‹ Isolement et psychothérapieChapitre 87 sur 198 · CLAPARÈDE, L'association des idées. Doin, 1903, p · texte numérisé non relu

CLAPARÈDE, L'association des idées. Doin, 1903, p

absolument achever cette lecture, un seul moyen s'offre à nous: chercher à l’entourer d'associations telles que, si la page que nous lisons n'est pas suffisamment captivante pour déclencher elle-même la réaction d'attention, les idées associées puissent jouer ce rôle en excitant l'intérêt. Dans l'attention volontaire il y a transfert d'intérêt, grâce à l’association d'images intéressantes, à un excitant qui ne l'était pas. »

Le médecin associera les représentations à des émotions, à des aversions, à du plaisir, des désirs ; il maintiendra encore l'attention par sa voix, ses gestes, l'expression de sa physionomie.

Dans la conversation, l'expression du regard, les mouvements du visage et le ton de la voix sont les meilleurs moyens de maintenir l'attention, ils renforcent puissamment ce que l’on dit et suppléent à l'insuffisance du langage ; que de fois même il arrive que par un lapsus on emploie l'expression inverse de celle qu’on voulait employer sans que cela soit remarqué, c’est que souvent l'interlocuteur suit la pensée dans le regard et dans les traits plus qu’il n’écoute les termes. Que le médecin et le malade se regardent bien dans les yeux l’un : de l’autre, ils percevront ainsi beaucoup de nuances qui sans cela leur échapperaient.

Le médecin n'oubliera pas surtout qu'il s'adresse à des malades, incapables d'attention soutenue et devra être convaincu qu'il aura plus à perdre qu'à gagner à vouloir trop prolonger les séances. Pour ceès deux motifs 1l ne réclamera tout d’abord que quelques instants d'attention qu'il prolongera ensuite d’une facon méthodique suivant les effets obtenus.

D'ailleurs quelques conseils simples et brefs auxquels le malade prête une vive attention sont loujours plus efficaces qu'une longue conversation qui le fatigue. |

L'attention du sujet ne doit pas seulement être provoquée en la présence du médecin, mais le malade doit s’habituer luimême à l'attention en dehors des visites médicales. Il sera bon de lui fixer plusieurs moments de lajournée pendant lesquels il devra faire des efforts d'attention, soit pour un travail manuel, soit pour un travail intellectuel ; on l’obligera, par exemple, à se répéter mentalement les termes employés par le médecin

dit ie

ou à mettre par écrit les raisonnements et les conseils qu'il lui a donnés dans le but de sa guérison. L'attention prendra ainsi la forme de la réflexion ou de la méditation.

L'utilité de l'écriture. — La répétition mentale et l'écriture des idées proposées par le médecin dans un but curateur, sont des moyens de première importance qui rendent permanente l'influence du médecin, nous ne saurions trop y insister. Voici comment s'exprime Bastian à propos de l’action du langage et de l'écriture sur le cours de nos idées: |

« Quand nous cherchons, dit Bastian!, à maintenir une suite d'idées malgré la tendance à glisser à d’autres objets, nous appelons à notre aide le langage. En d'autres termes, nous nous répétons à nous-mêmes quelques mots qui ont un rapport essentiel avec l’objet de nos méditations ou encore nous résumons par des mots le point où nous sommes parvenus, renforçant par ce moyen l’activité associationnelle à laquelle s’adonne notre attention (renforcement dû au mélange d’impressions auditives’et kinesthésiques produites) et nous nous aidons ainsi à développer le sujet sur lequel nous avons jusque-là médité. Combien efficace est ce mode de contrôle, on peut s’en rendre compte par Le surcroît de puissance que nous acquérons en ce sens, lorsque nous appelons l'écriture à notre secours, el que nous parvenons à maintenir la trame désirée de réminiscences et à la renforcer par l'addition d’impulsions visibles d'ordre visuel et kinesthésique.

« Nous savons pour la plupart avec quelle facilité nous conservons à nos pensées une certaine direction déterminée, avec quelle facilité même nous les développons, lorsque nous Îles confions à l'écriture : résultat surprenant, si on le compare à ce qui arrive quand nous négligeons d’invoquer cet appui étranger. »

L'écriture rend de grands services dans la rééducation, dans le développement de l'attention, nous y reviendrons plus loin en parlant de la rééducation morale.

La puissance de l'attention volontaire est considérable?.

Cest par elle, nous l’avons vu, que nous agissons sur nos.

1. BasTian, Revue philos., 1892, t. XXVII, p. 372-373 (cité par GLEY). 2. Voir HÔôrFDiG (rôle de l'attention dans la formation des idées générales, son influence sur le sentiment, etc.) Loc. cit., p. 219, 226, 292.

sensations en les renforçant ou en les diminuant ; elle est une condition essentielle de l’activité intellectuelle et de la mé-

moire.

Nous devons considérer l'attention, non seulement comme

un moyen d'obtenir la guérison des manifestations hystériques et neurasthéniques, mais encore regarder son développement comme un but à alteindre et comme un criterium de guérison.

En effet suivant Binet‘: « C’est l’attention volontaire qui exprime la maîtrise de soi, la coordination de tout l'être, et qui est juste l’opposé dans le domaine intellectuel, de l’éparpillement des caprices et de l’aboulie. »

Notons que la multiplicité des caprices et l'aboulie sont

l’un dans l'hystérie, l’autre dans la neurasthénie dessymptômes des plus importants.

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