EL PS
Passons donc maintenant en revue les reproches faits à l'hypnotisme.
École de la Salpètrière et école de Nancy. — La discussion sur la nature de l’hypnotisme engagée il y a déjà plusieurs années entre l'école de la Salpêtrière et l’école de Nancy ne semble pas close. |
Charcot et ses élèves, Pitres, Paul Richer, Babinski, Gilles de la Tourette considéraient l’hypnotisme comme un phénomène pathologique, apportant toujours un trouble au fonctionnement normal de l'organisme.
Pour l’école de Nancy, Liébeault, Bernheim, Delbœuf.…. l'hypnotisme n'était qu'un phénomène de suggestion n'impliquant nullement un état pathologique.
On conçoit l'importance de cette discussion au point de vue pratique, car si l’hypnotisme est une manifestation pathologique, une névrose expérimentale, comme on l’a dit, il est loin d'être indifférent de la provoquer. Les auteurs de ces théories ne paraissent pas avoir modifié leurs opinions à en juger d'après leurs dernières publications.
M. Babinski' disait, en effet, au dernier congrès de l'hypnotisme de Paris: « Encore aujourd’hui, je maintiens intégrale-
ment ce que j'ai écrit il y a neuf ans sur les rapports de l’hystérie
et de l’hypnotisme. M. Crocq prétend que les sujets qu'il endort sont normaux. Ils ont passé pour normaux jusqu'à présent, ils n ont pas encore présenté de grandes manifestations hystériques, voilà seulement ce qu'on est en droit de dire. Peut-être sont-ce des individus chez lesquels l’hystérie existe à l’étal latent et ne demande qu'une occasion pour se développer. L’hypnotisme véritable se manifeste par des phénomènes somatiques et psychiques identiques à ceux de l'hystérie ; il y a donc une relation intime entre l’hypnotisme et l’'hystérie. »
Et depuis? : « L’hypnotisme est un état psychique rendant le sujet qui s'y trouve susceptible de subir la suggestion d'autrui. Il se manifeste par des phénomènes que la suggestion
1. BaBinsxr. [1° Congrès international d'hypnotisme (Paris, 1900). Vigot, 1902,
2. Bagixsi, Sociélé neurologique in Revue Neurologique, T novembre 1901.
LE Lie.
fait naître et que la persuasion fait disparaître et qui sont identiques aux accidents hystériques. »
Et dans l’école adverse Bernheim' écrit dans la récente édition de son livre: « Pour bien expliquer ma pensée, Je ne puis que répéter ce que j'ai dit: il n’y a pas d'état hypnotique spécial: iln’y a que des suggestibilités diverses que nous provoquons, que nous démontrons : suggestibilités intéressant Les diverses fonctions motrices, sensilives, sensorielles, idéales, passionnelles, accomplissement d’actes ; chaque sujet présente
à l'égard de chacune de ces fonctions une impressionnabilité
spéciale. »
La question de l'hypnotisme a été discutée à nouveau au congrès de 1900. Crocq* considère l'hypnotisme comme un LRROMES physiologique, il ne lui reconnaît avec l’hystérie qu'une analogie consistant en une augmentation de la suggestibilité.
Paul Magnin”° se refuse « absolument à partager l'opinion de M. le P' Bernheim » qui lui paraît «en contradiction formelle avec une observation rigoureuse des faits » et il cite, en s’y ralliant, l'opinion du P' Raymond‘: « Ainsi que l’a si bien dit le P' Raymond, on retrouve « pour rendre compte des phénomènes de l'hypnotisme la pathogénie invoquée pour rendre compte des autres manifestations de l’hystérie. Là, comme iei, nous avons affaire à des désordres psychiques qui relèvent d’un trouble de la personnalité, d'une obnubilation du moi. »
Tamburini” regarde l'hypnotisme « comme un agent provocateur, une sorte d’exquis réactif, capable de mettre en évidence des phénomènes d’hyperexcitabilité, de catalepsie, ete., qui sont propres à l’hystérie ».
Voici, enfin, l'opinion émise tout récemment par Grasset‘: « Tous les symptômes de l'hypnose ne dérivent pas d'une sug-
gestion directe, il y a dans l'hypnose des phénomènes indépen-.