‹ Isolement et psychothérapieChapitre 95 sur 198 · BERNHEIM, loc. cit., p · texte numérisé non relu

BERNHEIM, loc. cit., p

ce lien existe mais c'est elles qui l'ont créé par une fausse interprétation. 147.

Ajoutons à cela que souvent des médecins consultés admettent également une maladie de l’estomac et donnent pour la traiter des médicaments multiples. L'effet de ces médications est tout au moins de graver davantage dans le cerveau de la malade l’idée de la maladie de l'estomac, sinon de déterminer ‘une véritable gastrite médicamenteuse.

A ces symptômes du début, douleur, constriction, ano- | rexie, pesanteur des digestions viennent bientôt s'ajouter des éructations, des efforts voulus de vomissements. Les efforts de vomissements aboutissent à des vomissements plus faciles que la malade juge utiles pour son soulagement. De plus l'alimentation étant très peu abondante, la constipation est de règle et l’amaigrissement prend des proportions parfois inquiétantes.

On ne saurait croire, quand on ne les a pas observés, à quel état grave peuvent arriver les malades atteints de gastropathies nerveuses.

Qu'ils soient devenus gastropathes — et c’est [à malheureusement le cas le plus ordinaire — par la faute de médecins imprudents ou ignorants qui les ont traités longtemps pour une maladie d'estomac avec grands renforts de lavages d'estomac, et d'analyses répétées de suc gastrique, ou bien que la maladie soit la conséquence de frayeurs, de chagrins, ou même, ce qui nest pas rare, qu'elle ait été occasionnée par des régimes variés, employés dans le but de maigrir, les malades peuvent parvenir à un étaleffrayant, et leur existence même peut être compromise. Ils se torturent l’esprit à trouver les aliments les plus digestibles, ils suivent une série de régimes de plus en plus sévères, ordonnés par les médecins ou inventés par eux-mêmes, ils en arrivent à ne plus man- É ger, etils se cachectisent à un tel point qu’on pourrait les prendre au premier abord pour des cancéreux. L'état général devient ainsi de plus en plus mauvais et les troubles nerveux

de plus en plus grands.

Causons avecune malade semblable, remontons avec elle à l'origine des troubles, insistons sur les causes morales qu'elle 4

reconnait elle-même. Rappelons-lui les effets connus d’une

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frayeur, d’une violente émotion, montrons bien cette sensation de constriction au creux de l'estomac qu'elles déterminent chez toutes les personnes. Expliquons que cette sensation en réalité ne siège pas à l'estomac, qu’elle ne correspond pas à une lésion, à une plaie de l'organe. La malade elle-même racontera volontiers quelle influence considérable ont eue toutes les causes morales sur le cours de sa « maladie d'estomac ». Elle dira que par périodes elle a pu digérer sans douleurs des aliments fort indigestes, parce qu'elle était heureuse et contente, et qu'à d’autres périodes de peines et de préoccupations, elle ne pouvait supporter les aliments les plus légers. On voit quels arguments, faciles à développer, le sujet fournit luimême au médecin qui sait Le faire parler. Peu à peu nous lui démontrerons que ses sensations, bien que réelles dans leur

origine, sont mal interprétées par elle, qu'elles sont exagé-

rées par ses craintes, par son éfat nerveux. Les malades ne font aucune difficulté pour reconnaître cet état nerveux, on dirait qu'elles mettent une certaine coquelterie à avouer leur nervosisme, comme si être nerveuse était pour elles synonyme d'être plus femme.

Parfois tous les arguments qu'apporte le médecin, la malade les avait déjà envisagés elle-même, et elle avait eu vaguement

: l'idée que « c’étaient les nerfs qui étaient malades » et non

pas l'estomac. Dans ce cas les preuves fournies par un homme en qui elle a placé sa confiance, lui apportent un grand soulagement en faisant disparaître un doute pénible.

Mais il ne faut pas croire que dès qu'une gastropathe est persuadée que son estomac est sain, elle doive être considérée comme guérie. Nullement; en dehors de la présence du médecin, des doutes reviendront, qu'il faudra réfuter, chasser de nouveau les jours suivants. Son état nerveux ne peut être changé en un jour, elle aura des périodes d’abattement, de découragement, il est bon d'en être prévenu. Ce n'est que peu à peu qu'elle s’habituera à ne plus rattacher à une maladie d'estomac la sensation de constriction qu'elle éprouve, mais

bien à une émotion, à une crainte, à un phénomène purement

nerveux.

Ilne faudrait pas penser davantage que la malade, dès qu'elle reconnaît que sa maladie d'estomac n'existe pas, va pouvoir se

remettre à l'alimentation ordinaire. On s'exposerait à bien des résistances, à des échecs même, si l’on voulait agir suivant cette déduction qui semble logique. Il est beaucoup plus sage

d'exposer à la malade que bien que son estomac soit sain, il

n’est plus habitué à recevoir la nourriture ordinaire en quantité suffisante, et qu’il faut lui faire subir un nouvel entraînement. Et l’on commencera par lui faire prendre deux litres de lait par jour, puis trois, puis quatre et mème cinq, on diminuera ensuite la quantité de lait pour faire prendre de la viande crue, puis des pâtes, ou des purées, etc.

Nous avons cru nécessaire d’insister sur les troubles gas-

triques qui semblent être de nos jours une des manifestations

les plus importantes du nervosisme et sur lesquels la psychothérapie nous donne de si grands moyens d’action. |

Ce que nous venons de dire pour les gastropathies nerveuses qui sont si fréquentes, nous pourrions le dire de toutes les manifestations de même ordre, douleurs internes, algies abdominales, etc. Que de fois à la suite de palpitations causées par une violente émotion, les malades restent persuadés qu’ils ont une maladie de cœur et éprouvent des angoisses précordiales, des tendances à la syncope, des suffocations et des défaillances. Et si à tout cela vient à s'ajouter un traitement médical, basé sur une erreur d'auscultation ou sur l’existence d’un souffle extra-cardiaque mal interprété, la maladie de cœur est définitivement constituée dans l'esprit du sujet. Là encore, il faudra

dissocier la liaison de la sensation de battement de cœur avec

l’idée de maladie et l’associer à sa véritable cause. Pour chaque trouble, le médecin s’ingéniera à trouver des

explications simples et plausibles, tendant à des conclusions

pratiques pour le traitement. Il dira toujours ce qu'il croit vrai; ce sera pour lui la meilleure manière de ne pas se contredire ultérieurement; et le procédé le plus sûr de per-

suader sera pour lui d'être persuadé. Il s'attachera à gagner .

un peu de terrain à chaque entretien, il ne quittera pas la

malade sans avoir oblenu des résolutions fermes sur un effort

précis à faire, une difficulté à surmonter.

Note. — Dans une clinique récente, notre maître le D’ P. Le Noir range à juste titre ces gastropathes dans le groupe qu’il appelle d’une façon très expressive « les faux gastriques ». (Arch. gén. de Méd., nars 1904).

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Enfin le psychothérapeute doit faire naître ou entretenir le vif désir de la guérison chez les malades. Cette phrase ne

sera pas comprise par ceux qui n’ont pas vécu avec les névro-

pathes, et qui n'ont pas étudié leur caractère. Il semble en effet, au premier abord, inutile et presque ridicule de vouloir donner le désir de guérir à un malade.

Cette idée paraîtra peut-être admissible pour certains malades qui refusent de se soigner et de consulter des médecins ; mais dira-t-on, ceux qui viennent vous consulter, ceux qui vous demandent un traitement et sont décidés à le suivre. ceux qui se soignent d'une façon continue depuis des années, et ont essavé de tous les médecins et de toutes les médications, ceux-là ont bien le désir de guérir. C’est une erreur; plusieurs de ces malades n'ont pas un réel désir de la guérison. Il est assez fréquent de voir parmi les neurasthéniques et parmi les hystériques surtout, des personnes non seulement qui ne croient pas à la possibilité de la guérison, mais encore qui ne la désirent pas. Elles se sont habituées, résignées à leurs troubles morbides, elles se sont fait, comme on l’a dit, une petite auréole de souffrir, elles se sont principalement habituées à être plaintes, soignées, dorlotées par leurs parents; tout ce cortège de la maladie qui a aussi ses douceurs leur est devenu nécessaire, elles ne prévoient pas qu’elles puissent s’en passer, elles s'effrayent presque à l'idée de reprendre la vie de tout le monde. [1 y a là évidemment un trouble psychique, mais ne l’oublions pas, la neurasthénie et l’hystérie sont pour nous avant tout d'ordre psychique.

Et puis il y a celles qui ont essayé de nombreuses médications, qui ont consulté en vain de nombreux médecins et qui désabusées ne croient plus aux promesses de guérison.

Nous avons traité à la Salpêtrière quelques malades qui étaient à peu près dans les dispositions d'esprit dont nous parlons ; elles n’avaient consenti à se laisser soigner que pour

faire plaisir à leur famille, bien convaincues quant à elles- . mêmes que cela était inutile et qu'elles ne tarderaient pas à aller reprendre chez elles leurs habitudes de malades.

Chez de pareils sujets, il ne suffit pas de montrer la possibilité et même la certitude de la guérison, il faut la leur faire désirer d'une façon énergique. Le médecin doit leur présenter les

images les plus attrayantes de cette guérison, les renforcer par les contrastes ou les images de la maladie. C’est dans cette imagerie variée et — lorsque le traitement se fait à l'hôpital — dans les exemples offerts par le retour à la santé des malades voisines, qu'il trouvera l'excitant nécessaire. |

La notion du devoir, évoquée par le médecin, sera parfois un

levier puissant pour déterminer la malade à vouloir guérir: devoirs envers des parents vieux et infirmes, devoirs envers ses enfants, son mari, etc., voilà autant d'arguments desquels pourra jaillir l'impulsion nécessaire à Ia tendance à la guérison. RE | | Psychothérapie chez les enfants ou les adolescents. — Nous avons inéisté sur la nécessité de varier les moyens psychothérapiques suivant les sujets, de les adapter aux différences

des intelligences et des sensibilités. Le caractère, le développe-

ment intellectuel des enfants et de beaucoup d'adolescents, ne permettent pas toujours d'employer avec eux les mêmes procédés de persuasion qu'avec les adultes. Les raisonnements

deviennent forcément pour eux plus rudimentaires, parfois.

même la méthode se rapproche de la suggestion, car on peut être obligé d'employer de simples affirmations, des promesses, et quelquefois des menaces. En d’autres termes la psychothérapie, ici, est assez souvent d’ordre impératif. Quant aux sujets atteints de débilité intellectuelle ils se

rapprochent des enfants au point de vue psychothérapique, et

doivent être traités par les mêmes procédés.

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