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SUGGESTION

Si l’on peut dire que la suggestion médicale est aussi vieille que l'humanité, c'est d’une suggestion involontaire, inconsciente, que l’on parle et aussi bien involontaire et inconsciente de la part des différents thérapeutes qui l'employaient, que de la part des malades auxquels elle était appliquée.

La suggestion comme méthode voulue et utilisée systématiquement par les médecins est de date relativement récente. Cette suggestion fut d’abord inséparable de l’hypnotisme puis l'hypnotisme lui-même devint, nous l’avons vu, pour ainsi dire, accessoire, et ne fut considéré que comme un adjuvant de la suggestion, un procédé de rendre le malade plus suggestible.

Depuis quelques années seulement, plusieurs médecins ont renoncé complètement à l’hypnotisme et ont employé la suggestion seule, la suggestion dite à l’état de veille.

Nous examinerons d'ailleurs si cet abandon de l’hypnotisme dans la suggestion à l'état de veille est aussi complet qu'il le parait.

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Sens du mot suggestion. — Il est très important de définir

la suggestion, mais 1e1 encore les opinions des auteurs sont bien différentes” et nous sommes obligés d'en citer quelques-unes.

Les médecins ne s'étant pas mis d'accord sur le sens de ce mot, il est peut-être logique avant de donner leurs opinions de chercher quel est son véritable sens dans la langue française, Nous n aurons plus ensuite qu'à choisir une définition qui, tout en rendant compte des phénomènes médicaux, satis-

fasse aux exigences de la langue.

Littré” lui donne deux sens, un premier sens d’insinuation mauvaise et un deuxième sens, plus rarement employé, d’insinuation bonne. Il insiste sur ce point que « suggestion exprime quelque chose qui s'insinue ».

Au mot insinuation il spécifie davantage. « Celui qui sug-

gère, dit-il, fait l'office d’inspirer quelque chose à quoi on ne songeait pas*. » Inspirer, c’est « souffler dans », « souffler dans le cœur, dans l'esprit », « faire naître dans le cœur, dans l'esprit, quelque mouvement, dessein ou pensée ». - Remarquons que le mot insinuer indique déjà quelque chose qui entre doucement, presque sans qu'on s’en doute ; le terme inspirer est plus fort, il indique quelque chose qui pénètre directement dans jose comme un souffle « alors qu'on n'y songeait pas ».

Quant à la qualité de la suggestion, elle est, nous l’avons vu, mauvaise ou bonne.

Retenons cette définition de Littré et voyons comment elle a été modifiée par les médecins et les psychologues.

« Je définis la suggestion », dit Bernheim*, « dans le sens le plus large ; c’est l'acte par lequel une idée est introduite dans le cerveau et acceptée par lui. »

« Tout ce qui entre, ajoute-t-il, par l'oreille dans l’entendement, tout ce qui avec ou sans contrôle préalable est accepté par lui, tout ce qui persuade, tout ce qui est cru, con-

stitue une suggestion par le sens auditif.

1. Voir GRASSET, Hypnofisme et suggestion. Doin, 1903, p. 123.

2, Littré, Dictionnaire de la langue française. Hachette 1878, t. II, p. 2072 et Petit Dictionnaire du même auteur. Hachette, 1876, p. 815.

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