‹ Isolement et psychothérapieChapitre 86 sur 198 · De FEUCHTERSLEBEN, loc. cil., p · texte numérisé non relu

De FEUCHTERSLEBEN, loc. cil., p

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talité des hystériques et la plupart des neurasthéniques se plaignent de ne pouvoir, sans une grande fatigue, fixer quelques instants leur attention; c'est pour ce motif que tout travail intellectuel leur devient difficile sinon impossible.

Et cependant sans l'attention comment démontrerons-nous aux malades leurs erreurs ? Comment fixerons-nous nos conseils dans leur mémoire ? Comment pourrons-nous rééduquer leur volonté et leurs membres, s'ils sont paralysés ou contracturés ?

: Les philosophes se sont beaucoup préoccupés du phénomène

de l’attention, nous donnons l'opinion de quelques-uns d’entre

eux, non pour nous arrêter aux points théoriques qui les divisent, mais simplement pour indiquer comment elle peut être comprise dans le but pratique de la provoquer, de la maintenir et de l’éduquer.

« L'attention que nous donnons à un objet, dit Condillac, n'est donc de la part de l’âme que la sensation que cet objet fait sur nous ; sensation qui devient en quelque manière exclusive ; et cette faculté est la première que nous remarquons dans la faculté de sentir‘. »

Laromiguière critique ainsi cette opinion: « Il m'a toujours été impossible de concevoir, non pas que la sensation précède l'attention, mais que la sensation se change en attention : non pas que dans l’âme un état actif succède à un état passif, mais qu'il y ait identité de nature entre ces deux états, en sorte que l’activité soit une transformation de la passivilé *. »

« On peut ajouter, dit Paul Janet”, que dans sa théorie, Condillac confond l'effet avec la cause. Une sensation très forte et très vive provoque l'attention mais ne la constitue pas. »

Pour Ribot* l’attention volontaire n’est qu'une imitation artificielle de l'attention spontanée, il rapproche celle-ci des réflexes et la considère comme sensitive dans son origine ; sa

À. ConpiLrac, Logique, part. I, ch. vu; Connaissances humaines, sect. IT, ch. 1. Sensations, part I, ch. (cité par Paul JANET). 2. LAROMIGUIÈRE, Leçons de philosophie, part. I, leç. V (cité par Paul JANET). 3. Paul JANET, Traité élém. de philosoph., éd. Delagrave, p. 94. 4. RiBOT, Les maladies de la volonté. Paris, F. Alcan, p. 101-106.

persistance est due à des états affectifs, à des sentiments agréables; il reconnaît également dans l'attention l'intervention d'actions d'arrêt.

Marillier ‘ la considère comme « un état de conscience qui

résulte de la prédominance temporaire d’une représentation

sur les représentations qui coexistent avec elle à un instant donné ».

Bastian * reconnaît l'existence d'éléments moteurs, mais pour

lui le processus de l’attention est essentiellement sensoriel.

Mosso* y voit deux éléments, une représentation mentale

renforcée et d'autre part un Snrat des sensations externes qui pourraient modifier l'attention.

Gley * admet que les phénomènes essentiels de l’attention sont d'ordre représentatif.

Éléments de l'attention.— Quel que soit le mécanisme adopté, deux éléments dominent dans l'attention : 1° la prédominance d'une représentation ; 2° l’arrêt, le rejet des autres images, des autres idées. Nous réalisons déjà en partie par l'isolement ce deuxième élément en diminuant le nombre des

excitants extérieurs, et cette méthode est de premier ordre,

comme adjuvant de l'attention.

Quant à la prédominance d’une représentation, voici comment suivant Marillier‘ elle peut se faire :

Il semble aussi que pour qu'il y ait attention, il soit nécessaire que les représentations atteignent un certain degré d'intensité ; lorsque toutes les représentations sont très faibles, l'attention a grand'peine à s’établir et cela parce qu’une image ou une idée de faible intensité cesse très rapidement d’être consciente et ne peut par conséquent agir assez longtemps pour déterminer le groupement des images, cette suberdination à un seul de tous les états de conscience qui constitue l'attention. Une seule représentation de durée très brève, mais de grande intensité, peut jouer le mème rôle qu'une représentation qui persiste plus longtemps, mais qui

. MARILLIER, Revue philosophique, 1889, t. XXVII, p. 566.

. BASTIAN, Revue philos., 1892, & XXVIIL, p. 384 (cité par GLey, loc. cil., p. 97). . Mosso, La falique, loc. cét.s tp FLO.

. GLEY, Etudes de psychol. Shusiol. et pathol. Paris, Alcan, 1903, p. 100.

. MARILLIER, loc. cil., p. 570.

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est moins forte qu’elle ; une sensation violente, si courte soitelle, peut temporairement faire disparaître toutes les images, toutes les idées, rejeter même à demi dans l’inconscience les autres sensations. En revanche une idée qui d’abord n'exercait sur l'esprit qu’une action très faible, qui ne réussissait pas à dominer les images et à les unir en un seul tout, peut lentement s'emparer de toute l'intelligence, la gouverner tyranniquement. Ce qu'il faut en effet considérer, ce n’est pas, je l'ai dit plus haut, l'intensité absolue de la représentation, mais l’action qu’elle peut exercer sur les représentations qui coexistent avec elle; cette action ne dépend pas de l’intensité seule, mais de l'intensité et de la stabilité de la représentation et en même temps de l'intensité et de la stabilité des représentations rivales. Ce qu’il importe de considérer

(qu'on me permette d'emprunter cette expression à la langue

des électriciens) c’est la quantité de la représentation: Je veux dire le produit de son intensité par sa durée ; le résultat dernier des actions réciproques exercées les unes sur les autres par des représentations coexistantes ne dépend que de la quantité relative de ces représentations. »

Moyens de maintenir l'attention. — Le rôle du psychothérapeute consistera donc à renforcer les représentations qu’il voudra faire prédominer, etil atteindra ce but par des moyens très simples, il s'inspirera des procédés employés plus ou moins consciemment par tous ceux qui ont eu besoin de fixer l'attention, les orateurs, les professeurs, les écrivains, etc. Enfin il les renforcera par des associations qui assureront cette prédominance.

Claparède a bien montré quel parti nous pouvons tirer des associations, et il donne comme exemple, le lecteur devant un livre ennuyeux distrait de son travail par les airs d'un musicien ambulant. |

« Dans l'attention volontaire, dit Claparède ‘, l’association joue un rôle de premier ordre : nous voulons lutter contre la distraction et pourtant le livre à lire est assommant. A peine avons-nous parcouru deux lignes que l'esprit, reprenant sa liberté, s’en retourne aux airs du violoneux. Si nous devons

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