez abstraction des sensations extérieures, pour diriger leur attention sur des points voulus, ils possèdent en un mot une puissance plus forte de s’isoler dans des conditions où cela est impossible à d’autres.

Non seulement le travail scientifique ou littéraire est favorisé par l'isolement, mais encore toute opération intellec-

1. H. HôrrpiNG, Esquisse d’une psychologie fondée sur l'expérience, trad. Poitevin. Paris, F. Alcan, 1903.

tuelle qui nécessite l'attention. Et l'isolement a été employé systématiquement par beaucoup de philosophes et de religieux. Par les premiers dans un but de travail -ou de perfectionnement moral, Sénèque‘ dit dans ses lettres: «iln’en est pas de l’âme comme du lion et de ces animaux dont la loge arrête les élans, c’est dans l'isolement qu'elle agit le mieux. » Et nous retrouvons encore cette opinion émise par Heinroth dans l’école philosophique allemande : « pour Heinroth, dit Lasègue?, s’isoler du monde extérieur, se renfermer dans l’idéal du bien, élever enfin la conscience au-dessus des désirs et des tourments, c’est donner à l'être humain l'harmonie qui fait sa force et sa santé. L'homme qui vit en dehors du monde extérieur se suffit à lui-même; celui qui se laisse aller au monde, au contraire, est agité par des désirs sans cesse renaissants ».

Dans plusieurs religions, l'isolement a également été conseillé et ordonné ; des périodes de silence, des retraites doivent avoir lieu à des époques déterminées. Ces périodes ont pour but de permettre à l'homme de se recueillir, d'examiner son passé, de prendre des déterminations solides pour l'avenir. Par elle le religieux désire se rapprocher de Dieu et le prier plus longtemps et avec plus d'attention. Nous ne voulons pas insister sur ces différents points que l’on a trouvés exposés dans la partie historique de ce livre. Nous tenons seulement à faire remarquer que ces exemples ont tous trait à des opérations intellectuelles favorisées par l'isolement. Nous verrons,

plus loin, comment la persuasion qui fait la base de notre

traitement psychothérapique et qui est aussi une “opéreten intellectuelle est aidée par l'isolement. |

L'isolement chez les malades. — Considérables chez l'homme bien portant, les avantages de l'isolement sont incalculables chez le malade. Il est de plus en plus admis que dans toutes les affections, le malade doit ètre mis dans un isolement au moins relatif et les familles restreignent ou suppriment d’elles-mêmes les visites, les conversations, les lettres, etce., à leurs malades. Cette pratique est continuée le plus souvent pendant la convalescence.

1. SÉNÈQUE, Lettres. De la tranquillilé de l'âme, p. 24, édit. Hachette. 9. LasèGur, Études médicales. Asselin, édit. 4884, D. 21;

La séparation du milieu familial semble un moyen favorable dans beaucoup d’affections médicales. Les parents des malades apportent souvent des obstacles volontaires ou involontaires au traitement et d'autre part un bon service hospitalier ou une maison de santé bien comprise offrent de grands avantages et des conditions matérielles de guérison supérieures à celles qu'on peut réaliser même dans les milieux riches. Les maladies infectieuses et pour prendre un exemple, la fièvre typhoïde est incontestablement mieux soignée dans un service bien discipliné que dans une maison particulière. Le personnel est instruit, accoutumé aux soins, les questions d'alimentation, d'hygiène, de désinfection sont résolues réglementairement. Le médecin à confiance dans la surveillante qu'il a habituée à sa méthode, il n’a pas à compter avec l’ingérence de la famille dans le traitement, avec son imprudence si fréquente dans la convalescence.

Les chirurgiens ont fait faire un grand pas à cette intéressante question en refusant presque universellement, contrairement aux habitudes anciennes, d'opérer des malades ailleurs que dans une maison de santé, il dépend des médecins de généraliser la méthode et d’assurer à leurs malades des

soins plus réguliers, plus intelligents et à eux-mêmes une

plus grande facilité, une plus grande liberté d'esprit dans l'exercice de leur profession.

L’isolement est déjà employé partiellement dans les maladies

où prédomine un élément nerveux, ainsi dans les différentes

formes de méningite; il doit être complet pour un malade atteint de tétanos chez qui la moindre excitation détermine une crise de contracture.

Que dirons-nous des maladies purement nerveuses, de celles qui ont à leur base des émotions morales, des chagrins, des suggestions mauvaises, des fatigues cérébrales, de l’épuisement du système nerveux? Nous croyons que dans celles-là l'isolement doit être la règle et nous en montrerons par des exemples nombreux les heureux effets. |

Chez les malades présentant des phénomènes d’excitation, l'isolément répond à une indication formelle, il n’existe pas d’excitation sans excitant, et il fera disparaitre ou diminuera toutes les causes externes d’excitation.

Chez ceux qui sont fatigués, épuisés, l'isolement agit en faisant disparaître les nouvelles causes de fatigue, en facilitant la réparation des tissus, en permettant à l'organisme d’accumuler des réserves pour le travail ultérieur.

C’est surtout dans ce but pour faciliter le repos et l’engraissement que Weir Mitchell" l’employait associé au massage, à l'électricité, à la suralimentation. |

Longtemps avant lui, nous l'avons vu, Esquirol l'avait employé dans le traitement des maladies mentales et il avait compris que l'isolement agit favorablement par lui-même et rend des services précieux en tant qu'’élément psychothérapique.

Voici comment vers 1830, 1l s’exprimait sur les effets de l’isoment :

« L'isolement agit directement sur le cerveau et force cet organe au repos en soustrayant l’aliéné aux impressions irritantes, en réprimant la vivacité, la mobilité des impressions, en modérant l’exaltation des idées et des affections. En réduisant le maniaque au plus petit nombre possible de sensations on fixe son attention par des impressions inattendues et souvent répélées”. » |

« Les impressions inaccoutumées que les aliénés reçoivent lorsqu'ils sont isolés produisent des idées nouvelles, brisent la chaîne vicieuse des idées qui caractérisent leur délire. La

nouveauté des impressions attire, fixe ou excite leur attention

qui reprend alors sa puissance sur leur entendement*. »

« Des privations que l'isolement impose naissent des phémonèmes moraux précieux pour la guérison. Tout le monde a ressenti les effets de l’absence, tout le monde a éprouvé le besoin de revoir des objets devenus plus chers depuis qu’on en est privé“. »

Ces quelques phrases déjà anciennes et un peu trop oubliées ont encore leur application à l’heure actuelle.

4. Weir MiTonELL, Du traitement méthodique de la neurasthénie et de quelques formes d’hystérie, traduct. Oscar Jennings, édit. Berthier, 1883.

2. Esquiror, Maladies mentales, t. 1, p. 66, édit. Tircher, 1838.

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