ESQUIROL, loc. cut. é
Canus ET PAGNIEZ.
ue L État À or die date de
Insuffisance de la thérapeutique actuelle dans les hôpitaux de Paris pour les neurasthéniques et hystériques pauvres. — Isolement à l'hôpital. — Essais de Charcot. — Procédé employé par Dejerine. — Admission des malades à la consultation : conditions du traitement, suppression des lettres, visites, etc. — Isolement dans la salle Pinel à la Salpétrière. — Aménagement de cette salle. — Isolement dans un lit entouré de rideaux. — Supériorité du procédé d’isolement dans une grande salle sur le procédé d'isolement dans de petites chambres. Nécessité de quelques chambres d'isolement. — Importance d'une bonne surveillante. — Règlement de la salle d'isolement. — Durée de l'isolement.
Isolement en dehors de l’hôpital. — Impossibilité d'isoler les malades chez eux. — Isolement dans une maison de santé.
Le principe de l'isolement étant admis, étudions les moyens pratiques de le réaliser.
Des maisons de santé ont été aménagées dans ce but, mais les frais y sont généralement très élevés et elles ne sont accessibles qu’à un petit nombre de privilégiés. Il n'existe pas ou pour ainsi dire pas, d'endroit où les malades pauvres et peu aisés puissent être traités par l'isolement. EL cependant l’hystérie et la neurasthénie sont des maladies de la plus grande fréquence dans la population parisienne.
Quand les familles ne peuvent plus soigner ces malades, quand elles ont épuisé leurs économies en médicaments et frais de médecin, elles les envoient à l’hôpital de la circonscription. Très souvent ils sont refusés dans cet hôpital, parce qu'il y à peu de lits disponibles et qu'il y à d autres malades dont l’admission est plus urgente.
Supposons cependant qu'on les recoive, le séjour à l’hôpital leur sera souvent plus funeste qu'utile. Ces malades qui ont besoin de calme et de tranquillité sont placés dans une salle encombrée de brancards, à côté d’autres malades qui gémissent, qui toussent, qui ont du délire. Ces spectacles pénibles -ou bruyants exagèrent leurs phobies, se gravent dans
leur cerveau et forment pour plus tard des réserves à des suggestions morbides. Quant au traitement il est impossible d'y penser dans ces conditions. Les médecins le comprennent, ils se contentent de donner quelques paroles de consolations et quelques médicaments anodins ; chez les hystériques on voit assez souvent, sous l'influence d’un procédé quelconque, s'améliorer le symptôme morbide, mais l’état général n’est nullement modifié. Avec la meilleure volonté du monde il est difficile de s’occuper sérieusement de ces malades, quand à côté d'eux des pneumoniques, des typhiques, des tuberculeux, etc., réclament des soins multiples.
Les surveillantes, les infirmiers et infirmières comprennent que ce neurasthénique, que cette hystérique qui ne paraissent pas très malades, occupent un lit qui serait mieux occupé par un malade fiévreux. Les neurasthéniques, les hystériques sentent eux-mêmes celte situation, ils en souffrent, demandent à s’en aller, ou bien le chef de service se voit obligé de les renvoyer car sa salle est trop encombrée. Et l'exode de ces malheu- reux commence de service en service.
Ils sont légion dans les hôpitaux de Paris, il n'y a pas de service où chaque consultation n’amène quelqu'un d’entre eux.