Le mot Psychothérapie est dû à Hacxk.-TUKE
la psychothérapie est contenue tout entière dansla suggestion consciente ou inconsciente ?
Quand nous donnons à un malade des conseils, quand nous lui prouvons'par la discussion et le raisonnement la fausseté d'idées qu'il croit vraies, l'interprétation erronée de sensations qu’il regarde comme réelles, nous faisons aussi de la psychothérapie, avec cette différence que le malade « intervient, apprécie et Juge » (Grasset).
Cependant pour Bernheim qui a eu l’immense mérite de dégager la suggestion, d’en préciser la valeur et le mode d’em-
‘ploi, la psychothérapie est toute dans la suggestion.
Pour nous, nous croyons que la psychothérapie comprend la suggestion consciente et inconsciente dans l'hypnose et à l’état de veille, directe et indirecte, l’auto-suggestion raisonnée et la psychothérapie par persuasion, par raisonnement.
Il est toujours hasardeux de tenter une définition en des sujets que chacun comprend mais qui semblent par nature indéfinissables, Cependant nous pensons qu'on doit considérer la. psychothérapie (médecine de l’esprit), comme l’ensemble des moyens par lesquels nous agissons dans un but de guérison sur l'esprit malade ou sur le corpsmalade, par l'intermédiaire de l'esprit.
S'il est difficile de fixer les limites de la psychothérapie aujourd'hui, il n’est pas moins difficile de les repérer dans le
temps. À ne considérer cette science que dans ses manifes-
tations conscientes, dans ses pratiques médicales réglées, elle paraît d’abord d’origine toute moderne, n'avoir pris naissance qu'hier. En l'envisageant comme inconsciente, involontaire souvent, elle fait partie de la médecine depuis les premiers âges du monde.
De ce que l'étude de l'hypnose a accaparé l'attention il y a quelque vingt ans, de ce que les cures par suggestion sont encore toutes récentes, on n'en saurait conclure non plus à la découverte, à notre époque, de la psychothérapie volontaire et consciente, car l'emploi de la psychothérapie par suggestion et hypnose avait été précédée dès longtemps par celui de la
psychothérapie par persuasion.
Prenons les paroles d'encouragement, de confiance données par tout médecin à un. malade, que ces paroles au lieu
d’être l’aumône brève de l’homme de cœur à l'être souffrant deviennent un discours, un dialogue où le médecin s’efforcera de la façon la plus simple de détourner la pensée du malade de son mal, de relever son courage, de ranimer son espérance,
de « changer son état d'esprit », de lui faire comprendre la
possibilité de la guérison, l'importance de sa collaboration, et nous aurons la psychothérapie par persuasion. Elle contient encore de la suggestion, mais elle n’est pas que cela, parce que « dans la suggestion le sujet obéit sans critiquer, sans réfléchir, sans raisonner, sans juger qu'il n’a ni à accepter ni à consentir: il agit comme on le lui suggère! ». Ce que le médecin faisait plus ou moins de touttemps d’insüinct, d’autres l’ont fait méthodiquement, de propos délibéré et ont cherché à agir sur l'esprit pour lutter contre la maladie,
contre la douleur. Ge sont les moralistes, ce sontles religieux
qui, en dirigeant les consciences vers un idéal de perfection, ont de tout temps eu à lutter contre les idées fausses, contre les phobies, contre les scrupules, contre le désespoir, contre l’aboulie et qui nous ontlaissé avec leurs écrits les remarques qu'ils avaient pu faire, et les règles qu'ils ont suivies. Ceux-là aussi ont donc fait de la psychothérapie dans un but souvent identique et par des moyens semblables, quoiqu'elle ne s’adressät pas toujours à des malades au sens précis donné à ce mot.
C’est dire que si la psychothérapie par persuasion semble plus récente, ce n’est Là qu'une apparence : c’est seulement son emploi par les médecins qui est récent. Nous voudrions dans cet aperçu historique montrer que comme la suggestion
consciente ou inconsciente qui a existé de tout temps, la
psychothérapie par le raisonnement a elle aussi des origines fort anciennes.
Si toutes les modalités involontaires ou volontaires de la psychothérapie sont de date ancienne, notre époque a cepen- -dant un réel mérite: celui de déterminer leur mécanisme d'action, de préciser leur usage et de grouper en un tout des règles et des indications éparses.
Au point de vue historique il serait séduisant d'envisager
la psychothérapie à travers les âges, d'en montrer suivant les
1. Grasset, Hypnotisme el suggestion, p. 64, Paris, Baillière, 1903.
époques les différentes modalités et d'en déterminer chemin
faisant l'importance en médecine. Mais ce procédé exposerait à des répétitions ou exigerait des lacunes, et quoique la psy-
‘chothérapie soit wne, nous avons préféré en esquisser l’évo-
lution pour chacune de ses principales formes. Nous étudions
d’abord la psychothérapie par les remèdes, puis la psycho- . thérapie par le merveilleux, ensuite l’hypnotisme et la sug-
gestion, enfin la psychothérapie par pérsuasion. Mais il restera bien entendu que c'est là un ordre artificiel qui n’a aucune prétention à correspondre avec l’ordre évolutif des faits.