‹ Isolement et psychothérapieChapitre 76 sur 198 · BERNHEIM, loc. cit., p. 24 et · texte numérisé non relu

BERNHEIM, loc. cit., p. 24 et

« Quelle que soit la porte d’entrée de l’idée dans le centre psychique, tantôt elle est transmise directement et le rôle premier du cerveau se borne à l’accepter ; telle est l’idée communiquée par la parole, l’enseignement, la prédication, la persuasion : l’idée est comprise dans la sensation, c’est la suggestion dhrecte. Tantôt au contraire l’idée est créée par le cerveau à la suite de l'impression reçue : c’est la suggestion indirecte. [ei intervient le rôle indirect de chaque cerveau‘. »

« Au sens étroit du mot », dit Binet*, « dans son acception pour ainsi dire technique, la suggestion est une pression morale qu’une personne exerce sur une autre.

« La parole est le plus souvent l'expression de cette influence . et l'ordre donné à haute voix en est le meilleur exemple, mais il suffit que la pensée soit comprise ou seulement devinée pour que la suggestion ait lieu : le geste, l’attitude, moins encore un silence, suffit souvent pour établir des suggestions irrésistibles…

« Pression veut dire violence; par suite de là pression morale l'individu suggestionné agit et pense autrement qu'il le ferait s’il était livré à lui-même. »

Grasset * réfute très judicieusement l'opinion de Duprat qui considère que « recevoir une suggestion c'est croire fermement à la valeur objective de la parole d'autrui, malgré les apparences contraires ». Il objecte en effet que l’on ne croit pas, que l’on n'accepte pas une suggestion, mais qu’on lui obéit sans la contrôler ; nous donnerons un peu plus loin l’opinion personnelle de Grasset.

« Le mot suggestion », dit Babinski*, «doit donc impliquer que l’idée qu'on cherche à insinuer est déraisonnable. En effet si on ne donnait pas à ce terme ce sens spécial, il serait synonyme de persuasion; c’est cette confusion du reste que l’on commet quand on prétend obtenir des guérisons par suggestion. Déclarer à un malade atteint d’une paralysie psychique que ce trouble est purement imaginaire, qu'il peut disparaître instantanément par un effort de volonté et obtenir

. BERNHEIM, loc. cil., p. 28.

Biner, La suggestibililé. Schleicher, édit., p. 9.

GrAssET, loc. cit., p. 69.

BABixskI, Soctélé neurologique, T novembre 1901, in Revue neurologique, p.115.

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ainsi la guérison n’est pas une suggestion, bien au contraire, car l'idée émise loin d'être déraisonnable est éminemment sensée ; le médecin en agissant ainsi, loin de chercher à suggestionner le malade, tend à annihiler la suggestion ou l’autosuggestion cause de la maladie. Il n’agit pas par suggestion, mais par persuasion. »

Suivant Dupré’ « au sens médical du mot, la suggestion signifie l'opération par laquelle un sujet inhibe momentanément à l’aide-de certaines pratiques, les centres psychiques supérieurs d'un sujet passif et substitue son activité volontaire : propre à celle de ce sujet, dont les centres automatiques agissent désormais sous la direction inconsciente de cette impulsion étrangère ».

Cette idée est exprimée par Grasset au moyen de son schéma. Il divise par ce schéma les centres psychiques en un centre supérieur volontaire, réfléchi, qu'il appelle O et des centres inférieurs automatiques formant un polygone ; tous ces centres sont reliés entre eux. « Dans la suggestion, dit-il, O du sujet n'intervient pas du tout, il ne juge pas et son polygone

agit, que la chose soit déraisonnable ou sensée, directement et uniquement influencé par O de l’hypnotiseur*”. » Il réfute par ce schéma l'opinion de Babinski et celle de Duprat.

Discussion des différents sens donnés au mot suggestion. — Les opinions, on le voit, sont très différentes; et puisque les hommes les plus compétents ne sont pas d'accord pour fixer une définition médicale, nous devons adopter tout simplement la définition admise dans la langue française ct repousser toutes celles qui s’en éloignent. En nous reportant done à la définition de Littré, nous verrons que l’opinion de Duprat ne saurait être admise, car il introduit dans sa définition une idée de croyance qui n'entre pas dans le terme suggestion.

La définition de Bernheim pèche par une extension trop grande, il y-introduit l’idée d'acceptation par le cerveau qui ne doit pas rentrer dans la suggestion, le cerveau en effet reçoit mais n'accepte pas. Bernheim comprend ainsi dans la suggestion, la persuasion, la croyance, l'éducation, confusion qui nous semble regrettable.

4. DuPré et Rocxer, L'hypnotisme devant la loi. Congrès international de 1900. 2. GRASSET, Hypnotisme et suggestion. Doin, 1903, p. 69.

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Cette confusion a d'ailleurs été signalée et déplorée par Grasset et Janet : «On voit décrire sous le même nom, dit | . Janet, la leçon d'un professeur à ses élèves et les hallucinations provoquées chez un hystérique..… Il n’est plus possible de distinguer la maladie mentale qui est pourtant une triste ; réalité de l’état psychologique normal !. » . La même critique s'adresse à la conception de Paulhan?: #4 «Par suggestion j'entends ici tout ce qui, dans notre conduite, provient de l'influence d'autrui. »

La définition de Babinski, toujours en s’en rapportant à Littré, a le mérite de restreindre le sens du mot et de faire disparaitre la confusion établie par Bernheim, en séparant la persuasion de la suggestion, mais elle dépasse le butetrestreint Fe trop le sens du mot en faisant de la suggestion une insinuaà tion déraisonnable. :

Littré en effet dit seulement mauvaise, ce qui est plus général que déraisonnable, et il reconnaît en outre à la suggestion un sens d’insinuation bonne dont Babinski ne tient pas compte.

Il nous reste parmi les définitions que nous avons citées : celles de Binet, de Dupré et de Grasset, toutes trois sont établies sur le mécanisme de lasuggestion et, ajoutons-le, elles sont à peu près identiques. Rapprochées de la définition de Littré elles ne contiennent pas d'éléments surajoutés qui lui soient contraires, elles donnentseulement l'explication du mécanisme, et elles ont ainsi le double avantage d’être à la fois psychologiques et conformes à la langue.

Ce qui domine dans ces définitions comme dans celle de | Littré c'est que :

1° La qualité de l’idée introduite n'a pas d'importance, elle est indifféremment mauvaise ou bonne.

2° Elle est insinuée ou est inspirée sans que le sujet se soit préparé par l'attention, par la volonté et par le raisonnement à la recevoir. |

3° Par conséquent l'introduction est faite par une force étrangère à l'individu. e

1. Cité par GRASSET, Hypnotisme el suggestion, p. 57. Voir aussi p. 380. 2. PauLHAN, La Volonté. Doin, édit., 1903, p. 30. |

Et en réduisant la définition à ses éléments indispensables

et suffisants, nous dirons que la suggestion est l'acte par

dequelune idée bonne ou mauvaise est introduite dans le cerveau d'un individu, sans son contrôle.

Cette longue discussion est justifiée par l'importance du sujet. N'y aurait-il à qu’une question de mots, on pourrait dire que si les médecins ont le droit de créer un mot pour un phénomène nouveau, leur droit de modifier à leur usage un mot dont le sens est déjà établi dans la langue est plus discutable.

Mais, il n’y a pas là qu'une simple question de mots; de la confusion des mots résulte la confusion des idées et des systèmes, et l’on arrive ainsi, sous une même dénomination, à confondre des procédés dont les uns peuvent être bons et les autres moins bons ou très critiquables.

Auito-suggestion. — Le terme auto-suggestion a été créé par les médecins et les psychologues et est encore presque exclusivement réservé à leur usage.

En s’en tenant à son étymologie on doit laconsidérer comme: la fixation dans le cerveau d’une idée élaborée par lui mais dont il n’a pas contrôlé l'exactitude ou la fausseté et qui à été fixée sans qu'il l’ait voulu. Quand la fixation a été prépa-

. rée, acceptée et voulue le phénomène exige un autre terme

(se persuader, s’instruire) ; remarquons pourtant que souvent on dit se suggérer, par un abus de langage, dans le sens de se persuader.

Nature. Procédés de suggestion. Ses inconvéments. — Revenons à la suggestion proprement dite et examinons le mécanisme donné par les auteurs dont la définition nous a paru conforme au sens réel.

« Jusque dans ces cinq dernières années, écrivait Binet’, dans son livre déjà cité sur la suggestibilité, hypnotisme el suggestion étant termes presque synonymes, on ne faisait de la suggestion que sur des sujets préalablement hypnotisés, ou bien si l'on essayait de faire de la suggestion à l’état de veille c'était exactement par les mêmes procédés que ceux de l’hypnotisme, c’est-à-dire par des affirmations autoritaires amenant

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